‹ Le vers français, ses moyens d'expression, son armonieChapitre 68 sur 135 · BRUITS ÉCLATANTS · texte numérisé non relu

BRUITS ÉCLATANTS

Les exemples suivants ne peignent que des bruits éclatants:

Comme il sonna la charge, il sonne la victoire

(La Fontaine, U, 9).

Tout à coup, écrasant l'ennemi qui s'effare, La victoire aux cent woix sonnera sa fanfare

(Hugo, A l'arc de triomphe).

La meute de Diane aboya sur l'Oeta

(Id., Ze satyre).

Ouvrait les deux haiiants de sa porte sonore

(1d., Ihid.).

Une brusque clameur épouvante le Gange

(Heredia, Bacchanale).

Le vocalisme de ce vers esttrès remarquable ; s'il est permis d'analiser Timpression qu'il produit, ce qui est toujours mauvais et inexact parce qu'il n'est pas possible de signaler des nuances aussi délicates sans les exagérer, on peut dire que les deux premières diades û è \ û è font sentir comme des bruits analogues qui se répètent et s'entiechoquent, entrechoquement qui est nettement accusé par les deux c de « brusque » et de « clameur » ; puis la note éclatante devient uniforme avec la diade suivante a é « clameur » ; enfin les deux triades du second émistiche, se terminant toutes deux par une éclatante voilée par la nasalité, et qui est la même voyelle nasale si bien que les deux triades assonent entre elles, peignent comme le retentissement et l'éco de cette clameur.

Au fracas des buccins qui sonnaient leur fanfare

(Id., Soir de bataille).

La grande âme d'airain qui là haut se lamente

(Hugo, Chants du crépuscule) \

il s'agit d'une cloche ; l'impression presque onomatopéique de ce vers est surtout due à la triple répétition de deux couples de sillabes presque semblables : /à-o° | \à-ô \ Id-ô". Cette répétition est particulièrement sensible dans le second émis-

tiche à cause du rapprochement des deux mots là-haut \ lamente et de Taccentuation de leur dernière sillabe.

Se débat, et l'airain sonne au choc des sabots

(Heredia, Centaurée et Lajfithes).

d'entendre les trois rimes

Sonner par ta voix d'or leur fanfare de fer

dé a a a à é o°aééé

(Heredia).

Est-ce un lourd vaisseau turc qui vient des eaux de Cos Battant l'archipel grec de sa rame tartare ? a 6^ \ ai\ è è \ é a a \ è a a

(Hugo, Orientales) ;

la seconde diade commence en éclatante comme la première mais finit en palatale pour amener la note claire qui va retentir deux fois dans deux toniques consécutives en è; puis les deux triades du second émisti.'he sont tout entières en éclatantes et se reproduisent exactement.

Tandis que des taureaux

Sur leurs jarrets dressés, choquaient comme deux blocs Leur front sonore et lowrd, retentissant des chocs

(Lamartine, Jocehjn).

sur le rocher brûlant.

Les lions hérissés dorment en grommelant

(Musset, Rolla) ;

toutes les fois que parmi^ les voyelles éclatantes quelquesunes sont nasales, le bruit éclatant est un peu voilé par la nasalité .

Le lion qui jadis au bord des flo/s r^daw^, Rugissait awssi haut que l'Océan ^vonàant

(Hugo, Les lions).

Page 1