EXPRESSION DE L ADMIRATION
catégorie de voyelles ; des voyelles claires ou aiguës succédant à des voyelles éclatantes ou sombres suffiront par le contraste à faire sentir que le bruit a cessé, et si l'on a une voyelle aiguë terminant la frase à la rime, elle pourra à cette place être chuchotée, ce qui peindra le silence par armonie imitative :
Il détourna la rue à grands pas, et le bruit De ses éperons d'or se perdit dans la nuit
(Musset, Don Paez).
Si l'on veut exprimer un élan d'entousiasme aboutissant aune admiration qui dure un moment, ou bien une idée gaie, gracieuse, sereine, dans la contemplation de laquelle on se repose quelques instants, il est évident, d'après ce que nous savons, que pour le mouvement d'entousiasme, pour l'idée sereine, il faudra dans toutes les sillables toniques une voyelle claire, et pour marquer le repos admiratif une voyelle sombre ou une éclatante nasalisée faisant contraste par sa lourdeur avec les précédentes qui sont légères, et terminant la frase à la rime :
Que vous êtes joli ! que vous me semblez heau !
(La Fontaine, I, 2).
Et la Grèce ma mère, où le miel est si dioux
(Musset) .
De me faire chérir un souvenir si àoux
(Racine, Mithridate),
La lune était sereine et jouait sur les ûots
(Hugo, Orientales, X).
Le ciel en est plus pur, et l'air en est plus doux
(Musset, Songe d'Auguste).
Mais, un jour,
Pour laver les pieds nus du maître plein d'amowr (Hugo, Première rencontre du Christ avec le tombeau) •
Et parfois, je me prends, dans la nuit chaude et sombre A frémir à l'appel lointain des étalons
(Heredia, La Centaureane).
Vêtu de probité candide et de lin blanc
(Hugo, Booz endormi).
portant sous sa paupière
La sereine clarté des paradis profonds
(Id., Contemplations).
KWe sent une joie immense en se disant :
Mon fils est Dieu ! mon fils sauve la vie au monde
(Id., ibid.).
... 0 mon bon Dieu, ma bonne sainte Vierge, J'étais perdu ; j'étais le ver sous le pavé ; Mes oncles me tenaient ; mais vous m'avez sauvé ; Vous m'avez envoyé ce paladin de France,
Seigneur
(Id., Le petit roi de Galice).
Après un élan de reconnaissance marqué par vovelles claires le petit roi se repose dans la contemplation admirative de ce paladin au moyen de l'éclatante nasalisée du mot France; cet effet est d'ailleurs accentué par le poète au moyen du rejet Seigneur au vers suivant.