MOUVEMENTS SACCADES
le claquement du drapeau; les trois r vélaires de tord^ noir, tourbillon expriment le grondement de la tempête.
Les occlusives peuvent peindre non seulement des bruits secs, mais au^si des mouvements secs, saccadés, comme des coups, ou au contraire des mouvements beaucoup plus doux, mais toujours saccadés, comme dans les mots palpiter, barboter^ tâtonner j tituber, etc. :
Et se fra;)pant le cœur avec un cri sauvage
(MussKT, Nuit de mai).
Du sac et du. serpent smssitot il donna.
Contre les murs, /ant qui\ ^ua la bê^e
(La Fontaine, X, 2) ;
noter en outre le sifflement du sac qui fend l'air, indiqué par les s.
Tandis que coups de poing trottoient
Le passereau, peu circonspec, S'a^fira de tels coups de bec
(lD.,X, 12).
A coups de serpe, autrefois, un berger
M'a baillé dans le tvonc d'un dur figuier fl?'Egine
(Heredia, Hortorum deiis, I).
Ne îrsippe-t-oii p3iS à ma porte ?
(Musset, Nuit de mai).
Je les ai vus penchés sur la bille d'ivoire, Ayan^ à travers champs couru toute la nuit
(Id., Une bonne fortune);
le saccadement des occlusives destiné à peindre cette course aletante est secondé par le vocalisme : assonance des deux toniques an dans le premier émistiche et des deux atones ou dans le second.
Il est las ; sur la ^erre il tombe haletant
(Hugo, Légende des siècles).
Je sens b&ttre mon cœur lors^'ue le clairon sonne
(Musset, Songe d'Auguste).
Que neTétouffais-tu, cette flamme brûlante ipue ^on sein /)al/)i^ant ne /jouvait contenir !
(Id., a la Malihran) ;
le saccadement des occlusives peint le palpitement.
Ces mains vides, ces mains qui labouraient la terre, Il fallait les étendre en ren^ran^ au hameau, Pour trouver à façons les murs de la chaumière, L'aïeule au coin du feu, les enfants au berceau !
(Id., Une bonne fortune)]
les t peignent le tâtonnement par les saccades qu'ils produisent.
Ou ^ue rf'un ôras ^remôlant je tende eneor la covde
(Heredia, Épïgramme votive).
Au point de vue moral la répétition des occlusives ayant pour effet de saccader les paroles peut contribuer à l'expression de différents sentiments tels que : 1* l'ironie, qui devient alors âpre et sarcastique, car le morcellement dû aux occlusives détache chaque élément d'idée et martelle l'un après l'autre tous les traits qui frappent successivement comme des flèches qu'on décocherait sans interruption :
Dors-^u consent, VoUaire, et ^on hi^/eux sourire VoUige-^-il encor sur ies os décharnés?
Ton siècle é^it, dit-on., irop jeune pour te lire ; Le nô^re rfoit te plaire et ^es hommes sont nés. Il est ^ombé sur nous, ce^ é</ifice immense Que de ies larges mains ^u sapais nui^ et jour. La mort devait f attendre avec impatience, Penrfant qua/re-vingts ans que ^u lui fis ta. cour
(Musset, Rolla).
7'oi-même ^u te fais ton procès: je me fonde Sur /es propres leçons ; je«e les yeux sur ^oi.