‹ Le vers français, ses moyens d'expression, son armonieChapitre 79 sur 135 · IRONIE MORDANTE · texte numérisé non relu

IRONIE MORDANTE

Mes jours son^ en ^es mains, /ranche-les ; ?a jus/ice, C'est ^011 utiïiié, ton plaisir, ^on caprice

(La Fontaine, X, 2).

Vénus, par votre orgueil si longtemps méprisée, Vourfroirelle à la fin justifier Thésée ? Et, vous mettant ;iu rang du reste des mortels, Vousa-^ elle forcé fi^'encenser ses autels?

(Racine, Phèdre) ;

il faut noter dans cet exemple, outre les saccades, un sifflement ironique exprimé par les /", les v et les s.

La voix alors devint âpre, amère, stridente. Comme le noir sarcasme et rironie ardente ; C'était le rire amer mordant un demi-dieu : — Sire ! on i'a retiré de ton Pan^Aéon bleu ! Sire ! on t'o, deseenda de ta hau/e colonne ! Regarde. Z>es brigands, rfont l'essaim tourbillonne, />'affreux bohémiens, des vainqueurs de charnier 7e tiennent rfans leurs mains et i'on fait prisonnier. A ^on orteil rf'airain leur pa^^e infâme touche. Ils ^'ont pris. Tu. mourus, comme un as^re se couche, Napoléon le Grand, empereur; ta renais Bonapar/e, écuyer du cirque Beauharnais.

Te voilà rfans leurs rangs, on i'a, Ton te harnache. Ils ^'appellent ^out haut granc? homme, en^re eux, ganache

(Hugo, Châtiments).

2° le alètement de la colère :

Elle entre. — D'où viens-Zu ? ^u'as-^u fait cette nuit? Réponds, ^ue me veux-m ? ^ui f amène à ce^^e heure ? Ce ^eau corps jusqu'au jour où s'esMl étendu? Ta.nd[s qu'k ce ôalcon, seul, je veille et je pleure, En ^uol lieu, fi?ans ^-uel lit, à qui souriais-^u? Perfirfe ! au^/acieuse ! esMl encor possible Qae tu viennes offrir /a touche à mes baisers? Que dema.ndes-tu donc ? par ç-uelle soif horri61e Oses-^u m'a^^irer rfaus ^es ^ras épuisés ?

(Musset, Nuit d'octobre).

Bajaze^ est un traître, et n'a que tcop vécu

(Racine, Bajazet).

Tyx pleures, malheureuse? Ah ! iu Revois /fleurer Lorsque, c^'un vain rfésir à to. perte /poussée, Tu. conçus de le voir la yoremière pensée. Tu pleures? et Tingrat, iout prê^ à te trahir, /^répare les «discours dont il veut ^'éblouir. Pour plaire à ta rivale, il prend soin de sa vie. Ah! tr&Ure, ta mourras. Çaol? ^u n'es point par/ie? Va. Mais nous-même, allons, précipitons nos pas. Çu'il me voie, Sittentive au soin de son trépas. Lui montrer à la fois, et Vordre de son frère, Et de sa trahison ce gage ^rop sincère

(Id., ibid., IV, 5).

3® ou simplement l'ésitation, Tagitation intérieure, morale :

Que l'augure, appuyé sur son sceptre d'érable,

Interroge le foie et le cœur des moutons

Et ^enrfe û?ans la nuit ses deux mains à titons,

C'est son affaire

(Hugo, Le détroit de F Euripe).

D'ans le doute mortel c?ont je suis agi^é

(Racine, Phèdre),

Elle cherchait d'un œil troublé par la ^empê^e De sa naïveté le ciel rféjà lointain

(Baudelaire, Femmes damnées).

Bien que les moyens d'expression n'entrent généralement en valeur que si l'idée exprioûée s'i prête, lorsque les mêmes fonèmes sont répétés avec trop de fréquence ils s'imposent forcément à l'attention, et dans ce cas, si l'idée ne demande pas ces répétitions, les vers sont choquants, parce qu'il i a discordance entre Tidée exprimée et les moyens employés :

Je crois dans tous les cas

Qu'ici dans les caveaux ils ont ç-uel^^ue cachette

(Hugo, Burg raves, \, 2).

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