RIMES SANS ALTERNANCE
première et la troisième. La deuxième strofe est tout entière en rimes féminines, malgré l'ortografe. De même la strofe suivante de Lamartine {V enthousiasmé) est tout entière en rimes féminines, ce qui est une négligence désagréable :
Ainsi quand tu fonds sur mon âme, Enthousiasme, aigle vainqueur, Au bruit de tes ailes de flamme Je frémis d'une sainte horreur ; Je me débats sous ta puissance, Je fuis, je crains que ta présence N'anéantisse un cœur mortel.
Comme un feu que la foudre allume, Qui ne s'éteint plus, et consume Le bûcher, le temple et l'autel.
Voici deux strofes consécutives du même poète {La poésie sacrée) qui sont toutes en rimes masculines :
Sur mes os consumés ma peau s'est desséchée ; Les enfants m'ont chanté dans leurs dérisions;
Seul, au milieu des nations, Le Seigneur m'a jeté comme une herbe arrachée.
Il s'est enveloppé de son divin courroux ; Il a fermé ma route, il a troublé ma voie;
Mon sein n'a plus connu la joie, Et j'ai dit au Seigneur: Seigneur, souvenez-vous.
Ce qu'il ia de plus beau peut-être dans les observances qui nous ont été léguées par l'usage, c'est que ils essaient, ils paien^constituent une rime féminine, tandis que ils s'élevaient^ ils se mouvaient font une rime masculine, pai^ce que ces derniers sont des impaj^ faits ; cf. inîvâ Conclusion, 1".
Les deux classes actuelles ne recouvrent donc qu'en partie les deux classes anciennes. Les anciennes rimes féminines terminées par voyelle -\- e sont devenues masculines, les anciennes rimes masculines terminées par une consonne qui a continué à se prononcer sont devenues féminines. Malgré cela, dans le plus grand nombre des cas il n'i a rien de changé . Voici, par exemple, un passage de Rolla qui observait bien
Talternance avec l'ancienne classification et qui continue à l'observer de la même manière avec la nouvelle :
Regrettez-vous le temps où d'un siècle barbare Naquit un siècle d'or, plus fertile et plus beau ? Où le vieil univers fendit avec Lazare De son front rajeuni la pierre du tombeau ? Regrettez-vous le temps où nos vieilles romances Ouvraient leurs ailes d'or vers leur monde enchanté; Où tous nos monuments et toutes nos croyances Portaient le manteau blanc de leur virginité ; Où sous la main du Christ, tout venait de renaître; Où le palais du prince et la maison du prêtre, Portant la même croix sur leur front radieux, Sortaient de la montagne en regardant les cieux; Où Cologne et Strasbourg, Notre-Dame et St-Pierre, S'agenouillant au loin dans leurs robes de pierre, Sur l'orgue universel des peuples prosternés Entonnaient l'hosanna des siècles nouveau- nés ; Le temps où se faisait tout ce qu'a dit l'histoire ; Où sur les saints autels les crucifix d'ivoire Ouvraient des bras sans tache et blancs comme le lait ; Où la Vie était jeune, — où la Mort espérait?
Cette alternance produit un charme délicieux. Il est donc avantageux de continuer à l'observer, mais avec les modifications que nous avons indiquées, sans quoi elle disparaît en fait à tout moment.
Il n'en faut pas conclure qu'on ne doive jamais faire de poésies tout entières ea rimes masculines ou en rimes féminines. Toutes les règles de la poésie peuvent et doivent être violées en vue d'un effet à produire. Le charme de l'alternance est dû à la variété qui en résulte, mais si l'on veut produire une impression d'uniformité, de monotomie, si l'on veut peindre un état ou une situation qui ne change pas, la non alternance des rimes se recommande entre autres procédés. Voici un exemple où Verlaine [Romances sans paroles) a cherché et obtenu cet eff'et ; le morceau est tout en rimes féminines ; il en résulte une impression de monotonie, d'uniformité, à laquelle se joint, grâce au doux pro-