EXPRESSION DE LA MELANCOLIE
La mélancolie Des soleils couchants.
La mélancolie Berce de doux chants Mon cœur qui s'oublie Aux soleils couchants.
Et d'étranges rêves, Comme des soleîls Couchants sur les gr<?ves, Fantômes vermeils, Défilent sans trêves, Défilent, pareils A des grands soleils Couchants sur les grèves
(Id., ibid.).
Les uit premiers vers sont sur deux rimes ; les uit derniers assonent entre eux. L'efl'et produit par les rimes est renforcé par la répétition à l'intérieur des vers des mêmes séries de sons ou des mêmes mots, c'est-à-dire par la répétition des mêmes impressions. De tout cela sort un efî'et de monotonie, et par suite, dans le cas particulier, de tristesse et de mélancolie.
L'autre pièce, bien connue, est d'une facture plus compliquée :
Il pleure dans mon cœur Comme il pleut sur la ville, Quelle est cette langueur Qui pénètre mon cœur ?
0 bruit doux de la pluie Par terre et sur les toits !
Pour un cœur qui s'ennuie 0 le chant de la pluie.
Il pleure sans raison Dans ce cœur qui s'écœure .
Quoi 1 nulle trahison ?
Ce deuil est sans raison.
C'est bien la pire peine De ne savoir pourquoi, Sans amour et sans haine, Mon cœur a tant de peine
(Id., Romances sans paroles).
Sans entrer dans le dernier détail de Tanalise, voici les principaux éléments qui entrent en jeu dans cette pièce. D'abord la répétition des mêmes voyelles dans l'intérieur des vers et à la rime, chaque strofe ayant le même mot comme première et dernière rime, renforcé par la troisième rime:
Il pleMre dans mon aœuv . . . languewr . . . aœuv Je plewre sans raison Dans cecœwr qui s'écœwre...
C'est bîen la pire peme. . . etc.
De là Timpression de monotonie. En outre le mouvement saccadé, sautillant et continu de la pluie est exprimé tout le long de la pièce par la répétition des consonnes. La pluie fisique est surtout peinte par la combinaison des occlusives et des liquides :
I//?/eure dans mon cœur Comme i//?/eut sur /avi//e, ^ue//e est cette /angueur iPui pénètre mon cœur ?
Dans la strofe suivante, la pluie morale est surtout exprimée par la combinaison des occlusives et des sifflantes :
Il joleure sans raison Dans ce cœur ^'ui s'écœure Qxxoi ! nulle trahison ?
Ce demi est sans raison ;
et de même dans la strofe suivante. Enfin l'affluence des labiales p, 6, répand dans toute la pièce comme une note sanglotante, cf. 2" partie, p. 268 à 272 ; et la seconde rime de chaque