‹ Le vers français, ses moyens d'expression, son armonieChapitre 98 sur 135 · REPETITION DES MEMES RIMES · texte numérisé non relu

REPETITION DES MEMES RIMES

strofe, qui n'a pas de correspondante, mais rappelle en général par sa voyelle une autre rime, une autre note de la pièce : ville pluie ^ écœure-cœur, toits-pourquoi, donne à tout le morceau quelque chose de vague et d'imprécis.

« La rime répétée multipliant ses consonances uniformes représente en quelque sorte les modulations ou les variations d*un thème unique », remarque M. Ch, Comte, Les stances libres dans Molière^ \).^1^ à propos tX" Amphitryon , Les trois passages de cette pièce que nous citons ci-après sont indiqués par lui :

Ce ne sont point des badinages.

Le moi que j'ai trouvé tantôt Sur le moi qui vous parle a de grands avantages ;

11 a le bras fort, le cœur haut :

J'en ai reçu des témoignages ; Et ce diable de moi m'a rossé comme il faut :

C'est un drôle qui fait des rages.

(Molière, Amphitryon, II, 1).

C'est avec droit que mon abord vous chasse Etque de me fuiren tous lieux Votre colère me menace :

Je dois vous être un objet odieux:

Vous devez me vouloir un mal prodigieux ; Il n'est aucune horreur que mon forfait ne passe.

D'avoir offensé vos beaux yeux.

C'est un crime àblesser les hommes et les Dieux, Et je mérite enfin, pour punir cette audace. Que contre moi votre haine ramasse

Tous ses traits les plus furieux.

Mais mon cœur vous demande grâce. . .

{lUd., II, 6) ;

«larime asuivijusqu'auboutles répétitions d'une même idée » (Ch. Comte, p. 57).

La reproduction des mêmes rimes dans le même ordre peut servir à reausser le parallélisme de deux développements :

Amph. — Est-ce que du retour que j'ai précipité Un songe, cette nuit, Alcmène, dans votre âme

A prévenu la vérité ?

Et que m'ayant peut-être en dormant bien traité,

Votre cœur se croit vers ma flamme

Assez amplement acquitté ?

Aie. — Est-ce qu'une vapeur, par sa malignité,

Amphitryon, a dans votre âme Du retour d'hier au soir brouillé la vérité? Et que du doux accueil duquel je m'acquittai

Votre cœur prétend à ma flamme

Ravir toute l'honnêteté ?

{Ihid., II, 2).

Même effet produit par des rimes assonant toutes entre elles ou du moins se rappelant les unes les autres, car Vè et Yé n'assonent pas puisqu'ils n'ont pas le même timbre, mais se rappellent nettement :

Nègres de Saint-Dommgue, après aomhien d'années

De farouche silence et de stupidité,

Vos peuplades sans nombre, au soleil enchaînées,

Se sont-elles de terre enfm déracinées

Au souffle de la haine et de la liberté ?

C'est ainsi qu'aujourd'hui s'évezUent tes pensées,

0 RoUal c'est ainsi que bondissent tes fers,

Et que devant tes yeux des torches insensées

Courent à l'infini, traversant les déserts

(Musset, Rolla).

De même une accumulation de faits analogues, une énumération d'idées parallèles sera bien mise en relief par des rimes assonant ou se rappelant :

L'impie Achab détruit, et de son sang trempe' Le champ que par le meurtre il avo?'t usurpe ; Près de ce champ fatal Jézabel immolée, Sous les p/eds des chevaux cette reene foulée, Dans son sang inhumam les ch?ews désaltérés, Et de son corps hideux les membres déchirés ;

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