I III II I
Hugo, Uaicfle du casque).
420 VERS IMPAliFAIIEMEM' IIARMOMKUX
l^t SOUS mes pinceaux naît, vit, court et prend Tessor é u é e" o è i u é <>" è à
( IIf.hkdia).
Il n'y a pas lieu crinsister davantage sur les vers de ce type, car ils ne sont pas très fréquents. Ceux dans lescjuels les divisions du rythme sont nettes, mais ne coïncident pas avec celles de l'harmonie nous retiendront plus longtemps. La plupart d'entre eux ont une certaine harmonie, car il n'est pas indispensable que les divisions de l'harmonie concordent avec celle du rythme. Mais il va de soi que lorsqu'il y a discordance entre ces deux séries de divisions, l'oreille qui est dirigée par la plus forte, la plus nettement marquée, celle du rythme, risque fort de ne pas saisir l'autre. Il n'y a qu'une oreille délicate et très exercée qui y réussisse le plus souvent.
Nous classerons les vers dans lesquels il y a discordance entre les divisions du rythme et celles de l'harmonie, par ordre d'harmonie décroissante.
\° Les plus harmonieux sont ceux dans lesquels le rythme est du type 3-3-4-2, 3-3-2-4 ou 2-4-3-3, 4-2-3-3 et dans les- ([uels l'harmonie peut se diviser ;i la fois en dyades et en triades. Il y a toujours enelïetdans ces vers un hémistiche où le rythme et l'harmonie concordent. Loreille choisit généralement le système de division qui fait coïncider l'harmonie avec le rythme dans le premier hémistiche :
C'est ainsi que ma muse, aux bords d'une ontle pure è e" i è a ù ù n ii u" è û
(La Fiintaine).
Pour les sept exemples suivants nous ne donnerons plus de schémas : le lecteur pourra aisément les constituer :
Qui! imite, s'il peut, Germanicus mon père
(Racine, Brilannicus).
Il AKMllMI. I.NCdMl'l.iriK
Aux j)elils des oiseaux, il ddiiiie leur pâture
(Hacim;, Afhniic .
Hej;ar(ier dans ses yeux la/.ur du firmanienl
(Musset, Cne honiic fniiiiiiej.
11 était le faucheur, la terre était le pré
(IIiGii, Sull;ui Moiirudj.
Va 1 Aurore [)ieuse y l'ait cha(|ue matin
(IIeredia).
Gléopàtre debout eu la sj)lendeur du soir
(Id.\
Mais comment se l'ait-il. madame, que Ion dise
I Musset, yaDioiiiiu .
Dans les vers suixants le premier hémistiche est rythmé en dyades ; nous ne donnerons de schéma que pour le premier exemple :
l^a lune était sereine et jouait sur les tlots a û é è i' i' é II c ii é ô
( n UGO, Orieii Ui les) .
Combien de poux taut-il pour manger un lion ?
iId., Le pelil roi de Galice).
],a nuit fait le hibou si le jour l'ait le cygne
(Id., Légende .
Les lleuxes xont aux mers, les oiseaux x'ont au ciel
(Id., Paroles dans l'épreure).
Dieu seul peut nous voir tous quand sur terre il regarde
(Id., Légende).
VERS IMPARFAITKMKNT HARMONIEUX
Il meurl silencieux, tel que Dieu la fait naitre
(Musset, Namouna).
Il jette un drap mouillé sur son père qui râle
(Id.. Jhid.
Et lombrc où ril le timbre argentin des lontaines
(Heredia).
2^* Les vers sont rythmés à 3-3- i-2, 3-3-2-4 ou 4-2-3-3, 2-4-3-3; leur harmonie n'est divisible qu en triades ou en dyades. (La possibilité d'une division supplémentaire en dyades asymétriques n'augmente pas l'harmonie).
a — Ce système concorde avec le rythme du premier hémistiche :
Et le Persan superbe est aux pieds dune juive ê é é (1° u è è 6 é û è i
(Racine, Eslher
Je ne prends point pour juge une cour idolâtre
(Id,, Bérénice
Un cœur plus expansil", une jambe mieux l'aile
(Musset, Namouna
Lun sculptait l'idéal et l'autre le réel
'Hugo, Le lemple
J'ai cloué sur des croix tous les petits enfants
(Id., Inscription
Cette faucille d'or dans le champ des étoiles
Id., Booz
Semble un grand oiseau d'or qui guette au loin sa proie
fllEREDIA
iiAioioMi: niKFiciiJ: a saisih '(2^
Où rilvbla plein de miel mire ses bleus sommets
(Id.).
3 — Ce système concorde avec le rythme du deuxième hémistiche ; harmonie très difïicile à saisir :
Comme eux vous fûtes pauvre, et comme eux orphelin n il II û c n (j <> <> <> c e"
(Racine, Athalie).
Sa réponse est dictée et même son silence
(Id., BritHiiniciis).
Hélène daif;'na suivre un berger ravisseur
(A. Chénier).
Le soleil était loin, la terre était voisine
(Musset ).
Je crois qu'une sottise est au bout de ma plume
(Id.).
Et les os des héros blanchissent dans les plaines
(Hugo, Ai/menllol)
Et la terre subit la sombre horreur fies vents
(Id. , Temps pa n iques) .
Soyez-lui, toi, légère, et toi. silencieuse,
(Hhrediaj.
3° Les vers ne sont rythmés qu'en mesures de trois syllabes, ou qu'en mesures de deux et quatre .syllabes, tandis que l'harmonie est une combinaison de triades et de dyades :
Ai-je mis dans sa main le timon de l'État é è I o" a e" ù i u" é é n
Racine, lirilannicus)
424 VERS IMPARFAITEMENT HAHMOMELX
El la chair marchandée au soleil se tordait
(Musset, I\'anwiina).
Le péril de Tenfant fait songer à la mère
(Hlgo, L'aigle du casque).
Sous la pourpre flottante et Tairain rutilant
(Heredia).
Cols abrupts, lacs, forêts pleines donibre et de nids !
(Jd.).
Mais vous avois-jc fait serment de le trahir?
i R AciNE , Bvila II meus) .
Le sphinx aux yeux perçants attend qu'on lui réponde
(Musset).
La rutilante ardeur de ses premiers éclats
(Heredia).
4° Vers rythmés en mesures de deux et quatre syllabes ; vers rythmés en mesures de trois syllabes ; vers rythmés moitié en mesures de trois et moitié en mesures de deux et de quatre. L'harmonie est divisée dans le système contraire :
a — triades :
l*]l la chaleur des jours et la fraîcheur des nuits é a a é é u é a è è é i
(Racine, Athalie).
Kh bien, ne mangeons plus de chose ayant eu vie
(La Fontaine, X, 6),
Cet (jeil s'abaisse donc sur toute la nature
(Lamartine).
Tu parcourais Madrid, Paris, Naple et Florence
(Musset).
HARMOME TRi-8 FAIBLE 42o
L'esprit n'y voit pas clair avec les yeux du cduir
(Id.;.
Les soufïles de la nuit flottaient sur Galgala
(PIlGn, BOOZ).
S'éveillent en s^ursaut de l'éternel sommeil
(Heredia).
3 — dyades symétriques :
^ os yeux seuls et les miens sont ouverts dans lAulide '' f> è é é e» /z" u è o" 6 {
(Racine, Iphiffénie .
El quel temps fui jamais si fertile en miracles?
(Id., Athalie).
Thraséas au Sénat, Corbulon dans l'armée
(Id., Brilannicus).
Sa petite médaille annonçait un bon coin"
(Musset, Xamouna).
La vestale songeait dans sa chaise de marbre
HiGo, Léf/ende).
InefFable lever du premier rayon d'or
(Id.. Sacre de la femme).
— dyado-triades :
Ramènent tous les ans ses premières années '< è è u é o^ é é è è a é
'Racine, Brilannicus).
Une vierge en or fin,d'un livre de lég^ende
i M us SET j.
426 VERS IMI'AKFAITEMEM HARMOMELX
Elle bais^sa son voile et se prit à pleurer
(Id.).
Et, couchée au soleil, elle rêvait dans l'herbe
(Hugo, Vhydre).
o^ Lharmonie n est divisible qu'en dyades qui se correspondent sans symétrie; dans ce cas elle est à peu près nulle. Pourtant une oreille extrêmement délicate et exercée peut encore saisir des degrés dans cette catégorie ; elle y distingue trois classes :
a — le vers est rythmé en dyades : c'est le cas le moins désagréable à l'oreille :
Las de se l'aire aimer il veut se faire craindre a è è è è é i n è è c e"
Hacine , Brilan n iciis ;, .
\'ous le dirai-je enfin ? Rome le juslilie u è lé 0" c" n é ù ù i i
(Id., Ihid.] Et !e Flamine rouge avec son blanc cortège
Hereuia^.
'même schéma).
^ — le vers est rythmé en dyades et triades
La racine du chêne entrouvre le granit a il i è û è o" u ê è a i
[Hugo, Les raisons et les ombres)
HARMUMK PRESQUE MLLE 427
Ils étaient dans le bruil. ils sont clans le silence i é è 0" è i { 11'^ (<n é { o"
Hlgo, Zim-Zizinii).
lît llairent dans la nuil une odeur de lion é è é o" a i il i) c c i u'^
( HliREDIA).
— le vers est rythmé en triades :
Je crains Dieu, cher Abner, et n'ai point d'autre crainte c e" o è a è é é e" <> c e"
Racine, Athalie).
Qui ne livre son front qu'aux baisers des étoiles i é i é u" »" û è è è é a
^HuGo, Les montagnes).
D une blanche lueur la clairière est baignée " è 0° é ù é a è è è è é
Id., Éviradnus)
VERS DÉPOUKVUS d'hARMONIE
Ce sont ceux qui ne peuvent être ramenés à aucune formule. Aucun g^roupement des voyelles qui fournisse une correspondance n'est possible, et l'oreille reste désagréablement impressionnée par cette série de sons qui se succèdent sans ordre et sans lien. Néanmoins ici encore il y a des deg-rés; il peut se faire que le vers tout entier soit dépourvu d'harmonie, ou bien que l'un de ses hémistiches pris à part soit harmonieux; dans ce dernier cas l'oreille est moins fortement blessée, elle trouve une sorte de compensation, de soulagement. Mais pour qu'un hémistiche pris à part soit harmonieux, il faut que les divisions de son rythme et celles de cette harmonie coïncident strictement, et si elle est en triades, que ces triades aient une modulation nette ; si elle est en dyades, que ces dyades soient inégales :
a — L vin des hémistiches pris à part est harmonieux :
C'est que lorsque Junon vit son beau sein d'ivoire
(Musset)
Martial est en vente au prix de cinq deniers ') i c e" c é
(Heredia)
Quel que tu sois, issu d'Ancus ou né d"un rustre
Salua d'un grand cri la chute du Soleil H ù 0 û ô ('■
:id.).
iiMuroMi. ii'iJN SKI I. iii'nrisTicnK 429
Ils savent compter Iheiire et que leur terre est ronde
(Musset),
Sur le seuil de l^'table où \eille saint Joseph » è ê c" ù è
Hereuia).
L'errant troupeau qui broute aux berces du (ialèse
o è è ii n è
(ID.)
Inscris un lier proiil tle guerrière dlJphir è è è è ô i
Le pontife Alexandre et le prince César é ù c" (■' é II
\'ous m\'n ez fie César confié la jeunesse u" ié a é è
Tu la reconnaîtras, car elle e~t toujours triste u ù è u u i
La ville s'est changée en un palais de fées aie è o" c
In.).
Racine 1.
IIerediai,
(Musset).
Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal fi è i c è" è
(Heredia!.
Car il a vu la lune éblouissante el pleine a i a û a ii
(Td.).
430 VERS DÉPOUKVUS d" HARMONIE
Les volumes des morts et celui du vivant é 0 il é é 0
Id.
Id.
A Téclair d'un sourii-e a tressailli d'orgueil a é è é" u i
3 — Aucun hémistiche nest harmonieux :
A lombre du platane où nous nous allongeons
( Heredia).
Quel est le bon plaisir de votre courtoisie ?
(Musset).
Pour saluer l'entant qui rit et les admire
(Heredia).
Le maître de ce clos m'honore. Jen suis digne
Jd.).
Autour du sceptre noir que lè\e lihadamanthe
(Id.).
De ses bras familiers semble lui faire accueil
(Id.).
L'incorruptible cœur de la maîtresse branche
Id.).
Le camp s'éveille. En bas roule et gronde le tleuve
iId.).
Où chaque roi, gardant la pose hiératique
(Id.).
Nous avons essayé de faire passer notre oreille par-dessus la césure de riiémistiche de la manière suivante :
riArnioMF facticr 431