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EXPRESSION DE LA RAPIDITÉ

est de même d'un vers plus rapide et que l'augmentation de vitesse qu'il apporte correspondra bien à la représentation d'un mouvement rapide, physique ou moral. En voici quelques exemples. La plupart des vers romantiques que nous citerons sont empruntés à V. Hugo ; il est à peu près le seul poète qui en ait fait un emploi judicieux et déterminé par l'idée à exprimer. Chez les autres poètes modernes ils viennent le plus souvent au hasard et ne peuvent guère être considérés que comme des négligences, autorisées par un grand exemple mal compris. Dans ce cas ce sont de véritables vers faux.

De moment en moment le sort est moins obscur, Et l'on sent bien | qu'on est emporté | vers l'azur

(Hugo, Contemplations).

Le cheval | galopait toujours | à perdre haleine

(Id., Le petit roi de Galice).

Et souvent il avait dans le turf ébloui, Senti courir | les cœurs defemlmes après lui

(Id., Les trois chevaux).

Eniin, clans l'air brûlant et qu'il embrase encor, Sous le pistil géant qui s'érige, il éclate, Et rétami|ne lance au loin | le pollen d'or

(^Heredia, Fleur séculaire).

Ce trimètre est tout à fait justifié par le sens; malheureusement le vers se trouve dans un sonnet et le rend faux. Gomme l'a montré Becq de Fouquières, chapitre XVH, dans une strophe, et à plus forte raison dans un sonnet, qui ne repose que sur le parallélisme, les vers qui se correspondent doivent être isométriques.

D'autres, d'un vol plus bas croisant leurs noirs réseaux, Frôlaient le front baisé par les lèvres d'Omphale, Quand, ajustant au nerf la flèche triomphale, L'Archer superibe fît un pas | dans les roseaux

(II)., Styniphale).

Le changement de rythme marqué par le trimètre est parfaitement propre à peindre le mouvement du héros ; mais il rend le sonnet faux comme le précédent.

Leur bouche, d'un seul cri, dit: Vive l'empereur ! Puis, à pas lents, | musique en tê|te, sans fureur, Tranquille, souriant à la mitraille anglaise, La garde impériale entra dans la fournaise

(Hugo, L'expiation).

Le mouvement de la garde est peint par le trimètre ; c'est un mouvement lent comme celui de l'exemple précédent. Si l'on nous objectait que nous avons annoncé tout à l'heure des mouvements rapides, on nous ferait une querelle de mots. Lorsqu'on a des scrupules, il faut toujours remonter aux principes. Or l'arrivée d'un trimètre après un tétramètre constitue une accélération, et est par conséquent propre à exprimer une aug-mentation de vitesse, c'est-à-dire le passage d'un mouvement lent à un mouvement plus rapide, ou bien, comme ici, le passage de l'immobilité à un mouvement lent, à un mouvement quelconque. Un trimètre succédant à un tétramètre peint un changement, par contraste ; c'est pourquoi dans ce dernier exemple le mouvement n'est pas exprimé par le vers qui contient le mot « entra», mais par celui qui nous montre que la garde s'ébranle, se met en marche ; au moment où elle entre dans la fournaise, elle ne fait que continuer son mouvement, elle ne le commence pas.

Le mouvement peut être en outre, comme nous l'avons vu plus haut dans notre étude sur l'emploi des mesures rapides, purement imaginaire ou moral :

Hélas ! vers le passé tournant un (i?il d'envie, Sans que rien ici-bas puisse m'en consoler. Je regarde toujours ce moment de ma vie Où je l'ai vue | ouvrir son aile | et s'envoler

Id., a Villequier).

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