EMPLOI PARTICULIER DU DÉCASYLLARE
Son bois, donimaf^eable ornement,
L'arrêtant à chaque moment,
Nuit à Totrice que lui rendent
Ses pieds de qui ses jours dépendent
(lu., VI, 9).
Le premier chano-ement de mètre marque un contraste : il oppose les pieds au front. z\près ce vers de huit syllabes il survient un événement brusque et inattendu, l'arrivée du limier suivie de la fuite du cerf. Un changement de mètre était nécessaire, mais un vers d'un nombre de syllabes pair n'eût pas exprimé cette surprise et ce mouvement précipité ; d'où l'emploi du petit vers boiteux de sept syllabes. Après quatre vers, l'octosyllabe nous ramène pour le ton et l'idée au commencement de la fable.
Messire loup vous servira, S'il vous plaît, de robe de chambre.
Le roi g'oûte cet avis-là.
On écorche, on taille, on démembre Messire loup. Le monarque en soupa
(Id., VIII, 3).
Après les conseils du renard, et l'acquiescement du lion, on passe immédiatement aux actes, à l'exécution ; d'où nécessité d'un chang-ement de mètre. 11 y a changement de mètre bien que ce soit un octosyllabe, car il a trois mesures. En réalité c'est une sorte d'alexandrin qui arrive, mais un alexandrin dont la 4*' mesure est rejetée par la rime sur le vers suivant. Ce « messire loup » qui est ainsi mis en relief par le vers de 10 syllabes était bien inattendu au commencement de la fable.
Nous venons de rencontrer un vers dans lequel le commencement seul est important ; c'est pour ce commencement qu'a lieu le changement de mètre, le reste du vers est insignifiant. Ce phénomène n'est pas rare chez La Fontaine, c'est même le
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cas le plus fréquent lorsqu'il emploie un vers de 10 syllabes isolé ; cela s'explique fort bien ; une fois qu'il a mis en relief ce qu'il voulait faire ressortir, qu'importe la fin du vers ? En voici d'autres exemples :
Mais après cerlaiii temps souffrez qu'on vous propose Un époux beau, bien fait, jeune, et tout autre chose Que le défunt. Ah ! dit-elle aussitôt