‹ Le vers français, ses moyens d'expression, son harmonieChapitre 51 sur 115 · LES DJINNS · texte numérisé non relu

LES DJINNS

quièmo strophe il reconnaît la cause de ce bruit et prend une détermination relative à sa propre sécurité ; mètre lent de G syllabes.^'Ge sont les Djinns; il les entend de très près, il se lîg-ure même qu'il les voit et il décrit leur vol rapide, tourbillonnant et sirtlant, au moyen du mètre rapide, boiteux et sautillant de 7 syllabes. Les démons approchent toujours. Il les reconnaît avec anxiété et songe précipitamment aux précautions qu'il doit prendre en constatant les eiîets de leur passage sur sa demeure. C'est l'activité fébrile qu'il déploie en ce moment qui explique l'emploi du vers rapide de 8 syllabes ; c'est aussi ce fait que le mouvement des Djinns lui semble d'autant plus rapide qu'il est plus rapproché. Il n'y a pas de strophe en vers de 9 syllabes. Ce vers coupé en 3, 3, 3, fournit un rythme berceur qui ferait ici contresens ; mais en le coupant autrement, par exemple 2, 4, 3, — 4, 2, 3, etc., le poète aurait pu obtenir des effets tout à fait conformes à la situation. Il emploie le vers de 10 syllabes. Le personnage est à peu près en sécurité, tapi au fond de sa demeure; mais les esprits s'abattent sur elle. Il écoute plein d'angoisse et constate ce qu'il entend ; mais chacun de leurs cris, chacun de leurs coups le fait tressaillir. Ce sont ces tressaillements continuels que le poète a bien rendus par la première mesure rapide du vers de 10 syllabes suivie de deux mesures lentes. Cette strophe est le point central de la pièce, et le point culminant du vacarme des Djinns. Le malheureux se croit perdu et dans sa détresse il pousse vivement sa prière à Mahomet, d'où l'emploi du vers rapide de 8 syllabes ; il faut noter qu'en même temps le bruit est moins violent et la fuite rapide commence. Les vers de 7 syllabes qui viennent ensuite peignent cette fuite sautillante et saccadée. Le personnage se rassure, se calme, d'où le mètre lent de 6 syllabes pour constater le départ des démons et le décroissement du bruit qu'ils font en passant. Il entend encore des bruits, mais inégaux et discontinus, d'où le mètre inégal de o syllabes; ce mètre est lent, ce qui concorde avec l'attitude attentive de l'auditeur qui apprécie ce qu'il entend. Le bruit de la troupe n'est plus

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qu'un sourd grondement ; il semble qu'elle fuit plus vite parce que le bruit est continu, d'où le mètre très vif de 4 syllabes (en réalité c'est Téloignement qui empêche de distinguer les divers éléments du bourdonnement). Le bruit devient de plus en plus vag-ue et semble à chaque instant prêt à s'éteindre, d'où le mètre lent de 3 syllabes peig-nant un bruit qui disparaît comme il avait peint au début un bruit qui naît. Enfin avec la dernière strophe en vers de 2 syllabes, très lente, nous retombons au silence et au repos.

Nous terminerons par trois pièces d'un genre plus élevé : VOde à la Colonne, La prière pour fous et Napoléon II, la seconde empruntée aux Feuilles cFautomnc et les deux autres aux Chants du Crépuscule. V. Hugo a composé la première au moment où il était question de faire transporter les cendres de Napoléon sous la colonne de la place Vendôme.

1. — La pièce débute par un développement grandiose sur les origines de cette colonne de bronze et sur les hauts faits qui ont motivé son érection. Le ton épique, c'est-à-dire le rythme de l'alexandrin était tout indiqué. Le poète adopte en effet le vers de 12 syllabes, mais en l'intercalant, tous les deux vers, d'un petit vers de 6 syllabes qui ne change pas le rythme^ mais a pour effet de donner à l'ensemble plus de relief et de mettre particulièrement en évidence les idées qu'il exprime.

IL — Les députés ont ajourné la question; Hugo d'un ton dégagé et ironique rapporte leurs arguments ou ceux qu'il leur prête ; le vers épique ne convient plus ; il emploie le vers léger et rapide de 8 syllabes.

IIL — Puis il se mêle en quelque sorte à leur discussion et leur oppose l'énumération de tous les titres de Napoléon. Pour accumuler rapidement tous ces faits, il faut encore des petits vers rapides ; le vers de 8 syllabes convient seul, car celui de 6 a la même lenteur que l'alexandrin et celui de 10

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