‹ Le vers français, ses moyens d'expression, son harmonieChapitre 52 sur 115 · ODE A LA COLO-NNE · texte numérisé non relu

ODE A LA COLO-NNE

est à peine plus rapide. D'autre part, un vers à noml)re impair de syllabes eût fait contresens par son allure sautillante. Aussi le poète g"arde le même mètre.

IV. — Là-dessus il continue son artrumentation. En somme c'est toujours la même discussion, la même délibération : le ton ne chang-e pas, même si des idées différentes se succèdent. Ce sont deux strophes de vers de 8 syllabes; dans la première il demande si l'on craint que le despotisme de nouveau ne surgît et n opprimât la liberté ; dans la seconde il répond qu'en l'état actuel ce n'est plus à redouter. Entre les deux se trouve une strophe d'un type différent, qui prépare la suivante, mais qui ne fait pas partie à proprement parler de la discussion ; c'est en quelque sorte une parenthèse, une réflexion que fait le poète à part lui, qu'il ne lance pas au milieu de la délibération, mais qui l'amène à la strophe suivante contenant le dernier argument qu'il énonce. Dans cette strophe intermédiaire, l'auteur songe à la force actuelle de la liberté et à la quiétude que lui laisse la vue des trônes et des rois. Pour exprimer cette haute puissance, Hugo a employé le vers épique dans toute la strophe, sauf lavant-dernier vers qui a 8 syllabes et met en relief une antithèse frappante.

V. — La délibération supposée est finie. Le poète ne s'adresse plus aux députés. Il s'adresse à tout le monde pour flageller ces avocats et dire quel eût été l'elTet grandiose et puissant de l'exécution du projet exprimé par les pétitionnaires. Naturellement il reprend pour cela le ton épique dans des strophes construites comme celles du début : 2 alexandrins à rimes plates, un hexasyllabe, puis 2 alexandrins à rimes plates et un nouvel hexasyllabe rimant avec le premier.

VI. — Donc la proposition est repoussée : on ne ramènera pas pour le moment les cendres du grand empereur sous sa colonne de bronze. Le poète alors se tourne vers ces cendres mêmes et s'adresse à elles. 11 leur conseille la patience en une sorte d hvnine vif et léyer.

VII. — Puis il song-e à l'avenir, il espère qu'un jour on sera plus juste, qu'on mettra les restes de Napoléon où ils doivent être et qu'on leur fera les funérailles qu'ils méritent. C'est sur cet espoir qu'il termine et pour l'énoncer, pour le communiquer au grand empereur il prend le g-rand alexandrin en strophes de (i vers dont le dernier est un octosyllabe à relief.

La prière pour tous.

I. — Nous sommes au moment où le jour vient de disparaître faisant place à la nuit et où les petits enfants font leur prière avant de s'endormir. Le poète décrit g-ravement cette heure crépusculaire et envoie sa fille prier. Il se sert, comme il est naturel, du mètre grave et lent de 42 syllabes.

II. — Prier pour qui ? D'abord pour sa mère, puis surtout pour son père ; le poète donne les raisons de ce choix et il les expose gravement sans changer de mètre.

III. — Après son père et sa mère il l'engage à prier pour tous ceux qui emploient mal l'heure de la prière, pour tous ceux qui ne prient pas, pour tous ceux qui sont morts et par conséquent ne peuvent pas prier mais ont besoin des prières d'autrui. Il y a là une longue et rapide énumération ; et, comme nous l'avons vu, ce sont les vers vifs et en particulier celui de 8 syllabes qui expriment le mieux la synthèse et l'accumulation des faits et des idées qu'on énumère ; ce sont des strophes de 10 vers de 8 syllabes.

IV. — Parmi les morts pour lesquels il convient de prier, c'est aux parents tout d'abord qu'il faut songer, avix grands parents, aux oncles, aux aïeux. Il n'y a plus ici une énumération et une accumulation de personnages comme dans la partie précédente, mais il y a en quelque sorte la description de l'état de ces morts dans leur tombe ; aussi le poète reprend l'alexandrin grave et lent.

Page 1