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EXPRESSION DE LA MOLLESSE

lenteur, la mollesse, la langueur ; les consonnes nasales, soit employées seules, soit avec des voyelles nasales, peuvent exprimer de même la douceur, la mollesse, la langueur, la timidité :

Cette heure a pour nos sens des impressions douces Comme des pas muets qui marchent sur des mousses

(Lamartine).

Reposait mollement nue et surnaturelle

(Hugo, Le Satyre).

Elle meurt dans mes bras d'un mal qu'elle me cache,

« dit la nourrice de Phèdre, Œnone, dans un vers sans muscles pour ainsi dire, humide et amolli comme un sanglot, où Fallitération de la consonne m quatre fois répétée a une valeur musicale bien sensible pour toute oreille un peu délicate » (Stapfer, Racine et V. Hugo).

Hippolyte, ô ma sœur 1 tourne donc ton visage. Toi, mon àme et mon cœur, mon tout et ma moitié

(Baudelaire, Femmes damnées) ;

de la répétition des m et des voyelles nasales se dégage une impression de mollesse et de langueur, le ton devient caressant comme un baiser.

Une bouche mutine où la petite moue D'Esméralda se mêle au sourire et se joue

(Th. Gautier, Alherius).

0 mon souverain Roi !

Me voici donc tremblante et seule devant toi. Mon père mille fois m"a dit dans mon enfance Qu'avec nous tu juras une sainte alliance

(Racine, Esfher)

timidité et douceur due à l'union des m et des voyelles nasales, — puis dans le vers suivant Esther hausse le ton parce qu'elle s'enhardit en rappelant à Dieu son alliance et ses promesses.

2° Les deux liquides / et r doivent être à notre point de vue soigneusement séparées. La première /est seule purement une liquide et propre à exprimer la liquidité :

Le f/euve en s'écou/ant nous Zaisse dans ses vases

(Lamartine, Recueillements).

L'immense Mer sommeille. E//e hausse et balance Ses hou/es où le Ciel met d'éc/atants î/ots

(Leconte de Lisle) ;

dans ce dernier exemple le mélangée à peu près régulier des s avec les / peint le balancement, cf. p. 224.

Seul, et derrière /ui, dans les nuits éterneZ/es, Tombaient plus /entement /es p/umes de ses ai/es

(Hugo, Fin de Satan) ;

les/ peignentle glissement ; les occlusives dentales expriment les chutes successives.

La seconde, r, est une vibrante qui se prononce avec un roulement plus ou moins net et plus ou moins fort K Sa valeur n'est pas exactement la même selon qu'elle s'appuie sur des voyelles claires ou aiguës ou bien sur des voyelles éclatantes ou sombres. Dans le premier cas elle exprime plutôt un grincement comme dans les mots (/rincer, briser, crisser, etc. :

Mais la légère meu/'trissure Mordant le cristal chaque jour

(Sully-Pridhomme, Le vase brisé) ;

1. Nous avons surtout en vue ici Vr dental ; l'r grasseyé ne s'articule pas de la même manière, mais les différentes impressions qu'il produit au point de vue expressif, suivant la nature de la voyelle sur laquelle il s'appuie, sont tellement analogues à celles que produit Vr dental dans les mêmes conditions, qu'il n'y a pas lieu de le considérer à part.

EXPRESSION d'un GRONDEMENT 299

c'est le second r de /ucurtrissiire et celui de cristal qui déterminent lu qualité expressive de tous les r de ces deux vers.

Mieux qu'aucun maître inscrit au livre de maîtrise, Qu'il ait nom /^uyz, A/'phé, Ximeniz, Hecerril, J'ai serti le rubis, la perle et le béryl, Tordu l'anse d'un vase et martelé sa frise. Dans l'argent, sur l'émail où le paillon s'irise, J'ai peint et j'ai sculpté, mettant l'âme en péril. Au lieu du Christ en croix ou du Saint sur le gril, 0 honte I Bacchus ivre ou Danaé surprise

^^Heredia, Le vieil orfèvre) ;

M. J. Lemaître a fait sur ces deux strophes dans ses Contemporains, II, 58, des remarques qui ne sont ni très exactes, ni très précises, mais au fond il a entrevu le phénomène et senti l'elfet produit.

LV peut exprimer aussi une sorte de g-rondement aig'u, un grondement qui ressemble à des cris :

Le perfide triomphe et se rit de ma rage

(Racine, Andromaque),

paroles d'Hermione au moment oii Pyrrhus est à Fautel épousant Andromaque ; c'est un grondement commençant en note aiguës.

Mais le plus souvent le grondement est sourd, et dans ce casl'r s'appuie sur des voyelles éclatantes comme dans ^rro^ner, grommeler, et surtout sur des voyelles sombres comme dans gronder, ronron, rauque, ronfler, bourdon, ou du moins les r ainsi placés sont plus nombreux que ceux qui s'appuient sur des voyelles claires et ils donnent la note générale :

d'éclairs et de tonnerres

Déjà grondant dans l'ombre à l'heure où nous parlons

(Hugo, Burgraves, I, 7).

Le camp s'éveille. En bas roule et gronde le fleuve

(Heredia, La Trehbia).

et jeté son corps

Au torrent qui rugit comme un tigre dehors

(Hugo, Burgraves, I, 4).

Au-dessus du toz-rent qui dans le ravin gronde

(Id„ Ibid., 1,2).

Au bruit de l'ouragan courbant les branches d'arbres

{li>.,Ihid.,\,i).

... .les flancs du noir nuage 7?oulaient et redoublaient les foudres de l'orage

(Vigny, Moïse).

Avec des grondements que prolonge un long râle

(Heredia, Bacchanale).

Et le peuple en rumeur gronde autour du prétoire

(Leconte deLisle, La Pas.sion).

LV appuyé sur voyelles graves peut peindre encore d'autres nuances, telles que l'écrasement comme dans les mots écraser, broyer :

Ecraser au dehors le tigre, et la couleuvre Au dedans

(Hugo, Châtiments) ;

un roulement bruyant :

On vous voit moins souvent orgueilleux et sauvage. Tantôt faire voler un char sur le rivage

(Racine, Phèdre).

Le murmure du tonnerre n'étant ni un doux murmure ni un cri aigu, mais un sourd grondement, l'exemple suivant

EXPRESSION d'l'N SOUFFLE 301

de Hugo est manqué, car ses r, ne s'appuyant que sur des voyelles claires, sont tous palataux :

Moi, dont souvent la vie impure et sanguinaire A fait aux pieds de Dieu murmurer le tonnerre

{Burg raves).

3° Les spirantes, comme leur nom lindique, sont toutes propres à exprimer un souffle. Mais les chuintantes ch et j conviennent pour un souffle accompagné de chuchotement :

Gar schone spiele spiel ich mit dir

(GœTHE, Erlkônig) ;

(c'est le chuchotement du roi des aunes) ; tandis que les spirantes labio-dentales / et u ne peuvent exprimer qu'un souffle (mou et sans bruitXou accompagné d'un bruit extrêmement sourd :

Sur leg'roupe endormi de ces chercheurs d'empires Flottait, crêpe rirant, le vo\ mou des vampires

(Heredia, Les conquérants de Vor).

Et la roile /lottoit aux l'enls abandonnée

(Racine, Phèdre).

Voilà le rent quis'élère Et gémit dans le i'allon

(Lamartine, Pensée des morts) ;

les l marquent en outre la liquidité .

L'ancien zépAyr/abuleux Souple avec sa joueen/"lée Au/bnd des nuages bleus

(HuGo^ Contemplations).

302 LES CONSONNEvS

Le moindre l'ent qui d'awenture Faitrider la /ace de Feau

(La Fontaine, I, !22).

Un souplement de /"orge emplit le /"irmament

(Hugo, Suprématie),

souffle accompagné de bruit sourd.

Une flamme quiflotte, qui successivement s'élance et s'abaisse peut être comparée dans une certaine mesure à un souffle et ses mouvements exprimés par le même moyen :

Ce soir je i-egardais Laurence à la clarté Du foyer /lamboyant sur son /ront reflété

(Lamartine, Jocelyn).

Par les /entes des murs des miasmes fiévreux i^'ilent en s'en/"lammant ainsi que des lanternes Et pénètrent vos corps de leurs par/*ums a//"reux

(Baudelaire, Femmes damnées).

Dansles exemples suivants l'accumulation des spirantes labiales fait entendre un souffle dont il n'est pas question dans le passage :

Ave'i-vovi% VM V^énus à Irarers la /brêt ?

(Hugo, Contemplations).

Et le t;alloii, t'oilé de verdoyants rideaux,

Se creuse comme un lit pour l'ombre et pour les eaux

(Lamartine, L'infini dans les deux).

Les spirantes dentales ou sifflantes supposent un souffle accompagné d'un sifflement léger ou violent, ou inversement un sifflement accompagné de souffle ; le sifflement est plus intense avec les s qu'avec les z :

Et les vents ali::és inclinaient leurs antennes

(Heredia, Le Conquérant).

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