EXPRESSION DU SIFFLEMENT
on eût dit les coups d'aile
D'un zéphyr éloigné glis,sant sur des roseaux
(Musset, Lucie).
Jamais rien de leur sein ne soulève un soupir
(Lamartine, Jocelyn),
. . . .mais il n'a pas prévu Que je saurai souffler de sorte Qu'il n'est bouton qui tienne. . . .
(La Font.une, VI, 3).
Pour qui .sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes?
(Racine, Andromaque).
Quel serpent écrasé s'est dressé sous ses pas ?
(Musset, Songe d'Aucfusle).
Elles tracent dans l'air un cercle éblouissant
(Id., Nuit de mai).
. . . .Ainsi la cigale innocente.
Sur un arbuste assise, et. se console et chante
(CiiÉMER, L'aveugle).
Dans les buissons sèches la bise va sifflant
(Sainte-Beuve).
Un bruissement suscitant l'idée d'un léger souffle demandera les mêmes moyens d'expression, et de même le glissement qui est susceptible d'être accompagné de bruissement :
L'Eumolpide vengeur n'a point dans 5amothrace 6'ecoué vers le seuil les longs manteaux sanglants
(Heredia, La magicienne) ;
à l'expression d'un mouvement répété s'ajoute Tidée de bruissement.
Qui montre dans ^es eaua; où le cygne se mire
(Musset, Nuil de mai),
g-lissement doux et régulier du cyg-ne.
Tircis, qui Taperfut, se glisse entre des saules
(La Fontaine, II, 1).
Vers Bubaste ou 5aïs rouler son onde grasse
(Heredia, Antoine et Cléopàtre),
glissement.
Le glissement ou le sifflement peuvent être imaginaires ou métaphoriques :
Les choses qui sortaient de son nocturne esprit Semblaient un glissement sinistre de vipères
(Hugo, La rose de iinfante).
Au point de vue moral l'emploi des sifflantes peut donner lieu à des impressions assez variées. Il y a divers sentiments qui nous causent comme une sorte de frisson et contractent nos organes phonateurs de telle manière que l'air ne peut passer entre eux qu'en produisant une espèce de sifflement. Les sifflantes sont donc propres à suggérer dans une certaine mesure l'idée de ces sentiments, et à devenir, de façon quasi onomatopéique, un de leurs moyens d'expression. C'est l'angoisse causée par la peur ou la tristesse, le frisson produit par le froid moral comme par le froid physique :
J'ai revu Tennemi que j'avois éloigné : Ma blessure trop ^ive aussitôt a saigné
(Racine, Phèdre).
Je sentis sur ma main sa bouche de serpent !
(Hugo, Ruy-Blas).
Ses froids embrassements ont glacé ma tendresse
(Racine, Phèdre).