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I. Ce fut Boileau qui la posa

Dans les vers précités, l'unité vraie n'est pas le nombre conventionnel du vers, mais un arrêt simultané du sens et du rythme sur toute fraction organique du vers et de la pensée. Cette unité consiste en un nombre ou rythme de voyelles et de consonnes qui sont cellule organique et indépendante. Il en résulte que les libertés romantiques, dont l'exagération (plaisante) se trouverait dans des vers comme ceux-ci

les demoiselles chez Ozy

menées ne doivent plus songer aux hy-

ménées

sont fausses dans leur intention, parce qu'ils comportent un arrêt pour l'oreille que ne motive aucun arrêt du sens.

L'unité du vers peut se définir encore : un fragment le plus court possible figurant un arrêt de voix et un arrêt de sens.

Pour assembler ces unités et leur donner la cohésion de façon qu'elles forment un vers il les faut apparenter. Les parentés s'appellent allité-

rations, soit union de consonnes parentes ou assonances par des voyelles similaires. On obtient par assonances et allitérations des vers comme celui-ci :

Des mirages ( de leur visage | garde | le lac ( de mes

[yeux.

Tandis que le vers classique ou romantique n'existe qu'à la condition d'être suivi d'un second vers, ou d'y correspondre à brève distance, ce vers pris comme exemple possède son existence propre et intérieure. Comment l'apparenter à d'autres vers ? par la construction logique de la strophe se constituant d'après les mesures intérieures du vers qui dans cette strophe contient la pensée principale ou le point essentiel de la pensée.

Ce que j'aurais à dire sur l'emploi des strophes fixes, soit les plus anciennes, et des strophes libres serait la répétition de ce que je viens d'énoncer a propos du vers fixe; il est aussi inutile de s'astreindre au sonnet ou à la ballade tra-

ditionnels que de s'astreindre aux divisions empiriques du vers.

L'importance de cette technique nouvelle, en dehors de la mise en valeur d'harmonies forcément négligées, sera de permettre à tout poète de concevoir en lui son vers ou plutôt sa strophe originale, et d'écrire son rythme propre et individuel au lieu d'endosser un uniforme taillé d'avance et qui le réduit à n'être que l'élève de tel glorieux prédécesseur.

D'ailleurs employer les ressources de l'ancienne poétique reste souvent loisible. Cette poétique possède sa valeur et la conserve en tant que cas particulier de la nouvelle comme celleci est destinée à n'être plus tard qu'un cas particulierd'unepoétiqueplus générale ; l'ancienne poésie différait de la prose par une certaine ordonnance ; la nouvelle voudrait s'en différencier par la musique, il se peut très bien qu'en une poésie libre on trouve des alexandrins et des strophes en alexandrins, mais alors ils sont en leur place sans exclusion de rythmes plus complexes...

Nous avons bien en français un accent tonique;

mais il est faible et cela tient à l'amalgame que fit Paris des prononciations excessives et différentes des provinces, les usant pour en constituer une langue modérée, calme, juste milieu, quant au retentissement des consonnes et au chant des voyelles, neutre de préférence à bariolée. Cet accent tonique, qu'on pourrait relever dans les mots, en les laissant immobiles, soit en les citant a la file, en exemples, disparaît à la conversation, à la déclamation, ou mieux, il ne disparait point, mais se modifie. Il y a donc un accent général qui, dans la conversation ou la déclamation, dirige toute une période, ou toute une strophe, y fixe la longueur des valeurs auditives, ainsi que les timbres des mots. Cet accent semblable chez tout le monde, en ce sens que chaque passion, chez tous^, produit à peu près le même phénomène, accélération ou ralentissement, semblable au moins en son essence, cet accent est communiqué aux mots, par le sentiment qui agite le causeur ou le poète, uniquement,sans souci d'accent tonique ou de n'importe quelle valeur fixe qu'ils possédaient en

eux-mêmes. Cet accent cfimpulsion dirige l'harmonie du vers principal de la strophe, ou d'un vers initial qui donne le mouvement, et les autres vers, à moins qu'on ne recherche un effet de contraste, se doivent modeler sur les valeurs de ce vers telles que les a fixées l'accent d'impulsion. C'est cette loi fondamentale que MM. Mockel et de Souza ont discernée à leur tour, en étudiant le rythme poétique et qu'ils dénomment l'accent oratoire.

Une autre différence entre la sonorité du vers régulier et du vers nouveau découle de la façon différente dont on y évalue les e muets. Le vers régulier compte \'e à valeur entière quoiqu'il ne s'y prononce point tout à fait, sauf à la fin d'un vers. Pour nous, qui considérons, non la finale rimée, mais les divers éléments assonances et allitérés qui constituent le vers, nous n'avons aucune raison de ne pas le considérer comme finale de chaque élément et de le scander alors, comme à la fin d'un vers régulier. Qu'on veuille bien remarquer que, sauf le cas d'élision, cet élément, \'e muet, ne disparait jamais même à la

fin du vers; on l'entend fort peu, mais on l'entend. Il nous paraît donc r'ausiblede le scander, en le considérant entre les syllabes environnantes comme un simple intervalle, et en cela nous sommes d'accord avec la déclamation instinctive du langage qui est la vraie base de la rythmique, et même la constitue dès qu'elle se met d'accord avec l'accent d'impulsion qui est son élément de variation, et l'intonation poétique, subordonnée à l'accent d'impulsion, accent et intonation qui comptent, puisque le vers et la strophe sont tout ou partie de phrase chantée et sont de la parole avant d'être une ligne écrite.

En vertu de notre définition, tous les artifices typographiques utilisés pour l'homologation de deux vers (rime pour l'œil) sont d'un coup écartés. Le poète parle et écrit pour l'oreille et non pour les yeux, de là une des modifications que nous faisons subir à la rime, et un de nos principaux désaccords d'avec Banville, car notre conception du vers logiquement mais mobilement vertébré nous écarte tout de suite et sans discussion de cet axiome « qu'on n'entend dans le vers que le

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mot qui est la rime ». Il est vrai que Banville possédait une façon féerique et charmante de dire les choses, qui enlève de la rigueur à ses axiomes, surtout quand il les formule si nets et si courts; quand il est certain d'avoir enclos une loi scientifique dans la brièveté d'un verset de décalogue, c'est le plus souvent un trait heureux qu'il nous a donné. C'est ici le cas. Je veux bien que l'auditeur bercé par un grand discours en vers, surtout déclamé au théâtre par des gens qui disent mal, se raccroche aux rimes, pour distinguer si l'on entend des vers ou de la prose, et c'est vrai pour le vers pseudo-classique. Un continuateur de Banville pourrait m'objecter qu'avec le vers libre la difficulté ne lait que changer et que l'aphorisme de Banville demeure entier : soit: si levers pseudo-classique ou le vers romantique faible ne se distingue que par la rime, et peut être confondu avec de la prose, le vers libre, plus flottant, pourra être confondu avec une prose poétique, rythmée et nombrée, avec une sorte de musique. Qu'on en convienne, cela serait déjà mieux, et remplirait davantage notre

but. D'ailleurs nous ne proscrivons pas la rime; nous la libérons, nous la réduisons parfois et volontiers à l'assonance; nous évitons le coup de cymbale à la fm du vers, trop prévu, mais nous soutenons notre rime telle quelle par des assonances, nous plaçons des rimes complètes^ à rintérieur d'un vers correspondant à d'autres rimes intérieures, partout où la rythmique nous convie à les placer, la rythmique fidèle au sens et non la symétrie, ou, si vous voulez, une symétrie plus compliquée que l'ordinaire.

La rime et l'assonance doivent donc être des plus mobiles, soit que le poème soit conçu en strophes fermées, ou qu'on utilise la formule dénommée depuis laisse rythmique ou parfois strophe analytique dont le premier exemple se trouve dans les Palais Nomades, celle qui se rapproche le plus des discours classiques, la plus propre à un long énoncé de sentiments, ou bien qu'on emploie la brève évocation des lieds.

Nous ne distinguerons pas d'autres modules de strophes. Le vers libre est essentiellement mobile et ne doit point codifier de strophes. C'est

l'accent d'impulsion et son appropriation à l'importance, à la durée du sentiment évoqué, ou de la sensation à traduire qui en est la déterminante.

Les poètes du vers libre ne doivent point calquer leurs strophes sur celles dont ils se sont donnés eux-mêmes le modèle. Évidemment à mouvement semblable, strophe semblable, mais la règle ne doit pas aller plus loin, elle doit être élastique et flexible.

Un mot encore sur la technique. Des grands vers dépassent le nombre de douze syllabes ; et pourquoi pas ? Pourquoi la durée serait-elle restreinte à douze,à quatorze syllabes ? Sans admettre que le vers devienne un verset complet, et là le goût et l'oreille sont suffisants pour avertir le poète, on peut grouper en un seul vers trois ou quatre éléments ayant intérêt à ce que leur jaillissement soit resserré. Le vers obtient ainsi une valeur résumante,analogueà celle du dernier vers de la terza rima, mais plus réel, plus obtenu au moyen du vers même, sans ressource empruntée à la typographie, ou au point d'orgue de la ter-

minaison de poème. Évidemment il y aurait bien des menues difficultés à élucider, mais ce serait une prosodie, et je n'en veux point faire une ici.

D'ailleurs faut-il une prosodie ?

Oui, sans doute, pour se conformer aux usages et se cramponner (c'est notre devoir) à la tradition.

Mais la faut-il tout de suite ?

Peut-être que non ! on ne saurait dire le plus tard possible, mais pourtant on en aurait bien envie. 11 semble qu'une prosodie complète bien faite serait lourde à porter. En tout cas, ne nous dissimulons pas qu'elle serait fort difficile à faire, car les cas de rythmique, choisis déjà dans la langue par les vers-libristes, sont nombreux, il en est de ténus, de délicats, il en est d'éphémères. La poésie traditionnelle a créé une foule de rapports constants, qui sont justement de par là-même, tantôt exacts, tantôt trop accusés, et deviennent brutaux et tyranniques. Cet aspect de zinc d'art qu'on prend ou qu'on veut faire prendre souvent pour du marbre (« marbre, airain, pureté, montrez voir ? » disent Vildrac et

Duhamel) tient à cette exagération de l'emploi de moyens constamment employés: à cette utilisation hors de propos d'une ressource utile dans un cas particulier, et à cette utilisation répétée tient cet aspect de littérature à bras tendu et à bras fatigué qu'offre trop souvent le poème en vers réguliers et surtout à strophes fixes. 11 serait bon que nous demeurions encore quelque temps très libres, sans lisières ; on n'en a pas besoin Donc pas encore de prosodie, à peine une poétique, et mieux encore, simplement, des réflexions personnelles sur la technique. Je sens bien qu'en fm de compte il faudra faire une prosodie, mais ne sera-ce point plutôt pour répondre à des objections, pour convaincre des adversaires, pour la propagande pour ainsi dire!

Ce n'est point que je ne saisisse l'intérêt et le mérite des efforts tentés pour expliquer scientifiquement le vers libre.Dès les premiers jours, forts de la vérité de l'instinct lyrique, nous avons dit que les travaux de laboratoire donneraient -raison à nos théories, et l'on ne peut que savoir gréa Robert de Souza de son application à en

essayer la laborieuse confirmation. Sur ce terrain même, on verra certainement avec le temps, se produire d'autres recherches, d'autres comparaisons,d'autres études de scansion. Tous cesefforts partiels tentés scientifiquement convergeront à justifier la dernière synthèse du rythme poétique.

Peut-être cela se produira-t-il assez rapidement ! On ne le saurait prévoir. IVlais ily a intérêt à ce que parmi les poètes, surtout parmi les plus jeunes, ceux qui ayant trouvé le vers libre installé, et vis-à-vis de lui, en excellente posture, la réaction parnassienne, ou le Parnasse renouvelé et progressiste (comme vous voudrez) qu'on lui opposait, quelques-uns des plus doués aient choisi le vers libre.

Ils s'en sont donné des raisons. Ils l'ont fait à leurs risques et périls, très consciemment, car on ne renonce pas sans motifs à tous les menus avantages, à toutes les facilités d'accès, à toutes les primes dont bénéficient les poètes à vers obstinément réguliers. Ces jeunes écrivains sont donc très intéressants à consulter de ce chef et

c'est une excellente initiative qu'ont prise Vildrac et Duhamel de nous renseigner sur ce qu'ils trouvent de bon chez les premiers vers-libristes, et de nous indiquer non seulement comment ils les comprennent, mais ce qu'ils y ajoutent et quelle est pour eux la suite logique du principe.

Naturellement ils ne formulent pas de règles nouvelles. Ils s'en garderaient bien: ils ont trop foncièrement compris notre conseil de liberté et de franchise vis-à-vis de soi-même. Us concluent comme nous que le poète doit plus de confiance à son oreille qu'à l'institut phonétique et ils terminent comme nous, et aussi comme Banville (la vraie tradition est sacrée à tous les bons esprits) : mais d'abord il faut être un poète. Dans le détail ils semblent surtout accentuer nos libertés, et c'est en ce sens que leur apport compte.

Nous avons donné à Ve muet une valeur variable d'intervalle ad libitum. Ils le constatent et ajoutent : « Cette grande élasticité a transformé l'ancien obstacle en un précieux instrument » et c'est vrai. Nous avons souvent rimé par des mots consonnants semblablement mais à voyelles

finales différentes : «Jules Romains tendrait à codifier qu'il faut mettre à la place de la rime un rapport de sonorité plus inédit, plus frais, plus approprié aux circonstances métriques. » C'est dire, en somme, qu'il suffit de suggérer la rime pour qu'elle existe, et cela est vrai ; les poèmes libres en offrent de nombreux exemples.

Nos jeunes confrères indiquent dans leur désir d'un instrument rythmique plus libre qu'il est inutile d'attribuer un sexe aux rimes, ils expliquent comment on peut dissoner sur les vieilles habitudes en prolongeant les masculines sur les féminines pour résoudre au gré de l'alternance classique, mais au moment choisi par le poète, ce qui donne un effet agréable de surprise euphonique ; ils citent les allitérations et les arabesques de voyelles, et signalent l'existence d'équilibres phonétiques, plus curieux parfois que l'allitération et l'assonance pure (l'allitération qui n'a pas l'air d'allitérer). .. bref tous moyens employés pour remplacer une symétrie au métronome, dure et pesante, par une symétrie très complexe, consistant non point dans la

^à LE VERS LIBRE

répétition régulière en coups de marteau de forge des mêmes sonorités, mais dans des effleurements ingénieusement variés des sonorités semblables à des intervalles dictés non plus par l'arithmétique, ou plutôt la numération, mais par un instinct de musicien qui manierait tantôt des leitmotiv, tantôt des rappels de timbre. Sous l'appel de l'émotion, les leitmotiv peuvent être précipités, ainsi on peut rimer en fm de vers et de la même rime une strophe ou diluer les rappels de sonorités à intervalles lointains dans le corps du poème, selon le sens et le goût, surtout d'après le sens (les rappels pour le sens sont nécessaires), mais aussi en arabesque, selon les timbres, les consonnances, les allitérations;, au gré du poète, à distance du machinalisme et de l'écholalie.

Observons que si la méthode rythmiquea changé cela ne procède point seulement d'une volonté de varier les rythmes et les timbres du chant, mais encore d'une façon nouvelle d'envisager (à côté de l'unité rythmique), l'unité de beauté du vers.

La poésie doit chanter sous peine de n'être point la poésie. Elle doit former son tissu avec des comparaisons. Qu'est-ce que le poète sinon celui qui transpose dans le domaine intellectuel tous les faits et toutes les sensations qu'il connaît et qu'il ressent. Pour transposer il a recours a la métaphore. Une poésie n'est qu'une suite de métaphores, une suite logique certes, mais il y a plusieurs façons d'être logique. On peut déduire la métaphore, la détailler, l'expliquer tout entière, ou la faire apparaître sous des aspects divers, sur des plans variés.

Théophile Gautier, que nous aimons et connaissons plus et mieux que les fils de Parnasse, disait : « Je vois le monde extérieur et j'écris des métaphores qui se suivent. » Nous, nous avons cherché à voir le mieux possible le monde extérieur, à traduire quelques nuances, (le plus possible) du monde intérieur, ce qu'on en peut saisir, chacun dans les limites de ses forces, et nous avons cherché à créer des métaphores qui s'engendrent les unes les autres ; nous n'avons pas souvent tenu à les exprimer entièrement mais pour

t^S LE VERS LIBRE

ainsi direà les citer, à les énumérer. Plutôt que de donner toutes les racines et toutes les lignes d'une métaphore, nous préférons évoquer toute la série mobile des métaphores qu'une sensation entraîne avec elle, encore une fois, dans les limites de nos forces. Et d'ailleurs il faut toujours dans cette évocation multiple, qui fait la marge de rêverie de nos poèmes, et leur donne ou veut leur donner un accent prolongé (ainsi seulement la métaphore est complète, comme un accord n'est complet qu'avec son prolongement) donner quelque vibration qui émane du texte sans y être absolument énoncée, ou tout à fait épuisée. C'est ce qu'on nous a parfois reproché en nous disant que nous manquions de carrure, que nous n'appuyions pas assez, mais quand on nous accordait la carrure (que nous savions obtenir aussi) on nous jetait à la tête la monotonie de nos moyens, et si c'était trop étrange, on se rattrapait en nous rejetant à la tête les rythmes boiteux. Le rythme était boiteux parce que non régulier. Les intéressés préféraient dire boiteux au lieu de dire li bres. Il y a dans cette dififérence d'expression toutes nos

différences de théories, aussi ne fûmes-nous jamais affligés lorsque ce reproche nous futadressé. même pour la première fois, et depuis cette première fois, nous nous sommes très aguerris.

Des poèmes furent dits alors excellemment par ^mes Marie Marcilly et Cecilia Vellini, par MM. Paul Rameau et Edmond Menaud. Des mélodies furent chantées par le compositeur Michel- Maurice Lévy, poèmes et mélodies accompagnées de quelques commentaires inutiles à publier ici., Puis vint la conclusion de la conférence.

Et maintenant, mesdames, messieurs, je vous remercie de l'accueil amical et patient que vous avez fait à mes théories, des applaudissements que vous avez bien voulu donner à mes vers et dont je reporte la plus grande part à leurs excellents interprètes.

S'ilm'étaitpermis de désirer qu'uneimpression, entre autres, vous restât de cette causerie c'est que ce qu'il y a de plus essentiel dans le vers

libre c'est sa liberté. C'en est le principe même. Chacun doit trouver en lui-même sa force rythmique.

Le grand maître de prosodie c'est la vie, ses enseignements se trouvent dans la pensée et dans la passion. Tous les peuvent entendre ; les lettrés y doivent trouver les moyens de donner la forme stricte de leur idée, les sentimentaux la forme de leur rêverie.

J'ai la certitude que le vers libre durera parce que libre et à cause de cette élasticité qui lui a permis dès le ciébut de s'enrichir de toutes les améliorations, je ne dis point seulement de beauté mais de technique que lui apportaient dès la première heure avec leur génie propre, d'abord Jules Laforgue, mon frère d'armes des temps de jeunesse, puis les Vielé-Griffin, Mockel, Verhaeren, Régnier, Stuart Merrill, Saint-Pol-Roux, Ferdinand Hérold, Henry Bataille, Paul Fort, Marinetti, Fontainas, Edmond Pilon, Klingsor, George Périn, Souza, Albert Saint-Paul. Roinard, et tant d'autres, — bref les premiers en date de toute la belle pléiade de poètes du Mercure de

France, cette Revue qui a commencé presque comme la Vogue, qui a grandi comme la Revue des Deux-Mondes et qui enfin vient d'entrer un peu à l'Académie Française.

A ces poètes se sont joints, et toujours apportant des nouveautés de rytlime et d'idées, toute cette autre jeune pléiade des Vildrac, A. Mercereau, Arcos, G.-Ch. Gros, André Spire, Fernand Divoire, Castiaux, Martin-Barzun, Georges Gaudion, Louis Mandin et leurs amis ardents et pleins de talent qui s'unissent fraternellement à leurs aines dans la largeur même du principe.

C'est l'adhésion de ces jeunes groupes qui fortifie notre confiance dans l'avenir, comme ce sont les paroles de sympathie qu'ils nous ont apportées a propos de nos poèmes qui nous font croire que notre temps n'a pas été tout à fait perdu.

D'autres encore viendront qui apporteront, qui doivent apporter du neuf, qui doivent servir la cause de la liberté esthétique, et nous les attendons, et certes je ne serai pas le dernier à m'en réjouir 1

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