‹ Le Vertige, comédie en 1 acte, en versChapitre 12 sur 22 · SCÈNE 81X1ÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE 81X1ÈME

Et qu’au besoin, Madame, en étant près de vous,

Je peux prendre aisément d’un sentiment plus doux.

MARIE, debout, d’uue voix saccadée, contenant sa frayeur.

Je ne m’arrête pas à l’affront qui me blesse,

Et je vais droit au but. Soit penchant, soit faiblesse, Un jour en vous voyant malheureux, j'ai pensé Que vous étiez sincère, et n’ai pas repoussé Vos assiduités, Monsieur, je le regrette!

Il faut tout oublier, les rêveurs tête-à-tête Dans l’angle des salons, les regards, les moments De crédule abandon, les aveux, les serments,

Le fol espoir qu’en vous j’ai peut-être fait naître, J’étais coupable alors et je ne veux plus l’être ! — Ainsi n’attendez rien. — Il m’a suffi de fuir Paris et ses dangers pour voir s’évanouir De mon esprit l’attrait d’une triste aventure,

Pour rentrer en moi-même, et sentir la souillure De ces rêves malsains, pleins de duplicité,

Dont je berçais mon cœur, moins que ma vanité !

Si je me suis penchée un instant sur l’abîme,

J’ai du moins mesuré la profondeur du crime —

Je ne veux pas tomber ! — C'est pourquoi désormais Laissez-moi le front haut suivre ma route en paix,

En mon destin d’épouse humblement retirée.

Digne de moi, des miens, et de tous honorée !

Abel, je vous fais mal, je vois, mais en tenant Ce langage, je suis sincère... et maintenant Partez !..

P A B RL, avec amertume.

En vérité, ce que je viens d’entendre.

Tombant de votre bouche aurait lieu de surprendre Un cœur à vos pensers moins familier que moi,

Et je perdrais courage à vous voir sans émoi Traiter un sentiment comme chose frivole,

Briser une espérance avec une parole

Et marquer quant à moi votre peu de souci Si je ne devinais, quand vous parlez ainsi,

Quel trouble, quelle peur, quelle secrète ivresse En me voyant ici vous brise et vous oppresse !

Si je ne comprenais que l’austère détour

Que vous prenez vous pèse, et qu’enfin votre amour

Que vous vous efforcez de combattre, Madame,

Vaincu sur votre lèvre est vainqueur en votre âme !

MARIE

Vous vous trompez.

ABEL

Non pas ! Tout vous dénonce, tout.

La pâleur de vos traits, votre esprit qui résout Le présent, votre air froid, votre hauteur extrême,

Et le feu qui se glisse en vos paroles même!

Car lorsque pour chasser mon espoir vous usez De grands mots, vos regards semblent me dire : « Osez ! »

MARIE, passant à droite.

Brisons ; c’est m’offenser. Monsieur, que de poursuivre.

ABEL

D’où vous vient ce dédain ?

MARIE

De mes devoirs à suivre.

ABEL

Plus d’une fois pourtant vous m’avez écouté.

MARIE

Ma faiblesse en ce cas fut une lâcheté.

ABEL, tristement.

Mais je souffre...

MARIE

Oubliez.

ABEL, à voix basse.

Je ne puis.

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