‹ Le Vertige, comédie en 1 acte, en versChapitre 14 sur 22 · SCÈNE SIXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE SIXIÈME

Et n’ai pas, comme vous, assez d’amour au cœur Pour marcher dans la boue avec un ris moqueur !

Elle s'assied.

ABEL, avec triste ss 3 près d’elle, derrière.

Qu’à plaisir vous rendez votre hauteur pesante ! Marie, est-ce bien vous que je vois méprisante? Est-ce vous, dites-moi, qui me faites souffrir,

Vous, dont j’ai pris les mains, dont j'ai vu s’attendrir Le cœur, dont si souvent je 6s d’une parole Rougir le pâle front sous sa blonde auréole?

MARI E, avec prière.

Taisez-vous ! . .

A BEL

Tout cela s’est-il évanoui De votre mémoire ou flétri dans votre âme?

MARIE, avec effort.

Oui.

Et de mon cœur en paix je suis seule maîtresse.

ABEL

Vous n’avez donc pour moi plus aucune tendresse?

MARIE

Non !

ABEL

Vous mentez!

MARIE, à part.

Ciel!

ABEL, avec joie.

Vous m’aimez!..

MARIE, te levant pour échapper -A Abel.

Je ne sais pas !

ABEL, 1* étreignant avec umour. *

Oh ! laisse-moi t’aimer, t’entourer ici-bas

Mario, Abel.

De tout ce que l’amour a d'ineffable joie!

Oh ! laisse-moi saisir l’avenir qui flamboie Sous mes yeux, et surprendre avec un soin jaloux Tes désirs sur ton front mélancolique et doux l Regarde cette mer, cette lune inondante De clarté, vois ce ciel, cette nature ardente !

Dis-moi, n’entends-tu pas de cette immensité Tomber un cri d’amour sur ton cœur enchanté?

Oh ! laisse-toi chérir !

MARIE, avec égarement.

Non !

ABEL

Puisque enfin tu m’aimes.

Consacre d’un seul mot nos visions suprêmes,

Permets que je me lie à ton destin, permets Que je mêle ma vie à la tienne !..

MARIE, le repoussant.

Jamais !

Elle fait quelques pas en avant de la scène comme affolée. — — Abel tombe à gauche sur un siège avec abattement.

A part, sur la droite.

— Ah! j’étouffe à la fin dans mon devoir austère Et sens que je n’ai plus la force de me taire!

Je l’aime! je faiblis, j’ai trop longtemps lutté Et, pour un vain honneur, souffert et végété....

Je veux vivre, je veux de l’air, je veux l’espace!

Laisser s’évanouir le passé qui s’efface.

J’ai bien le droit d’aimer !... oui! mais la honte, mais Le mari, les parents, l’opprobre!... Eh bien ! après?

Si quelqu’un m’a ravi la moitié de moi-même,

Est-ce ma faute à moi? Pourquoi rougir si j’aime!...

Ello so retouruo et va vers Abel.

Ne pleurez plus!

ABEL, ivre du joie, toujours assis.

Comment!...

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