SCÈNE HUITIÈME
Qu’au reste je connais depuis plus de six mois, J’épiais vos propos, j’entendais votre voix;
Et pour la dignité de toute une famille,
C’est moi, qui, de ce lieu, viens d’éloigner ma fille, Vos plans sont déjoués — maintenant qu’espérer ? Faire un scandale en vain, flétrir, déshonorer Une femme affolée et que je dots défendre?. ..
Non, n’est-ce pas? N’ayant sous ce toit, qu’à répandre Un mal dont rien de bon pour vous ne peut sortir,
Je crois que, sans tarder, vous devriez partir;
Ce n’est pas que ces mots vous en fassent demande ;
Vous savez comme moi ce que l’honneurcommande.
ABEL
Il suffit..
Fausse sortie.
Eh bien ! non !
MON T AL, stupéfait.
Vous restez! Se peut-il !
ABEL, avec emportement.
Ce serait trop commode et vraiment trop subtil De m’éloigner ainsi — Que je sois, à cette heure,
Ou misérable ou fou — qu’importe, je demeure!
Que mon amour au moins se brise avec fracas,
Et que l'honneur de tous s’écharpe à ses éclats !
Dût chacun me haïr! Dût la femme que j’aime Ajouter son mépris au mépris de moi-même,
Et dussé-je appeler le deuil sur la maison Je ne sors pas d’ici !
MONT al \
Partez, de grâce !..
ABEL
* . . Non !
* Montai, A hel.
MONTAL.
Mais c’est lâche action...
ABEL
Que l’amour légitime !
L’amour excuse tout, oui tout!
MONTAL, frai Jument.
Même le crime 1
ABEL
Dites, dites, Monsieur ; en telle extrémité,
L’insulte pèse peu.
MONTAL, amèrement .
Comme la probité !..
Ah! je vous supposais dans mon esprit crédule,
Monsieur, plus de noblesse, au cœur plus de scrupule, Vous montrez à quel point ma raison m’a trompé Je me suis, je le vois, étrangement dupé.
Quand je vous crus une âme à toute épreuve, fière.
Et pleine des devoirs dont vous faites litière !
Avec indignation et l'écrasant du regard.
Et vous dites aimer ! c’est aimer, que venir Chez la femme d’un autre afin de l’avilir.
Qu’user pour la tromper de paroles de flamme,
Avec de fausses clefs pénétrer dans son âme,
Et de ce qu’elle est faible et presque à l’abandon,
Lui voler son honneur ! C’est aimer ! — Allons donc !
Ce n’est pas de l’amour que telle félonie,
Cela change de nom, c’est de l’ignominie!
L’amour c’est le respect de l’objet adoré,
L’attachement loyal, le dévouement sacré,
Et bien plus, lorsqu’il faut qu’un devoir s’accomplisse,
C'est l’abnégation, et c’est le sacrificel
Qui vous donne le droit de l’invoquer ainsi?
Ce n’est que pour un rapt que vous veniez ici.
Tenez, faites moins haut sonner votr e tendresse,
Ce qui vous monte au cœur, c’est un flux de bassesse !!
* Abel, Montai.