SCÈNE HUITIÈME ABEL
Ah! c’en est trop, Monsieur. — Un tel emportement Est peu fait pour calmer mon propre égarement.
C’est dépasser le but et combler la mesure...
MON T AL, s’animant.
Que de vous étaler toute votre imposture «
ABEL
Vous me poussez à bout.
MONTAL.
J’ai pour vous du mépris.
ABEL
J’en ris et je vous brave...
MONTAL.
Et moi je vous flétris!
ABEL
Prenez garde. Monsieur...
MONTAL.
Assez! quittez la place
Ou craignez un affront.
ABEL
Je reste !
MONTAL.
Je vous chasse!
ABEL
De chez elle !
MONTAL, s'animant de plus en plus, et avançant la main vers une sonnette au fond de la scène.
Vraiment, vous perdez la raison.
Je vous chasse du droit de maître de maison !
ABEL
Faites ! puisque à tout prix vous cherchez un scandale !
Montai, Abel.
M 0 N T À L , avec un cri de désespoir.
Un scandale !!!
S’asseyant à gauche.
Ah ! douleur ! Tenez, mon âme exhale Sa colère en propos insensés, en effet. —
Je suis père, pardon ; on ne sait ce qu’on fait En de pareils moments; la tête tourne, on souffre,
Et le trouble vous prend étant si près du gouffre ! Voyez-vous, dans ce monde où tout n’est qu’impudeur, L’honneur de nos enfants, leur vertu, leur candeur Sont la seule flerté de nos vieux ans arides,
Et la couronne d’or que Dieu met sur nos rides !
Partez ! je vous supplie !
U se lève.
Mouvement d’Abel.
Oh! n’entendez-vous pas.
L’envie insultant ma fille, attachée aux pas De cette enfant, et qui, des ongles la déchire?
— Pour vous faire céder, je ne sais que vous dire Enfin ! pour la sauver unissons-nous tous deux !
Voyant qu'Abel reste immobile et silencieux, il se dresse terrible et d'une voix sourde.
Mais c’est donc le mépris que pour elle tu veux ?
ABEL, baissant la tête, entre ses dents.
Je l’aime!
MON T AL, avec égarement en lui saisissant le bras.
Malheureux ! sais-tu que l’honneur porte L'homme au crime ?
ABEL
Je l’aime !
Morte?
MONTAL, avec un ori terrible.
Eh bien! tu l’auras mcrte!
ABEL) terrifié, s’écartant de Montai.