‹ Le vertige: comédie en un acte en versChapitre 7 sur 24 · SCÈNE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE DEUXIÈME

Et de porter au bal son humeur vagabonde! —

— En prenant un époux on épouse le monde ; Et c'est rendre le but de l'hymen amoindri

De vouloir qu'il n'apporte aux femmes qu'un mari ! J'observe mes devoirs, mais je les assaisonne D'un bon éclat de rire, en ne gênant personne. C'est toute ma morale; elle est simple, en tout point Hygiénique et peut donner de l'embonpoint!

Se renfermer chez soi comme l'épouse antique, Être l'ange gardien du foyer domestique, C'est s'exposer, ma chère, à. dessécher d'ennui ; Et d'ailleurs, ce n'est plus dans l'usage aujourd'hui.

MONTAL, au milieu, avec ironie.

Rester à la maison, être simple et tranquille, Fi doncl Heurter la model et que dirait la ville?

— Le goût de ces vertus depuis longtemps est mort, Et l'on ne peut vraiment, par notre siècle fort,

Être épouse rigide et, comme une Romaine, Garder le gyn^ée et filer de la laine ! ...

YVONNE

Certainement, Monsieur, — chaque époque a ses mœurs. Laissons aux anciens leurs austères pudeurs, Le maussade devoir qui n'est qu'une folie.

Soyons du temps! allez! — Do nos jours, Cornélie Q,ui montrait ses enfants en disant : a Mes joyaux! ■ N'aurait sans doute pas trouvé des mots si beaux; Elle aurait de bijoux paré son cou de neige EX fourré sans façon les Gracques au collège ! . ..

MARIE, en riant, à son père.

Et la chaste Lucrèce, à ton œil étonné.

Du soir jusqu'au matin aurait cotillonné !

MONTAL, & part.

Ma fille aussi !

Yvoune, Montai^ Marie.

Haat) souriant.

Je suis de Tavis de madame, Soyons du temps. — Ces gens de Rome qu'on acclame Ne sont plus. — Lsissons-les, et suivons le courant De notre âge, qu'il soit fleuve calme, ou torrent! Imitons le voisin, — et, puisque c'est la mode, Usons des libertés dont chacun s'accommode. — Rions ! A bas le masque, et comme les moutons De Panurge, morbleu! si Ton saute, sautons.

— Nous n'avons pas, je crois, la prétention folle De redresser l'époque avec notre parole. —

£h bien, amusons-nous! faisons comme elle alors:

— On vit chez les vivants et non pas chez les morts. — Elle se perd, dit-on, s'avilit, se ravale

Et court échevelée ainsi qu'une cavale, Tmitons-la, qu'importe? Et remettant aux sots Le soin de s'indigner, hissons-nous sur son dos, Et cassons-nous les reins de la belle manière!

YVONNE, à MoDtal, en souriant.

Très-moral..

Allant à Marie.

Venez-vous ce soir chez les Falguière?

MARIE

Non.

YVONNE

Ce n'est qu'un thé.

MARIE

Non.

YVONNE, insistant

Venez on dansera, Verneuily vient, Abel de Fageac y sera...

An nom de Fageac, Montai, qui avait fait qjielques pas au fond de la scène, revient bnisqiiemcot.

SCÈi'^e DRUXIÂMË 9

MARII *.

Fageac?

YVONNE

Oui.

MARIE, troublée.

Ce n*est pas possible qu'il y vienne.

MONT AL, obserrant Marie à droite. — A part.

Sa voix tremble.

YVONNE

Pourquoi ?

MARIE

Parce qu'il est à Vienne.

MONTAL

A son poste, madame.

YVONNE, riant.

Il est à Nice I

MARIE, à part.

Abell

MONTAL souriant, à Yvonne

Non.

YVONNE

Mais si! Tout à Theure, en sortant de Phôtel, Je l'ai VU.

MONTAL.

Croyez-vous ?

YVONNE

Vous comprenez, Marie, Je le connais !

MARIE

J'étouffe !

Pour éviter le regard d Yvoaae elle toumo la tête vers la droite, mai« rencontre celm de Montai; troublée elle recule.

Yvonne, Marie, Montai

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MONTAI, à part observant Marie.

Elle n'est pas guérie !

YVONNE

Nous avons cet hiver, tous deux, assez valsé ! Voyons, venez ce soir...

MARIE, en montant la scène.

Non.

r VON NE, insistent.

Venez.

MARIE

Je ne sais.

Avec un sourire forcé.

Allons sur la terrasse en attendant; la brise Y vient...

YVONNE, avec gaieté en la suivant.

Allons!..

MARIE

Ici l'on suffoque 1

Elles sortent, Montai sur la droite les observe*

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