‹ Le vicaire des Ardennes publChapitre 28 sur 46 · LE TIC AIES · texte numérisé non relu

LE TIC AIES

La jeûné fille apparut au marquis, décorée de tout le lustrô des vertus , et personne ne pouvait détruire cette idée, en révélant la faute de Joséphi ne, car personne n'en était instruit, et nul , en la voyant , n'aurait imaginé qu'à quinze ans elle avait cru aimer, et qu'elle fût trompée par les premiers avis des sens.

Joséphine n'était heureuse qu'avec sa nourrice ; et , par la manière dont Marie compatissait aux peines de sa fille de lait , on eût dit qu'elle était instruite des secrets importans qui causaient les larmes de la jeune fille. Quoiqu'il en soit , la beauté de Joséphine, et avant tout, son heureux caractère séduisirent M. de Rosann s les soins qu'il prodigua , les hommages qu'il offrit , ses attentions furent reçus d abord avec indifférence , pui* avec le sourire de l'amitié. Enfin ,

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reconnaissant dans le marquis quelques-unes des qualités dont elle était idolâtre, mademoiselle de Yaucelle consentit à l'épouser , en ne le regardant que comme un ami véritable.

On voyait que le cœur de cette jeune fille ayant déjà été entraîné, détrompé, elle considérait cette union comme un port de refuge, pour une âme qui n'avait pas encore rencontré et qui désespérait de trouver l'être qui devait lui plaire. Ils furent mariés en secret, et cette cérémonie touchante, célébrée au milieu de la nuit , dans la chapelle ruinée du château, fit verser bien des larmes à la jeune fiancée : mais depuis son mariage sa mélancolie cessa par degrés, ne reparut que par instans , et elle finit par mettre tous ses soins à rendre heureux lemarquis de Rosann.

Marie ayant toujours refusé de

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suivre la marquise, n'eut d'autre ambition que dctrc concierge au château d'Àulnay , où elle voulait mourir au service de sa fille de lait.

Ce château était à dix minutes de chemin d'Àulnay-le-Vicomte ; une belle avenue de quatre rangs d arbres conduisait à une énorme grille de fer , de chaque côté de laquelle étaient deux jolis bâtimens en briques. L'un formait l'habitation de Marie , 1 autre celle des jardiniers.

A cette porte , commençait une longue prairie terminée par le château dont la vueembrassait tout le village. Par la seconde façade , on jouissait de l'aspect des jardins anglais , du parc, des bois du domaine, et des ruines romantiques de l'ancien castel situé sur un petit lac. Toutes ces circonstances contribuaient à rendre ce séjour délicieux. Le châ-

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tcau moderne avait été bâti par le père du marquis: il se trouvait assez grand pour recevoir des amis, et pas assez vaste pour devenir triste dans la solitude.

Comme je l'ai déjà dit , cette terre rappelait trop de souvenirs à la marquise, pour qu'elle manquât de venir l'habiter dans la belle saison; quant au marquis, il s y rendait lorsque ses a flaires le lui permettaient

Cinq heures sonnaient à l'horloge de la paroisse: en ce moment, Marie était assise au pied du lit de sa fille.

Les chagrins, encore plus que lage, ont vieilli cette pauvre nourrice; ses cheveux sont tout blancs, et des rides nombreuses sillonnent son visage. Ses lunettes sur le nez , elle s'imagine tricoter un bas bleu à large bord blanc qu'elle tient dans ses mains, mais à chaque minute, ses t. i. 7

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veux sont levés sur sa fille, elle soupire, et de grosses larmes tombent sur son ouvrage. Quoique la fièvre de Laurette vienne de cesser, un reste de délire se promène encore dans son imagination affaiblie. Elle croit voir celui quelle aime , ses yeux s'animent d'une flamme renaissante et elle dit :

— Robert, attends-moi, nous allons ensemble aller cueillir des fleurs à ma mère. . .

Puis elle se tait, mais bientôt retombant dans d'autres souvenirs, elle tourna sa tête du côté de sa mère :

— Vois-tu , reprend-elle en élevant ses bras vers la croisée, vois-tu, ma mère?., il part !... il me fait son der- # nier signe de main! ses yeux me disent qu'il m'aime., qu'il ne m'oubliera pas... Pauvre Robert! quand te reverrai-je?...

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— - Lui ! et toujours lui ! murmura Marie, en fixant les colonnes torses de sa table vermoulue.

— Ma mère , dis-moi qu'il n'est pas mort? 's'écria la jeune fille d'un ton de voix déchirant; ou bien, a jouta- 1elle, d'un accent plus déchirant encore, si c'est vrai!., je vais te rejoindre, mon Robert !

La vieille mère tressaille, pâlit, regarde autour d'elle avec frayeur.

— Michel ne revient pas du château? et elle prononça ces mots d'une voix chevrotante qui annonçait combien elle redoutait la solitude auprès de sa fille mourante.

Laurette , retombant sur son lit , paraissait dominée par un profond accablement ; tout-à-coup des hennissemens de chevaux , le bruit du roulement de deux voiture? , les cris des cochers, se font entendre et in-

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ter rompent le silence de l'avenue.

Marie reconnaît l'équipage de la marquise , elle descend les trois marches de sa maison ; d'une main décharnée et tremblante elle ouvre la grille, après de longs efforts, elle conduit péniblement chaque côté de cette lourde porte qui crie sur ses gonds; son visage s'anime à l'aspect de sa maîtresse, elle essaye de sourire , mais on devine que le chagrin est l'expression habituelle de sa physionomie.

La marquise, apercevant la tristesse de Marie, fit signe d'arrêter.

— Bonne nourrice, dit-elle, comment va ta fille ?

Les larmes de Marie répondent pour elle.

La marquise attendrie , craint de faire une seconde question , et regarde avec inquiétude Michel , son

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frère de lait , qui venait d'accourir au bruit des Voitures; celui-ci la comprenant, fait un mouvement de tête qui signifie que sa sœur vit encore , mais ses yeux levés au ciel , indiquent en-mémc- temps que de là seulement peut venir du secours.

— Viens me dire tes chagrins, bonne Marie, viens, dit la marquise.

— Hélas! ma chère maîtresse, jè ne peux, ma pauvre fille se meurt; et, jusqu'à son dernier moment, ne faut-il pas que je voie ou son sourire ou ses pleurs! ne faut-il pas que j'entende ses paroles et même ses soupirs!.... Mourir à vingt ans, ajouta cette triste mère, et mourir de chagrin pour avoir trop aimé; ô Laurette!.. et, son tablier sur ses yeux, ne pouvant retenir les sanglots qui rétouffaient, Marie, le dos voûté, la

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téte penchée, remonta les marches de sa maison et disparut.

— Qu'il est douloureux de voir pleurer upe mère , dit la marquise; Michel, viens ce soir que j entende au moins parler de-Marie, et l'équipage entraîna madame de Rosann que cette scène avait violemment émue.

En entrant dans ses appartenons, elle s'attendrit en voyant les fleurs fraîches qui décorent les jardinières:

celles qu'elles préfère ont été placées dans sa chambre. Partout, et dans les plus petites choses , on a étudié ses goûts, donc la volonté de Marie a dirigé les travaux de Michel. — Qui m'aimera comme ma nourrice quand elle ne sera plus , se demanda-t-elle S

L air était si calme qu'il ne pouvait agiter les rideaux les plus légers ;

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le jour qui fuyait, la cloche qui sonnait la prière du soir , cette jeune fille mourante, tout portait à la mélancolie, et la marquise s'y abandonna.

Assise devant la fenêtre , elle contemplaitleciel, lorsqueMichel arriva dans sa chambre. Madame de Rosaun lui sourit avec une expression touchante ou le malheur de Marie se peignait ^ et du doigt elle lui indiqua un siège.

Michel donne à madame de Rosann tous les détails qu'elle désire sur les événemens qui ont aggravé si promptement les souffrances de Laurette.

— Ah! Madame, Robert au fond de cette Sibérie a dû regretter plus d'une fois les fleurs et les beaux espaliers d'Aulnay.

— 11 est donc mort ! s'écria la marquise?

— Hélas! oui, Madame, nous Ta-

vons appris bien brusquement par une leltre du ministère de la guerre.

La vieille mère de Robert croyant que c'était une bonne nouvelle , s'était empressée de la donner à lire à cette pauvre Laurette. C'était même la veille de l'arrivée de notre vicaire. Ce fut le coup de la mort pour ma pauvre sœur. Faut convenir que ce Robert était bien aimable aussi ! il passait pour votre meilleur jardinier, ma foi! eh bien, il est mort sans avoir revu Laurette !...

— Il est donc vrai, dit la marquise, le malheur est dans toutes les classes, et les passions dans tous les coeurs.

Des larmes coulèrent de ses yeux, et ces larmes paraissaient avoir deux sources : Laurette et elle-même.

— Mais, Michel, vous avez parlé d'un vicaire, le bon curé Gausse serait-il dangereusement malade?

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— Non, madame, mais....

Comme Michel allait expliquer son mais , il s'entendit appeler du bout de la prairie; craignant que sa mère n'eut besoin de lui, il fit, d'un air embarrassé , quelques révérences bien gauches à la marquise , heurta la porte en se reculant, et sortit de la chambre.

Ce que Michel venait de dire du vicaire avait éveillé l'attention de madame de Rosann, il semblait quele sort voulut quecet être excitât le même sentiment de curiosité et d'intérêt chez tous ceuxqui en entendaient parler.

Elle chercha à s'expliquer pourquoi un vicaire était venu , puisque M.

Gaussese portait bien, car elle neconnaissait ni les souhaits de M. Gausse, ni les besoins du village: mais, comme un vicaire et surtout un vicaire de campagne était un objet très-peu

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ble coutume de son sexe, elle ne s'en occupa pas long-temps et au bout de dix minutes elle n'y pensait plus.

Ce qui l'inquiéta davantage ce fut la pauvre Laurette, dont le sort touchait son âme; elle l'avait vue naître , élever, elle avait suivi chaque année les progrès de sa beauté, les développemens de son esprit et de son cœur. Des présens souvent répétés, des confidences que l'affabilité de la marquise avait sollicitées et encouragées , tout cela attacha madame de Rosann à la seule fille de sa nourrice.

La marquise , après avoir arrangé le mariage de Laurette et de Robert, devait doter Laurelte , la noce se serait faite au château. C'était encore elle qui avait fait les démarches pour tâcher d'exempter Robert , lors de son départ pour l'armée ; mais com-

mêle nom de Rosann n'avait pas beaucoup de crédit sous Bonaparte , et que Robert n'avait aucune bonne excuse à donner pour être dispensé de servir puisqu'il était beau x grand et bien fait ; si madame de Rosann ne réussit pas dans cette affaire , du moins elle consola Laurctte du départ de son bien-aimé et lui donna souvent des espérances qui , par la suite, devinrent bien funestes à la pauvre fille.

Madame de Rosann se rappèle toutes ces circonstances, elle craint que la disparition de Michel n'ait eu des causes graves; s'étant reposée quelques heures de la fatigue du voyage, ellene voulut pas se coucher avant d'avoir vula jeune fille, si cette visite est pénible pour elle , elle songe qu'elle va faire plaisir à sa nourrice et peut-être à Laurette. Elle .s'achemine donc vers la prairie qui

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sépare son château du pavillon de Marie.

Bien que la lune éclairât la campagne de sa lumière bleuâtre, de gros nuages noirs s'amoncelaient à l'horizon et annonçaient un orageprochain, ainsi que la chaleur terrible qui se fait sentir, malgré la soirée déjà avancée.

— - L'orage qui se prépare va peutêtre détruire Laurette ? pense M"* de Rosann : ce pressentiment la remplit de crainte, elle approche, elle arrive, elle n'entend rien : ce fatal silence redouble son effroi ; la porte est ouverte , elle monte lentement , sa respiration est gênée, on dirait qu'elle appréhende de rompre ce silence qu'elle croit le silence de la mort. Sa marche n'a produit aucun bruit, elle est dans la chambre funèbre, personne ne Ta vue ni entendue.

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La vieille mère, le visage dans ses mains, n'ose regarder sa chère fille, Michel pleure * la mourante cherche à se rattacher à la vie en essayant encore de faire quelques mouvemcns.

La marquise a, à peine , entrevu tout celà, elle est toute entière dans la contemplation d'un être qui, par sa voix touchante et harmonieuse tâche d adoucir les peines d'un pareil moment!...

La vue faible de Laurette ne peut plus soutenir que la lueur d'une lampe posée sur une table, derrière son lit; mais les rayons de la lune arrivent à travers les carreaux de la fenôtre, et cette teinte pâle combinée avec celle de la lampe rougeâtre éclairent lugubrement cette chambre et impriment une expression sinistre à toutes les personnes, à tous les objets qui y sont.

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Au milieu de la mère désolée, du frère immobile et de la mourante, est un homme d'une belle stature, H est enveloppé d'une soutane noire qui ajouteàson attitude imposante cette espèce de majesté qui résulte d'un large et simple vêtement ; ce jeune homme, M. Joseph enfin ,a le visage tourné vers Lorette, et, sur ce visage, la douce pitié, la plainte humaine, la consolation divine apparaissent et le font resplendir ; cet homme semble , au milieu de ce groupe de douleur, un envoyé céleste qui tout à la fois souffre dece spectacle et apporte l'espérance.

C'est ce tableau offert par le vicaire, qui retient la marquise immobile et presque stupéfaite sur le haut de l'escalier.

En apercevant cette figure exaltée, noble , douce et qui garde l'empreinte d'une profonde mélancolie,

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h marquise a senti son cœur se trou* bler , ses yeux ont éprouvé la sensationde l'éclair d'une tempête; et , une force sympatique, un attrait invincible lui ont fait oublier Laurette mourante, pour ne s occuper que de cette créature qui bouleverse tout son être. Elle ne peut rassembler aucune idée , son âme semble s être échappée, elle erre autour du vicaire, et madame de Rosann écoute avec avidité le doux murmure des paroles consolatrices de cet homme qu'elle ne connaît pas.

— Oui ma fille , dit-il , le divin concert des anges s'apprête pour toi, ta réception au céleste palais sera brillante, quitte cette terre, belle vierge?., oui, belle de toutes les vertus et de toutes les beautés humaines , quitte cette terre , puisque tu n'y a pas trouvé le fragile bonheur des en-

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fans d'Adam, et puisque tu vas être heureuse là-haut de la félicité des anges ! ton bien aimé t'y attend , il prépare ta place !...

— Il y sera donc?., murmura faiblement Laurel te, en cherchant toujours a soulever sa pesante paupière?

Madame de Rosann fut encore bien plus étonnée du langage du jeune prêtre : ce langage annonce une éducation soignée , elle tâche de l'examiner plus attentivement, mais cette attention donne une forte commotion à son âme; et, malgré la solennité du moment , malgré sa volonté qui veut diriger toutes ses pensées, toutes ses affections sur Laurette, elle se sent toujours entraînée vers le vicaire, elle est forcée de le contempler et de remarquer ses moindres gestes!.

— Souffrez -vous, ma fille? demande le prêtre.

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— Ma uière , je sens que je meurs!

dit Laurette d'un ton plaintif, en tâchant de presser la main du jeune homme.

A ce moment , ses yeux se débattent contre la nuit de la tombe, elle voudrait voir encore , mais les pulsations du cœur s'arrêtent insensiblement, le sang se glace, la vierge souffre en silence, une légère contraction ride son visage et son dernier sou fie s'échappe.

Quel silence!... La marquise n'est point aperçue, toute distinction humaine cesse: bientôt, le visage de Laurette s'embellit d'une fraîcheur céleste, il semble , qu'en entrant dans la tombe , elle ait une vision sublime de la sublime éternité, et que la magie des cieux se reflétât sur sa figure ; la mort grave sur ce front blanc et

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pur le sceau de l'immortalité , les secrets de l'autre vie.

Ce fut alors que le prêtre s'écria d'une voix profondément émue :

- Ame pure et chérie, ton passage sur cette terre a été le passage d'une fleuri comme elle, un orage t'a fait mourir !

— -* Ma fille , ma chère fille , crie Marie , avec un accent déchirant ; elle dort, ajoute-t-elle d'un air égaré.

Le vicaire se lève, s'incline respectueusement devant le corps de Laurette , et regardant la beauté de ses traits :

— Ange du ciel , dit -il , veille sur

nous l Courage , pauvre mère ,

ajou te-t-il , elle nous a entendus. . . à demain. . . je reviendrai prier.

En même temps il regarde la marquise , et, du doigt, lui montre la mère

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de la jeune fille. Ce regard dit tout , la marquise obéit comme à un maître , elle entraine Marie dont les yeux sont secs , et qui parait ne rien voir , ne rien entendre; la nature semble prendre part à ce moment d'horreur, les nuages qui couvrent la lune paraissent un crêpe funèbre étendu sur Funi vers, pour annoncer la mort de l'innocence , et les vents , précurseurs de la tempête , sifflent au loin et font résonner , en sons inégaux , la cloche du village.

Le lendemain matin, le bruit de la mort de la jeune fille réveilla ses compagnes et les autres habitans du village. Tout le monde la pleure et le curé n'est pas le moins ému. Le vicaire que l'enthousiasme religieux ne soutient plus, est dans un accablement difficile à décrire. Marguerite désolée n'en raconte pas moins toutes

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les circonstances de la vie de Laurette , depuis sa naissance jusqu'à sa mort. Leseq prononce qu'il n'y aura pas de classe., les enfans qui ne comprennent point encore l'humanité , ne voyent que le congé , et se réjouissent. Madame de Rosann garde sa nourrice dont la folie déchire le cœur. Michel veille Laurette, le vicaire vient prier auprès délie. II prend un repas au château, madame de Rosann se trouble lorsqu'elle le voit, lorsqu'elle l'entend, elle cherche à comprendre son cœur et se demande si c'est la mort de la jeune fille ou les paroles du vicaire qui la troublent

Le moment arrive de rendre les derniers devoirs à Laurette. Le vicaire ayant revêtu ses ornemens sacerdotaux, arriva précédé du silencieux cortège qui devait escorter la jeune

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fille. On se mit en marche , on franchit la porte de for , et Ton traversa cette longue avenue, théâtre des fêtes et des danses où Laurette était si belle!... On passe devant la pelouse où elle apprit à marcher; devant le gros chêne où elle prononça des se r m en s d amour; plus loin , un jeune arbre a reçu sur son écorce tendre les chiffres de Robert et de Laurette; ici, elle s'est assise près de lui, et ils ont parlé de leur bonheur à venir.

Ah comme jadis , palpitanle despérance, elle courait dans cette avenue , demander des nouvelles de son Robert aux soldats qui passaient par hasard dans le village ! maintenant , sa beauté, son amour , tout est mort, et la terre de l'avenue la supporte pour la dernière fois. Les tremblantes et désolées jeunes filles baissent

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les yeux, elles semblent redouter l'aspect de cette avenue féconde en souvenirs.

Los chants lugubres et les chants des oiseaux forment un désolant contraste, les pas qui résonnent dans l'avenue, les momens de silence, le bruissement des arbres que le vent agite doucement , le vêtement blanc des jeunes filles, le cercueil et sa couronne blanche , tout cela produisait un tableau sublime de douleur..

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