‹ Le vicaire des Ardennes publChapitre 34 sur 46 · DBS AR DEM NE · texte numérisé non relu

DBS AR DEM NE

que Je n'y connais personne à qui j'aurais pu confier cette chère enfant.

Aussitôt que nous pourrons revenir en Europe je Tiendrai vous chercher.

Vous savez quels dangers je cours ici je vous quitte !.. c'est peut-être beaucoup trop d'y être venu. Je ne sais comment je vais faire pour rejoindre mon bord , mais ma troupe est nombreuse et bien armée.

Après cette courte entrevue , mon père m embrassa, couvrit Mélanie de baisers 9 et partit. Je voulus absolument l'accompagner jusqu'à la côte, et le suivre pour participer aux dangers qu'il allait courir, il m'ordonna de rester par une geste impératif, et un regard absolu, à l'influence desquels il était impossible de se soustraire.

• Je rentrai dans la maison et toute la soirée mes yeux furent attachés sur la petite Mélanie. Une foule de ré-

flexions vint alors m assaillir, et je sentis naître en moi, un attachement dont je n'avais pas d'idée. Le sentiment que j'éprouvais à voir cette jeune enfant est indéfinissable, et je vis avec joie qu'elle le partagea dans toute son étendue. Nous couchâmes dans la même chambre non loin de madame Hamel, car je voulus à toute force me charger de ma sœur.

Dès-lors s'ouvrit, pour moi, une bien autre carrière. Il ne me manqua plus rien et la passion la plus terrible jeta sourdement ses fondemens dans mon âme. Tous les sourires de ma soeur m'appartenaient , de même que je ne fis plus rien qu'en son nom et pour elle. Je l'emmenais dans mes courses que je proportionnais à ses petites jambes , et chaque belle fleur que je rencontrais lui était offerte comme jouet , chaque beau

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fruit , chaque nid d'oiseau arrivaient dans ses belles mains ayant qu'elle eut le temps de les désirer. Où l'on apercevait Mélanie, on était sûr de me trouver, car nous n'allions jamais l'un sans l'autre. Un quart-d^heurc d'absence devenait un supplice pour nous deux , et toute notre étude fut de nous complaire, de chercher a faire le bonheur l'un de l'autre. Fier de mon âge , de ma force , je rendais à Mélanie des services qui ne me coûtaient rien , tant je trouvais de douceur à l'obliger. Peines , fatigues , soins, dangers me semblaient des roses. Si Mélanie fatiguée ne pouvait plus revenir, je formais un siège avec des lianes, et, l'adaptant à mon dos, je portais ma soeur jusqu'à la maison; cette jolie fille me passait ses bras autour du col , en laissant ses cheveux dorés se mêler aux boucles de jais de

ma chevelure , et mon cœur palpitait de joie lorsque je sentais la douce main de Mélanie , qui essuyait la sueur de mon front.

J'initiai , Mélanie , dans mes grands secrets , je la menai dans mes routes favorites, chez les nègres marrons, nous gravîmes les rochers , et en voyant les pompes du couchant et les magnificences de l'aurore, je tâchais de lui faire comprendre le peu que je savais sur l'Eternel ; nous lisions ensemble ce qu'il écrivit sur la voûte des cieux , ce qull traça sur les sables de la mer, sur les feuilles des arbres, sur les ailes diaprées des oiseaux.

Quant aux autres préceptes, le cœur naïf et pur de Mélanie les contenait tous, et c'est surtout elle, qui en apprenant les sublimes obligations de l'homme envers l'homme, ne parut que se souvenir. Toute jeune , une

bonne action, une pensée noble, découlaient desabouche et de son cœur avec une facilité qui faisait croire que le bien et la vertu étaient son élément.

Un jour, nous allons à la grotte du vieux Fimo. Nous arrivons à sa retraite, après avoir traversé les plus jolis sentiers et nous être livrés à la gaîté la plus franche. Le soleil couchant dorait toutes les cimes et disait adieu à la nature , en l'enrichissant de ses belles teintes de couleur de bronze, d'or et de pourpre; l'air était calme. Un funeste silence régnait aux environs de l'antre de Fimo.

Nous approchons... le malheureux venait de saluer le soleil pour la dernière fois 1 Etendu sur une grosse pierre couverte de mousse qui lui servait de siège, le pauvre nègre immobile, ne respirait plus et ses yeux t. il a

fixes et ouverts , annonçaient que l'homme de la nature meurt sans être entouré d'amis, parée que l'homme de la nature a horreur de la mort.

Mélanie , lui ferma les paupières, détâcha son voile, le mit sur le visage du pauvre nègre, et, s agenouillant , elle me dit : « — Prions !... »

Non , par-delà la tombe j'entendrais encore cette voix pure et touchante et cet accent qui terrasse toutes les fibres du cœur!... Quel regard! quelle attitude! Notre prière consista à contempler tour-à-tour et le nègre et le ciel ! j'ignore ce que pensa Mélanie , mais je sais qu'alors mon urne s'éleva vers tout ce que la mélancolie et la religion ont de plus grand, de plus sublime et de plus extrême. Ensemble nous nous relevâmes et nos yeux étaient en pleurs.

Quelque mérite que possèdent les

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longues prières des morts, je n'ai jamais entendu d oraison plus belle que le Prûm*/ de Mélanic. La religion est un besoin de l'homme.

Nous aperçûmes deux nègres qui cherchaient leur chélive subsistance, nous les appelâmes à grands cris.

Ils Vinrent en reconnaissant notre voix, nous les guidâmes vers le corps inanimé du bon Fimo. Ils firent une fosse dessous un cocotier que Mélanie indiqua. Tous deux muets et remplis d'une sainte attention, nous suivîmes, en nous tenant par la main, les deux nègres qui portaient Fimo sur leurs épaules. Enfin, nous le vîmes placer dans sa dernière demeure :

en ce moment , par un artifice de la nature et la disposition des lieux, un rayon de soleil, se faisant jour, vint illuminer solitairement cette fosse.

— Dieul'emmènel...m'écriai-je. Lors-

que la terre fut jetée sur lui , Mêlante dit : — Nous ne le verrons plus!... On fit une espèce de tertre, et lorsque nous avions du chagrin la tombe du nègre était l'autel où nous venions pleurer.

En revenant , nous gardâmes le silence ; mais en sortant de la forêt , ému de tout ce qu'avait dit Mélanie , je m'arrêtai , et , regardant ma sœur, je lui dis avec la voix de l'âme : — Ah tu es un ange!...

Elle ne me répondit que par un fin sourire etun gracieux mouvement de tête qui sont gravés dans ma mémoire avec tout ce quelle a dit et tout ce qu'elle a fait. Ce soir-là nous ne mangeâmes pas, car en entrant elle murmura : — « Joseph , on n'a pas faim quand on a du chagrin !

— Ame divine!...

— Mon bon Jésus! s'écria Margue-

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rite ; voyez , monsieur , dit-elle à M. Gausse , en lui montrant le manuscrit, voyez? comme il a pleuré dans cet endroit , l'écriture est presqu'effacée.

M. Gausse ne répondit rien , mais sa figure indiquait que toutes les corde de son cœur bienfaisant et sensible étaient contractées.

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