CHAPITRE X
Comment 0 se trouva des Carbonari en pleine mer. — Evénemens qui s'en fuirent. — Les deux Créoles à Paris.
Y ki déjà dit que M. de Saint-André avait, dans le caractère , une rudesse et une sévérité terribles. J'en acquis la preuve pendant les premiers jours de notre navigation. 11 ne laissait passer aucune faute, et les. lois de la discipline maritime, de cette discipline qui confère une si grande autorité aux capitaines , étaient observées avec une ponctualité qui montrait combien Ton craignait mon père.
Au bout d'une quinzaine de jours, pendant lesquels mon père m'obser*
vait avec attention, et paraissait satisfait de moi, il arriva qu'un chef de matelots ( j'ignore qùel grade il avait), commit une faute qui fut d'autant plus sévèrement punie, que M. de Saint-André paraissait avoir une haine secrète contre le coupable.
Ce matelot, nommé Argow, était un de ces hommes que la nature semble ne pas avoir achevés : court, trapu, large vers les épaules et la poitrine, ayant une grosse tête, et une horrible expression de férocité , il régnait, parmi tout cela, un air de majesté sauvage, qui révélait une énergie rare et de l'intrépidité : son coup-d'œil annonçait que, dans le danger, il exécutait promptement ce qu'une sagacité naturelle lui dévoilait comme le meilleur parti. Du reste, ivrogne, sale, brutal et ambitieux. Lorsque , dans l'histoire , Gré-
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gorio Leti et autres , me montrèrent Cromwel, sur-le-champ , je me rappelai Argow, et je crus voir le célèbre protecteur de l'Angleterre, lorsque, pour la première fois, il parut au parlement.
Ce matelot, connaissant l'humeur de M. de Saint-André , subit sa punition, sans mot dire, et avec une résignation qui surprit tout l'équipage; mais il jurait, en lui-même, la perte du contre-amiral et la grandeur de l'entreprise ne l'épouvantait en rien. Ceux qui virent son air rêveur , sa figure sombre et les regards qu'il lançait sur mon père , jugèrent qu' Argow méditait quelque hardi projet.
Comme ce matelot avait une espèce d'ascendant sur ses camarades, ils se firent part mutuellement de leurs pensées; et, sans qu Argow eût
encore rien dit, leurs esprits étaient préparés à quelqu'ouverture. Lorsque ce chef fut libre , il commença par prendre, à l'écart, ceux qu'il connaissait pour être ses' amis , et il les sonda pour savoir s'ils coopère* raient à son dessein.
Un soir, lorsque tout était tranquille dans le bâtiment, que le mari de madame Hamel, donton se défiait le plus, faisait son quart; que les officiers , les capitaines en second et mon père,, renfermés dans leurs chambres , ne pouvaient voir ce qui se passait; je fus témoin inconnu d'une singulière scène; car, curieux comme on devait 1 être à mon âge, et ayant remarqué certains mouvemens parmi l'équipage, je m'étais caché dans l'embrâsure d'un canon , et, protégé par l'ombre, voici ce que j'entendis:
— Il est là haut , disait le mate-
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lot à Argow, mais qu'en veux -tu faire?
— Ce que j'en veux faire , répondit Argow à voix basse et entremêlant d'horribles jurons à tous ses propos, je veux qu'il entre dans nos projets ou dans le ventre d'un poisson! il est dévoué au commandant, et si M. de Saint-André , se voyant le plus faible, voulait nous mettre à la raison, il serait capable, sur un ordre, de mettre le feu à la Sainte-Barbe.
A ces mots , je reconnus qu'il s'agissait du maître canonnier.
— Nous ne l'attirerons jamais ici , il faut seulement, s'a est contre le
hastinguage* lui donner un coup de coude.
— Mille boulets , répondit vivement Argow, nous n'aurions plus de poudre, il a la clef delà soute.
Ils restèrent quelque temps â ré-
fléchir, mais Ârgow rompit le silence, en disant :— Je m'en charge!., fais des cendre tout notre monde dansla cale?
J'ignore ce que devint la pauvre maître canonnicr, tout ce que je sais, c'est que , lors de l'événement , je vis l'homme auquel Argow venait de parler, revêtu des habits particuliers du canonnier qu'il remplaça. En entendant l'ordre d'envoyer l'équipage à fond de cale, je m'y glissai et je me tapis dans un coin obscur.
Ce tut le premier spectacle que me donna l'état social : cette scène avait pour acteurs les plus grossiers des hommes, et comme ils ne retenaient point l'expression de leurs passions, j'en vis le jeu à découvert.
Chaque matelot descendit avec précaution, et quelques-uns apportaient des lanternes. Toutes ces figures sauvages etanimées sur lesquelles se gra-
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Tait ingénuement la crainte, car ils redoutaient encore leur conscience, formaient un tableau digne d'être vu.
Un murmure s'éleva lorsqu'Argow parut avec son lieutenant. Il s'alla placer devant un ballot, chacun se groupa autour de lui , les uns, sur les provisions, les autres « sur les tonneaux, tous, dans des postures originales et l'œil fixé sur le chef de la sédition. Quand ce dernier les vit attentifs , il promena , sur eux , son œil inquisitorial , et leur prononça le discours suivant :
— Si je ne vous connaissais pas, et que le capitaine ne m'eût pas trop sévèrement puni pour une légère faute, jamais nous n'aurions saisi l'occasion qui se présente pour nous, de faire fortune. La puissance et les richesses nous seraient passés devant le nez, sans que l'un de vous ait eu
la pensée de devenir heureux tout d'un coup, sans qu aucune puissance humaine puisse nous atteindre, mais j'ai osé compter sur votre courage et yotre force de caractère, je vois que je ne me suis point trompé.
Maintenant nous sommes tous liés!
car M* de Saint-André nous ferait tous pendre aux vergues , et ferait le service avec ses officiers , plutôt que
de donner la grâce à l'un de nous.
— Flatmers, JohnetTribels vous ont instruit séparément de ce que je vais vous expliquer d'une manière plus claire. —Triple bordée, mes amis, j'enrage lorsque j'examine notre genre de vie : traîner sur les ponts cette ( ici un juron) pierre infernale; toujours travailler, durement menés, sans consolation , sans avenir , sans pain, et ( un juron ) qu'avons-nous fait pour mériter un pareil sort? nous
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sommes venus au monde de la même manière que ceux qui sont riches et qui dorment dans de bons lits, sans être toujours séparés de la mort par quatre planches pourries. Lequel , à votre avis, vaut mieux de risquer mie ou deux fois sa vie pour être heureux, ou bien de traîner une existence dont le plus grand bonheur est de dormir dans un entrepont et de gober l'air par le trou d' un sabord. Or , voici mon projet : le convoi de la Havanne va passer demain, il n'y a qu'un vaisseau de 76 canons, notre frégate n'en a que vingt !... n'en eût-elle pas du tout I je vous promets que nous aurons jusqu'à la dernière piastre des Espagnols.
Mais pour cela et pour avoir le droit de parcourir toutes les mers en nous enrichissant ,et ayant soin de tout couler bas pour que l'on ignore nos
manœuvres, il faut commencer par expédier ceux qui nous gênent lâhaut. Us sont tous réunis dans le même endroit, il ne s'agit, lorsque je crierai le: branle-bas, que de réunir tous les canons sur les chambres , et alors... laissez-moi agir.... Je ne demande le commandement que pendant ce premier danger, quand nous serons maîtres du bâtiment, alors nous organiserons la manœuvre : en avant!....
Pendant ce discours, les figures de tous ces gens peignaient une foule de sentiment divers. Lorsqu'il fut terminé, un geste impératif d'Argow empêcha les acclamations. — Que chacun , dit-il , vienne à son tour jurer devant moi obéissance pour vingtquatre heures et qu'il adhère au complot?...
Parmi lesîgens de l'équipage il n'y
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eût qu'un mousse qui refusa obstinément de coopérer à cette conspiration. Argow le fit garder à vue.
J'étais rempli d'épouvante. Néanmoins le danger que couraient Mélanie et mon père me rendit de la force , je réussis a m'échapper et j'arrivai, pâleet blême à la chambre de M. de S t. - André.
—Nous sommes morts! luidis-je.— lise mit à rire. —Tout l'équipage vient de jurer de se défaire de vous ! C'est Argow qui est le chef du complot.
— Alors il commença à réfléchir.
— Où sont-ils?... fut sa première question.
Dans la cale répond is-jc.
M. de Saint-André s'habillant à la hâte, prit son porte-voix en m'ordonnant de réveiller tous les officiers.
— Branlcbas !. . . retentit dans toutle b âliment. — Hamel , quittez votre quart? et fermez les écoutilles!..
Mon père était tranquille comme s'il eût fait une partie de piquet. Les officiers se réunirent autour de lui , et Daniel vint réjoindre ce groupe peu nombreux, on chargeal'écoutille de la cale de tout ce que Ton put trouver , et Ton entendit alors un effroyable tapage à fond-dc-cale.
— Trois minutes pour rentrer dans ledevoir !... s'écria M. de Saint- André, sinon vous serez tous pendus , nous voyons YHirondeUe , à laquelle je vais faire tirer les coups de détresse et vous n'échapperez pas.
Le silence le plu s profond fut la seule réponse desmatelots. M. deSt.-Àndré tira froidement sa montre. — Que ceux qui se soumettent disent leurs noms?...
crialIamel.On ne répondit pas; les officiers se jetaient des regards inquiets, car un pareil silence annonçait quelque ruse, et ils savaient Àrgow ca-
pable des choses les plus audacieuses.
Les trois minutes expirées , M. de Saint-André ordonna à tous les officiers de diriger le bout de leurs pistolets sur l'ouverture; et , commandant à Hamel , de débarrasser le plancher, il se disp osait à descendrelui seul, sans armes,... lorsque des cris de « — victoire !. . . victoire !. . . » retentirent su r le second pont et dans tout le bâtiment. Argow avait démoli le fond de la soute, et, comme il s'était emparé de la clef de la porte, au risque de faire sauter le bâtiment , il venait de conduire ses gens par la soute : et, parvenu au second pont au-dessus de celui où se trouvait M. de St.- André, il s'emparait de la frégate. Alors , fermant à son tour le pont» il mit les chefs dans l'embarras où ces derniers
croyaient plonger l'irascible matelot
M. de Saint-André regardant lei officiers leur dit : — Messieurs, un peu de hardiesse et nous devons le surprendre!...— Les officiers, promenant leurs regards sur l'cntre-pont , semblaient répondre au contre-amiral :
— Par où voulez- vous sortir ?...
Mon père , se mita sourire en comprenant leur tacite demande , et il s'écria à voix basse : — Ils sont dans l'ivresse de leur succès et ne prennent pas garde à tout. Risquons quelque chose? mais de la hardiesse et que personne ne perde la téte : la mer est plus haute que nous, et, en ouvrant cette embrâsurc, l'eau entrera , mais, il faut en même temps que l'un après l'autre nous sortions. L'échelle du bâtiment passe à deux doigts de l'em-
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brâsure. L'un de nous restera pour la fermer et il chassera l'eau, car Hamel manœuvrera de manière à faire pencher le bâtiment.
M. de Saint -André s'élança le premier, et, une fois qu'il eût saisi l'échelon , nous entendîmes avec quelle célérité il montait Le hasard voulut que , chose imprévue , le bâtiment penchât du côté opposé et que tous les officiers s'échappassent sans qu'il entrât une goutte d'eau.
Lorsque le dernier sortait, Argow ehtr'ouvrit l'écoutille , et , me voyant seul, il fut stupéfait; il me laissa monter et courut avec la rapidité de l'éclair sur le tillac, car il comprit tout d'un coup la manœuvre de M. de Saint-André.
En un clin-d'œil la scène prit un aspect formidable.L'état-major, rangé sur un côté du tillac , combattait
avec une audace et un courage étonnans; et les matelots, ne s'attendant pas à une attaque aussi brusque et aussi vigoureuse , avaient été obligés de plier et d'aller se rallier plus loin.
H y en avait sept à huit étendus par terre et baignés dans leur sang.
Ce fut en ce moment que le terrible Argow revint furieux et en jurant.
Un des matelots, effrayé et doutant du succès , s'était avisé de demander à parlementer : dans le premier instant de terreur , les gens , sans écouter Argow, se tournèrent vers legronpe d'officiers; et, ce qui rendit cette disposition des esprits plus stable , fut que le farouche matelot, brûla la cervelle à célui qui parlait de se rendre,en alléguant qu'ilslui avaienttous juré obéissance. M. de Saint-André perdit tout par son inflexibilité , car sur la demande des matelots , il ré-
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pondit qu'il les voulait tous à discrétions. Sa sévérité était tellement connue quelorsqu'Argow cria : — Et le convoi 1... allons ferme!...* tout l'équipage tomba sur le groupe d'officiers; et, après un léger combat, ils furent dispersés. Un canonnier attacha M. de Saint-André au grandmat; tous les officiers contenus et désarmés se rangèrent autour de lui.
Argow, maître du bâtiment, disposa tous ses hommes comme il le fallait pour manœuvrer ; et, prenant le sifflet, il commanda la manœuvre et fit marcher Jg vaisseau , du banc de quart , où il s'était assis. Lorsque tout son monde fut occupé , il mit à sa place le matelot avec lequel je l'avais entendu parler, et se dirigea vers le mât où mon père , garrotté , rongeait son frein.
Sans être ni arrogant ni respec-
tueux, Argow, s 'adressant à M. de Saint-André lui dit : — « Capitaine, l'homme que vous avez puni si sévèrement est maintenant le maître, il vous remplace, et vous êtes où était Argow. »
— Où voulez-vous en venir?.,..
Usez de votre droit I répondit mon père.
— Certes, oui, si je le veux!, .repartit Àrgowavec un regard farouche; mais écoutez, vous voyez quel homme je suis , le ciel ne m'a pas (ait pour rester matelot : jurez-moi sur l'honneur d'oublier tout ce qui vient de se passer? revenus en France obtenezmoi le grade de lieutenant.. . . vous le pouvez !.. puisque je viens des Etals- Unis et qu'en disant que j'avais ce grade vous me le ferezdonner. . . alors, en deux secondes, je voussalue contreamiral et nous voguerons vers la
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France. Vous me donniez tout à Fheure trois minutes!., moi, je vous en donne six !...
Là-dessus, Argow, s'asscyant sur un cable, tira sa pipe, battit le briquet et se mit à fumer.
— Il faut vous rendre tous à discrétion ! . . f u t Tu n ique répon se de M. de Saint-André.
Argow ayant fini sa pipe, la remit tranquillement dans sa poche et s'en alla au banc de quart.
Je n'ai pas besoin de dire que durant toute cette scène j'avais été aux côtés de mon père, cependant, j étais libre. Quant à ma pauvre Mélanie et à madame Hamel , elles furent renfermées dans leur cabine et je ne les vis que lorsque le dénouement de cette fatale aventure arriva. La plus vive inquiétude me dévorait, mais à
qui pouvais-je m adresser? Il ne m'était pas permis de quitter le tillac.
Argow profita de la présence de M* de Saint-André qui mettait toujours les rebelles en danger, pour constituer le règlement qui devait les guider dans leurs pirateries. Il fut nommé le capitaine, et fit lui-même des promotions qui contentèrent tout l'équipage. Lorsque les choses eurent une apparence de hiérarchie , il assembla le conseil pour délibérer. Il vint signifier aux officiers et à M. de Saint -André, avec beaucoup de calme et de modération , le résultat des discussions de l'assemblée. On offrait aux officiers qui voudraient pirater, la conservation de leur grade:
tous refusèrent. Alors Argow leur annonça qu'on allait les déporter, à la première Ile déserte que l'on rencontrerait.
Cet arrêt fut exécuté. Au moment où l'on descendit mon père, il parut se ressouvenir d'une chose fort importante qu'il voulait me communiquer. Argow qui refusa de me déporter avec M. de Saint-André , l'envoya sans permettre qu'il me parlât. 11 me cria du rivage une phrase que je ne pus entendre. Elle finissait par ces mots que je distinguai : — mon fds /...
Le conseil de ces pirates s'était occupé de nous. Lorsqu'on fut à la vue de la flotte de la Havane , vers le chemin de laquelle on se dirigea , Ton mit, par l'ordre d' Argow, la chaloupe en mer , et alors on me descendit avec M— Hamel et la tremblante Mélanic. Par une singulière délicatesse , Argow nous remit la cassette et l'argent démon père : alors, il donnait l'ordre de l'attaque; et, le matelot qui
nous jetait ces effets , laissa tomber a la mer les papiers de M. de Saint- André. La perte de ces papiers nie cause, aujourd'hui , les plus vifs regrets ; car j aurais , par la suite , éclaîrci tous les mystères dont j'ai trouvé ma naissance entourée, lorsque j ai pu réfléchir et que j'ai connu de quelle importance, de pareils papiers étaient pour l'état d'un homme , dans le monde et les affaires.
Quand nous nous trouvâmes, tous trois, dans celte chaloupe, au milieu de la mer, ayant des provisions pour environ trois jours , venant de perdre notre père et n'espérant plus le revoir jamais, le désespoir vint s'emparer de nos âmes. Néanmoins tel est le caractère de ceux qui aiment avec ivresse, que dans les situations les plus désolantes, et sur le bord même de la tombe, Us trouvent des
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fleurs au fond du précipice, et aux amans seuls, il est permis de netre jamais tout-à-fait malheureux L.
— Je ne tremble plus , puisque me voilà seule avec toi!, «me dit Mélanie..
et ; je mourrai joyeuse puisque nous mourrons ensemble, en nous cou* vrant de baisers. Tiens, Joseph , nous nous entrelacerons et quand on trouvera nos corps ainsi réunis Ton dira :
— Ce sont deux amans » , et Ton nous mettra dans une même tombe. — Ma* dame Hamel résignée à tout , rangeait la cassette, l'argent, les provisions, et elle était absolument la même que si elle se trouvait, dans son fauteuil de canne à Vluibilalion.
Je tâchai de gouverner la chaloupe de mon mieux, en la guidant obstinément vers un point. C'était par où j'avais vu fuir les vaisseaux du convoi de la Havane. Nous entendîmes la
canonnade de la bataille. Mille idées affligeantes m'assaillaient. — Qu'as-tu donc à t'attrister?Me dit Mêlante avec un charmant sourire , nous n'avons qu'à nous laisser aller, la mort nous prendra quand elle voudra. Tiens, Joseph , garantis-moi la tête , je ne veux pas que l'on me trouve morte avec un visage noir!...
Deux , trois jours se passèrent et nous commençâmes a ménager nos provisions. Enfin elles disparurent.
— Songez, mes enfans, nous dit madame Hamel qui n'avait presque rien mangé , songez qu'à la dernière extrémité , c'est moi que vous tuerez !. . .
Elle prononça ces paroles avec une simplicité , une tranquillité d'âme qui nous étonnèrent encore plus que sa proposition. Il y avait deux jours que no us n'avions mangé, nous ne disions plus rien. — Je voyais avec effroi
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tes joues de Mélanie pâlir, lorsque nous aperçûmes à l'horizon les voiles blanchâtres d'un navire:— Tiensrdisje à ma sœur et nous nous livrâmes à la joie. C'était un vaisseau danois qui se rendait à Copenhague. On nous prit. Il ne nous arriva pas d'autre accident , nous allâmes en Danemarck pour couper au plus court et venir à Paris. Nous trouvâmes à Copenhague, une faulille française qui eût mille bontés pour nous; et, quelque temps après notre arrivée en Danemarck, nous partîmes pour la France.
Enfin, nous entrâmes un beau matin a Paris , après avoir semé sur les routes tout l'argent que l'on devait obtenir de voyageurs tels que nous.
Toutes ces aventures et ces traverses, les dons et notre voiture , les doubles-postes et les éternels pourboires, enfiu nos mémoires d'aubergiste
etc.. ne nous diminuèrent pas beaucoup notre trésor. Nous avions en arrivant â Paris deux cents mille francs a toucher sur un banquier; et , sur nous deux ou trois mille francs en or.