‹ Le vicomte C. de Léry [microforme]Chapitre 21 sur 76 · TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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encore. Après d'Iberville, peu de Canadiens ont fait plus d'honneur que lui à leur pays. Attaché à la fortune du grand Empereur, il en partagea la gloire, en sorte qu’on ne peut lire l’histoire de l’un, sans retrouver celle de l'autre Compagnon d'armes des immortels Généraux, qui eûrent nom: Berthier, Jourdan, Masséna, Augereau, Soult, Lannes, Mortier, Davoust, Bessières, Ney, Lefebvre, Kellermann, Bertrand, Saint-Cyr, Rapp, Gérard, Victor, Regnier, Macdonald, Duroc, Drouot, etc., et qui marquèrent chacun &e leurs pas par des coups de maîtres, Mr de Lery prit part, pendant ses quarante-six années de service, à trente-cinq campagnes, assista à soixante-dix batailles, et eut l’honneur de voir son nom inscrit, à côté des guerriers les plus célèbres, sur l'Arc de Triomphe de l'Etoile, où les Canadiens qui iront à l'Exposition de 1867, pourront le lire, noa sans un sentiment de légitime orgueil.

Mr François-Joseph de Lery était né à Quebec, le 11 Septembre 1754, et avait eu pour parrain Mr F. Martel de Brouage, Commandant pour le Roi au Labrador, et pour marraine M* de Repentigny, épouse du Chevalier de ce nom, plus tard Gouverneur du Sénégal. Il était l'aîné de la famille. Il n’avait que sept ans lorsqu'il passa en France avec son père, après la prise du pays par les Anglais A son arrivée à Paris, il fut mis chez les Bénédictins, rue St Jacques, pour y apprendre l'anglais. Peu après, il entra à l'Ecole académique de Mr Berthaud, rue S' Honoré. C'est de là qu’il écrivit à son père, sur le point de retourner en Canada, cette première lettre : “ Mon cher papa, je suis au comble de la joie d’avoir “ reçu de vos nouvelles. On! que vous êtes un bon père “ pous moi! Je veux donc être aussi un bon fils. Avec & l'aide du Seigneur, j'espère employer mes talents de “ manière à vous donuer de la satisfaction. Je suis bien “ content de savoir que maman est rétablie, mais je suis “ bien affligé d'apprendre que ma sœur est morte . “vous souhaite un heureux retour en Canada. Je vous

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“ embrasse ainsi que ma chère maman. Votre enfant “ respectueux. (Signé) Josepx DE Leny.”

Le jeune de Lery demeura chez Mr Berthaud près de neuf ans, donnant chaque année à ses parents de ses nouvelles. Nous ne pouvons résister au plaisir de reproduire quelques-unes de ses charmantes lettres. En 1764, il écrivait: ‘“ Mon cher papa, voilà deux ans que je n’ai “ eu le plaisir de vous voir et de vous embrasser. Ce ‘ temps m'a paru bien long. Afin de vous faire plaisir, “ je continue à m’appliquer à tous mes devoirs. Présen- “ tez, s’il vous plaît, mes respects à ma bonne maman, et “ continuez moi votre amitié. Je vous embrasse de tout “ mon cœur.” Cette courte lettre était du 9 Juillet. Deux ans après, saisissant l’occasion de la nouvelle année pour offrir ses vœux à ses parents, il s'exprime ainsi: ‘“ Mon “ cher papa, permettez à votre enfant de profiter du “ retour de la nouvelle année, pour vous présenter mes “ hommages respectueux et vous assurer de ma recon- “ naissance pour toutes vos bontés. Je fais des vœux “ bien sincères pour votre bonheur, ainsi que pour celui “ de ma bonne mère, que je vous prie d'embrasser pour

moi. Que Dieu vous conserve la santé ! Mes amitiés à ‘ ma chère petite sœur. Mes compliments à mes oncles “ et à mes tantes que j'embrasse. Votre enfant soumis.” A la fin de cette même année, il écrivait encore :-‘ Vos ‘“ bienfaits ne peuvent sortir de ma mémoire. Je fais “ tout mon possible pour mériter votre amitié, en don- “ nant du contentement à mes maîtres, car je sais que “ c'est la meilleure manière de vous plaire. Je suis con- “ tent de savoir que le dessin que je vous ai envoyé, vous “ ait fait plaisir. Quand donc viendrez-vous à Paris? “ De Repentigny et de Lino, mes cousins, vous font bien “ des compliments, ainsi qu'à ma chère maman. Votre ‘“ enfant affectionné.” Par une lettre de l’année suivante, il marque que ses études ont été interrompues par suite d’un mal de jambe, mais que, grâce aux soins que son oncle et sa tante de Repentigny lai ont fait donner, il a

pu se rétablir. ‘J'ai reçu avec le pius grand bonheur, écrit-il à sa mère en 1768, les lettres que vous avez eu “ la bonté de m'écrire. Croyez, ma très-chère mère, que ‘“ je n’ai rien de plus à cœur que de suivre vos sages

+ “recommandations et d’en faire la règle de ma conduite.

“ Continuez à me donner de vos nouvelles qui m'inté- “ ressent tant. Mes respects à mon oncle d'Esglis. Votre “enfant soumis.” En 1769, il annonce à son père qu'il désire entrer dans le Génie et lui fait connaître les études qu’il a embrassées dans ce but: ‘ Mes goûts, “ dit-il, sont pour le Génie, et je trouve que j'ai des dis- # positions pour les mathématiques, ce qui convient pour “ cette partie. J'ai déjà vu les deux premiers volumes “ de M' Camus sur l’arithmétique et la géométrie, et, “ avant la fin de l’année, j'espère que j'aurai vu le troi- “ sième qui est sur la mécanique. Je continue aussi à “ étudier le dessin. Mr Berthaud me fait entendre que “ dans dix-huit mois, au plus tard, je pourrai être admis “ à l'Ecole du Génie. Mon cousin de Repentigny est “ revenu de Rochefort depuis la mort de son oncle, et “est chez son père. Mr ie Repentigny, l'aîné, vient de “ partir pour Pondichéry, où il a le commandement “ général des troupes. Votre trés-obéissant fils” (Cette lettre était du 13 Mai. Le 1er Avril de l’année suivante, il fait ainsi part à son père de ses craintes. «‘ C’est vers la “ fin de Novembre qu’à lieu l'examen. Il doit rouler sur “ Jes mathématiques, l'algèbre, le dessin, et, de plus, sur la “ dinamique. Nous sommes dix-huit qui nous préparons “ chez Mr Berthaud qui en présente autant chaque année. “ C'est une rude affaire, et je crains bien de ne pouvoir “ passer. Vous allez voir arriver mon frère Louis; son # départ m'a beaucoup afiligé, mais j'espère qu’il revien- “ dra.” L'examen, dont il est ici parlé, eut lieu, en effet, au temps marqué ; mais le futur Ingénieur en chef de

la Grande Armée ne fut point reçu. Pour adoucir, autant

qu’il était en lui, la peine que cette nouvelle devait naturellement causer à son père, il lui adressa, au mois de

Mars 1771, une let're ainsi conçue: ‘ Mon cher père, & Jorsqu’un fils a fait ce qu’il a pu et qu’il ne réussit pas, “ses parents peuvent-ils lui en vouloir ? Eh bien, après “ m'être préparé de mon mieux, Ve été refusé à l'examen. & La vue de l'examinateur m'a lellement troublé, que je n'ai rien fait qui vaille. Néanmoins, si au lieu de vingt- ‘“ deux placesil y en avait eu vingt-sept, j'aurais été reçu, ‘ ainsi que l’ont été onze des élèves de Mr Berthaud. « J'espère être plus heureux l’année prochaine. Il est ‘vrai, l'examen doit être plus difficile, puisqu'’aux ‘ matières déjà exigées, on y ajoute encore trois volumes, ‘ l’un Le dinamique, et les deux autres d’hydroliques ; # mais je vais tellement m’appliquer que j'espère n'avoir ‘ rien à craindre. Vous me demandez si j'ai appris la “ musique. ‘Oui, pendant huit mois; ily a au moins “ trois ans que j'ai quitté la danse pour l’exexcice des armes. Si,vous voulez savoir ma taille: cinq pieds “ deux pouces et demi, et je grandis encore tous les “jours. Je suis très-bien portant et je désire que vous “ soyez tous de même. Votre très-affectionné fils.” Dans une lettre de la même année à sa mère, il ajoute : ‘ Je ‘“ travaille avec ardeur pour réparer l'échec qui m'est “ arrivé, d'autant plus que d'ici à deux ou trois ans il ne “ doit pas y avoir d’autres promotions, le Corps du Génie étant complet. Il y a seulement dix-sept places vacantes, “ et nous sommes cinquante à y prétendre. J'ai appris “ avec plaisir que mon oncle d’Esglis ! avait été nommé

1 Monseigneur Louis-Philippe, et non Louis-François d’Esglis, comme nous l’avons appelé à tort, était né à Québec le 24 Avril 1710. Il avait été tenu sur les fonts sacrés par ie Marquis de Vaudreuil, Gouverneur-Général, et par Madame Louise Chartier de Lotbinière, épouse du Capitaine Louis Denis de la Ronde. 1l était le second fils de Mr François Mariaucheau d’Esglis, alors Capitaine d'une Gompagnie d'Infanterie, et de Dame Louise Philippe Chartier de Lotbinière, ainsi qu'il a été dit. Son père, également Capitaine des Gardes du Gouverneur, était fils de M Pierre Mariaucheau «’Esglis, Avocat au Parlement de Paris, et de Dame Elisabeth Groën. Après avoir servi en France, M: F, d'Esglis passa en Canada vers 1691, en qualité d'officier dans ies troupes. Au mois de Janvier 1708, il épousa Melle L, P, Chartier de Lotbinière. Parmi les personnes présentes à son mariage,

“ Coadjuteur à l’Evèché de Québec. Je lui en fais mes “compliments. Bien des amitiés à mes frères et sœurs. & J'ai eu l’avantage de voir mon cousin Chaussegros : 4 j'en ai été très-bien accueilli.”

Comme on le voit pas ces dernières lettres, n'entrait pas qui voulait à l'Ecole du Génie : outre les protections, il fallait encore avoir la science. Si cette règle était également observée partout, comme elle devrait l'être, on ne verrait pas les professions libérales encombrées de tant de nullités. Enfin, le 1er Février 1773, le brillant élève de M’ Berthaud fut admis à l'Ecole du Génie à Mezières.. Voici la lettre par laquelle il fait part à sa famille de cette bonne nouvelle : ‘ Paris, 13 Février 1773. “ Mon cher père, c'est avec le plus grand bonheur que “ je vous apprends ma réception dans le Corps du Génie. “ Tous mes parents et amis, mon oncle et ma tante de “ Repentigny, M' et M* de St Amand, Melle Loir, etc., en “ ont témoigné la plus vive satisfaction. Voilà donc mon ‘ avenir assuré. Cette place me donnera sept cents vingt “ livres de traitement, avec le logement. Mon oncle de on remarquait Mr de Vaudreuil, Gouverneur, MM. Raudot, père et fils, Intendants, M: J. Boisberthelot, Capitaine, M: J. de Noré Dumesnil, Major des troupes, M** L. Joybert de Soulanges, Marquise de Vaudreuil, Me M. A. de Granville, veuve Soulanges, M‘le Louise et Angélique de Lotbinière. Il mourut à l’Hôtel-Dieu de Québec au mois de Janvier 1730, à l’âge de soixante et cinq ans. Son épouse était décédée au même lieu, cinq ans auparavant, . pas encore atteint sa trente huitième année, De ce mariage sont nés six enfants :—François-Louis, lequel étant Lieutenant fut pris et brûlé par les Sauvages; Louis-Philippe, celui dont il est ici question, et qui, après avoir été nommé Coadjuteur de Monseigneur O. Briand en 1772, lui succéda en 1784 sur le siége de Québec ;—Marie-Angélique, celle même qui en 1733 so fit Religieuse, sous le nom de Sœur S' Hermand de St Eustache, au Couvent des Ursulines de Québec où elle mourut en 1751 ;—Jean-

François, lequel eut pour parrain Mr band ve Martin de Lino et pour marraine D‘lle Marie-Anne Lambert ; — Marie-Louise-Madeleine , et

Eustache (Cette dernière est celle qui épousa, comme on l’a vu, MrF. Martel de Brouage, Commandant pour le Roi au Labrador, et qui fut mère de Melle M. L. de Brouage, épouse de Mr G. J. de Lery, re du futur Baron de l'Empire français. Elle avait reçu le jour à illemarie, ainsi qu'il a été Pappone le 18 Septembre 1715. Elle

mourut à Québec au mois de Juin 1753. Les armes de la famille d'Esglis étaient : d'azur, avec trois feuilles de rosiers, et la rose avec un chevron d'or.

“ Repentigny s’est conduit en père : il m'a équipé des “ pieds à la tête. Mr de Landrieff, mon autre oncle, m'a & fait présent d’une montre, en sorte que je suis redevable ‘ à tout le monde. Sous peu, je me rends à Mezières, où “ je passerai deux ans, et peut-être davantage. Je remets ‘ cette lettre à Mr l’'Evèque qui veut bien s’en charger. & Votre heureux fils. (Signé) CHansseGros DE Lery.” On peut se faire une idée de la joie des parents à la réception de cette lettr.. Mais là où les pères n’aperçoivent que des roses, les mères, avec cet instinct que Dieu leur a donné, découvrent bien souvent des épines. Craignant donc que le séjour de Mezières ne fût préjudiciable à son fils, M* de Lery s’empressa de le prémunir contre les dangers qui pourraient lui devenir funestes. En réponse à cette lettre, Mr de Lery écrit à sa mère, le 13 Avril, ces lignes rassurantes : ‘“* Ma trèschère mère, j'apprécie “ comme ils le méritent les conseils que votre tendresse “ vous suggère. Je l’avoue, la jeuresse est bien exposée ‘“ aujourd'hui, et trop de jeunes gens, au lieu de faire la ‘ joie de leurs parents, en font la désolation. Mais avec “ vos bons avis et la volonté où je suis de ne vous causer “ aucun déplaisir, j'espère bien me garder de tout mau- ‘ vais pas.”

Mais que peuvent les conseils de la mère la plus attentive contre l'entraînement des pernicieux exemples ? Ce que M* de Lery gvait prévu, arriva. Le jeune élève de Mezières s'oublia : à l'exemple de quelques amis, il se jeta dans de folles dépenses, et, à la fin de l’année 1775, il se trouvait avec une dette de quatre mille livres qu’il était incapable de payer. Nous avions envie de passer sous silence cette page de sa vie; mais M" de Lery répara si bien sa faute, qu’il peut ètre proposé pour modèle à ceux qui, donnant dans de semblables écarts, perdent trop facilement courage. Connaissant toute la bonté de cœur de ses parents et persuadé qu’une faute avouée est à moitié réparée, il informe ainsi son père de ce qui lui est arrivé : “ Brest, ce 10 Juin 1776. Mon cher père, il est bien peu

‘“ de jeunes gens qui, à mon âge, ne fassent quelques ‘ fautes. J’en ai fait une : étant sans expérience et entrainé “ par l'exemple, j'ai eu la sottise de faire plus de dépenses “ que je n'aurais du, et je me trouve présentement avec ‘“ quatre mille livres de dettes. Si quelque chose peut ‘ me donner droit à votre indulgence, c’est le regret que ‘t j'ai de mon imprudence. Croyez que c’est la première “ et la dernière faute de ce genre que je commets. J'au- ‘‘ rais pu m'adresser à mon oncle pour me tirer de ce ‘ mauvais pas, mais j'ai préféré m'adresser à vous, bien

“ persuadé que ma confiance ne sera pas vaine. Je sup- :

“ plie ma bonne mère d’intercéder en ma faveur, l’assu- “ rant que si une faute peut servir à quelque chose, celle- “ ci sera une bonne leçon pour moi... J'ai laissé Mezières ‘ dans le courant de Novembre dernier, et je suis à Brest “ depuis le 1er d'Avril. J'ai ici tous les agréments pos- “sibles: Mr Dajot, Directeur des fortifications et Bri- ‘“ gadier des armées du Roi, est très bon pour moi ; Mret ‘ Mo de Lusignan me comblent d'attentions. Je suis allé, “ cet hiver, passer quinze jours à Paris, où j'ai vu toutes “ mes connaissances, excepté Mr des Meloises. Mr et M & de St Amand, Melle Loir, mon oncle et mon cousin de “ Repentigny, ont fait l'impossible pour me faire plaisir. “ De Paris, je suis allé en Touraine, où j'ai vu M*H. & Pean. J'ai passé à sa terre environ six semaines avec “ ma tante et mon cousin de Repentigny. Nous sommes “ partis de là ensemble. Eux ont pris la route de Roche- & fort, où mon oncle et ma tante se sontembarqués pour ]a Guadeloupe ; de Repentigny a rejoint l’'Escadre d’évo- “ ]ution, où se trouve aussi Mr de Lusignan. Pour moi, * je suis allé passer le reste de l'hiver à la campagne de ma tante Landrieff. J'étais encore en Touraine, lorsque € j'ai reçu l’ordre de me rendre à Brest. Les événements “ du Canada nous inquiètent beaucoup; veuillez nous “ rassurer. Mes amitiés à toute la famille. Votre fils & afféctionné. (Signé) CHaussecros DE LERY.”

fAinsi qu'on le voit par cette lettre, M" de Lery avait

quitté Mezières dans le mois de Novembre, pour aller à Brest. De Brest, il passa au Port Louis, où il ne fit qu’un rapide séjour, ainsi qu’il l’apprend à son père par la iettre suivante : ‘* Paris, 29 Mars 1777. Mon cher père, mille “ remerciments pour la bonté que vous avez eue de venir “ à mon aide: c’est là un nouveau bienfait dont je gar- “ derai éternellement le souvenir. De Brest où j'étais, « j'ai été envoyé deux mois au Port Louis. Notre Corps “ vient d’essuyer une réforme considérable: de quatre cents que nous étions, nous sommes réduits à trois ‘ cents vingt-neuf. Le reste est surnuméraire, à la suite “ des Compagnies de Sapeurs et de Mineurs des régi- ‘ ments d'artillerie, où il faudra passer deux ans, au bout ‘ desquels on entrera dans le Génie pour deux autres années, et autant dans l’Infanterie, après quoi on appai- * tiendra au Corps. D'après cette marche, je ne devrais “ être Lieutenant en pied que dans six ans ; mais, comme ‘“ il y a eu trente-quatre retraites et que je me trouve le “ vingt-cinquième à placer, j'espère que je serai en pied d'ici à deux ou trois ans, et peut-être même avant. Le “ Corps portera à l'avenir le nom de Corps Royal, et sera “ composé de vingt-et-une Brigades, ayant chacune un Bri- ‘ gadier, un sous-Brigadier, un Major, quatre Capitaines “en premier et cinq en second, plus trois Lieutenants ‘“ en premier. Les appointements sont ainsi fixés: Briga “ dier, quatre mille huit cents livres ; sous-Brigadier, trois “ mille trois cents soixante livres ; Major, trois mille livres; ‘ Capitaines, de mille six cents livres à deux mille quatre “ cents livres; Lieutenants, de neuf cents livres à mille “ huit cents livres. Je suis donc à neuf cents livres, “ comme vous le voyez par cet exposé. Je pars demain “ pour me rendre à la Fère, à la suite du régiment “ d’Auxonne. En passant par Tours, j'ai vu mon oncle “ et ma tante de Landrieff qui sont tonjours à leur mai- ‘ son de campagne, où ils font bâtir. J'ai vu aussi M° de ‘ Vaudreuil et lui ai remis votre lettre. A mon arrivée

“ à Lorient, j'ai rencontré Melle de Repentigny. Elle se

“ disposait à aller rejoindre son père, lorsque la nouvelle “ de sa mort lui est parvenue. On a eu toute les peines “ du monde à l'empècher de s'embarquer. Le Gouver- “ neur de Mahé venait d’être fait Brigadier, lorsqu'il a “été emporté par une attaque d’apoplexie. C'est un “ grand malheur pour la famille. Son frère a été très “ malade, en arrivant à la Guadeloupe et je crains qu'il “ ne fasse une rechute, lorsque son fils lui apprendra la “ fâchense nouvelle. M' de Foucault a été nommé Inten- “ dant à l'Ile de France. Il s’y rend avec M* Charly, sa “ nièce. Je n'ai pas eu de nouvelles, cette année, des # Chaussegros ; l'Ingénieur est toujours en Corse, Lieute- “ nant Colonel ; le marin est Lieutenant de vaisseau à “Toulon. Il me fait peine d'apprendre que vous êtes ‘“ toujours dans les alertes en Canada, mais j'espère que “ cet état de chose va finir. Mille assurances de respec- ‘ tueux attachement à ma chère maman. J'embrasse “ ma sœur et coute la famille. Votre très-affectionné fils. (Signé) LERY.”

Le séjour de Mr de Lery à la Fère, en Picardie, ne fut pas, non plus, bien long. De là, il fut envoyé à Arras, en Artois. Il en donne ainsi avis à ses parents: ** Meré “ 18 Février 1778. Mon cher père, au lieu de deux ans “ que je devais rester à la Fère en Picardie, je n’y ai passé “: 1e six semaines. Le Ministre a jugé à propos de m’en- “ voyer à Arras, en Artois, pour y être employé comme je l’ai ét6 à Brest et Port Louis. J'ai profité d’un congé “ d'hiver pour aller rendre visite à mon oncle et à ma “ tante de Landrieff, et c'est de là que je vous écris. Mon ‘“ congé expiré, je retournerai à Arras, à moins que je “ne sois envoyé à Ajacio, en Corse, où j'ai demandé à “ servir, auprès de mon cousin Chaussegros. Mon oncle “de Repentigny a été fait Brigadier depuis la mort de “ son frère. Il désire beaucoup m'avoir auprès de lui, “ en qualité d’In- aieur, et j'avoue que ce parti me plaît “ assez. Mes respects à mes tantes et à mon oncle d'Esglis, ‘ et mille amitiés à mes frères et sœurs. Mon oncle et

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