TANT ELU ET SE PRE RS ER ER NE NT RE
“ ma tante me chargent de les rappeler à votre bon souvenir. Ils se proposent de vous écrire par Mr de St Luc. Votre fils soumis. (Signé) ne Lerv.”
Après avoir passé deux ans à Arras, M' de Lery retourna au Port Louis. La mort de M' de Landrieff, son oncle, étant arrivée sur ces entrefaites, il annonce en ces termes à ses parents cette :âcheuse nouvelle : ‘ Tours, 16 Mars 1779. Ma chère maman, j'ai une bien triste ‘“ nouvelle à vous annoncer: Mr de Landrieff est mort. “ Il y aura un an au mois de Mai, il a succombé à une “ douleur rumathismale qui le faisait souffrir depuis “ longtemps. IL laisse une assez belle fortune à ma ‘ tante et à ses trois enfants. Les deux aînés sont au “ Collége et le dernier est auprès de sa mère. J'ai dû me “ rendre moi même auprès d'elle, mais je n'ai pu y aller “ qu'av mois de Septembre. Elle a été pendant plusieurs ‘“ semaines sans pouvoir se consoler; il a fallu que ses ‘ amis l’'emmenassent chez eux, pour faire diversion à sa “ douleur. Elle commence à prendre le dessus ; elle s’oc- “ cupe beaucoup de ses affaires, ce qu'elle n'avait jamais # fait auparavant. Son mari a été immensement regretté ‘ dans toute la contrée. Pour ma part, je déplore beaucoup ‘“ sa perte, car il ne pouvait être meilleur pour inoi. J'ai fait visite à Mé* Pean et à M* de Marcounay qui n'est ‘“ pas bien. Vous savez sans doute que M* de Lino a ‘“ perdu sa fille. Son gendre, après avoir été pris par un “ corsaire anglais, est de retour en France. Ma tante de “ Repentigny, ajoute-t-il dans une lettre de la même “ date à son père, a été très malade. Son mari a été ‘ obligé de marcher au secours de S'e Lucie, et la pensée “ qu'il pouvait être tué, l’a jetée dans des inquiétudes “ mortelles. Grâce à Dieu, il n’a pas été blessé, bien que “ la mêlée ait été terrible. Son fils a fait une campagne ‘“ de six mois et a pris part à deux combats. Il a été ‘“ légèrement blessé à celui de St Domingue. de l’attends “ prochainement. Mr de Tilly qui commandait à cette ‘ affaire, s’est emparé de la frégate anglaise,mais il a perdu
‘ le Chevalier, son frère, qui a péri dans le coinbat. A son “ retour en France, il a essuyé une affreuse tempête : “ son grand mât a été coupé en deux par la foudre ; toutes “ses poudres ont été mouillées, et, pour alléger son “ bâtiment, il a été obligé de jeter à la mer douze canons “ de trente-deux. Peu de jours après, il fit la rencontré “d'un corsaire anglais de quatorze canons, et s’en “ empara après un rude combat. Le lendemain de cette “ affaire, il fut attaqué par une frégate de trente-deux “ canons. Le combat a duré trois heures et demies. Il ne “lui restait plus que cinquante gargousses, lorsque ‘t l'Anglais, endommagé à sa flottaison, prit le large. Ces
- * deux combats, le dernier surtout, font beaucoup d’hon-
“ neur à Mr de Tilly. A une tête froide .et réfléchie, il joint les qualités qui font l'excellent marin. Il a été “ blessé à l'épaule, mais sa blessure est sans gravité... Mon cousin Chaussegros vient d'être fait Colonel; le * cadet est sur l'Escadre du Comte d'Estaing. Votre très ‘ obéissant fils, (Signé) pe Len.”
Du Port Louis, M" de Lery revint à Brest, l’année suivante. C’est de là qu’il écrit à son père la lettre qu’on va lire : “ Brest, ce 23 Mars 1781. Mon cher père, j'ai reçu ‘ toutes vos lettres. Vos bontés ne font qu'’augmenter ‘ mon attachement et ma tendresse. Je suis à Brest “ depuïs:le mois d'Avril 1780. J'ai passé une partie de “cette dernière année au Port Louis, où j'ai été très “occupé, ce qui m'a empêché d'aller en Touraine. M* ‘ Germain, chez laquelle j'ai demeuré tout le temps, m'a “ bien chargé de la‘rappeler à votre bon souvenir. Ma “ tante de Landrieff-Vieht de placer son aîné dans le ré- “ giment royal des väisséaux; elle doit faire passer Desbordes à mon oncle de Repentigny qui le lui demande. “ Mon oncle était allé à la Martinique pour prendre le “ commandement du régiment de cette Ile, avec une “ augmentation de :trois'mille livres ; mais il a préféré “ rester à la tête.de son ancien régiment de la Guade- “]loupe. Son fils vient d'y faire un riche mariage: il a
“ épousé Mille Duquesnel de la Basse Terre, qui lui “ apporte de douze à quatorze cents mille livres. Ma ‘“ tante de Repentigny s'occupe pour moi-même d’un “ projet de mariage : c’est un parti de deux cents mille « livres, argent de France. Mais, outre que je né suis “ pas pressé de me marier, je préfère les mariages d'in: clination aux mariages d'intérêt : il me semble qu'on ‘“ ne peut ètre heureux qu'autant qu'on se connaît et “ qu'on s'aime. Si la chose devait se faire, je vous dirai ‘“ que je désirerais que ce fût avec une Demoiselle du # Port Louis, qui a tout pour me plaire. Enjouée, spiri- “ tuelle, laborieuse, jolie, elle l'emporte de beaucoup “ dans mon esprit sur les créoles qui sont plus riches, “ mais qui ne savent que dépenser. Elle est l’ainée de - # trois enfants, et est fill: d'un gentilhomme breton qui ‘* a ses entrées aux Étais de Bretagne. Sa fortune peut ‘ aller à soixante mille livres, mais je ne considère pas “ cela. Comme je ne veux rien faire sans votre agrément “ ni celui de ma bonne mère, je vous prie de me dire ‘ tous les deux votre pensée à ce sujet Vous pouvez ‘“ m'adresser vos lettres à Tours, où je compte passer le “ mois d'Octobre chez ma tante de Landrieff. de suis ‘ heureux de savoir que mes frères et sœurs ne vous “ donnent que de la satisfaction. Ge que vons m'en ‘ dites, ne fait qu’ajouter à l’intérèt que je leur porte. ‘ Embrassez-les, je vous prie, pour moi. Mes respects à “ mon oncle et à mes tantes. Votre très affectionné fils. “ (Sigré) DE LERY.”
Vers. la fin de cette même année, M° de Lery partit pour la Martinique. La lettre qu’il écrit à ce sujet, est ainsi conçue: ‘‘ Brest, le 4 Décembre 1781. Mon cher * père, j'étais depuis quelques jours chez ma tante de ‘“ Landrieff que je n'avais pas vue depuis trois ans, et ‘ où je comptais passer sept mois, lorsque me sont arrivés ‘“ des ordres de la Cour, m’enjoignant de partir dans le “ plus bref délai pour la Martinique. C’est ,sans doute “ mon oncle de Repentigny qui m'a obteau d’être em-
“ ployé dans cette Colonie, où il compte toujours me faire “ faire un mariage avantageux. Aux mille quatre-vingts & livres que je touchais déjà en France, le Ministre de “la Marine a bien voulu ajouter un supplément de “ mille deux cents livres, ce qui porte mon traitement à “ deux mille deux cents quatre-vingt livres, sans parler “ des quatre cents livres que vous me faites tenir annuel. “ lement.: Comme cette somme excèdera les dépenses “ que je pourrai faire, je mets à votre disposition cent “ pistoles que je ferai toucher tous les ans, tant que je “ serai à la Martinique, si vous pouvez vous résoudre à “ envoyer un de mes frères en France, n'importe dans “ quel Collége, et je tâcherai de faire encore davantage par la suite, heureux de pouvoir ainsi m'acquitter de ‘ la dette de reconnaissance que j'ai contractée envers “vous. Nous pensons mettre à la voile aujourd’hui, ‘ ajoute-t-il le lendemain en écrivant à sa mère, et je & n’ai que le temps de vous annoncer mon dépari. Puisse “ ce voyage nous rapprocher ! J'emmène avec moi Des- “ bordes que sa mère m'a confié. Je le conduis à notre oncle & de Repentigny qui se charge de le placer dans quelque ‘“ régiment. C’est un beau et grand garçon, bien fait, de “ beaucoup d'esprit et qui fera un excellent sujet. Il est & aimé et estimé de tout le monds. M de Lusignan me “ gâte un peu ; il lui est impossible de me témoigner “ plus d'amitié qu’elle ne fait. Sou mari est aux Iles, et “se porte bien. Je suis fâché que vous ne m'ayez pas “ répondu au sujet du mariage dont je vous parlais. Vous “avez sans doute pensé que mes idées changeraient &« Détrompez-vous: mes:sentiments sont toujours les mêmes. Vous me direz donc votre avis. Mes respects à ma tante St Marie et à mon oncle d’Esglis. J'embrasse ‘ mes frères et sœurs, et demeure votre très affectionné fils. (Signé) pe Lery.”
De la Martinique, Mr de Lery passa à la Guadeloupe, où il demepra jusqu’en 1786. Pendant tout ce temps, il eut soin de donner de ses nouvelles à sa famille. Dans
l'impossibilité de reyroduire toute cette correspondance, nous nous bornons à quelques fragments de lettres : ‘ Ile ‘“ de la Guadeloupe, 12 Décembre 1782. Ma chère mère, “je n'ai qu’un instant, si je veux profiter du bâtiment “ qui part, pour répondre à la vôtre, du 18 Octobre 1781. “Je comprends sans peine que mon projet d’établisse- + “ menten France vous ait nn peu affectée ; maïs, comment avez-vous pu y voir une marque de réfroidissement “ envers les miens? Ah! vous me connaissez bien mal! ‘ Loin de diminuer mon affection pour ma famille, le temps n’a fait que la rendre plus vive. Je désire autant “ que vous me rapprocher du Canada ; mais pour le mo- “ ment je ne le puis, sans compromettré mon avenir... ‘ Vous me parlez de vendre vos terres. De grâce, ne ‘“ mettez pas ce projet à exécution: vous feriez un très- “ grand tort à vos enfants. Ces terres ne feront qu'aug- ‘“ monter de valeur avec le temps... Dites à Angélique “ que, si elle est pour se marier, j'ajouterai trois mille “livres à son trousseau. Mon cousin Chaussegros est “ Chef de Brigade et réside à Montpellier ; son frère est & Capitaine de vaisseaux et est parti avec son Escadre & pour les Antilles. S'il le peut, ilira vous voir. Rassu- “ rez-vous, ajoutait-il au mois de Mars de l’année suivante : mon projet de mariage est rompu. Je viens de & recevoir une lettre du père qui ne peut dissimuler son “ dépit de voir cette affaire manquée. Mon oncle de “ Repentigny est en ce moment à Paris, où on pense qu’il va être fait Maréchal de Camp. Son fils est avec “le Marquis de Vaudreuil, et sa jeune femme a hâte de & Je revoir. Son petit garçon est charmant, Ii aura deux & ans au mois de Décembre et marche déjà tout seul. De Beaujeu est à St Domingue dans le régiment du Cap. & Mr de Belcombe l’aime beaucoup. Grâce à lui et à la . “ protection de Mr de Vergennes, Ministre des affaires
pe, ‘“ étrangères, il a été fait Major dans l'expédition qui , il “ vient d’avoir lieu à la Baie d'Hudson. Il a été à Paris ans “au mois d'Octobre dernier et doit rejoindre sous peu
“ son régiment.” A cette lettre en était jointe aussi une autre pour son père. ‘ J'ai appris avec plaisir, écri- “ vait-il dans cette lettre, que la paix venait enfin d’être “t faite entre la Grande-Bretagne et ses Colonies; vous ‘ allez pouvoir respirer. Au mois de Juin, les troupes “ des Colonies vont repasser en France ; mais j'ignore “ quelles sont les intentions du Ministre par rapport aux “ officiers. J'ai demandé à rester ici et j'ai lieu de croire “ que je ne serai pas rappelé. Ma tante est dans de grandes “ inquiétudes, ne sachant pas où son mari sera envoyé. “ Dès que son sort sera fixé, je vous le ferai savoir.” Toutes ces incertitudes fûrent bientôt levées. ‘“ Décidément je reste à la Guadeloupe, écrit à son père le jeune « officier au mois de Janvier 1784, et je m’en réjouis, car nulle part je ne puis être mieux qu'auprès de ma tante: ‘ Ma santé est excellente et fait envie aux Européens qui “ ne peuvent généralement supporter le climat du pays. Mon oncle de Repentigny, ajoute-t-il dans sa lettre du ‘18 Mai, a été nommé Brigadier et Gouverneur Général ‘ du Sénégal au mois de Janvier. Nous savons qu'il y est arrivé, mais nous n’en avons pas encore reçu de lettres. ‘ Cette nouvelle a été comme un coup de foudre pour “ ma tante. Elle est tombée gravement malade et s’est “ trouvée à l’extréinité. Elle est mieux. Son fils qui faisait “ partie de l’Etat-Major du Comte de Grasse a été appelé, & avec les autres officiers, de Quimperlay, en Bretagne, “ à Lorient, où se tient le Conseil de guerre, pour rendre “ témoignage dans l'affaire si compromettante pour cet “ officier supérieur... Chaussegros, l'Ingénieur, est mort “ d’une fluxion de poitrine. Il emporte les regrets de tous “ les officiers. Je, suis bien aise que vous ayez enfin “ consenti à envoyer mon frère à Paris. Il est entré dans it les Gardes du Corps, faisant partie de la maison du Roi. C’est une faveur qu’il doit à Mr de Villeray, notre pa- “ rent et notre ami. Il est très-aimé du Maréchal Due de & Villeroy. Avec un pareil chef qui sera son Mentor et “ son guide, il ne pourra avoir que des agréments, s’il est
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“ sage, Il était temps qu'il fût placé, ayant déjà accompli “ ses dix-huit ans. Mon oncle de Repentigny vous a donc “ bien conseillé. J'ai fait donner cinquante louis à mon “ frère, et lui ferai toucher six cents livres tous les ans. Cela peut suffire pour le moment, avec ce qu'il recevra “ d’ailleurs. De Landrief?, l'aîné, est dans la même Com- “ pagnie. Toutes les personnes qui m'en parlent, m'en
: disent du bien. On vante sa tournure agréable, son
‘* esprit doux et honnète. Il ne peut donc manquer de se “ faire aimer et estimer. Desbordes, son frère, n'est point “ encore placé. Il a fait plusieurs campagnes, comme Vo- ‘ Jontaire, avec Chaussegros, Capitaine de vaisseaux. Ce “ dernier s’est marié à Toulon et a un enfant... Comme “ les rapports entre les Iles et les possessions anglaises “ sont à présent des plus difficiles, et. qu’on exerce dans ‘“ ces dernières une surveillance rigoureuse, ne m’adres- “ sez vos lettres que par de: voies sûres.”
Au moment où cette lettre parvenait en Canada, M‘ de Repentigny avait cessé de vivre. M de Lery annonce ainsi cette mort à sa mère. ‘ Guadeloupe 27 Mai 1785. Ma ‘ chère maman, préparez-vous à recevoir une triste nou- “ velle. Ma respectable tante de Repentigny n'est plus. ‘“ Elle nous a été ravie au mois de Juillet dernier, sans “ avoir eu la consolation de revoir son mari ni son fils. “ Après avoir langui pendant plus de six mois, elle a senti
‘“ ses forces l'abandonner complètement. Elle est morte ,
‘avec toute sa connaissance. C’est une grande perte pour “ nous, car elle ne pouvait nous être plus dévouée. J’ap- “ préhende que son fils que nous attendons de jour en # jour, ne perde la tête en apprenant la mor‘ de sa mère, # Il a été fait Chevalier de St Louis Cet honneur ne le “ consolera jamais de la privation d’une mère qu'il ado- “ rait. Pour moi, je continue à me bien porter. Ce climat “ si meurtrier pour les Européens, ne l’est point pour moi, “ grâce à la vie sobre et appliquée que je mène. Je jouis “ de l'estime et de l'affection de tous les habitants de “ cette Colonie. :Mr le Gouverneur, le Baron de Clugny,
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‘“ m’honore de sa confiance et me comble d’attentions. nt
“ La famille Duquesnel qui tient un des premiers rangs, É
“est pour moi d’une bonté qui ne peut être surpassée, #
Mr Duquesnel qui a perdu depuis longtemps sa femme, #
“ voudrait toujours m'avoir avec lui. Ma cousine n'est #
À ù ‘“ pas moins aimable pour moi. Rien ne manquerait à Li
“ mon bonheur si je pouvais aller vous voir. Qu'il me +
“ serait doux, après vingt-quatre ans d'absence, d'aller 4
‘“ vous embrasser tous; mais les bruits de guerre entre à
“ l'Empereur d'Allemagne et la Hollande qui circulent, $
“la crainte que mon oncle ne soit rappelé du Sénégal, #
“ m'obligent à rester à mon poste. Vous me dites que L #
$ ‘“ vous avez bien vieilli et vous craignez que je ne vous fs
“ trouve changée. Il se peut, mais votre cœur n’a point J
“ changé ; cela me suffit: je vous trouverai toujours fs
“ belle.” Dans-une lettre à son père, antérieure à celle-ci +6
de deux mois, il disait : ‘‘ Je suis heureux d'apprendre le #
“ mariagé de ma sœur avec Mr de Beaujeu ; embrassc--la # 1. ? ‘ “ pour moi, je vous prie, ainsi que son mari. Je n'ai point # ‘“ recu de nouvelles de mon frère, le Garde du Corps, de- 5 “ puis qu'il a fait son service à Versailles. Cependant Le | . ‘# mon cousin de Repentigny qui l’a vu, me marque qu'il 4. ‘ est bien, et qu’il se fait aimer de tout le monde. De tous ji ‘les Canadiens, dont vous me parlez, je n’ai vu que MM. $ ‘# Douville, de Noyelle et Hazeur. Le premier a ici une ÿ “ magnifique habitation. Il était Commandant à St Bar- ù ‘ thélemi, avant que cette place ne fut donnée aux Sué- à “ dois. Il est actuellement en France, où il tâche de placer y “ sesenfants. De Noyelle est marié, mais n’a point encore LÉ “d'enfants. Il est très-riche. C’est le seul Capitaine à la
“ suite du régiment de la Guadeloupe. Les deux Hazeur t
“ sont dans le mème régiment, avec le grade de Capitaine À
“ en pied, et vont probablement repasser en France avec à
“lui. Mr de Celoron n’est pas encore de retour de France. $
‘ & Je lui ferai part des nouvelles que vous me donnez sur :
“sa famille. Ma cousine de Repentigny me remet trois Aie
“ barils de confitures du pays, pour vous les envoyer:
“un de gingembre, un de citron, et l’autre de cerises. “ J'y joins, pour ma part, un panier de liqueurs de la Mar. “ tinique, et un baril de café de Marie Galande. J'ai reçu “ le sucre d'érable et le baume du Canada, ainsi que le “ capillaire et les prunes à eau de vie que maman m'a “envoyés. J'en ai’fait part à Mr et M la Baronne de “ Clugny qui y ont fait honneur. Si vous pouvez m'’en- ‘“ voyer es tablettes de sucre tout apprèté, avec une-cer- “taine quantité de baume, je vous serai bien obligé. ‘ Mr Duquesnel désire aussi avoir du baume. Je n'ai “aucun renseignement. à vous doûner sur Désaulniers ‘“ ni Boisson; je n’en ai pas entendu parler. J’embrasse “ mes frères et sœurs, anciens et nouveaux.” Au mois de Juin, il écrivait encore à sa mère. ‘‘ Je suis bien fâché de “ ne m'être pas trouvé à la Basse Terre; lorsque le Capi- ‘ taine Laforce. y a relâché. J'étais en tournée avec mon Général, ce qui m'a privé du plaisir de le voir. Mr de “ Celoron est arrivé. Il profite de la mème occasion que # moi pour écrire à sa famille. Mon cousin de Repenti- ‘ gny est aussi de retour. Vous pouvez être fière d’avoir “un pareil neveu: c’est le meilleur cœur que je con- ‘ naisse. Il ne peut penser à sa mère, sans pleurer. Son “ père lui a écrit. Il commande toujours au Sénégal et se “ porte bien. Il marque qu'il a demandé un congé au ‘“ Ministre, pour aller rendre ses comptes. Comme je suis ‘* à la veille de mon départ/pour l'Ile de Tabago, j'atten- ‘ drai à y être arrivé, pour écrire à mon père; mon séjour “ ne devant pas y être bien long, adressez-moi toujours vos lettres à la Guadeloupe. Je suis en ce momentchez + Mr Duquesnel. Toute la fomille vous dit un million de choses. Pendant que j'écris ces lignes, le petit de Repen- “ tigny est là qui me distrait. Vous savez qu’il est mon “ filleul. Il me dit de vous le marquer, et qu’il vous em- “ brasse ainsi que son oncle, ses cousins et ses cousines. “Je n'ai pas besoin de vous apprendre que Mr de Lotbinière s’est fait reconnaître Marquis ; vous le saviez “ sans doute déjà.”
. Aprèsavoir mis la Guadeloupe en étatde défense, Mr de Lery fut donc envoyé à Tabago. Nous avons encore de lui plusieurs iettres intéressantes qu'il écrivit à cette époque. La première est du 16 Février 1786, et est adressée à sa mère. Elle est ainsi conçue. ‘ Ma chère mère, je vois “ par votre dernière que vous êtes inquiète par rapport ‘à ma santé. Rassurez-vous. Voilà six mois que je suis # jci, et je n’ai pas été un instant malade. Malgré ce qu'a # pu vous écrire le Colonel Johnston, cette île n’est ni plus “ ni moins meuftrière que les autres ; de fait, je m'y porte ‘ aussi bien qu'à la Guadeloupe. Je ne devais rester ici ‘“ que deux mois ; mais, l'officier chargé de me relever a “donné sa démission, et je suis obligé d'attendre celui # qu’on enverra de France. Il n’y a pas assez d'Ingénieurs “ aux Antilles, pour qu'on puisse en déplacer un seul. “ Jai su la petite affaire que mon frère a eue avec l’un “ de ses camarades. J'espère qu’elle n’aura pas de suite, ‘et c’est à souhaiter, car un jeune homme qui passe pour 4 être un batailleur, compromet son avenir. Le mieux ‘“ pour lui est d'éviter la société des étourdis et de ne point “ fréquenter les cafés, où se rencontrent ces sortes de “gens. Il est fait pour parvenir, mais il faut qu'il s’ob- “ serve. S'il pouvait être placé dans quelque Colonie, ce me “ serait une grande consolation de l'avoir auprès de moi. ‘ La pauvre Demoiselle de Repentigny es: morte, Elle a ‘ suivi d'assez près au tombeau le Gouverneur de Mahé, “ son père. C’est ma tante de Landrieff qui m'a fait part “# de cette triste nouvelle. Il paraît bien que, cette chère , cousine, extrêmement remarquable, a été tuée par les ‘ médecins qui lui ont appliqué les mouches pour des ( attaques de nerf. Les médecins ne savent pas faire & d’autres coups. Le Gouverneur du Sénégal doit être en “ route pour Paris. On lui a donné un remplaçant dans “ son gouvernement. Le Capitaine Laforce m'a remis les “ différentes caisses qui étaient pour moi et pour M®* de ‘ Repentigny, mä cousine. .Il m’écrit qu'il partira à la “ fin du mois; je vais lui faire igmettre cette lettre. Mes
“ respects à ma bonne tante Ste Marie. Ce sont sans doute “ ses prières qui font que je me porte à merveille. Elle “ aime Dieu, ce qui ne l’empêclie pas d'aimer les siens: ‘ Embrassez pour moi mes ‘frères et sœurs.’ J'ai reçu'et lu leurs lettres avec plaisir. J'espère qu'ils continueront “ à me donner de leurs nouvelles. Mille choses à mon ‘ oncle d’Esglis. Je ne sais si c’est un rêve; mais j'ai pensé ‘ que l’Evèque de Québec était mort,'et qu’il l'avait rem- ‘ placé. Je regrette beaucoup de ne pas avoir la soutane : je m'offrirais à lui .pour être son Coadjuteur et l’aide- “ rais à conserver sa bonne santé. J'ai sollicité un congé ‘ pour aller me jeter dans vos braset jouir de vos embras- “ sements ; mais, dans les circonstances actuelles, je doute ‘“ que je l’obtienne.” Dans la lettre à son père, de la même date, il ajoute : “ J'ai reçu, par le retour du Capi- ‘‘ taine Laforce, votre bonne lettre du 17 Août dernier, ‘ avec les barils que vous avez bien voulu m'envoyer. J’ai “ remis ce qui était pour moi à la famille Duquesnel, et ‘ ai envoyé le reste au Baron de Clugny. L'habitation de ‘Mr Duquesnel, j'avais oublié de vous le marquer, est ‘ dans le quartier de la Capesterre, un des sites les plus “ beaux, les plus sains et les plus riches de la Guadeloupe. ‘* C'est là qu’il faut toujours adresser vos lettres. Mr de “ Clugny a obtenu de passer en France pour raisons de “ santé. Si j'avais pu avoir un remplaçant, je l'aurais ‘accompagné en Europe, ce qu’il désirait beaucoup. “ J'écris à mon frère d'aller le voir dès qu’il sera arrivé “à Paris, et de tâcher, pour cela, d’être de service à “ Versailles, au mois de Juillet prochain. Vous me “* mandez que le Gouverneur Hamilton qui est sur le ‘ point d'aller en Angleterre, doit me recommander au “ Maréchal de Castries et au Gomte de Séguf. Eh bien, “ qu'il se charge seulement de m'obtenir un congé pour ‘ aller vous voir, et je ne lui en demanderai pas davan- ‘“ tage. J'emporterais avec moi le vin de Champagne ‘que vous désirez; je ne puis vous en envoyer pour le ‘* moment, étant loin de la Martinique et ne pouvant con-
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t fier cette emplette à d'autres, de peur d'être trompé. “ De Repentigny, le fils du marin mort à Rochefort, est “ ici en station, sur une corvette du Roi. C'est un jeune ‘“ homme d’une santé très-délicate. Depuis qu'il a eu la ‘ petite vérole, il ne voit plus clair. Je doute que dans & ces conditions il puisse continuer le service. Les deux &« MM. Hazeur, dont je vous ai parlé, sont toujours dans « cetté Ile, et je suis très-lié avec enx. L’ainé commande en ce moment les troupes de la garnison. Il sollicite la & Croix de St Louis, avec sa retraite, et désire aller finir “ ses jours en Louisiane, où un de: ses frères réside avec ‘sa mère, sur une terre considérable. Ci-jointe une lettre qu'il me prie de faire parvenir par vous à M‘ de Varennes, afin d'obtenir d'elle des papiers dont ils ont & besoin. Si cette Dame était morte, vous voudriez bien vous charger de les leur procurer.” Quatre mois s'écoulèrent, sans qu'aucun changement survint. “ Mon congé, “ écrivait à sa mère le jeune officier, au mois de Juin, “ n'arrive pas plus que mon successeur, et je ne puis prévoir encore l’époque où je quitterai Tabago. Le Baron “ de Clugny doit être à présent à Paris, et j'espère que “ mon frère sera son Aide-de-camp. Mon cousin de Repentigny. vient d’avoir un second fils. Pour cette raison, il & a remis à une autre année son voyage en France. Je & profite de l’occasion d’un négociant anglais, de mes ‘ amis, qui se rend à St Pierre de Miquelon, pour vous “ envoyer ces quelques lignes. Il y a ici un paquebot ‘ qui fait, tous les mois, le trajet entre cette Ile et Londres ; & sil y en avait également un entre Québec et Tabago, je ‘ pourrais vous donner plus souvent de mes nouvelles. “ Mon oncle de Repentigny, ajoutait-il dans la lettre à “ son père, a été relevé au Sénégal par le Chevalier de & Bouflers, Maréchal de camp, et est à présent à Paris. 11 pourra être très-utile à mon frère, ainsi que le Baron de Clugny avec lequel je suis en correspondance suivie. & Louis ne peut obtenir une. commission d’Aide-Major “ dans les Colonies, avant d’avoir été fait Capitaine ; et
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\ “ pour être Capitaine, il fant, après avoir passé un certain & temps à Lorient, être Sous-Lieutenant. Les Ordonnances “de la marine sont aujourd’hui très-sévères... Je n'ai “ point renoncé au sacrement de mariage, et je ne veux ‘ pas faire vœu d'y renoncer. Mais, bien que je convienne avec ma mère qu'il y a autant de femmes trompées ‘ que d'hommes, je ne veux pas me presser, afin de ne ‘ point faire de dupe. J’ai beaucoup entendu parler de ‘ Mr de La Potherie au Capitaine de St Ours. Le nom “ des MM. Hazeur est bien Delorme; celui de ce nom, “ mort en 1733, était leur oncle. Embrassez pour moi ‘“ mes frères et sœurs, sans m'oublier auprès de Mr Couil-
“ lard, de mon oncle d’Esglis ni de ma tante Ste Marie.” .
Enfin, Mr de Lery quitta Tabago et revint à la Guadeloupe. C’est delà qu'il écrivit les lettres qu’on va lire. La première est du 17 Mars 1787, et est ainsi conçue : “ Ma “ chère maman, je suis de retour à la Guadeloupe depuis “ quelque temps. J'ai reçu les cinq bouteilles de baume ‘ que vous m'avez envoyées. Vous avez sans doute appris “la mort de mon oncle de Repentigny, Gouverneur du ‘“ Sénégal. Il est décédé à Paris, au mois d'Octobre “ dernier. Son fils est passé en France, deux mois après. ‘ La saison avancée ne lui a pas permis d'emmener avec lui sa femme et ses deux enfants. Leur départ est remis ‘“ au mois de Mai prochain. Moi-mème je me dispose à “ partir. Je me propose d'effectuer mon retour à Paris par St Domingue et Terre-Neuve, ce qui me procurera l'avantage de pousser jusqu’à Québec. Je ne me possède “ pas de joie quand je pense au plaisir que j'aurai de vous “ voir et d'embrasser toute une famille que je ne connais “ pas encore. Je profite du départ du Capitaine Laforce, “ ajoute-t-il dans la lettre à son père, pour vous donner “ de mes nouvelles. Je compte partir d'ici dans le mois “ de Juin, et être dans vos bras peu après. Comme je me ‘“ propose de passer par Terre-Neuve, si vous avez là ‘“ quelques connaissances, faites-leur savoir mon inten- “ tion ; nos Généraux vont me donner des lettres pour le
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Gouverneur. A mon retour de Tabago, j'ai fait une ‘ maladie assez sérieuse : le climat de cette Ile m'avait ‘ donné sur le nez. Grand nombre d'officiers de la garnison, “ près de la moitié, entr’autres Mr Marette, fils de M‘ ‘“ LaPerelle, Lieutenant au régiment de la Guadeloupe, “ ont succombé. J’ai été plus heureux. Il faut dire aussi “ que la famille Duquesnel m'a prodigué les soins les & plus affectueux, M‘ de Repentigny et la Comtesse d'Es- “ coumains, nièce de M* Duquesnel, étaient sans cesse à “ mes côtés... Mr de St Ours, Capitaine de vaisseaux, est mort aussi, en France, à la suite d’une campagne des plus fatiguantes qu’il venait de faire aux Iles. Desbordes est entré dans la marine. Il doit être parti à présent “ pour l’Inde, en même temps que le jeune de Repen- “ tigny, dont j'ai parlé dans mes dernières lettres. Il a de & l'esprit, un caractère excellent, mais n’est pas assez “ appliqué : sa mère l’a un peu gâté. J'ai oublié de vous ‘ dire que nous avons ici le fils de Mr Levasseur qui « demeure à Québec, rue du Sault-au-Matelot. Il est “ Intendant chez Mr Duquesnel, avec mille deux cent “livres par an. Sur les recommandations de M‘ de St ‘ Ours, de Montréal, et celles de Repentigny, nous lui ‘ avons procuré cette place. Il conduit les nègres de & l’habitation et a beaucoup de goût pour la culture. 4 C’est un jeune homme aussi sage que studieux qui & fera fortune, s’il continue ainsi à se bien conduire. &« Adieu, assurez toute la famille de mon sincère atta- “* chement, et dites lui bien que je me fais une fête de “ pouvoir la voir bientôt.” De si douces espérances ne devaient pas se réaliser. Six mois après, Mr de Lery informe ainsi son père des obstacles survenus : ‘ Gua- « deloupe, 4 Septembre 1787. Je n'ai que le temps de “ vous écrire deux mots par le Capitaine Grant, Com- “ mandant de la Marianne, qui part immédiatement. Je “ devais profiter du bâtiment du Capitaine Laforce pour me rendre à Québec et aller vous voir, lorsque l’ordre “, m'est arrivé de ne pas m'éloigner de la Guadeloupe, à
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“ cause des bruits de guerre qui circulent. Vous devez ‘ juger de ma peine. Mais à quelque chose malheur est “bon. Si je m'étais embarqué sur ce bâtiment, j'aurais ‘“ pu avoir le sort des autres qui ont fait naufrage. La ‘“* perte de ce bâtiment est un grand malheur pour le “ pauvre Capitaine. Je vous envoie un baril de sucre ‘“ blanc et un autre de café, plus deux petits barils de ‘ gingembre et de thamarin conf, avec deux paniers de “ vin de Champagne... Ci-jointe une lettre pou: Lord ‘“ Dorchester, votre Gouverneur. Elle est de Mr Parrey, “ Gouverneur de la Barbade, qui me l'avait remise, # croyant comme moi que je pourrais la porter à Québec. Embrassez pour moi la famille, grande et petite. Je ‘ m'apprètais à passer avec elle un moment de bonheur ; ‘ mais, en ce monde, on ne peut pas toujours faire sa
-# volonté, et il faut bien se résigner aux sacrifices.”
Ne pouvant suivre l'impulsion de son cœur en allant rendre visite à sa famille, le jeune officier se dédommage
‘en lui donnant de ses nouvelles. C'est ce qu'il fait par la
lettre suivante : “ Guadeloupe, 5 Mars 1788. Ma chère maman, j'ai reçu vos deux lettres de l’année dernière. ‘ Si quelque chose peut me consoler de la peine de ne ‘“ pouvoir aller vous embrasser, c’est le plaisir d’avoir “ souvent de vos nouvelles et de vous en donner des “ miennes. Je n'ai pas encore reçu la caisse d'essence de ‘ sapinette que vous m'avez envoyée par le Capitaine ‘Grant, mais je l’attends sous peu, par la Dominique. Il ‘“ paraît bien, d’après le portrait trop flatteur qu'il vous ‘ a fait de moi, que ce bon Capitaine n'est pas étranger “ à la galanterie française. Il a sans doute voulu vous tt faire sa cour, en vous parlant aussi avantageusement ‘“ de moi. Il est faux, d'abord, que je sache bien l'anglais. ‘ J'ai eu le tort de ne pas mettre à profit le peu que j'avais appris à Paris, chez les Bénédictins. Je m'y ‘* serais remis, si j'étais resté plus longtemps à Tabago, “ où il y a plusieurs officiers anglais ; mais, ici on parle “ très-peu cette langue. Ensuite, je ne suis pas aussi bel
‘ homme qu'il s’est plu à vous le dire : je suis fait comme “le commun des mortels, d’un embonpoint honnête. J'ai cinq pieds, trois pouces et trois lignes. On me dit “ que j'ai de vous le haut du visage et le bas de mon “ père. Le séjour des Colonies n’a guère rembruni mon teint, contrairement à ce qui arrive aux autres qui “ deviennent jaunes. Je conçois que vous aimeriez à en “ juger par vos propres yeux ; mais, le sacrifice que vous ‘ faites, en vous résignant à mon éloignement, ne fait “ qu'ajouter à ma tendresse et à ma reconnaissance, “ puisque c’est pour mon avantage que vous vous imposez “ ce sacrifice. C’est ce même motifqui vous a fait consentir “ à vous priver de Georges et à l'envoyer à Paris, pour y étudier et le mettre à même d'entrer dans le Génie, “ce que vous êtes disposée à faire également pour Charles que vous voudriez voir dans la marine. En agissant ainsi, en préférant le bonheur futur de vos “ enfants à votre intérêt personnel, vous donnez la mesure “ de l’extrème tendresse que vous avez pour eux : vous “ vous montrez une vraie mère. Aussi, croyez-le, jamais “ la pensée de la séparation cruelle à laquell: vous vous “ résignez, pour leur amour, ne sortira de leur mémoire. “ Ce souvenir, avec celui des bons principes que vous “ leur àävez inculqués et des touchants exemples que “ vous leur avez mis constamment sous les yeux, sera un “ aiguillon puissant qui les stimulera sans cesse dans “ la route du bien, et comme la source féconde des pros- “ pérités qui les attendent dans la carrière qui s'ouvre “ devant chacun d’eux. Se rappelant ce que vous avez fait “ pour eux, ils ne seront que plus portés à se soutenir les ‘ uns les autres, et à se mettre ainsi à l'abri des coups “ de la fortune Pour mon compte, je n'ai d'autre ambi- “ tion que celle de venir en aide à mes frères. Si je réussis, “ je me trouverai trop heureux. Pour cela, je ne demande “ à Dieu que la continuation de la santé dont j'ai joui “ jusqu'à présent ; je me trouverai toujours assez riche, “ si je puis la conserver... Je viens d'écrire à Georges,
‘ pour savoir de lui où il en est par rapport aux mathé- “ matiques et à la possibilité d'entrer dans le Génie, afin “ de baser ensuite mes démarches sur ce qu'il me dira. ‘# Comme j'ai plusieurs amis influents, j'ai tout lieu d'’es- “ pérer qu'ils se feront un plaisir d’user de leur crédit pour “ le faire avancer, bien que les circonstances ne soient “ pas favorables. J'ai remercié Mr des Meloises des atten- “ tions qu'il a eues pour lui. Je fais parvenir également ‘ l'expression de ma reconnaissance à Mr Desandrouins, ‘“ dont je n'ai jamais eu qu'à me louer. C’est un parfait ‘“ gentilhomme qui s’est toujours montré des plus portés ‘“ pour les Canadiens. Il n’en parle que comme d'un ‘ peuple vertueux et air. à se rappeler les bons procédés ‘ dont il a été l’objet, par. culièrement de la part de ceux ‘ qui portent le nom de Lery. Aux qualités du cœur, il “ joint celles d’un excellent militaire et d’un Ingénieur habile... Je n'ai pas reçu, depuis longtemps, de nou- ‘* velles du Garde du Roi, mais je sais qu’il est en bonne “ santé. Je ne puis approuver qu’il n’aille pas voir plus “ souvent sa tante, M® de Landrieff, et je me suis cru ‘ obligé de lui faire des remontrances à ce sujet. C'est “ dans sa garnison, et non à Tours, où il n’y en a que de “ bonne, qu'il peut craindre la mauvaise compagnie. “ Insistez donc pour qu'il aille faire la connaissance de ‘ Mé de Repentigny, sa cousine, et qu’il rende ses devoirs “ à sa tante. Ne m'oubliez pas auprès de M®* de Lotbi. “ nière et de Bonne; embrassez pour moi Monsieur et 4 Mé Couillard, ma sœur Catherine et mes frères ‘# Charles et Victor.” Dans la lettre, de la même date, à son père, il ajoutait : ‘J'ai appris avec le plus grand ‘ plaisir que vous aviez pris le parti d'envoyer mon frère Georges à Paris. Avec le commencement de mathéma- ‘ tiques qu’il a et ses heureuses dispositions, il pourra “ réussir, surtout s’il continue à être appliqué et à vouloir ‘“ bien faire. Il lui sera facile d’être admis à l'examen; ‘“ mais, pour entrer à l'Ecole de Mezières, il lui faut ‘ acquérir la science qui regarde le Génie... Je viens
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d'écrire à mon cousin Chaussegros, Chef de Division, “ pour qu’il fasse inscrire et recevoir Charles au nombre ‘ des élèves. Comme les enfants de famille noble sont ‘les seuls qui puissent prétendre aux places dans les * différents Corps, Charles aura, sous ce rapport, un avan- ‘“ tage sur beaucoup d’autres. De plus, étant Américain ‘ etde bonne famille, il pourra passer plus facilement... “ Ici, nous sommes toujours sur la défensive, ce qui fait ‘que je ne puis, cette année encore, aller en Canada : ‘ainsi, les raisons qui m'ont retenu à la Guadeloupe, & l'année dernière, me retiennent encore cette année. “ J'étais Ingénieur à Tabago, et je pourrais l’être encore, ‘ si je le voulais, à S* Lucie ; je préfère toutefois le service ‘ de cette Ile, où j'ai la confiance du Gouverneur, en qui ‘ je trouve plutôt un ami qu’un chef. Ma place est enviée “ par plusieurs officiers, ennuyés Ce résider à S* Lucie ‘et à Tabago; mais M: de Clugny ne veut pas entendre “ parler de mon éloignement. On m'a offert le brevet de
‘t Capitaine à prendre rang dans ma promotion, avec
une gratification : j'ai accepté. Je serai “-as le cas
“ d’être fait Chevalier de St Louis au mois de Juillet 1791, ‘“ parce qu’alors j'aurai 28 ans de service, les années dans ‘ les Colonies comptant double. Je suis avec un sincère ‘ et respectueux attachement, etc.
On conçoit sans peine la douleur que devaient causer à un père et à une mère qui aimaient tendrement leur enfant, les obstacles apportés à l’accomplissement de leurs plus ardenis désirs. Après avoir vainement sollicité son retour des années entières, et avoir été au moment de voir enfin ses vœux accomplis, sa mère, ne put s'empêcher de lui adresser des plaintes. Dans sa douleur, elle s’en prend à la famille Duquesnel qu’elle accuse de vouloir retenir son fils; elle accuse même la tendresse de ce fils qui l'aime si affectueusement. C’est pour dissiper ces préventions et consoler sa douleur que Mr de Lery répond ainsi à sa mère : ‘“ Pointe à Pitre, 13 “ Février 1791. Ma chère maman, vous me faites des re-
‘ proches qu’en vérité je n'ai pas mérités. Je désire tout
‘“ autant que vous, je vous assure, me rapprocher des ‘“ miens, et, ce n’est pas ma faute du tout, si des raisons, ‘“ indépendantes ue ma volonté, m’en empêchent. A cause “ de cela, vous m'accusez de refroidissement envers vous “ et envers ma famille. Rien n’est plus dénué de fonde- “ ment, permettez-moi de vous le dire. Le Ciel m'est ‘ témoin que je ne soupire que pour les miens, et que ma “ tendresse pour ma famille est extrème. Je ne suis ‘ resté dans les Colonies que pour mes frères. Si je suis ‘“ heureux, ils partageront mon bonheur. Vous n'êtes ‘ pas plus juste envers la famille Duquesnel, sur laquelle vous faites retomber votre mécontentement. Faut-il “ donc lui faire un crime de l'amitié qu’elle me porte? “ Parce que mon cousin de Repentigny, cet ami d’en- ‘ fance, m'aime comme un frère, faut-il donc outrager “ son cœur? Ah! chère maman, rendez-nous donc justice. ‘“ Donnez-moi cette nouvelle preuve de votre tendresse, ‘“et croyez que je vous en aurai une éternelle recon- ‘ naissance. Je ne pourrais vivre un instant avec la ‘“ pensée que vous croyez que je vous aime moins, ou “que vous m'aimez moins. Les éloges que j'entends “ faire de mes frères, et en particulier du Garde du Corps, “ ne m’en seront que plus agréables, car je saurai que vous ‘“ nous aimez tous également. Ne désespérez pas de me “ voir un jour dans vos bras; je ferai tout au monde pour en hâter le moment... Je compte sur votre bonne “ amitié, disait-il dans la lettre à son père, pour dissiper “ les préventions de ma chère mère et me faire trouver “ grâce à ses yeux. Je comprends tout ce que sa tendresse “ doit souffrir de mon éloignement, mais sa justice lui “fera goûter mes raisons et accepter mes excuses. ‘“ M'étant fait une loi de ne point parler de la révolution ‘“ survenue en ce pays, j'ai évité de vous entretenir des évènements qui ont eu lieu, et particulièrement de ce & qui s’est passé dans les Iles-du-Vent. Néanmoins, afin “ de vous rassurer sur mon compte, je dois vous dire que
‘ si nous avons eu aussi nos vicissitudes ici, nous avons “ eu bien moins à souffrir qu'à la Martinique, où la ‘“ guerre civile a pris un caractère des plus prononcés. “ Nous devons à la conduite prudente et sage de notre “ Gouverneur, Mr le Baron de Clugny, d’avoir été pré- “ servés d’une partie des horreurs qui se sont commises ailleurs. Toute la Colonie lui rend ce témoignage. Il y a bien eu, par ici et par là, dans quelques villes et “ bourgs, un peu de tumulte, mais pas une goutte de “ sang n’a été versée ; les propriétés ont été respectées, “ les affaires commerciales ont continué leur train, et la ‘ récolte a pu se faire sans encombre. Ce n’est pas pourtant que nous ayons été à l’abri de tout danger : linsur- “ rection du régiment de la Guadeloupe nous a donné “un moment d'inquiétude, mais surtout l'arrestation ‘ injuste du Gouverneur, qui en a été la suite. Je n’a “ eu garde d'abandonner M" de Clugny dans un instant “ si critique ; j'ai volé à son secours, comme c’était mon “ devoir de le faire, quand mon amitié pour lui ne m'y “ eût pas engagé. Ma conduite l’a singulièrement touché, & etil ne sait que faire pour m’en témoigner, tous les jours, sa vive reconnaissance. La Baronne n’a pas été moins « sensible. En ce moment, l’un et l’autre s'occupent pour moi d’une affaire de mariage. Ils voudraient me faire épouser là Demoiselle de l’un de leurs amis. Le père ‘ et la mère que je vois souvent, donnent les mains à ce “ projet. Mais il faut le consentement de leur fille. Elle “ est en ce moment dans un Couvent en France. Elle “ peut avoir dix-huit ans; elle aura deux cents mille & livres, le jour de ses noces, et autant au décès de ses “ parents. Ce serait certainement une bonne affaire dans les circonstances présentes, où il est bon d’avoir de la & fortune, pour pouvoir parvenir. Cependant, je suis tou- « jours d’avis qu'il faut connaître la personne qu’on veut “ épouser, avant de prendre un parti. Je me propose donc “ de la voir en France, où j'espère pouvoir passer. Alors aussi, je pourrai m'occuper plus facilement de mes
‘ frères. Je vous prie d’embrasser pour moi mes frères “et sœurs, mon beau-frère Couillard, ainsi que ses en- ‘ fants, et d'assurer de mon respectueux attachement ‘“ mes tantes Ste Marie et de Lotbinière.’
Cette lettre est la dernière que M° de Lery envoya de la Guadeloupe à ses parents. En effet, quelques mois après, il s'embarqua pour la France. C’est delà qu'il écrivit à sa famille la lettre qu’on va lire, et aussi la dernière que nous reproduisons, pour ne pas allonger davantage ce récit: ‘ Paris 3 Avril 1792. Ma chère maman, je vois “ parce que vous mandez à mes frères, que vous ne me ‘ savez pas encore en France. Je me hâte de vous l’ap- “ prendra. Avant mon départ de la Guadeloupe, j'ai “ remis à M° de S'Ours plusieurs lettres qui vous fasaient “ part du parti que j'avais pris, et je suppose qu'il n’a pu “ vous les faire parvenir. Je suis en France depuis le ‘“ mois d'Août dernier. Ayant appris que la Demoiselle dont j'avais parlé à mon père, avait dessein de se faire Religieuse, pour ne pas entraver sa vocation, j'ai évité “ de la voir. Ainsi, il ne faut plus songer à ce mariage. ‘ Vous savez le parti qu’a pris mon frère Louis : c’estcelui “ de l'honneur. Ilne pouvait en prendre d'autre. J’en ai souvent des nouvelles. Georges est entré à l'Ecole “ de Mezières, où il passera deux ans. Dans l'incertitude “ où nous sommes des événements en France, je suis d'opinion que mon père fera bien de n’y pas envoyer mon autre frère. Nous sommes dans un moment de “ crise e, le terrain peut manquer à chaque instant sous ‘* les pas. Au lieu d'assurer l’avenir de ce jeune homme, ‘ on ne ferait que le compromettre J’ai envoyé Georges à Tours, où il a passé quelques jours chez sa tante. Il s’est fait aimer de tout le monde. C’est un brillant “ sujet, plein de talent, qui réussira dans tout ce qu'il ‘“ entreprendra. Le second des fils de ma tante se marie “ avec Melle de Repentigny, sa cousine. C’est un excel- ‘ lent mariage, auquel j'ai pris une très-grande part. Il & doit avoir lieu le 15 du courant, et je me propose
“ d'aller à Tours, afin de m'y trouver. La future est-jolie ‘et plaît beaucoup à Desbordes qui est un garçon: très- ‘ aimable et de beaucoup d'esprit, le bijou de sa mère. Elle ‘“ apporte avec elle cent mille livres, et en espère encore “ deux fois autant, si la Guadeloupe parvient à échapper ‘ aux désastres qui sont venus fondre sur St Domingue. ! & J'ai été faire visite à M" des Meloises et à sa famille. “ Son fils a pris un parti contraire à celui de Georges, et “ je ne puis l'en blâmer. Mon cousin de Repentigny est à Paris avec sa femme et ses enfants; mais, comme Mr “ Duquesnel, son beau-père, est malade, il doit repartir “ prochainement pour la Guadeloupe. Il va laisser ses ‘“ deux ainés en France. Mf° de Villeneuve, cousine ger- “ maine de Repentigny, est morte cet hiver à Tours. Sa ‘“ Demoiselle demeure avec M veuve de Repentigny, dont “ le fils est toujours marin, comme l'avait été son père. “ Il esten ce moment de service à l'étranger. M** de Lusi- “ gnan vient de marier sa fille Lilique avec un gentil- ‘“ homme du même nom. La cadette est depuis long- “temps l'épouse de M de Chaumont. Je pense que l’aînée ne se mariera pas. Leur frère est employé en “ Allemagne dans la marine, avec la majeure partie de “ son Corps. Je suis avec toute la tendresse possible etc.”
Lorsque M" de Lery revint ainsi en France, il était Lieutenant et Chevalier de St Louis. Il avait été promu au grade de Lieutenant en 1780 et avait reçu la Croix de St Louis en 1790. De graves événcinents qui devaient changer la face de l’Europe. se préparaient alors à Paris. Quel parti prendra le jeune officier ? Retournera:t-il dans le pays qui l’a vu naitre? Mais ses compatriotes se res-
1 L'esprit révolutionnaire ayant gagné presque toutes les possessions françaises, St Domingue, la Martinique, Pondichéry, la Guadeloupe, Chanderragor, etc., devinrent le théâtre des plus horribles attentats. En une seule nuit, la ville du Cap fut incendiée et la plupart de ses habitants massacrés, C'’est'alors que le peuple canadien dut compce a 1lle grâce Dieu lui avait faite, en permettant que le Canada
t séparé de la France, juste au moment où la Révolution allait se
déchainer sur le monde et le remplir de scènes de carnage.
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sentent encore de l'oppression qu'ils oni eu à souffrir depuis son départ. Epouserat-il la cause des Bourbons? Mais elle semble perdue : de grands scandales avaient été donnés sur le trône ; une plus grande humiliation devait en être la réparation. Se jetera-t-il dans la Révolution ? Mais ses principes, la conduite de toute sa vie, s’y opposent. Mieux inspiré, il s'attache au pas du grand homme que Dieu a suscité pour faire sortir la France de l’anarchie et relever les autels que l’impiété a renversés. A partir de ce moment, on le voit marcher à pas de géant dans la route de la gloire et parvenir au faite des honueurs. Pour raconter en détail les immenses travaux que Mr de Lery exécuta de 1802 à 1814, et qui lui valurent tant de titres et de décorations, il faudrait remettre sous les yeux les campagnes sans nombre auxquelles il prit part, en Italie, en Hollande, en Espagne et en France : le cadre de cet ouvrage, déjà trop volumineux, ne le permet pas. Qu'il nous suffise donc de les indiquer et de rappeler les distinctions qui en fûrent la récompense.
Nommé Chef de Bataillon et sous-Directeur des fortifications, le 1er Germinal, an II, il disposa les ouvrages qui facilitèrent le passage du Rhin, depuis Neuss et Dusseldorf jusqu’à Vadagen. Promu extraordinairement Chef de Brigade, l’année suivante, au mois de Février, il marcha avec le Corps d'armée qui effectua le blocus de Cassel, et dirigea les travaux qui assurèrent la possession de Morbach-Biberich et Cathorin. Un an après, il se trouva à la belle retraite qu’exécuta le Maréchal Jourdan depuis le Main jusqu’à Dusseldorf, et tenta avec ce Général de débloquer Manheim. C’est alors que, le 5 Ventose, an VI, il fût nommé Directeur des fortifications. Cette même année, il fit les campagnes de Mayence, du Danube et du Rhin, à la suite des armées. Telle fut sa belle conduite dans ces campagnes mémorables, qu’il fut nommé extraordinairement Général de Brigade, le 17 Thermidor, an VIL L'année suivante, le 3 Floréal, an VIIT, le premier Consul, appréciant de plus en plus ses rares quali-
tés, le nomma Inspecteur Général des fortifications et Commandant en chef du Génie de l’armée expéditionnaire de Hollande. C’est en cette qualité, qu’un an après, il fit les campagnes du Rhin et des Grisons.
Un plus grand honneur encore attendait M" de Lery en 1805. Napoléon était à la veille de gagner sur les Empereurs de Russie et d'Autriche et sur le Roi de Prusse son immortelle victoire d’Austerlitz, où quinze mille hommes fûrent tués, vingt mille fûrent faits prisonniers et deux cents pièces de canon, avec quatre cents voitures d'artillerie, fürent prises. Le 1er Février, de Général de Brigade, M'de Lery passa Général de Division. C’est en cette qualité qu’à la suite de la Grande Armée, il concourut, avec les Généraux Lannes et Marmont, à la prise
.d'Ulm, et qu'il assista aux combats de Dierstein, de Castel-Franco et à la bataille d’Austerlitz, dont le résultat ameua la paix de Presbourg. L'activité qu’il déploya en cette occasion, les services qu’il rendit, lui valürent, l’année suivante, la Croix de Grand Officier de la Légion d'Honneur, récemment instituée pour honorer le mérite. Il venait de recevoir cette distinction, lorsqu'il fut désigné-pour = mmauder le Génie en Italie.
Deux ans après, le Général de Lery fut rappelé d'Italie et envoyé en Espagne, où sa présence était devenue nécessaire. Mis par l'Empereur à la tête du Génie au Grand Etat Major des armées, il fit preuve d’une capacité prodigieuse. Par les travaux qu’il exécuta alors, il contribua pour une large part à la prise de Burgos, de Barcelone, de Saragosse et de Madrid que l'Empereur assiégeait en
“personne. En toutes ces occasions il montra un talent consommé. Il devait toutefois se surpasser à Badajoz, Capitale de l’'Estramadure. Obligé de repasser en Allemagne, at de là en Russie, Napoléon avait quitté la Péninsule “spagnole. Wellington y était accouru, et le Général © tétait chargé de lui tenir tête. Déjà Cadix, Lérida, 088, Olivenza, étaient tombées au pouvoir des Fran- Badajoz eut le mème sort. En vain le Maréchal
Melle C KELLERMAN FILLE DU DUC DE VALMY épouse duV® de Léry.
Beresford, à la tête de vingt-cinq mille hommes et soutenu par une armée espagnole, essaie-t-il de la reprendre. Grâce aux ouvrages défensifs que le Général de Lery y avait élevés, cette ville résista à toutes les attaques. Wellington vient à son tour l’assiéger, mais sans plus de succès. Il est forcé de se retirer et de repasser en Portugal. Eu récompense de sa belle conduite, Mr de Lery fut nommé Commandant en chef du Génie à l’armée d’Espagne. C'était en 1813.
Les événements de 1814 le firent rappeler en France. Napoléon qui avait à repousser l'Europe coalisée contre lui, l'avait nommé Commandant en chef du Génie à la Grande Armée. C'est alors que le Général de Lery éleva ces travaux défensifs de Lyon, auxquels l'Empereur fait allusion dans ses Mémoires de Ste. Hélène. Ces travaux fûrent poussés avec tant de vigueur, qu'en peu de temps Lyon vit ses remparts couverts de quatre cents cinquante pièces de gros calibre et de deux cents cinquante pièces en bronze. C’est par là que le Général de Lery termina sa brillante carrière. Napoléon étant alors tombé du pouvoir, il rentra dans la vie privée. En 1811, l'Empereur l'avait créé Baron de l’Empire avec une dotation en Westphalie ; à la Restauration. il fut fait Grand Croix de ” la Légion d'Honneur, nommé membre du Conseil de guerre, et fait Vicomte. Tous les honneurs s’accumulèrent sur sa tête.
Plusieurs années auparavant, en 1801, le Vicomte de Lery avait épousé Melle Kellermann, fille du Général de ce nom, et depuis Duc de Valmy. Il en parle ainsi dans une lettre du 4 Octobre 1802, adressée à M* Johnston, sa tante : ‘“ Je profite de la paix générale pour vous donner de mes “ nouvelles. Vous avez du recevoir la lettre par laquelle je ‘ vous annonçais, ainsi qu’au Général, mon mariage. J’ai ‘ épousé Melle Kellermann, fille du Général Kellermann, ‘“ et nièce, par sa mère, du Ministre du Trésor public, Mr “ Barbé Marbois. C’est assez vous dire que ma femme ap- “ partient à une famille des plus honarables, qui, même
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4 avant la Révolution, était des mieux posées en France. ‘ Mais ce qui vaut mieux que tout cela et ce qui surpasse ‘ tout ce que je pourrais vous dire, c'est qu’elle est accom- ‘ plie sous tous rapports : grâces, esprit, sagesse, elle a tout “ pour elle. Il suffit de la connaître pour l'aimer. Je suis donc parfaitement heureux et j'ai lieu de croire que ma Cécilia l’est également.” Dans une lettre à son frère Louis, datée de Londres, où il était en visite chez Me Johnston, il ajoute: ‘‘ Je suis faché que tu ne sois pas à même de faire la connaissance de ma femme : tu serais “ content de sa tenue et de sa bonne éducation. Je suis parfaitement vu dans sa famille qui a beaucoup de “ crédit. J’ai appris avec plaisir que, de ton côté, tu avais fait un bon mariage. Je voudrais pouvoir retourner en Canada et reconquérir la prépondérance dont jouissait ‘ notre famille, du vivant de notre estimable père, mais ‘“ tous mes intérêts s’y opposent. Les goûts d’ailleurs de ‘ ma femme ne sont pas là. Il appartient à toi, mon bon ‘ ami, de te mettre à la tête de la famille : c’est là un projet “ digne de toi. Je n'ai pas reçu, depuis longtemps, de ‘“ nouvelles de Georges : il doit être de-retour en Pologne “ de ses voyages en Allemagne et en Italie. On m'a dit ‘“ qu'Alexandre devait venir à Londres pour se perfec- ‘“ tionner dans le droit et la connaissance des lois anglaises: je désire bien avoir occasion de le voir. ‘“ Rappelle-moi au souvenir de M Couillard : elle a sans “ doute oublié les années d'enfance que nous avons ‘“ passées ensemble. Puisque Catherine est si belle fille, “ je voudrais avoir un bon mari à lui donner: ce serait ‘“ avec le plus grand plaisir que je le lui offrirais par le “ premier bateau qui ferait voile pour Québec. Donne ‘“ moi des nouvelles de ma tante S* Marie. Vit-elle encore? M“ de Landrieff a beaucoup vielli. Son fils aîné est marié à M Molet, devenue fille unique par la “ mort de son frère. Elle est à St Domingue, ainsi que & Mt de Repentigny, notre cousine, mariée à Desbordes. “ De Repentigny est à la Martinique avec sa femme et
“ son fils aîné ; les deux autres sont en pension à Londres. “ Adieu, mille choses amicales à toute la famille, à nos ‘ tantes, aux frères et sœurs, aux cousins et cousines. “ Tâche de m'envoyer le portrait de notre mère. Envoie- “ le moi sous le couvert du Comte de Marbois, Ministre “ du Trésor et oncle de ma femme.”
Cette lettre était du 19 Juin 1804. Cette mème année, au mois de Mai, le Vicomte eut un fils. Il annonce ainsi cette nouvelle à son frère Louis: ‘“ Ma femme m'a donné “ un fils le 17 Mai. C’est un fort joli garçon qui se porte “ bien, ainsi que la mère. IL a tous les traits des de Lery, ‘ ajoute-t-il dans une lettre de l’année suivante ; il con- “ sidère déjà le portrait de son grand papa, qui est sus- ‘“ pendu dans mon cabinet.” Cet enfant eut pour parrain le Général Kellermann, et pour marraine M‘ Johnston. “ Le ‘Général Kellermann, écrit cette Dame, deux mois “ après le Baptème de l'enfant, m'a fait espérer qu'il “ viendrait me rendre visite en Angleterre ; il est on ne ‘“ peut plus content d’avoir un petit fils De Lery est ‘“ Inspecteur Général des fortifications; son Quartier Général est actuellement à Bruxelles. Il était à Metz au ‘“ premier de Juillet. Il a profité des couches de sa femme ‘“ pour venir me voir. Il était accompagné de l’un de “ ses Aides-de-Camp. Il n’a pu rester que deux semaines à Woolwick, où il a fait la connaissance de mon fils et ‘“ de ma fille.” Cette lettre était adressée à Louis. Ecrivant au même, douze ans après, en 1814, le Vicomte lui parle ainsi de ce même fils : “ Paris 27 Décembre 1814. “ Mon cher Louis, comme tu le sais, je n’ai qu’un fils et “ je ne pense pas en avoir d'autres. Gustave va entrer ‘“ au Lycée comme Externe. Il restera avec nous et son ‘ Précepteur qui l'accompagne partout : il a douze ans ‘et demi. Je n’ai point de nouvelles d'Alexandre depuis “ son départ pour la Martinique. Il est à même de faire “ son chemin, si, comme je l'espère, il se conduit bien. ‘ Georges est à S' Petersbourg, où il jouit de la plus ‘ grande considération. Il est à la veille de se faire sept à
huit mille livres de rente. Donne moi de tes nouvelles, “ de celles de ta femme et de tes enfants, de ceux de ‘ Mi de Beaujeu et Couillard : on n'a pas su me dire ‘“ combien elles avaient d'enfants. Conserve moi ton ‘* amitié et crois à mon attachement sincère. Adieu, je “ n'ai que le temps de t'embrasser. Ton frère et ami. ‘ (Signé) Le Lieutenant-Général Baron DE LERY.”
Après les événements de 1815, le Vicomte alla fixer sa résidence dans une campagne agréable, à huit lieues de Paris, appartenant à son épouse. C’est là qu'il passa les dernières années de sa vie. Comme guerrier, il était parvenu, par son application, son énergie et la supériorité de ses talents, à occuper la première place dans son arme. Dans ce poste élevé, où il avait donné la mesure de la . tactique moderne dans l’art des fortifications, il s'était constamment concilié l'estime et l'affection de ses subordonnés. ‘Sa bourse, dit sa Biographie, leur était tou- ‘“ jours ouverte et sa protection puissante ne leur fut jamais refusée. En Hollande, en Italie, en Espagne, ‘il ne fit jamais d’épargnes sur ses traitements qui ‘ s'élevaient à des sommes considérables. Plus jaloux “ de laisser à son fils une réputation intacte et de beaux “exemples à suivre, que de lui léguer une immense ‘ fortune, il ne négligeait aucune occasion de faire le “bien. Tout ce qu’il n’employait pas à soutenir digne- ‘ ment le rang qu'il occupait, était distribué en gratifica- “ tions pour les soldats et en secours pour les officiers.” Comme particulier, il ne se fit pas moû:s admirer:et aimer. Afin d'encourager les bons villageois, au milieu desquels il avait fixé sa demeure, l'illusir: Général, non content de leur donner ses conseils, aimait encore, comme un autre Cincinnatus, à prendre part à leurs travaux, en faisant cultiver lui-même ses terres. Il touchait à sa soixante et dixième année, lorsque la mort vint mettre un terme à sa longue et brillante carrière. Il décéda le 5 Septembre 1824, chez son parent, le Comte des Marchais, où il était en visite. Ses restes mortels furent rapportés,
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suivant ses désirs, dans la Paroisse d'Aunet, où, pour complaire aux habitants qu'il regardait comme ses enfants, il avait rempli pendant plusieurs années les fonctions de Maire. C'est là, dans le Département de Seine et Marne, près Clayes, que reposent les cendres de l'immortel Ingénieur qui a donné tant de gloire à son pays. Se faisant l'interprète de tous, le Duc de Valmy prononça sur sa tombe un discours qui fit couler les larmes. Parlant à son tour, au nom de la Commune, Mr Jouet, Adjoint, s’exprima ainsi: ‘ Messieurs, chacun de nous ** vient, dans cette triste cérémonie, apporter son tribut ‘ de regrets à l'homme de bien dont nous pleurons tous ‘ la perte. Qui eût dit, Messieurs, que ce pieux devoir dût ‘“ nous rassembler sitôt, quand, il y a quelques jours ‘“ encore, nous ressentions l'influence de son adminis- ‘“ tration toute paternelle, et qu’au lieu de sa présence ‘“ qui nous était promise, nous serions réduits à n'ac- ,“ çueillir que ses restes inanimés ? La carrière de Mr le ‘ Général Vicomte de Lery a été marquée par d'illustres “ événements. Du Canada, où il était né, il vint dans la ‘ patrie de ses ancêtres, et la France le vit bientôt
X ‘ dans les rangs de ses défenseurs. Peu de campagnes, e ‘{ peu de siéges mémorables ont eu lieu sans qu'il y ait e ‘ participé. Le Maréchal Kellermann sut le distinguer + ‘“et l’associer en. quelque sorte à ses travaux et à sa L- “ gloire, en le faisant entrer dans sa famille. Mr de Lery
‘avait aussi puissamment contribué à l’illustration de ‘ sa patrie adoptive. Sa vie entière lui fut consacrée, ‘‘ et, après l’avoir servie de son épée, il vint parmi nous “se dévouer à des fonctions civiles qu’il a si bien ‘ remplies. La Commune d’Aunet conservera toujours ‘“ de son administration un souvenir plein de recon- ‘ naissance. Nous chérirons sa mémoire, et, dans notre ‘* gratitude, nous nous féliciterons de ce qu'une de ses “ dernières pensées a été pour la Commune, puisqu'il “ a voulu reposer parmi nous. Ses administrés lui con-
) ‘ serveront après sa mort toute l'affection qu'ils lui
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“ portaient pendant que sa vie était employée à leur “ utilité.” Le Vicomte Gustave de Lery n’a survécu que quelques années à son père. Après avoir hérité de ses titres et de sa fortune, il est mort assez récemment. Du riche mariage qu’il avait contracté, il n’a laissé aucun enfant.
Pendant que ses frères honoraient ainsi le nom de Lery et glorifiaient au loin le Canada, M" Charles-Etienne parvenait, de son côté, grâce aux dispositions plus libérales de l’administration, aux premières charges de son pays. Son frère aîné, Louis-René, avait été appelé par Sir John Sherbrooke à faire partie du Conseil Législatif. Il fut nommé, à son tour, membre du Conseil Exécutif, et, après les événements de 1838, lorsque la Constitution fut suspendue et qu'n Conseil spécial fut formé pour expédier les affaires les plas pressantes, il fut choisi pour en faire partie. A l’arrivée à Québec de M" C. Thomson, depuis Lord Sydenham, au mois de Novembre 1839, ce Conseil se composait de M' James Stuart, le Juge en Chef, et de MM. Cuthbert, Pothier, de Lery, de Rocheblave, Quesrel, Taché, Moffat, McGill, Nelson, Gerrard, Christie, Walker, Molson, Harwood, Waiwright et des deux Hale. M'de Lery ne cessa de jouir dans ces Conseils de la plus haute considération jusqu’à sa mort qui arriva le 17 Février 1842. De son mariage avec Melle M. J. Fraser, il avait en sent enfants :: Charles-Joseph, Jean, William, Georges, Marie-Louise, Louis et Alexanñre-René. Sur ces sept enfants, quatre moururent assez jeunes : Jean, né en 1801, décéda en 1826. Reçu Avocat très-jeune, il devint l'associé du célèbre M" L. Plamondon. Tel avait été l’éclat de son : ‘but, que M” Andrews Stuart ne craignit pas de dire publiquement que sa mort précoce privait le Barreau de l’un de ses plus beaux ornements.—Louis, né en 1814, fut enlevé, après un brillant cours d'études, à l’âge de 16 ans.—Georges et Marie ne firent qu'apparaitre. Les autres fournirent une plus longue carrière,
Chärles-Joseph, l'aîné, né à Québec, le 3 Septembre 1800,
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iS était dans sa soixante-et-troisième année, lorsque la mort il 3e est venue l'enlever à sa famille et à ses nombreux amis, | | Fee au mois de Février 1864. Les services qu’il avait rendus à IE . . h à Du son pays, les beaux exemples qu’il y avait donnés, sont IE ut ainsi consignés dans un magnifique ariicie nécrologique : | ‘“ La Paroisse de St François de la Beauce a été témoin, | de “ avant hier, d'une imposante cérémonie. Près de trois ia “ mille cinq cents personnes, accourues de toutes les | né ‘“ Paroisses du Comté, et même de Québec, encombraient | | au “ Je chœur, la nef et les galeries de la belle et vaste Eglise |! ie “ du lieu. Cette foule était venue payer un dernier tribut Il! sel & d'affection et d'estime à la mémoire d’un homme que ' ce ‘ regrettent tous ceux qui ont eu l'avantage de le con- } ” ‘“ naître et d'apprécier la noblesse de son caractère, la " &“ générosité et la bonté de son cœur. Charles-Joseph ré A + Chaussegros de Lery, Ecuyer, un des Seigneurs de ll ei “ Rigaud-Vaudreuil et autres lieux, fils aîné de l’Hono- L 1 “ rable C. E. Chaussegros de Lery, membre du Conseil Di L “ Exécutif, et de Dame Marie-Josephte Fraser, neveu de L 3 Ka “ Mr le Vicomte de Lery, mort Lieutenant-Général au ET, ‘“ service de la France, naquit à Québec le 3 Septembre de ‘1800. Descendant de l’une des plus anciennes familles | te # de la province, qui, tant sous la domination française, er ‘ que sous le gouvernement actuel, occupa, à la satis- 1 ent faction de tous, les situations les plus importantes dans | es, “]a Colonie, alliée aux meilleures familles du Canada, Î nN- “et, par sa mère, à d’illustres maisons d'Eccsse. M de 1 )1, ‘ Lery porta noblement son nom. Après avoir passé, avec | a s- ‘ honneur et succès, la première et la plus longue partie Î at ‘“ de son existence au service de son pays, dans la même de ‘“ carrière que celle parcourue par son père, il abandonna, au “ ji y a une quinzaine d’arnées, la vie publique, pour aller | 4, “ résider daris sa Seigneurie, afin d'en favoriser l’avance- 4 16 # ment et la colonisation. Sous sa direction et celle de son | es ‘“ digne ami, l'estimable Curé du lieu, S' François pro-
‘“ gressa rapidement, et cette Paroisse, maintenant re- 0 ‘“ nommée par ses mines d’or, est devenue l’une des plus ?
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‘ importantes du Comté, dont elle est aussi le Chef-lieu. Mr de Lery fut, à plusieurs reprises, sollicité de rentrer “ dans la vie publique, mais jamais il ne voulut y con- “ sentir. Il préféra consacrer ses loisirs à obliger ses cen- “ sitaires qui le respectaient comme un père et allaient ‘“ toujours soumettre à son arbitrage les petites difficultés “ qui s'élevaient entre eux. Sa fortune, ses connaissances ‘ étendues et variées, mais surtout son urbanité, son affa- ‘ bilité iui rendaient cette tâche facile et agréable, et tous ‘“ ceux qui venaient le consulter et lui soumettre leurs dif- ‘“ férents, retournaient chez eux satisfaits de ses dé- ‘“ cisions. Il ne put néanmoins toujours résister à la * volonté respectueuse de ses concitoyens qui deux fois, ‘“ malgré lui, l’élirent Maire de St François et Préfet du “ Comté de Beauce, poste qu’il occupait lors de son décès. M de Lery, doué d’une constitution robuste, avait jus- “ qu’en 1862 joui d'une santé inaltérable et ses amis “ croyaient bien qu’il leur serait conservé de longues ‘“ années encore ; mais, le 4 du courant, il a succombé à “la maladie de cœur dont il souffrait depuis deux ans, ‘ après avoir, quelques jours auparavant, satisfait à tous ses devoirs de catholique. Ses dépouilles mortelles ont ‘ été déposées, le 11 de ce mois, dans le caveau de sa “ famille, dans l'Eglise de St François, à la suite d’un ser- “ vice funèbre chanté par M le Curé Proulx, de Ste Marie, “ assisté d’un nombreux Clergé. Les larmes des assistants “ témoignaient assez qu’ils comprenaient la perte qu'ils ‘ venaient de faire si inopinément. Les uns, les pauvres, “ pleuraieni un bienfaiteur, an père, dont la bourse leur ‘“ était toujours ouverte ; les autres, un ami sincère et ‘ dévoué, un parent estimé et chéri : tous, un homme cha- “ ritable et bon” Vingt-et-un an auparavant, était mort son frère cadet, William, qui avait reçu le jour au mois de Décembre 1802. Après avoir pratiqué pendant .plus de vingt ans, comme Notaire, à Québec, où il avait acquis l'estime générale, il décéda le 27 Octorre 1842. M: Alexandre-René a continué la lignée.
ITo ALEXANDRE-RENÉ CHAUSSEGROS DE LERY.—M' Alexandre- René Chaussegros de Lery qui représente aujourd’hui l'illustre famille dont nous venons d’esquisser l’histoire, est né le 28 Mars 1818. Il eut pour parrain l’Honorable L. R. Chaussegros de Lery, son oncle, et pour marraine la Baronne de Longueuil. Après avoir terminé ses études, il embrassa la carrière du Barreau et fut reçu Avocat au mois de Juin 1842, trois mois avant la mort de William, son frère. Deux ans après, M' de Lery épousa Melle Catherine-Charlotte Couillard, appartenant à l'honorable famille que nous avons eu occasion de mentionner plus d'une fois dans ces pages, mais qu’il convient de faire un peu plus connaître ici.
Le chef de cette famille en Canada fut Mr Guillaume Couillard, vénérable patriarche que l’on voit assister ar berceau de cette Colonie. Avec Louis Hébert, “ l’homme, “ dit l’Escarbot, qui prend plaisir au labourage de la “ terre,” il donna les premiers coups de pioche qui devaient faire jaillir d’un sol naturellement fécond de riches épis de blé. “ Arrivé en 1617, écrit Mr Ferland, ‘“ Hébert cnmmençà aussitôt à faire défricher le terrain ‘“ sur lequel se trouvent la Cathédrale et le Séminaire. ‘ Hébert et Couillard, ajoute til, avaient travaillé si ‘ vigoureusement à défricher leurs terres et à abattre la ‘ forèt qui couvrait l'emplacement d’une partie de la ‘ Haute-Ville, qu’en 1628 et 1629, leurs familles avaient ‘* du grain pour suffire à leurs besoins.” Ayant épousé, en 1621, Melle Guillemette Hébert, M° Couillard en eut grand nombre d'enfants qui, en s’établissant à leur tour, devinrent, comme on l’a dit, la tige d'honorables familles.
1 A cette honorable famille appartenait Mr Nicolas Couillard de Bellroche qui, avec M" de Lauzon, fils du Gouverneur, et six autres personnes, trouva la mort à l'Ile d'Orléans, en combattant avec un courage sans égal un parti de quatre-vingts Iroquois qui étaient venus se ruer sur cette ar contrée. Son corps fut rapporté à Québec et inhumé dans l'Eglise de cette ville. Suivant la plupart des écrivains, Mr J. G. de Lery avait donné le plan des améliorations qui furent faites à cette église. Lui-même en surveilla les travaux. Une partie des longs-pans furent abattus ; des bas-côtés et des tribunes furent ajoutés à l'édifice.
Plusieurs obtinrent de riches concessions, entr’autres Charles Couillard, Sieur des Ilets, qui eut pour sa part le Fief de Beaumont, et Louis Couillard qui fit donner à Geneviève, sa fille, sur la rive du S' Laurent, une lieue de front sur deux de profondeur. Charles, fils de M" des Ilets, héritant du zèle entreprenant de son père, se fit concéder à son tour, en 1713, toute l'étendue de terre que ce dermer avait fait défricher en dehors de sa Seigneurie, ainsi qu’en fait foi cet extrait des registres de l’Intendance : “ Sur la requête à nous présentée par ‘ Charles Couillard, Sieur de Beaumont, fils, contenant ‘ que le Sieur de Beaumont, son père, a établi, non:-seu- ‘“ lement la Seigneurie de Beaumont, renfermant une ‘* lieue et demie de front sur autant de profondeur, entre la Se.gneurie de la Durantaye et ceile du Sieur Bissot, “ dont il est en possession depuis plus de quarante ans, ‘“ mais qu’il s’est encore étendu dans la profondeur d’en- ‘“ viron une lieue et demie au de là ; que, sur ce terrain ‘t il a fait beaucoup de dépenses, croyant que toute cette ‘“ profondeur Jui appartenait, et qu'il ne s’est apperçu “ du contraire que depuis deux ou trois ans, lorsqu'il a “ reçu les titres de concession ; et comme il est juste que ‘“ le dit Sieur Beaumont, son père, ou sa famille, profite ‘“ du dit terrain plutôt que tout autre, nous, en vertu du “ pouvoir qui nous a été donné par Sa Majesté, accor- “ dons, par ces présentes, au dit Sieur Beaumont, fils, le ‘ dit terrain, non concédé. (Signé). VAUDREUIL.”
Cet héritage n’était pas le seul que Mr Couillard tint de son père. Il lui avait encore succédé dans ses titres de nobesse. En effet, quarante-sept ans auparavant, en 1668, Louis XIV, pour récompenser le zèle de Mr des Ilets à former des établissements, lui avait accordé les lettres qu’on va lire : “ Louis, par la grâce de Dieu, Roi “ de France, etc. Estimant qu'il est de notre justice de “ distinguer par des récompenses d'honneur ceux qui se “ sont le plus signalés par leurs bonnes actions, et dési- “rant traiter favorablement notre cher et bien aimé
“ Charles Couillard, pour le bon et louable rapport qui “ nous a été fait de ses belles actions dans le dit pays du ‘ Canada, et plusieurs autres considérations à ce nous “ mouvant, de potre grâce spéciale, pleine puissance et ‘ autorité royale, nous avons annobli et par ces présentes, ‘ signées de notre main, annoblissons et décorons du ‘ titre de noblesse le dit Charles Couillard, ensemble son ‘ épouse, ses enfants nés et à naître en légitime mariage. ‘“ voulons et nous plaît qu’en tous actes ils soient tenus “et réputés nobles, qu’ils puissent parvenir à tous degrés ‘“ de Chevalerie, acquérir et posséder toutes sortes de ‘ Fiefs et héritages nobles, et qu'ils jouissent des hon- ‘“ neurs, prérogatives, préeminences, priviléges, fran- ‘ chises, exemptions et immunités dont jouissent les ‘* autres nobles du Royaume, car tel est notre bon plaisir. ‘ Et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, ' ‘ nous y avons fait mettre notre sceau. Donné à St ‘ Germain en Lave, au mois de Mars de l’an de grâce 1668, “ et de notre règne, le vingt-cinquième. (Signé) Louis.” Telle était la noble famille à laqueile appartenait Mr Jean-Baptiste Couillard, au sujet duquel Mr de Gaspé s'exprime ainsi dans ses Mémoires : * Le Dr Couillard était ‘° un savant distingué, parlant, avec la même facilité que * la sienne propre, les langues latine, anglaise et alle- ‘’ mande. Sa mémoire était si prodigieuse qu’en Europe ‘“ même, où il eut pu étudier les idiômes des autres nations, il serait devenu, sans aucun doute, un linguiste ‘ éminent.” Ce fut ce savant distingué qui épousa Melle Marie-Angélique Chaussegros de Lery, fille de l’'Honorable J. G. de Lery et de Dame M. L. de Brouage, et sœur des Dames de Beaujeu et de Lotbinière. Nous avons encore l’acte de son mariage. Le voici: ‘ Le 14 juillet ‘1784, après la publication d'un ban de mariage et la ‘* dispense des deux autres : entre M' Jean-Baptiste Couil- ‘ lard, Ecuyer, Seigneur primitif de la Rivière du Sud, “ Paroisses St Thomas et St Pierre, etc., fils de feu Jean- ‘ Baptiste Couillard, Ecuyer, Seigneur primitif des dits
“ lieux, et de Dame Marie-Geneviève Alliès, ses père et ‘ mère, de la Paroisse St Thomas, d’une part, et Demoi- ‘“ selle Marie-Angélique Chaussegros\de Lery, fille de “J’Honorable Joseph-Gaspard Chaussegros de Lery, ‘# Ecuyer, Chevalier de l’Ordre royal de St Louis, ancien ‘“ Capitaine dans les troupes de Sa Majesté Très-Chré- ‘ tienne, Conseiller au Conseil Législatif de la province ‘ de Québec, Seigneur de le Gardeur, BellePlaine, Gen- “tilly, Rigaud, Vaudreuil, en la Nouvelle-Beauce, et ‘“ autres lieux, et de Dame Louise Martel de Brouage, ‘“ demeurant à Québec, en son Hôtel, rue de la Famille, “ d'autre part; ne s'étant trouvé aucun empêchement à “la célébratiorr du :: mariage, nous Louis-Philippe “ Mariaucheau d’Esglis, par la miséricorde de Dieu et la #“ grâce du St Siége, Evèque de Dorylée, Coadjuteur de ‘ Québec, etc., ayons :eçu leur mutuel consentement et ‘ leur avons donné la bénédiction nuptiale, selon la “ forme prescrite par notre mère la Sainte Eglise, en ‘ présence de M% Marie-Geneviève Alliès, veuve Couillard, ‘ mère de l'épouse ; de Mr Louis des Ilets Couillard, “ Ecuyer, ancien officier dans les troupes, oncle ; de Delle ‘ Rose Desroche, cousine ; de l’'Honorable Joseph-Gaspard ‘“ Chaussegros de Lery, de Charles-Etienne Chaussegros “ de Lery, Ecuyers, frères ; de Delle Catherine de Lery, ‘“ sœur ; de M'Jean-Baptiste Dupré, Juge à Paix, Seigneur “ d'Argentenay, oncle ; de Dame Catherine Martel de ‘ Brouage, veuve Bonfield ; de M. Louis-Roch de St Ours, ‘“ Ecuyer, Capitaine dans le quatre-vingt-quatrième régi- “ ment, cousin ; du Sieur Antoine Juchereau Duchesnay, ‘“ Ecuyer, Seigneur de Beauport, cousin; des Dames “ Catherine LeMoyne de Longueuil, veuve de l'Honorable ‘“ Charles Tarieu de Lanaudière, Chevalier de St Louis, ‘“ Agathe Lemoyne de Longueuil, veuve du Sieur Jarret “ de Verchères, ancien officier des troupes, cousines ; de ‘ l'Honorable Pierre Panet, Juge de la Cour des Préro- ‘ gatives et Plaidoyers Communs, pour le District de ** Québec, de Messire Augustin-David Hubert, Curé de
Québec, amis; de Dame Anne-Catherine Fleury d'Es- ‘“ chambault, Baronne Longueuil Grant, de Dame Marie- ‘“ Anne Treflé Rotot Panet, de Dame Catherine Desaul- ‘“ niers Beaubien Lévêque, amies, qui ont signé avec “ nous et les époux. (Signé) + L. Px., Evêque de Dorylée.” Comme on le voit, rarement mariage réunit un plus grand nombre de personnes marquantes.
Suivant une généalogie que nous avons de la famille Couillard, MrJean-Baptiste Couillard, père du mari de Melle M. A. de Lery, était arrière-petit-fils de Mr G. Couillard, chef de cette famille , lequel donna l’emplacement sur lequel fut bâtie plus tard la Cathédrale que Mr G. de Lery fut chargé de restaurer. Il descendait de Mr Louis Couillard, l’aîné des enfants, et de Dame Geneviève Desprès. ! Son grand-père, également appelé Louis, ayant épousé, en premières noces, Melle Marie Fortin, en avait eu huit enfants, du nombre desquels fut Mr Louis Couillard, son père, lequel fit alliance avec Melle Marthe Côté.
Après vingt-quatre ans de la plus douce union, M" Jean- Baptiste Couillard vit arriver le terme de son honorable carrière. Il mourut le 21 Décembre 1868. Deux jours après, eürent lieu ses obsèques, au milieu d’un grand concours de personnes, parmi lesquelles on remarquait MM. L de Salaberry, A. L. Juchereau Duchesnay, O. Perrault, F. Vassal de Montviel, J. A. Panet, L. Juchereau Duchesnay, J.-Bte d'Estimauville, A. O. de Lanaudière,
1 Meile Geneviève Desprès était fille de noble homme Nicolas Desprès et de Demoiselle Madeleine LeBlanc. Une de ses .sœurs, Melle Etiennette, avait épousé Mr DuPlessis-Bochurt, Gouverneur des Trois- Rivières, celui-là même qui périt, avec quinze de ses hommes, en combattant un parti d’Iroquois. Une autre, Melle Anne, était entrée dans la célèbre famille de Lauzon, quelque temps propriétaire de l'Ile de Montréal. Le 23 Octobre 1644, elle avait contracté mariage avec Mr Jean de Lauzon, fils ainé du Gouverneur et Grand Senéchal de la Nouvelle-France. Après la mort tragique de son mari à l'Ile d'Orléans, en 1661, cette Dame épousa, en secondes noces, le 7 Juillet 1664, M° Claude de Bermen, Sieur de la Martinière, Juge Prévost des Seigneuries .4Cc Beauport et de Notre-Dame des Anges. Sur les trois filles qu’elle “avait eues de son premier mariage, deux se firent Ursulines à Québec ; l’autre mourut au moment où elle se disposait à aller rejoindre ses
sœurs dans le Cloitre.
P. de Gaspé, etc. Ses restes mortels fürent inhumés dans la Cathédrale de Québec, dans la nef du côté de l'Evangile. Une main amie fait ainsi, en deux mots, son éloge : ‘ Au- “ jourd’hui, à six heures et demios du matin, après une ‘“ douloureuse maladie, soufferte avec une patience admi- ‘ rable, est décédé Jean-Baptiste Couillard, Ecuyer, Sei- “ gneur de la Côte du Sud et autres lieux. Le souvenir de ‘“ ses vertus est trop récent et trop profondément gravé “ dans les cœurs, pour qu'il soit besoin de les rappeler. ‘ Partageant sa tendrasse entre une épouse adorée et une “ fille chérie, il était le modèle des époux et des pères. “ Comme ami, comme citoyen, il ne le cédait à personne ‘ en sensibilité een dévouement: son plus grand bonheur . ‘ était d’obliger et de rendre service. Aussi, est-il de ceux “ au mérite desquels les éloges ne peuvent rien ajouter.” De son mariage avec Melle de Lery, M: Couillard avait eu deux fils. Un seul survécut : c’est le suivant. Antoine-Gaspard fut digne de son père. Il était né le 16 Février 1789, et avait été tenu sur les fonts sacrés par Mr Louis Couillard des Ilets et par Dame Marie-Geneviève Alliès, épouse de M Vincelote.! Après avoir suivi, avec un rare succès, les cours de médecine à Philadelphie et avoir reçu son diplôme, il vint se fixer à St Thomas, sa Seigneurie. Lorsque survint la guerre de 1812, * il s’em-
1 Mr Vincelote descendait de M* Joseph Amiot, Sieur de Vincelote, lequel fit ajouter, en 1693, une lieue de front sur deux de profondeur au Fief que sa mère avait obtenu vingt ans auparavant au Cap St Ignace.
2 Voici quels étaient à cette époque mémorable les principaux ofliciers de milice; on aimera sans doute à les connaître. EraT-Masor : F. Vassal de Montviel, Adjudanlt-Général, X. de Lanaudière, Député- Adjudant-Général, C. Fremont, 4ssisiant ; A. L. J. Duchesnay, Adjudant des milices de la Province, P. de Boucherville et M. H. Percival, Aides-de-Camp Provinciaux ; Jean-Baptiste d'Estimauville et L. de Montizambert, Adjudants pour Québec; J. G. Delisle, L. Charland et R. Griffin, Adjudants pour Montréal ; L. R. C. de Lery, Adjudant pour les quatre Divisions du Sud; J. de Tonnancour, Adjudanl pour les Trois-Rivières, étè.—Disrricr ne Quésec. Ie Division : Jean-Baptiste LeCompte Dupré, Colonel, J. F. Perrault, Lieulenanl-Colonel, B. Faribeault, a LA : J. Voyer, F. Têtu, Jean-Baptiste d’Estimauville, M. Chinic, F. Baillargé, F. X. Perrault, A. Germain, Jean-Baptiste Corbin, C. Déchéneau, C. de Lery, Capilaines. Ile Division: L. de Salaberry,
pressa de mettre ses services à la disposition de ses compatriotes : il entra comme Chirurgien dans le quatrième
Colonel, C. Pinquet, Lieulenant-Colonel, CG. Taschereau, Major, J. Duchesnay, Aide-Major ; O. Perrault, P. E. Desbarats, Z. Bouchette, F. Duval, M. Sauvageau, M. Berthelot, P. Langlois, P. Bruneau, A. O. de Lanaudière, Capiluines, L. de Montizambert, Adjudant. IIIe Division : J. Hale, Colonel, J. Shepherd, Lieutenant-Colonel, J. Coffin, Major ; W. Burns, J. Tod, W. Smith, M. Lymburner, J. Caldwell, R. Morrogh, I. Roberts, W. Lindsay, Capilaines. IVe Division: F. Baby, Colonel, X. R. de Lanaudière, Lieulenant-Colonel, J. Planté, Major, J. Davidson, Adjudant, F. et J. Baby, Aide-Majors. Division de Beauport : A. de Bonne, Colonel, Jean-Baptiste d'Estimauville, père, Lieulenant-Colonel, A. Caron, Major, Jean-Baptiste Duchesnay, Adjudant, W. Woolsey et J. Gray, Aide-Majors. Division de la Baie St. Paul : W. Fraser, Col. J. Dufour, Lieulenant-Colonel, A. Riverin, Major. Division de S!. Thomas : J. A. de Gaspé, Colonel, C. Riverin, Lieulenant-Colonel, J. Fraser, Major, A. G. Couillard, P. Masse et L. Chaperon, Aide-Majors. Division de la Rivière-Ouelle : J. Perrault, Colonel, P. Taché, Lieul.- Colonel, P. Fraser, Major, J. M. Hausseman, Aide-Major.—Disrricr DE MowrRéa. le Division : J. McGill, Colonel, A. Auldjo, Lieul.-Colonel, J. Caldwell, Major, D. David, Quartier-Mailre, G. Selby, Chirurgien, etc. Ile Division : J. Hervieux, Lieulenanl-Colonel, E. N. Dizier, Major ; L. Guy, P. Leprohon, J. Bouthillier, M. Dumas, T. Pothier, B. Beaubien, Jean-Baptiste Lefebvre, J. G. Delisle, D. Rousseau, Capilaines. Ille Division : P. Fortier, Colonel, H. S' George Dupré, Lieul.-Colonel, C. Désery Latour, Major ; G. Franchère, P. Hervieux, P. Berthelet, E. Guy, L. Dulongpré, P. Désery, GC. L’Arrivé, L. St Omer, Capilaines. Division d'Argenteuil : P. Murray, Colonel, W. Kell, Lieul.-Colonel, W. Wales, Quarlier-Maitre, etc. Division de Vaudreuil : M. C. de Lotbinière, Colonel, L. Dumont, Lieulenant-Colonel, A. Fillion, Major, L. de la Ronde et D. Pembrun, Aide-Majors. Division de l'Ile Jésus : J. H. Lacroix, Colonel, J. L. de Beaujeu, Lieulenant-Colonel, M. Turgeon, Major, T. Lacroix, Aide-Major. Division de la Vallerie : C. G. de Lanaudière, Lieulenanl-Colonel, 3. Faribeault, Major, J. Lacombe, Aide- Major. Division de Berthier : J. Cuthbert, Colonel, L. Olivier, Major, À. Eno et de Lorimier, Aide-Majors. Division de l'Assomption : P.R. de St Ours, Colonel, Jean-Baptiste Hervieux, Lieulenan!-Colonel, Jean- Baptiste Bruyère, Major, B. Rocher, Aide-Major. Division de Boucherville : Ie, R. À. de Boucherville, Colonel, P. Lacroix, Lieul.-Col., R. de la Bruère, Major, L. C. de Lery, Adjudant, Th. de Boucherville, Aide-Major ; Ile, J. de Montarville, Colonel. J. Cartier, Lieut.-Colonel, F. de la Perrière, Major, de Contrecœur et C. Grosbois, Aide-Majors. Division de St. Ours : C. de St Ours, Colonel, H. Delorme, Lieul.-Col., P. Malhiot, Major, de Noyelle, J. Desaules, F. Malhiot, G. Gaucher, etc., Aide-Majors. Division de Chambly : Jean-Baptiste M. H. de Rouville, Colonel, G. Guérout, Lieulenant-Colonel, J. Finlay, Major, DeLukin et Jean-Baptiste de Rouville, Aide-Majors.—DisTrict pes TRois-RIviÈRES. Division du Nord : T. Coffin, Colonel, L. Foucher, Lieutenanlt-Colonel, N. St Martin, Major, T. Boucher, Adjudant, J. Dogherty, Quar!.-Mire. ; A. Courval, J. de Normanville, M. Pratte, J. de Bellefeuille, Capilaines. Division de St. François : J. M. de Tonnancour, Colonel, J. A. C., Li.- Colonel, M. de Tonnancour et P. Bazin, Aide-Majors, etc., etc.
Bataillon. Plusieurs années après, il alla habiter Québec, | où ses connaissances variées l’appelèrent à faire partie de la Société Littéraire et Historique de cette ville. C'est | alors que Lord Aylmer le nomma au Conseil Législatif. Quelques années après, en 1841, il fut nommé Régistrateur du Comté de l’Islet. Mr A. Couillard était à St Thomas lorsque la mort vint l'enlever, à l’âge peu avancé de cinquante-six ans. Les lignes qu'on va lire nous dispensent de nous étendre davantage sur cet émi- | nent citoyen : ‘ À St Thomas, le 15 du mois de Juin 1847, “est décédé l’Honorable Antoine-Gaspard Couillard, | “ M. D., membre du Conseil Législatif et Régistrateur ‘“ pour le Comté de l'Islet. Il est mort avec la sérénité du | “ juste, muni d : tous les secours de la Religion et entouré ‘“ de sa nombreuse famille, sur laquelle il a imploré la ‘“ bénédiction du Ciel, avant de rendre son âme à son ‘* créateur. Si quelque chose peut consoler sa famille | “ aflligée, c'est assurément le souvenir des vertus de ce “ tendre époux, de cet excellent père. Comme homme | “ privé, il comptait autant d'amis qu’il avait de connais- ‘ sances. Comment, en effet, avec un caractère aussi | ‘ doux, des manières aussi engageantes, un aussi grand | t fond de gaieté etde bonhomie, ne se füt-il pas concilié l'amitié de tout le monde? Il laisse un vide bien diffi- | “ cile à combler dans la société, où les hommes vraiment | “ bons et vertueux, les amis sincères, sont d’un si grand | “ prix. Le Docteur Couillard a pratiqué la médecine avec | “ bonheur pendant plus de trente ans, tant à St Thomas | qu'à Québec, où il comptait une nombreuse clientèle. “ À défaut de biens périssables, il a amassé des” biens | “ éternels, en se faisant de bon cœur le médecin des | 4 | |
î Les membres du Conseil are à cette époque étaient : J. Sewell, Oralteur, D. B. Viger, P. M. de Sales Laterrière, B. Joliet, P. de Rocheblave, T. Pothier, R. de St Ours, L. Guy, J. Masson, A. G. Couillard, J. Cuthbert, T. Coffin, L. Gugy, F. X. Malhiot, F. Quirouet, C. J. Stewart, J. Hale, H. W. Ryland, C. W. Grant, P. D. Debartzch, : G. Moffatt, P. McGill, R. Mackenzie, W. B. Felton, M. Bell, T. Forsyth,
J. Stewart, 8. Hatt, R. Jones, J. Baxter et R. Harwood.
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‘ indigents et des pauvres.” En 1816, l'Honorable Couillard avait épousé Melle Marie-Angélique-Flore Wilson, fille de Mr Thomas Wilson, Ecuyer, de Québec. De ce mariage. sont nés dix-sept enfants, dont sept furent enlevés à la fleur de l’âge. Les survivants sont : Flore, Catherine, Charles-Gaspard, Alexandre, Thomas, Georges, William, Zoë, Tyrie et Auguste. Deux d’entre eux sont décédés récemment: Georges est mort à Toronto, en 1858, ‘et * Alexandre en 1863. Ce dernier avait épousé Melle Catherine Wilson, sœur de l'Honorable C. Wilson, et s'était fait une réputation des plus enviées parmi les négociants de Montréal, où il a laissé les plus .honorables souvenirs. Sa Demoiselle est devenue, comme il a été dit ailleurs, l'épouse de Mr J. Perrault, Représentant pour.le Comté de Richelieu. Mr Charles-Gaspard, l'aîné des fils de l’Honorable Antoine Couillard, a, comme son père, embrassé la profession médicale. Trois de ses sœurs sont mariées : l’'aînée, Melle Flore, est entrée, dans la famille Wilson ; Melle Zoë, la troisième, est M% d’Estimauville; Melle Catherine, la seconde, est l'épouse que Mr A. R. de Lery, propriétaire de la Seigneurie Rigaud-Vaudreuil, s’est choisie.
Ce mariage fut béni le 13 Février 1844. Les enfants qui en sont nés, sont :—Charles-William-Alexandre, né en 1844 et décédé quatre ans après ;—Jean-Gaspard, né deux ans après et mort la même année que son frère aîné, en 1848 ; —Catherine-Josephte-Louise, née en 1847, celle même que nous avons mentionnée plus haut, et qui, après avoir parcouru cet ouvrage, a écrit ces lignes : “ J’ai ‘* lu avec plaisir l’histoire de ces belles familles, dont le ‘ Canada a droit de s’enorgueillir, car elles ont fait sa ‘“ gloire et son bonheur. Oh! qu'ils étaient grands dans “ leur noble dévouement à la cause de l'honneur, ces ‘ valeureux fils de la France, qui arrosèrent de leurs “ sueurs et de leur sang le sol de la patrie qu’ils venaient ‘€ d'adopter !” — Corinne-Marie-Eliza, plus jeune que sa sœur de deux ans ;—William-Henri-Brouage, né en 1851 ;—
| . | Gustove-Georges-Fraser, né deux ans après le précédent ;— ve | et Louis-Charles-Alexandre, né en 1855. Comme on le voit, plus heureuse que beaucoup d’autres, la famille Chaussegros de Lery qui a produit tant d'hommes remar- "A quables, compte encore aujourd’hui de nombreux re- : à jetons. ®