‹ Le vicomte C. de Léry [microforme]Chapitre 5 sur 76 · ÉPREUVES DE LA COLONIE NAISSANTE · texte numérisé non relu

ÉPREUVES DE LA COLONIE NAISSANTE

Abandoannée à elle-même par les Compagnies marchandes, la Nouvelle-France n’est pas abandonnée de Dieu. En vue de la mettre à couvert contre la férocité des Iroquois, il inspire à MM. Olier et de la Dauversière la pensée de peupler l'Île de Montréal et d’en faire comme la sentinelle avancée du pays. Après avoir formé une nouvelle Compagnie sous le nom de Sociélé de Notre-Dame de Montréal et s’ètre fait retrocéder par Mr de Lauzon l'Ile qu'il s'était fait primitivement adjuger, iis trouvent dans M. de Maisonneuve et Melle Mance les deux personnes nécessaires pour l'accomplissement de leurs généreux desseins. Au mois d’Août 1641, M. de Maisonneuve ririve à Québec avec

.sa recrue, et, après avoir visité l'Ile de Montréal :n compagnie de M. de Montmagny, passe l'hiver à Québec sur une des propriétés de M. de Puiseaux.—Le printemps arrivé, il se rend avec tout son monde à la Place-Royale, et, le 18 Mai, le Saint Sacrifice de la Messe y est offert pour la première fois par le Père Vimont. Cette même année, afin d'arrêter les incursions des Iroquois qui venaient de s'emparer du Père Jogues, M. de Montmagny fait construire, non sans coup férir, le fort de Richelieu.—L’année suivante, M. d’Ailleboust arrive avec une nouvelle recrue et élève le fort de Villemarie.—Le 30 Mars 1644, M. de Maisonneuve marche contre les Iroquois et les défait à l'endroit appelé depuis la Place d'Armes. La joie de cette victoire est troublée par la nouvelle de la prise du Père Bressani. Afin de se soustraire aux coups des barbares, les Hospitalières quittent Sillery et viennent habiter Québec, où déjà, depuis deux ans, residaient les Ursulines. A Villemarie, après avoir établi le pélérinage à la montagne pour obtenir la conversion des Sauvages, M. dé Maisonneuve, en conformité aux intentions de Mr: de Buillion, jette les fondements de l’Hôtel-Dieu. Sur ces entrefaites, arrivent à propos, avec de nouveaux colons, les soldats envoyés par Anne d’Autriche.—Une trêve ayant été conclue aux Trois-Rivières avec les Iroquois l’année suivante, 1645, M. de Maisonneuve passe en France, pendant que M. de Montmagny fait reconstruire à Québec la Chapelle de la Recouvrance sous le titre de Notre-Dame de la Paix. En l'absence du Gouverneur de Montréal, M. d’Ailleboust augmente les fortifications de Villemarie. Cette même année, M. de Repentigny, passé en.France l’année précédente, obtient de la Compagnie quelques concessions favorables aux habitants de la Nouvelle-France.—En 1646, la Colonie a à enrégistrer la double mort des Pères Massé et de la Noue, et, peu après, celle du Père Jogues, massacre par les Agniers auprès desquels il était allé enambassade. Sans tenir compte de leurs promesses, ces barbares recommencent leurs déprédations à Villemarie et aux Trois-Rivières.—Afin d'obtenir du secours contre ces redoutables tribus, M. d’Ailleboust passe en France d’où M. de Maisonneuve était revenu

et où il était reparti. En leur absence, les hostilités continuent, et, malgré la bravoure de C. LeMoyne, plusieurs colons tombent sous le fer de leurs ennemis.—Par leur retour en 1648, M. de Maisonneuve et M. d’Ailleboust raniment la confiance. Ce dernier revient avec le titre de Gouverneur-Général, à la place de M. de Montmagny dont le temps était expiré. Après avoir passé l'hiver à Québec, il monte au printemps à Villemarie, où déjà il avait envoyé un camp volant, et fait part aux habitants des changements sanctionnés par la Cour pour l’administration des affaires. Pendant que ces heureux évènements portent la joie dans tous les cœurs, la Mission de St. Joseph est dévastée et le Père Daniel est massacré.—Le 16 Mars de l'année suivante, celle de St. Ignace éprouve le même sort, et la Nouvelle-France compte deux martyrs de plus dans la personne des Pères de Brébœuf et G. Lalemant, dont la constance invincible rappelle les plus illustres athlètes du christianisme. Poursuivis, traqués de toutes parts, les infortunés Hurons se retirent, les uns dans l’Ile St. Joseph, où la famine achève de les décimer, les autres à St. Jean, où leurs implacables ennemis les atteignent et les tuent avec le Père Garnier, leur Missionnaire.—Pendant que les familles qui ont échappé au mussacre général se réfugient à l'Ile d'Orléans, le Père Druillétes et J. P. Godefroy sont envoyés à Boston, où ils essaient, mais sans succès, de conclure une alliance avec les Anglais contre les Iroquois. Excités par la soif du sang, ces bar bares se ruent de nouveau, avec une violence inouïe, contre Villem. rie et y font de nombreuses victimes. Tout l’été se passe dans des alar. :es continuelles et chacun se tient prêt à mourir, Comme si ce n’était pas assez de tant de maux, cette même année, 1651, la maison des Ursulines à Québec devient la proie des flammes. Dans l’automne, afin de combler les vides causés par la mort, M. de Maisonneuve, après avoir échangé avec Melle Mance le Fief de Nazareth contre 20,000 livres, s’embarque pour la France. Sur ces entrefaites, M. de Lauzon, chargé de remplacer M. d’Ailleboust, arrive avec deux de ses fils. Alors sont établies les charges de Grand-Sénéchal et de Lieutenant Civil et Criminel.—L'année 1652 est encore une année de carnage. Aux Trois- Rivières, le Père Butteux tombe sous le fer des Iroquois ; le Gouverneur lui-même, M. DuPlessis-Bochart, trouve la mort dans un combat. Enhardis par ce succès, les Iroquois, au nombre de 200, viennent fondre sur Villemarie, mais ils sont repoussés par L. Close, à la tête de 24 braves.—Après avoir essayé, mais inutilement, de surprendre les Trois-Rivières, les barbares se décident à proposer la paix. Cette même année, 1653, M. de Maisonneuve revient avec trois vaisseaux, portant 105 hommes, le salut de la Colonie. En même temps, arrive Melle M. Bourgeois, la future Fondatrice de la Congrégation de Notre-Dame.—A la faveur de la paix, le Père LeMoyne se rend, l’année suivante, chez les (Jnnontagués. Cette même année voit arriver plusieurs jeunes filles de qualité, envoyées par Anne d'Autriche. Villemarie se développe; nombre de terres sont concédées et se ouvrent d’habitations.—L’année suivante 1655, quelques Jésuites se rendent chez les féroces Agniers, pendant que d’autres continuent à aller évangéliser les Onnontagués, chez lesquels plusieurs Français se proposent de se fixer.—Pendant qu'ils sont en chemin pour s’y rendre, les Iroquois reprennent la hache de guerre et viennent s’ab@ttre sur ies inoffensifs Hurons de l'Ile d'Orléans. Le Père Gareau lui-même est tué, en allant chez les Outaouais. Fatigué de ces scènes de carnage qu'il n’a pas la force d'empêcher et ne voyant pas jour à faire la fortune qu’il espérait, M. de Lauzon, sans attendre

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que son temps soit expiré, quitte le Canada et laisse l'administration

e la Colonie à M. de MS son fils.—Profitant des circonstances, les Iroquois descendent à l'Ile d'Orléans et somment les Hurons d’accomplir les promesses qu'ils avaient faites, deux ans auparavant, de se rendre dans leur pays. Mal en prend à ces infortunés qui, pour la plupart, sont massacrés en chemin. Sa ay php à punir ces cruels attentats, M. de Charny quitte à son tour le Canada, après avoir remis le soin de la Colonie à M. d'Ailleboust, L'impression fâcheuse produite par ces évènements est contrebalancée par la joie que cause l’arrivée des prêtres de St. Sulpice. Partis de France avec MM. d’Ailleboust et de Maisonneuve qui y étaient allés, l’année précédente, pour y chercher des prètres de paroisse, ils débarquent avec eux à Québec au mois de Juillet, et de là se rendent à Villemarie. En sa qualité de Grand-Vicaire de l'Archevèque de Rouen, M. de Quélus prend la direction des affaires ecclésiastiques. Des marguilliers sont installés à Villemarie et pressent l'achèvement de l'Eglise commencée l’année précédente.—L'année suivante, la Sœur Bourgeois donne naissance à son Insüutut et jette les fondements de la Chapelle de Notre-Dame de Bonsecours. Pendant ce temps, M. de Quélus érige l'Eglise de Ste. Anne à la côte de Beaupré et celle de la Visitation à Château-Richer. Des Iroquois ayant tué sur ces entrefaites quelques colons à Villemarie, M. d’Ailleboust ordonne d'arrêter tous ceux qu’on pourra saisir. Afin de les tenir à distance, on élève la redoute du Côteau St. Louis (place Dalhousie) et on fortifie les maisons de Ste. Marie et de St. Gabriel. De leur côté, les Français d'Onnontagué, apprenant qu’on a formé le projet de les égorger, s’enfuient avec leurs Missionnaires et parviennent sains et saufs à Villemarie, Peu après, le 11 Juillet, arrive le nouveau Gouverneur, M. d’Argenson.—L'année 1659 est une année de joie. Après bien des difficultés, Mgr. de Laval est nommé Vicaire-Apostolique de la Nouvelle- France et débarque le 16 Juin. 1l est suivi, peu après, de Melle Mance et de la Sœur Bourgeois, passées en France l’année précédente. Elles arrivent le 7 Septembre avec une nombreuse recrue et plusieurs Religieüses Hospitalières de St. Joseph. Après avoir été retenues à Québec près d'un mois, elles montent à Villemarie, où elles prennent possession de l’Hôtel-Dieu. Cette même année, M. de Quélus repasse forcément en France, au grand déplaisir des colons.—Avec l’année 1660, recommencent les alarmes, plus vives que jamais. Dans le but d’ensevelir la Colonie sous ses ruines, toute une armée iroquoise se met en marche. Alors a lieu ce beau fait d'armes, dont l’histoire de Grecs et des Romains n'offre rien de comparable. Pour sauver le Canada, Dollard se dévoue avec 16 hommes de cœur comme lui. Dix jours entiers, il tient en échec l’armée des barbares, et, après avoir vendu chèrement sa vie, les oblige à retourner dansleur pays. A la suite de ce glorieux événement, Mgr. de Laval fait sa première visite à Villemarie, encore dans le deuil de la mort de M. d’Ailleboust, arrivée deux moisauparavant ; le Père Menard,de son côté, se rend chez les Outaouais. —Exaspérés par les pertes éprouvées l’année précédente, les Iroauois se répandent par toute la Colonie, et font de nombreuses victimes, tant à Villemarie qu’à Québec et aux Trois-Rivières. Pendant que le Grand- Sénéchal est tué à l’Ile d'Orléans, dans une sortie contre ces barbares, MM. LeMaistre et Vignal, prêtres de St. Sulpice, sont massacrés dans la campagne, au moment même où le Père LeMoyne était envoyé dans leurs cantons par M. d’Argenson, pour traiter de la paix. M. Brigeac lui-même, et, peu après, le brave L. Closse, tombent sous leurs coups.

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Pour comble de malheur, la désunion se met entre l'Evêque et le Gouverneur qui demande son rappel.—M. d’Avaugour, le nouveau Gouverneur, arrivé le 30 Août 1661, un peu avant le retour des prisonniers français d'Onnontagué, après avoir visité les Trois-Rivières et Villemarie, députe P. Boucher en France, pour presser la Cour d’envoyer des renforts. Ce dernier revient avec M. Dumont, Commissaire du Roi, et une nombreuse recrue. La vente des boissons enivrantes devient, sur ces entrefaites, le sujet de vifs démêlés entre le Gouverneur et l'Evêque qui prend le parti d’aller porter ses plaintes en France, où M. de Quélus avait été forcé de repasser une seconde fois.—L'année 1663 est célèbre par un tremblement de terre qui se fait sentir pendunt plus de six mois, dans toute l'étendue du pays. Le regardant comme un juste châtiment pour les excès commis par les boissons enivrantes, ceux qui y avaient pris part, donnent des signes non-équivoques de repentir. Nonobstant ce bouleversement de la nature qui porte la terreur dans toutes les âmes, les Iroquois se jettent avec une nouvelle furie sur les colons inoffensifs de Villemarie et les empêchent d’ensemencer leurs champs. Afin de mettre une digue à la fureur de ces barbares, M. de Maisonneuve établit la milice de la Sainte Famille. De son côté, Mne d’Ailleboust, aidée du Père Chamonot, donne naissance à la confrérie de la Sainte-Famille qui de Villemarie est étendue à Québec. La Compagnie de Montréal s'étant dissoute sur ces entrefaites, aussi bien que celle des Cent-Associés, le Séminaire de St. Sulpice de Paris, pour prévenir la ruine de la Colonie de Montréal, consent à la prendre à ses charges et devient propriétaire de l'Ile. Le 15 Septembre, Mgr. de Laval effectue son retour, en compagnie de M. de Mézy, nommé Gouverneur, en remplacement de M. d'Avaugour. En même temps, arrivent 100 familles, formant 500 personnes. Les mêmes vaisseaux portent M. Gaudais, chargé de reprendre la Nouvelle-France, au nom du Roi, et d’y introduire les réformes nécessaires. Un Conseil Souverain est établi et les liqueurs enivrantes sont prohibées ; la dime est introduite dans le ose 1664 se passe en nouvelles hostilités de la part ,des

roquois d’une part, et, de l’autre, en altercations entre le Gouverneur et ses Conseillers. He avoir feint de proposer la paix, les Iroquois se

ortent à de nouvelles atrocités, particulièrement à Villemarie, où les

abitants ne peuvent presque plus sortir de leurs demeures. Les troubles qu'excitent les mesures violentes de M. de Mézy ne font qu'aggraver la situation. Dans ce triste état de choses, chacun soupire après de prompts secours.

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