PERTE DU CANADA
Bien des opinions ont été émises sur les causes qui amenèrent la perte du Canada. Suivant quelques écrivains, Montcalm se pressa trop de livrer bataille. Par le dialogue entre Montcalm et Wolfe, attribué au Général Johnstone, Aide de Camp du Chevalier de Lévis, on peut voir combien hasardée est cette opinion. D’après d’autres, de Ramezay, Lieutenant du Roi à Québec, se hâta trop à son tour de capituler. ! Ce sont là, il nous semble, des causes secondaires. Lors même qu'elles n’eùssent pas existé, le Canada n’eût pas laissé de succomber. Pour approcher donc davantage de la vérité, il faut remonter plus haut, Ce grand désastre, à tout prendre, ne peut-être attribué qu'à l'inepte administration de Louis XV, qui, au moment où la Grande-Bretagne mettait sur pied vingt-deux mille soldats, avec vingt-huit mille miliciens, et trente mille hommes de réserve, abandonnait lâchement le Canada à lui-même, et qui, pour se justifier, faisait répondre à Montcalm par le Maréchal de Belle-lle que ‘ de nou-
1 M: de Ramezay ne pouvait guère faire autrement : sur les quinze membres du Conseil de guerre, consultés sur ce qu'il y avait à faire, 14 fûürent d'avis qu'il fallait capituler : MM. de Pelegrin, Capitaine de ports, d’Ailleboust de Céry, id. de Lusignan, Capitaine d'artillerie, de
arrol, Capitaine d'Infanterie, de Bigot, id. de Parfourru, id. de St. Vincent, id. d’Aubrespy, d’Aurillan, id. de l’Estang de Celles, id. le Chevalier Dons, id. le Chevalier de Bernetz, Lieutenant-Colonel d’Infanterie, de Joannès, Major de la place, et de Ramezay. Un seul fut d'avis contraire : M' Jacan de Fiedmont.
velles troupes augmenteraient la disette de vivres ; qu'il était fort à craindre qu’elles ne füssent interceptées,” et autres choses, aussi impertinentes que désespérantes. C’est là, avec la prévarication des officiers publics de la Colonie, l'unique et véritable cause de la perte du Canada, Quant au peuple et à l’armée, ils fûürent admirables de dévouement, de courage et de persévérance. Lord Chesterfeld avait écrit : ‘il est très-certain que nous sommes assez forts en Amérique pour manger les Français tout vifs au Canada.” En effet, au témoignage de Montcalm, les Anglais avaient cinquante mille hommes de troupes à lancer contre huit bataillons, faisant trois mille deux cents hommes seulement, soutenus par mille cinq cents miliciens. Cependant, si ces quatre mille sept cents braves avaient reçu à temps le renfort qu'ils attendaient, qui peut dire qu’ils n’eûüssent pas plutôt mangé les Anglais, ou du moins qu'ils ne les eûssent fait retrograder comme en 1690, 1755, 1758, et 1760?