‹ Le vicomte de Bragelonne; ou, Dix ans plus tard; complément des Trois mousquetaires et de Vingt ans aprèsChapitre 15 sur 25 · LA PLUIE · texte numérisé non relu

LA PLUIE

En ce moment^ dans la direction môme que venatent de prenére le rm el La Yallfère senlement, nunrhant sotts bol» an lieu de suivre Tallée, deux hommes marchaient fort iaseocteux de Félat du del.

Ils tenaient leurs têtes inchnéés comme des gens quipensem à de grates intérêts.

Ils n'avaient vu ni de Guiche^ ni Madame^ m le roi^ ni La

Tout à coup qael^fœ diose pMsa dans Ym comme une booffée de flammes suivie» d'un groodement sotnrd et lomtain.

— Ah ! dit l'un des deux en rHevant la tête, voici Forage. RigagnoQs-nous les esurrosses, mon cher d*H^rhiay?

Aramis leva les yeux en Tair et interroge le temps.

— Oh ! dit-il, rien ne presse encore.

Puis> reprenant la conversation aà 'û Tav^t sans doute

— Vous dîtes donc que la lettre que nous avons écrite hier an S4^ doit être à cette heure parvenue à sa destination?

— Je dis qu'elle Test certainement.

— Par qui Favei-vous fait remettre î

— Par mon grisou, ainsi que j'ai eu l'honneur de vous le dîiv.

— A-t^l raf^)orté la réponse?

— Je ne l'ai pas revu; sans doutefla petite était à son service près de Madame ou s'hahâlait chez elle, elle l'aura fait attendre. L'heure de partir est venue et nous sommes partis. Je se puis, en conséquence, savoir ce qui s'est passé là-bas.

— Vous avez vu le roi avaut le départ?

— Oui.

— Comment Tavez-vous trouvé t

— Parfait ou infâme, selon qu'il aurait été vrai ouhypocrite.

— Et la fcte ?

— Aura lieu dans un mois.

— Il s'y est invité ?

— Avec un in^stance où j'ai reconnu Colbert.

-^ Cest bien.

— La nuit ne vous a point enlevé vos illusions?

— Sur quoi?

— Sur le concours que vous pouvez m'apporter en cette circonstance.

— Mdu, j*ai passé la nuit à écrire, et tous les ordres sont donnés.

— La fête coûtera plusieurs millions, ne vous le dissimulez pas.

— J'en ferai six... Faites-en de votre côté deux ou trois à tout hasard.

— Vous êtes un homme miraculeux, mon cher d'Herblay. Aramis sourit.

— Mais, demanda Fouquet avec un reste d'inquiétude, puisque vous remuez ainsi les millions, pourquoi, il y a quelques jours, n'avez-vous pas donné de votre poche les cinquante mille francs à Baisemeaux?

— Parce que,ilya quelquesjours, j'étais pauvre conmie Joft.

— Et aujourd'hui?

— Aujourd'hui, je suis plus riche que le roi.

— Très-bien, fit Fouquet, je me connais en hommes. Je sais que vous êtes incapable de me manquer de parole; je ne veux point vous arracher votre secret : n'en parlons plus.

En ce moment, un grondement sourd se fit entendre qui éclata tout à coup en un violent coup de tonnerre.

— Oh! oh! fit Fouquet, je vous le disais bien.

— Allons, dit Aramis, rejoignons les carrosses.

— Nous n'aurons pas le temps, dit Fouquet, voici la pluie. En effet, comme si le ciel se fût ouvert, une ondée ^ox

larges gouttes fit tout à ooup résonner le dôme de la forêt.

— Oh! dit Aramis, nous avons le temps de regagner les voitures avant que le feuillage soit inondé.

— Mieux vaudrait, dit Fouquet, nous retirer dans quelque grotte.

— Oui, mais où y a-t-il une grotte? demanda Aramis.

— Moi, dit Fouquet avec un sourire, j'en connais une à dix pas d'ici.

Puis, s' orientant : ^

— Oui, dit-il, c'est bien cela.

— Que vous êtes heureux d'avoir si bonne mémoire! dit Araihis en souriant à son tour; mais ne craignez-vous pas

qae, ne nous voyant pas reparaître, votre cocher ne croie que noos avons pris une route de retour et ne suive les voitures de la cour?

— Oh ! dit Fouquet, il n'y a pas de danger; quand je poste mon cocher et nia itoiture à un endroit quelconque, il n'y a qa'on ordre exprès du roi qui puisse les iaire déguerpir, et encore; d'ailleurs, il me semble que nous ne sommes pas les seuls qui nous soyons si fort avancés. J'entends des pas et on bruit de voix.

Et, en disant ces mots, Fouquet se retourna, ouvrant de sa canne une masse de feuillage qui lui masquait la route.

Le regard d' Aramis plongea en même temps que le sien par l'ouverture.

— Une femme ! dit Âramis.

— Un homme! dit FouquetI -LaVallièrel

-Le roi!

— Oh! oh! dit Aramis, est-ce que le roi aussi connaîtrait votre caverne^? Cela ne m'étonneraitpas^ il me paraît en commerce assez bien réglé avec les nymphes de Fontainebleau.

— N'importe, dit Fouquet, gagnons-la toujours; s'il ne la C(mnaît pas^ nous verrons ce qu'il devient; s'il la connaît, comme elle a deux ouvertures, tandis qu'il entrera par l'une, nous sortirons par l'autre.

— Est-elle loin? demanda Aramis, voici la pluie quifiltrev

— Nous y sommes.

Fouquet écarta quelques branches, et l'on put apercevoir mie excavation de roche que des bruyères, du lierre et une épaisse glandée cachaient entièrement.

Fouquet motitra le chemin.

Arsunis le suivit.

Au moment d'entrer dans la grotte, Aramis se retourna.

— Oh! oh! dit-il, les voilà qui entrent dans le bois, les voilà qui se dirigent de ce côté.

— Eh bien, cédons-leur la place, fit Fouquet souriant et tirant Aramis par son manteau; mais je ne croie pas que le roi connaisse ma grotte.

— En effet, dit Aramis, ils cherchent, mais un arbre plus épais, voilà tout.

Aramis ne se trompait pas, le roi regardait en l'air et non pas autour de lui.

36 Li: YICOj^TE DE BRAÔELONNC

It tenait lebrasdeLaVallièresoasIesien^il tenaitsamate sur la sienne.

La Vallière commençait à glisser sur l'herbe humMe.

Louis regarda encore avec plus d'attention autour de tni^ et, apercevant un chêne énorme an feuillage touffu^ il entraûna La Vallière sons Tabri de ce chêne.

La pauvre enfant regardait autour d'elle; elle sendilaît à ia fois craindre et désirer d'être suivie.

Le roi la fit adosser au tronc de l'arbre, dont la vaste dr*conférence^ protégée par Tépaisseur du feuillage, était aussi sèche que si, en ce moment même, la pluie n'eût point tombé par toirents. Lui-même se tint devant elle nu^téte.

Au bout d'un instant, quelques gouttes filtrèrent à travers les ramures de l'arbre, et vinrent tomber siu* le front du roi, qui n'y fit pas même attention.

— Oh ! sire î murmura La ValUère en poussant le chapeau du roi.

Mais le roi s'inclina et refusa obstinément de se couvrir.

— C'est le cas ou jamais d'offrâr votre place, dit FougoeC à l'ormlle d'Anyaois.

— C'est le cas ou jamais d'écouter et de ne pas perdre une parole de ce qu'ils vont se dire, répondit Ararais à l'ordlle de Fouquet.

En effet, tous deux se turent, et la voix, du roi put parv^ nir jusqu'à eux.

— Oh ! mon Dieu! Mademoiselle, dit le roi, je vois, ou plutôt je devine votre inquiétude; croyez que je regrette bien slnc^ment de vous avoir isolée du reste de la compagnie, et cela pour vous mener dans un endroit où toqs allez souffrir de la pluie. Vous êtes mouillée déjà** vous avez froid peut-être?

— Non, irfre.

— Vous trembles cependant?

— Sire, c'est la crainte que l'on n'interprète à mal mon absenoe au moment où tout le monde est réuni certainement»

— é^ vous proposerais bien de retourner aux voitures, Madenoiselle; mais, en vérité, regardez et écoutez, et dîtesmoi s'il e^ possible de tenter la moin^e course en ce moment?

En effet, le tonnerre grondmt et la pluie ruiss^^ pir torrents.

LE VICOMTE DE BBAGELONNE. 3t

— - D'ailleurs , continua le roi^ il n'y a pas d'interprétation j>088ible en votre défaveur. N'êtes-vous pas avec le roi de France^ c'est-à-dire avec le premier gentilhomme du raymme?

— Certainement, sire, répondit La Vallière, et c'est un AonBeiir bien grand pour moi ; aussi n'est-ce point pour moi qoe je crains les interprétations.

— Pour qui donc, alors?

•— Pour vous, sire.

— Pour nK>i, Mademoiselle? dit le roi en souriant. Je ne TOUS comprends pas.

•— Votre Majesté a-t-elle donc déjà oublié ce qui s'est passé hier au soir chez Son Altesse Royale?

— Oh! oublions cela, je vous prie, ou plutôt pemiettezrmA de ne me souvenir que pour vous remercier encore une fcte de votre lettre, et...

— Sire, interrompit La Vallière, voilà l'eau qui tombe, et Voire Majesté demeure tète nue.

— Je vous prie, ne nous occupons que de vous, Mademoi-

— Oh! moi, dit La Vallière en souriant, moi, je suis une paysanne habituée à courir par les prés de la Loire et par les jardins de Blois, quelque temps qu'il fasse. Et, quant à mes habits, ajouta-trelle en regardant sa simple toilette de mousseline. Votre Majesté voit qu'ils n'ont pas grand'chose à risquer.

— En effet. Mademoiselle, j'ai déjà remarqué plus d'une foi8<[ae vous deviez à peu près tout à vous-même et rien à la toilette. Vous n'êtes point coquette, et c'est pour moi une fnmde qualité.

— Sire, ne me faites pas meilleure que je ne suis, et dites seulement : Vous ne pouvez pas être coquette.

— Pourquoi cela?

— Mais, dit en souriant La Vallière, parce que je ne sms pas riche.

— Alors vous avouez que vous aimez les belles choses,, s'écria vivement le roi.

— Sire, je ne trouve belles que les choses auxquelles je puis attendre. Tout ce qui est trop haut pour moi...

— Vous est indifférent?

— M'est étranger comme m'étant défendu.

— Et moi. Mademoiselle, dit le roi, je ne trouve point qae vous soyez à ma cour sur le pied où vous devriez y être. On ne m*a cért^nement point assez parlé des services de votre famille. La fortune de votre maison a été cruellement négligée par mon oncle.

— Oh! non pas, sire. Son Altesse Aoyale monseigneur le duc d'Orléans a toujours été parfaitement bon pour M. de SaintrRemy, mon beau-père. Les services étaient humbles, et Ton peut dire que nous avons été payés selon nos œuvres. Tout le monde n*a pas le bonheur de trouver des occasions de servir son roi avec éclat. Certes, je ne doute pas que, si les occasions se fussent rencontrées, ma famille n'eût eu le cœur aussi grand que son désir, mais nous n'avons pas eu ce bonheur.

— Eh bien. Mademoiselle^ c'est aux rois à corriger le hasard, et je me charge bien joyeusement de réparer, au plus vite, à votre égard, les torts de la fortune.

— Non, sire, s'écria vivement La Vallière, vous laisserez, s'il vous plaît, les choses en l'état où elles sont.

— Quoi ! Mademoiselle, vous refusez ce que je dois, ce qud je veux faire pour vous ?

— On a fait tout ce que je désirais, sire, lorsqu'on m'a accordé cet honneur de faire partie de la maison de Madame.

— Mais, si vous refusez pour vous, acceptez au moins pour les vôtres.

—Sire, votre intention si généreuse m'éblouit et m'effiraye, car, en faisant pour ma maison ce que votre bonté vous pousse à faire. Votre Majesté nous créera des envieux^ et à elle des ennemis. Laissez-moi, sire, dans ma médiocrité; laissez à tous les sentiments que je puis ressentir la joyeuse délicatesse du désintéressement.

— Oh ! voilà un langage bien admhrable, dit le roi.

— C'est vrai, murmura Aramis à l'oreille deFouquet, et il n'y doit pas être habitué.

— Mais, répondit Fouquet, si elle fait une pareille réponse à mon billet?

— Bon ! dit Âramis, ne préjugeons pas et attendons la fin. •— Et puis, cher monsieur d'Herblay^ ajouta le surintendant,

peu payé pour croire à tous les sentiments que venait d'exprimer La Vallière, c'est un habile calcul souvent que de paraître désintéressé avec les rois.

\uE VICOMTE DE BRAGELONNE. 33

— C'est justement ce que je pensais à la minnte^ dit Aramis. Écoutons.

Le roi se rapprocha de La Vallière, et, comme Teau filtrait de plus en plus à U*ayers le feuillage du chêne, il tint son chapeau suspendu au-dessus de la tête de la jeune fille.

La jeune fille leva ses beaux yeux bleus vers ce chapeau royal qui l'abritait et secoua la tête en poussant un soupir.

— Oh! mon Dieu! dit le roi, ^elle triste pensée peut donc parvenir jusqu'à votre cœur quand je lui fais un recpart du miftn.

— Sire, je vais vous le dire. J'avais déjà abordé cette question, si difficile à discuter par une jeune fille de mon âge, mais Votre Majesté m'a imposé silence. Sh'e, Votre Majesté ne s'appartient pas; sire. Votre Majesté est mariée; tout sentiment qui écarterait Votre Majesté de la reine, en portant Votre Majesté à s'occuper de moi, serait pour la reine la source d'un profond chagrin.

Lô roi essaya d'interrompre la jeune fille, mais elle continua avec un geste suppliant :

— La reine aime Votre Majesté avec une tendresse qui se comprend, la reine suit des yeux Votre Majesté à chaque pas qui l'écarte d'elle. Ayant eu le bonheur de rencontrer un tel époux, elle demande au ciel avec des larmes de lui en conserver la possession, et elle est jalouse du moindre mouvement de votre cœur.

Le roi voulut parler encore, mais cette fois encore La Vallière osa l'arrêter.

— Ne serait-ce pas une bien coupable action, lui dit-ell% si, voyant une tendresse si vive et si noble. Votre Majea^ donnait à la reine un sujet de jalousie? Oh! pardonnez-moi ce mot, sire. Oh! mon Dieu! je sais bien qu'il est mipossibk, ou plutôt qu'il devrait être impossible que la plus granâe reine du monde fût jalouse d'une pauvre fille comme mrj. Hais elle est femme, cette reine, et, comme celui d'une simple femme, son cœur peut s'ouvrir à des soupçons que les m4cbants enveniineraient. Au nom du ciel ! sire, ne vous occor pez donc pas de moi, je ne le mérite pas.

— Oh ! Mademoiselle, s'écria le roi, vous ne songez dowc point qu'en parlant comme vous le faites, vous changez mm estime en adnûration.

— Sire, vous i^euezifids paroles pour ce qu'elles ne soat

pomt; "900» me rayes mallleori (pie )e ne si^; vous me faites plus grande que Dieu ne m*a faite. Grâee pcaag mm, sire ! ear^ si je m» saviis le n» le plot géttéreux homme de s#ii royanune^ je eroink quB \e roi vevsse raMcr de mm.

— Oh! certes! vous lia craignes pos une panifie ebese, j'en stfls bien eentifi, s'éeria honàê.

•— Sîre^ )e serait forcée de le croire si 1» rri contkiiiaîi à Dse ten# m porett kM^age.

- le siffs done mi bien imlàetQrecn prince^ ^leroiarree une tristesse qui n'avait rien d'affecté^ le plus malheurecn prince de la chréliesté, pcÊsqne je n*ai pas penyotr de dosvt&t créance à i&es paroles devast la personne foe j'aiae le pkcs an monde et qoi me l»rfeele eerar en rdbsmldecroiire à mon amour.

^ Oh! sirO;, ditLaYallière écartant doucement le roi^ qgl s'était de phis en plus rapprodié d^eBe^ roâà^ }e eroi^ forage qui se caJime et la pluie qui cesse.

Mais^ au moment môme oCt la panne enfant^ pour fhir son pauvre cœur, trop d'accord sans doote arec eetoi do rei, prononçsôt ces paroles, forage se chargeait de loi domienm démenti; un éclair bleuâtre illumhut la for^d'un re^ftmtastique, et un coup de tonnerre pareil à une déeh»rg^€a^ tiflerîe éclata sur la tête des deux jeunes gens, eoiimie si la hauteur du cbéne qui les aMiait edit im>yoqué le tonnerre.

La jeune fille ne put retenir un cri d'effroi.

Le roi d'une main la rapprocha de son coeur et étendit l'autre au-dessus de sa tête comme pour ta garantir de 1» foudre.

Il y eut un moment de silence où ce groupe, elnrmant comme tout ce qui est jeune et ahné, demeura inmioiiîle, tandis que Fouquet et Aramîs le contemplaient, non moins immobiles que La Vallière et le roi.

— Oh! sire ! sire ! murmura La Vallière, entendea-ronst Et elle laissa tomber sa tête sur son ^psnle.

— Oui, dit le roi, vous voyez bien qoe l'orage ne se passe pas.

-* Sire, c'est un avertissement Le roi sourit.

— Sire, c'est la voix ^ Dieu qui menace.

— Eh bien, dit le roi, j'accepte effectivement €€^coup do tonnerre pour un avertissement et même poiu* une m^ace.

^ si tkÀ i«cinq ii^a»tû6 il le ranouveUe mec une parëUe force et une égale violence; maiSa^'ilB'efiestnen, peimettezHûoi de peafi^ fue Tonge es) ronge et neaaiilFe chose.

Et eu mùae t&B^ le roi leva la tète eomme pour iaterroger le ciel.

Mais^ comme si le ciel eôt été complice de Louis^ pendant les ciiMi mijotes 4e sikiioe qm suivirent re^^tiosion qui avait épouvanté les deux amaiits, aucun grondement nouveau lie se fit entendre^ et^ lorsque le toaaerre retentit de nouveau^ €e fait «n s'éloigaaat d'ivue manière visible, et^ comme si pendant ces cinq minutes^ Forage^ mis en fuite^ eô$ pareomu dix Ugobs, louetté fcur Taile 4u vent.

— Elà bien! Louise, âà tout bas le roi^ me menacerezvous encore de la colère céleste; et puisque vous avez vouki bke 4e âA loadre un presseatiinenl, domterez-^ous encore qoe oe Ae «oit pas au moins un jp^r^efis^iltmenl de malàdtt^

La jettiie £Ue releva la tête; p^Miant^e t«^aps^ Teau avait percé la voûte de feuillage et ruisselait sur le visage du roi.

— Oh ! ^re^ sûre ! dit-elle av^ec un accent de crainie irré- «ifitibtej, qui éouit le roi au dernier point. Et e'«6t pour moi^ murmura-t-elle^ que le roi reste ainsi découv^t et exposé à la pluie; mais que aiis^je donc?

— Vous êtes, vous le voyez, dit le roi, la divinité qui fait fuir V4xsi^, la déesse <fairam^e le beau temps.

En effet» un rayon de soleil, âttraat à travers la forêt, fai« .sait tomber comme autant de diamants les gouttes d*eau qui roulaient sur les feuilles ou quitombaient verticalement d^ ies imâTBtiees du feuillage.

-^ fiire, dit La Vallièite ^sqae vaincue, mais faisait un fBa^ème effort, sire, une demiôre fois, songn aux douleurs que Votre Majesté va avoir à sulsir à cause de moi. En ce moment, mon Dieu! on vous cherche, on vous ap|»elle. La «Âne dciit ^tre ijftQttièle, et Madame, ob ! Madane ! ... s^éorla la jme iWe avec un seAtimeat qui ressemblait à de Tefià^oi.

fie nom fit un certain effet sur le roi ; il tressaillt et làcba La Vallière, qu'il avait jusque-là tenue embrassée.

Puis il s'avança du côté du daemin pom* regarder, et revint presque souôeux à La Vailière.

— Madame, avez-vous dit? fil k roL

^ Oui, Madaotô; Madame qui est jalouse WBaaA, dit La VaUiôre avec un accent profond.

Et ses yeux^ si timides^ si chastement fugitifs ^ osèrent un instant interroger les yeux du roi.

— Mais, reprit Louis en faisant un effort sur lui-môme. Madame, ce me semble, n*a aucun sujet d^être jalouse de moi. Madame n'a aucun droit...

— Hélas ! murmura La Vallière.

— Oh! Mademoiselle, dit le roi presque avec Taccent du reproche, seriez-vous de ceux qui pensent que la sœnra le droit d'être jalouse du frère ?

— Sire, il ne m'appartient point de percer les secrets de Votre Majesté.

— Oh! vons le croyez comme les autres, s'écria le roi. ^ Je crois que Madame est jalouse, oui, sire, répondit

fermement La Vallière.

— Mon Dieu! fit le roi avec inquiétude, vous en apercevriez-Yous donc à ses façons envers vous? Madame a-t-elle pour vous quelque mauvais procédé que vous puissiez attribuer à cette jalousie ?

— Nullement, sire; je suis si peu de chose, moi!

— Oh! c'est que, s'il en était ainsi..., s'écria Loois avec force singulière.

— Sire, interrompit la jeune fille, il ne pleut plus; on vient, on vient, je crois.

Et, oubliant toute étiquette, elle avait saisi le bras du roi.

— Eh bien. Mademoiselle, répliqua le roi, laissons venir.' Qui donc oserait trouver mauvais que j'eusse tenu compagnie à mademoiselle de La Vallière?

— Par pitié! sire; oh! l'on trouvera étrange que vous soyez mouillé ainsi, que vous vous soyez sacrifié pour moi.

— Je n'ai fait que mon devoir de gentilhomme, dit Louis, et malheur à celui qui ne ferait pas le sien en critiquant la conduite de son roi!

En effet, en ce moment on voyait apparaître dans l'sdlée quelques têtes empressées et curieuses qui semblaient chei^ cher, et qui, ayant aperçu le roi et La Vallière, parurent avoir trouvé ce qu'elles cherchaient.

C'étaient les envoyés de la reine et de Madame, qui mirent le chapeau à la main en signe qu'ils avaient vu Sa Majesté.

Mais Louis ne quitta point, quelle que fût la cojifusion de la Vallière, son attitude respectueuse et tendre.

Puis, quand tous les courtisans furent réunis dans l'allée

quand tout le monde eut pu voir la marque de déférence |u*il avait donnée à la jeune fille en restant debout et tête nue devant elle pendant Forage^ il lui offrit le bras^ la ramena vers le groupe qui attendait^ répondit de la tôte au salut que chacun lui faisait, et, son chapeau toi:^ours à la main, il la reconduisit jusqu'à son carrosse.

Et, comme la pluie continuait de tomber encore, dernier adieu de l'orage qui s'enfuyait, les autres dames, que le respect avait empêché de monter en voiture avant le roi, recevaient sans cape et sans mantelet cette pluie dont le roi, avec ion chapeau, garantissait, autant qu'il était en son pouvoir, lapins humble d'entre elles.

La reine et Madame durent, comme les autres, voir cette courtoisie exagérée du roi; Madame en perdit contenance au point de pousser la reine du coude, en lui disant :

— Regardez, mais regardez donc !

La reine ferma les yeux comme si elle eût éprouvé un ver* tige. Elle porta la main à son visage et remonta en car^ rosse.

Madame monta jiprès elle.

Le roi S9 remit à cheval, et, sans s'attacher de préférence i aucune portière, il revint à Fontainebleau, les rênes sur le cou de $on cheval, rêveur et tout absorbé.

Qua'iid la foule se fut éloignée, quand ils eurent entendu le br lit des chevaux et des carrosses qui allait s'éteignant, qQ9ad ils furent sûrs enfin que personne ne les pouvait voir. Agamis et Fouquet sortirent de leur grotte.

Pnis, en silence, tous deux gagnèrent l'allée.

Aramis plongea son regard, non-seulement dans toute retendue qui se déroulait devant lui et derrière lui, mais encore dans l'épaisseur des bois.

— Monsieur Fouquet, dit-il quand il se fut bien assuré que tout était solitaire, il faut à tout prix ravoir votre lettre à la VaJIière.

— Ce sera chose facile, dit Fouque^ si le grisou ne l'a pas rendue.

— Il faut, en tout cas, quece soit chose possible, comprenez-

— Oui, le roi aime cette fille, n'est-ce pas?

— Beaucoup, et, ce qu'il y a de pis, c'est que, de son côté, eette fille aime le roi passionnément.

t. IV. 9

-^ Ce <iui veut dire que nous cfamgeoiis de tactique^ n*est> capas?

•r- Sans aucon doute ; vous n'^yeE paâ de temps à perdre. 11 fitat que tous voyiei La Vallière^ et que^ sans plus songer à dereiiir son amaaty ce qui est îHO^oasible^ tous vous déclariez son plus cher ami et son pins humble s^riteur.

-^ Ainsi ferai-je^ répondit Fouquet^ et ce sera sans répugnance; cette enfant me semble pleine de coeur

^0u4*adresse^ditAramis; mais i^ors raison de plus.

Puis il ajouta a^s un instant de silence :

— Ou je me trompe^ ou cette petite fille sera la grande passion du roi. Remontons en yoiturO; et yentre à terre jus- <pi*aa diâteaoi

TOBft

Deux heures après que la yoiture du surintendanl était p«tûe sur Tordre d'Aramis^ les emportant tous deux yers Fontainebleau ayec la rapidité des nuages qui couraient au del sous le dernier souffle de la ten^te, La Yalliére était chez elle^ en simple peignoir de mousseline^ et acheyant sa collation sur une petite table de marbre.

Tout à coup sa porte s^ouyrit, et un yalet de chamlire U préyint que M. Fouquet demandait la permission de lui rendre ses devoirs.

Elle fit répéter deux fois; la pauyre enfant ne connaissait M. Fouquet que de nom^ et ne savait pas devins ce qu'elle pouvait avoir de commun avec un surintendant des finances.

Cependant, conmie il pouvait venir de la part du roi> et, d*après la conversation que nous avons rapportée, la chose était bien possible, elle jeta un ooi^> d'œil sur son miroir, allongea encore les longues boucles de ses cheveux, et donna Vordre qull fût introduit.

La Yalliére cependant ne pouvait s'empêcher d'éprouver un certain trouble. La visite du surintendant n'était pas un

LE ViGOMtB DE eRA6feL0P(NB. M

événement vulgaire dans la vie d'une femme de la cour. Fouquet, si célèbre par sa générosité^ sa galanterie et sa délicatesse avec les femmes, avait reçu plus d'invitations qu'il n'avait demandé d'audiences.

Dans beaucoup de maisons, la présence du surintendant rêvait signifié fortune. Dans bon nombre de cœurs, elle avait signifié amour.

^ouquet entra respectueusement chez La Yallière, se présentant avec cette grâce qui était le caractère distinctif des hommes éminents de ce siècle, et qui aujourd'hui ne se comprend plus,même dans les portraits de l'époque, où le peintre a essayé de les faire vivre.

La Yallière répondit au salut cérémonieux de Fouquet par une révérence de pensionnaire, et lui indiqua un siège.

Hais Fouquet, s'inclinant ;

— Je ne m'asseoirai pas. Mademoiselle, dit-il. que vous ne m'ayez pardonné.

— Moi? demanda La Yallière.

— Oui, vous.

— Et pardonné quoi, mon Dieu?

Fouquet fixa son plus perçant regard sur la jeune fille, et ne crut voir sur son visage que le plus naïf étonnement.

— Je vois. Mademoiselle, dit-il, que vous avez autant de générosité que d'esprit, et je lis dans vos yeux le pardon que je sollicitais. Mais il ne me suffit pas du pardon des lèvres, je vous en préviens, il me faut encore le pardon du cœur et de l'esprit.

— Sur ma parole. Monsieur, dit La Yallière, je vous jure que je ne vous comprends pas.

— C'est encore une délicatesse qui me charme, répondit Fouquet, et je vois que vous ne voulez point que j'aie à rougir devant vous.

—Rougir! rougir devant moi! Mais, voyons, dites, de quoi rougiriez-vous?

— Me tromperais-je, dit Fouquet, et aurais-je le bonheur que mon procédé envers vous ne vous eût pas désobligée?

La Yallière haussa les épaules.

— Décidément, Monsieur, dit-elle, vous parlez par énigmes, et je suis trop ignorante, à ce qu'il paraît, pour vous comprendre.

«- Soitj dit Fouquet, je n'insisterai pas. Seulement, dites-

moi^ je vous en supplie, qae je puis eompter sur TOtre par^ don t)iein et entier.

— Monsieur, dit La Yaliière ayec une sorte d*impaUence, je ne puis vous faire qu'une réponse, et j'espère qu'elle vous satisfera. Si je savais quel tort vous avez envers moi, je vous le pardonnerais. A plus forte raison, vous comprenez bien^ ne connaissant pas ce tort...

Fouquet pinça ses lèvres comme eût fait Aramis.

— Alors, dit-il, je puis espérer que, nonobstant ce qui est arrivé, nous resterons en bonne intelligence, et que vous voudrez bien me faire la grâce de croire à ma respectueuse amitié.

La Vallière crut qu'elle commençait à comprendre.

— Oh ! se dit-elle en elle-même, je n'eusse pas cru M. Fouquet si avide de rechercher les sources d'une faveur si nouvelle.

Puis, tout haut :

—Votre amitié. Monsieur? dit-elle, vous m'offrez votre amitié? Mais, en vérité, c'est pour moi tout l'honneur, et vous me comblez.

— Je sais. Mademoiselle, répondit Fouquet, que l'amitié du maître peut paraître plus brillante et plus désirable que celle du serviteur; mais je vous garantis que cette dernière sera tout aussi dévouée^ tout aussi fidèle, et absolument dé-

La Vallière s'inclina : il y avait, en effet, beaucoup de conviction et de dévouement réel dans la voix du surintendant.

Aussi lui tendit-elle la main.

— Je vous crois, dit-elle.

Fouquet prit vivement la main que lui tendait la jeune fille.

— Alors, ajouta-t-il, vous ne verrez aucune difficulté, n'est-ce pas, à me rendre cette malheureuse lettre?

— Quelle lettre î.demanda La Vallière.

Fouquet l'interrogea, comme il avait déjà fait, de toute la puissance de son regard.

Môme naïveté de physionomie, même candeur de visage.

*— Allons, Mademoiselle, dit-il, après cette dénégation, je suis forcé d'avouer que votre système est le plus délicat du monde, et je ne serais pas md-même un honnête homme si

Je redoutais qaelqae chose â*tme femme ans^ généreuse que vous.

— Ea Térité, monsiem* Fouquet, répondit La Valliôre, c est avec un profond regret que je suis forcée de vous répéter que je ne compreds absolument rien à vos paroles.

— Mais^ enfin^ sur l'honneur, vous n*avez donc reçu aucune lettre de moi. Mademoiselle?

— Sur rhonneur, aucune, répondit fermement La Vallière.

— C'est bien, cela me suffit. Mademoiselle, permettez • moi de vous renouveler Tassusance de toute mon estime et de tout mon respect

Puis, s'inclinant, il sortit pour aller retrouver Àramis, qui Vattendait chez lui, et laissant La Vallière se demander si le surintendant était devenu fou.

— Eh bien, demanda Âramis qui attendait Fouquet avec impatience, étes-vous content de la favorite?

^ Enchanté, répondit Fouquet^ c'est une femme pleine d*esprit et de cœur.

— - Elle ne s'est point fâchée?

— Loin de là; elle n'a pas même eu rairde comprendre.

— De comprendre quoi?

— De comprendre que je lui eusse écrit.

— Cependant, il a bien fallu qu'elle vous comprît pour vous rendre la lettre, car je présume qu'elle vous l'a rendue.

— Pas le moins du monde.

— Au moins, vous êtes-Vous assuré qu'elle l'avait brûlée?

— Mon cher monsieur d'Herblay, il y a déjà une heure que Je joue aux propos interrompus, et je commence à avoir assez de ce jeu, si amusant qu'il soit. Comprenez-moi donc bien : la petite a feint de ne pas comprendre ce que je hii disais; elle a nié avoir reçu aucune lettre; donc, ayant nié positivement la réception, elle n'a pu ni me la rendre ni la brûler.

•—Oh! oh! dit Aramis avec inquiétude^ que me dites-

TOQSlà?

— Je vous dis qu'elle m*a juré sur ses grands dieux n'avoir reçu aucune lettre.

— Oh! c'est trop fort! Et vous n*avez pas insisté? •^ J'ai insisté, au contraire, jusqu'à l'impertinence.

— Et elle a toujours nié?

— Toujours.

«- VXLe ne s'est pas démentie un seul instant?

^ Pas un seul insiant.

— Mais alors, mon cher, vous lui avez laissé notre tettre entre les mains?

— 11 Ta, pardieu! bien fallu.

— Oh! c'est une grande faute.

^ Que diable eussiez-vous fait à ma place, vous? ^ Certes, on ne pouvait la forcer, mais cela est inquiétant une pareille lettre ne peut demeurer contre nous.

— Oh! cette jeune Ûlie est généreuse.

— Si elle l'eût été réellement, elle vous eût rendu votre lettre.

^ Je vous dis qu'elle est généreuse; j'ai vu ses yeuxj Je m'y connais.

— Alors, vous la croyez de bonne foi?

•^ Ohl de tout mon cœur.

— Eh bien , moi, je crois que nous nous trompons. -* Comment cela?

— Je crois qu'effectivement, comme elle vous l'a dit, élk n'a point reçu la lettre.

— - Comment! point reçu la lettre?

— Non.

— Suppos^riez-vousî..

^ Je suppose que, par un motif qu« nous ignorons, votre homme n'a pas remis la lettre.

Fouquet frappa sur un timbre., Un valet parut,

— Faites venir Tobie, dit-il.

Un instant après parut un homme à l'ceil inquiet^ à la booclM &ne^ aux bras courts, au dos voûté.

Aramis attacha sur lui son œil perçant.

-- Voulez-vous me permettre de l'interroger moi-mêmet demanda Aramis.

— Faites, dit Fouquet.

Aramis fit un mouvement pour adresser la parole aa toquais, mais il s'arrêta.

— Non, dit-il, il verrait que nous attachons trop d'importance à sa réponse; interrogez-le, vousi moi, je vais feindra d'écrire.

Aramis se mit en effet à une table, le dos tourné au grisou, dont il examinait chaque geste et chaque regard dans m^ glace parallèle.

LE VICOMTE DE BRAGELONNE. 4ê

— Viens ici, Tobie, dit Fouquet.

Le laquais s^approcbad'uQ pas assez fenne.

*^ Comment as«ta tait ma commission? loi demanda Fou*

— Mais Je Tai faite comme à l'ordinaire^ Monseigneur, répliqua Thomme.

— Enfin, dis.

-* J'ai pénétré chef mademoiselle de La Vallière, qui était à b messe, et j'ai mis le billet sur sa toilette. N'est-ce point ce que vous m'aviez dit?

— Si fait; et c'est tout?

^ ^lebsolumenttout. Monseigneur.

— Personne n'était là?

— Personne.

— T'es-tu cacbé camme je te ravaia di^ alors?

— Oui.

— Et elle est rentrée?

— Dix minutes après.

— Et personne n a pu prendre la lettre? -^ Personne, car personne n*est entré.

— De dehors, mais de l'intérieur?

^ De l'endroit où j'étais caché, je pouvais voir Jusqu'au fond de la chambre.

— Écoute, dit Fouquet en regardant fixement le laquais, si oetle lettre s'est trompée de destination, avoue^le-moi; car^s'il l^ut qu'une erreur ait été commise, tu la payeras de ta tête.

Tobie tressaillit, mais se remit aussitôt.

— Monseigneur, dit-il. J'ai déposé la lettre à l'endroit où j'ai dit, et je ne demande qu'une demi-heure pour vous prouver que la lettre est entre les mains de mademoiselle de La Vallière ou pour vous rapporter la letlre elle*méme.

Aramis observait curieusement le laquais. Fouquet était facile dans sa confiance ; vingt ans cet homme Pavait bien servi.

— Va, dit-il, c'est bien; mais apporte-moi la preuve que ta dis.

Le laquais sortit.

^ Eh bien, qu'en pensez**yous? demanda Fouquet à Aramis.

— Je pense qu*il faut, par un moyen quelconque, vous assurer de la vérité. Je pense que la letlre est ou n'est pas

parvenue à La Vallière; que, dans le premier cas, il faut que La Vallière vous la rende ou vous donne la satisfaction de la brûler devant vous; que, dans le second, il faut ravoir la lettre, dût-il nous en coûter un million. Voyons, n'est-ce pas votre avis?

— Oui; mais cependant, mon cher évêque, jo crois que vous vous exagérez la situation.

— Aveugle, aveugle que vous êtes! murmura Aramis.

— La Vallière, que nous prenons pour une politique de première force, est tout simplement une coquette qui espère que je lui ferai la cour parce que je la lui ai déjà faite, et qui, maintenant qu'elle a reçu confirmation de l'amour du roi, espère me tenir en lisière avec la lettre. C'est natureL

Aramis secoua la tète.

— Ce n'est point votre avisT dit Fouquet.

— Elle n'est pas coquette, dit-il.

— Laissez-moi vous dire...

*- Oh! je me connais en femmes coquettes, fit Aramis.

— Mon ami! mon ami!

— Il y a longtemps que j'ai fait mes études, roulez-vous dire. Oh ! les femmes ne changent pas.

— Oui, mais les honunes changent, et vous êtes aujourd'hui plus soupçonneux qu'autrefois.

Puis, se mettant à rire :

— Voyons, dit-il, si La Vallière veut m'aimer pour un ôen et le roi poiir deux tiers, trouvez-vous la condition accen* table?

Aramis se leva avec impatience.

— La Vallière, dit-il, n'a jamais aimé et n'aimera jamais que le roi.

— Mais enfin, dit Fouquet, que feriez-vousî

— Demandez-moi plutôt ce que j'eusse fait. — • Eh bien, qu'eussiez-vous fait?

— D'abord, je n'eusse point laissé sortir cet homme,

— Tobie?

— Oui, Tobie; c'est un traître!

— Oh! .

— J'en suis sûr! Je'ne l'eusse point laissé sortir qu'il ne m'eût avoué la vérité,

— Il est encore temps.

— Comment cela?

^ Rtppelons-le, et interrogez-lo à votre tour.

— Soit!

— Mais je vous assure que la chose est bien inutile. Je l'ai depuis vingt ans^ et jamais il ne m*a fait la moindre con« fusion; et cependant^ ajouta Fouquet en riant, c'était facile.

— Rappelez-le toujours. Ce matin, il m*a semblé voir ce visage-là en grande conférence avec un des hommes de H. Colbert.

— Où donc cela?

— En face des écuries.

— Bah ! tous mes gens sont à couteaux tirés avec ceux de 66 cuistre.

— Je Fai vu, vous dis-je ! et sa figure, qui devait m'ôtre inconnue quand il est entré tout à Theure, m*a frappé désagréablement.

— Pourquoi n'avez-vous rien dit pendant qu'il était là?

— Parce que c'est à la minute seulement que je vois clah* dans mes souvenirs.

— Oh! oh! voilà que vous m'effirayez, dit Fouquet Et il frappa sur le timbre.

— Pourvu qu'il ne soit pas déjà trop tard, dit Aramis. Fouquet frappa une seconde fois.

Le valet de chambre ordinaire parut.

— Tobie! dit Fouquet, faites venir Tobie. Le valet de chambre referma la porte.

— Vous me laissez carte blanche, n'est-ce pas?

— Entière.

— Je puis employer tous les moyens pour savoir la vérité?

— Tous.

— Même l'intimidation?

— Je vous fais procureur général à ma place. On attendit dix minutes, mais inutilement. Fouquet, impatienté, frappa de nouveau sur le timbre.

— Tobie! cria-t-il.

— Maisu Monseigneur, dit le valet, on le cherche.

— Il ne peut être loin, je ne l'ai chargé d'aucun message.

— Je vais voir. Monseigneur.

Et le valet de chambre referma la porte. Aramis, pendant ce temps, se promenait impatiemment nuûs silencieusement dans le cabinet.

On attendit dix minutes encore.

46 LE YIGOMTE SS BRAGELONNS.

Fouqaet Boana de nutnière à réyeiller toute une néoropole. Le valet de chambre rentra assez tremblant pour faire

croire à une mauvaisa nouvelle, * ^ Monseigneur se trompe, diMl avant même que Fou-

quet rinterrogeàty MonseigBeur aora donné une cornnûssion

à Tobie, ^ur il a été aux écuries prendre le meilleor eoureur

de Monseigneur, il Fa sellé iui^mteie.

— Eh bien?

— Il est parti.

— Parti?.. s*écria Fouquet. Que Ton coure, qu'on lerat-

— La ! la ! dit Aramis en le prenant par la main; calmonsnous; maintenant, le mal est fait.

-** Le mal est fait?

—Sans doute, j'en étais sûr. Maintenant, ne donnons pas réveil; calculons le résulta du eofj^ et parons-le, si dbus pouvons.

— Après tout, dit Fouquet, le mal n*6St pas grand.

— Vous trouvez cela? dit ArasHs.

— Sans doute. Il est bien permis à un homme d'é(7ireTQi billet d'amour à une femme.

— A un homme, oui; à un sujet, non; surtout quand cette femme est celle que le roi aime.

-^ Eh! mon ami, le roin'aimattpasLaVaUièreilyahuit jours; il ne Taimait même pas hier, et la lettre est d'hier; je ne pouvais pas deviner Tamour du roi, quand Farnoor du roi n'existait pas encore.

*-^ Soit, répliqua Aramis; mais la leure n'est malheoreusement pas datée. Voilà ce qui me tourmente surtout Ah! si elle était datée dliier seulement, je n*aurai8 pas pour vous Tombre d'une inquiétude.

Fouquet haussa les épaules.

-- Suisse donc an tutelle, diUl, et le roi m4l dane roi de mon cerveau et de ma chair?

— Vous aveii raison, répliqua Aramis; ne donnons pas sm. choses plus d'impc^rtanbe qu'fl ne convient; puis d'ailleurs... eh bien ! si nous sommes menacés, nous avons àei moyens de défense.

--Obi menacés! dit Fouquet, vous ne mettais pas cette piqûre de iourmi au nombre des menaces qui pefjvent PPP»* promettre ma fortune et ma via, n'eiH^ pas?

•— Ehl pensez-y, monsieur Fouquel, la pi(jûre d^une fourmi peut tuer un géant, si la fourmi est venimeuse.

«r- Mais cette toute-puissance dont vous parliez, voyons, aM-elie déjà évanouie?

«i- Je «ci» tout-puissanV soU; mais Je oe sols pas immortel.

^ Voyons, retrouver Tobie serait le plus pressé^ ce om semble. N'esH5ô point vott*e avisT

— Oh! quant à cela, vous ne le retrouverez pas. dH Âramîs, et, s'il vous était précieux^ faites-en votre deuil.

-* Enfin, il est quel({U6 part dans le monde, dit Fou(|uet.

^ Von« avei raison; laissez-moi Caire^ répondit Aramîs,

iBS eOAfn OUIlCff M lunAifi

La reîM Ame avitt foit prier la jeum» r^lne de venir lut rendre vidte.

Depuis quelque temps, souffrante et tombant du haut de sa beauté, du haut de sa jeunesse, avec cette rapidité de déclin qui sigual^ la décad^M^ des femmes qui ont beaueoup bitté, Anne d*Autri(^ voyait se joindre au mal phyliqne la douleur de ne plus compter que comme un souvenir vivant an milieu des jeunes beautésii des jeune» esprits et 4e4 jeunes puissances de sa cour.

Us avis de son médecin, ceux de son mirotr, la désolaient Men moins que ces avertissements inexorables de la société des oo«Biiaans quij pareils aux rats du navire, abandonnent k eaJe où reau va pénétrer grâce aux avaries de la vémsté.

Anne d'Autriche ne se trouvait pa$ aati^foite des bourgs tg» lui donnait son fil» aine.

Le roi, bo^ fils, jdus encore avec affectation qu'avee affection» venait d*abord passer chez sa mère une heure le jdatin et nna le soir; mais, depuis qu*il s'était diargé des affaires de VPtt, la viaite du matm et celle dQ soir s'étaient

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48 tE VICOMTE DE BRAGELONNE»

réduites d'une demi-heure; puis, peu à peu,- la visite du matin avait été supprimée.

On se voyait à la messe; la visite même du soir était rem» placée par une entrevue, soit chez le roi en assemblée, soit chez MadamG, où la reine venait assez complaisamment par égard pour ses deux fils.

Il en résultait cet ascendant immense sur la cour que Madame avait conquis, et qui fcusait de sa maison la véritable réunion royale.

Anne d'Autriche le sentit.

Se voyant souffrante et condamnére par la souffrance à de fréquentes retraites, elle fut désolée de prévoir que la plu- , part de ses journées, de ses soirées, s'écouleraient solitaires, inutiles, désespérées.

Elle se rappelait avec terreur l'isolement où ja*s la laûslait le cardinal de Richelieu, fatales et insupportables soirées, pendant lesquelles pourtant elle avait pour se consoler la jeunesse, la beauté, qui sont toujours accompagnées de l'espoir.

Alors elle forma le projet de transporter la cour chez elte et d'attirer Madame, avec sa brillante escorte, 4ans la demeure sombre et déjà triste où la veuve d'un roi de France, la mère d'un roi de France, était réduite à consoler de son veuvage anticipé la femme toujours larmoyante d'un roi de France.

Anne réfléchit.

Elle avait beaucoup intrigué dans sa vie. Dans le beau temps, alors que sa jeune tête enfantait des projets toujours heureux, elle avait près d'elle, pour stimuler son ambition et son amour, une amie plus ardente, plus ambitieuse qu'ellemême, une amie qui l'avait aimée, chose rare à la cour, et que de mesquines considérations avaient éloignée d'elle.

Mais depuis tant d'années, excepté madame de MotteviHe, excepté la Molena, cette nourrice espagnole, confidente en sia qualité de compatriote et de femme, qui pouvait se flatt«r d'avoir donné un bon avis à la reine?

Qui donc aussi, parmi toutes ces jeunes têtes, pouvait toi lappeler le passé, pair lequel seulement elle vivait?

Anne d'Autriche se souvint de madame de Chevreuse, d'abord exilée plutôt de sa volonté à elle-même que de celle du roi, puis morte en exil femme d'un gentilhomme obscur,

Elle se demanda ce que madame de Chevrense lui eût conseillé autrefois en pareil cas dans leurs communs embarras d'intrigues^ et^ après une sérieuse méditation^ il lui sembla que cette femme rusée^ pleine d'expérience et de sagacité^ lui répondait de sa Toix ironique :

— Tous ces petits jeunes gens sont pauvres et avides. Ils ont besoin d'or et de rentes pour alimenter leurs plaisirs^ prenez-les-moi par l'intérêt.

Anne d'Autriche adopta ce plan.

Sa bourse était bien garnie ; elle disposait d'une somme considérable amassée par Mazarin pour elle et mise en lieu sûr.

Elle avait les plus belles pierreries de France^ et surtout des perles d'une telle grosseur^ qu'elles faisaient soupirer le roi chaque fois qu'il les voyait^ parce que les perles de sa •onronne n'étaient que grains de mil auprès de celles-là.

Anne d'Autriche n'avait plus de beauté ni de charmes à sa disposition. Elle se fit riche et proposa pour appât à ceux ^ viendraient chez elle^ soit de bons écus d'or à gagner au jeu^ soit de bonnes dotations habilement faites les jours de bonne humeur, soit des aubaines de rentes qu'elle, arrachait au roi en sollicitant, ce qu'elle s'était décidée à faire pour entretenir son crédit.

Et d'abord elle essaya de ce moyen sur Madame, dont la possession lui était la plus précieuse de toutes.

Madame, malgré l'intrépide confiance de son esprit et de sa jeunesse, donna tête baissée dans le panneau qui était ouvert devant elle. Enrichie peu à peu par des dons, par des cessions, elle prit goût à ces héritages anticipés. %

Anne d'Autriche usa du même moyen sur Monsieur et sur te roi lui-même.

Elle institua chez elle des loteries.

Le jour où nous sommes arrivés, il s'agissait d'un médianoche chez la reine mère, et cette princesse mettait en loterie deux bracelets fort beaux en brillants et d'un travail exquis.

Les médaillons étaient des camées antiques de la plus grande valeur; comme revenu, les diamants ne représentaient pas une somme bien considérable, mais l'originalité, la rareté de ce travail éuient telles, qu'on désirait à la cour non-seulement posséder, mais voir ces bracelets aux bras

de la reine, et que> les jours' où elle les portait, c*étatt une faveur que d'être admi^ à les admirer eu hii baisant les mains.

Les courtisans asvaient même à ce sujet adopté des vj^ riantes de galanterie pour établir cet aphorisme, que tes brar celets eussent été sans prix s'ils n'avaient le malheur de se trouver en contact avec des bras pareils à ceux de la reiae.

Ce compliment avait eu Thonneur d'être traduit dans toutei lès langues de TEurope, plus de mille distiques latins et français circulaient sur cette matière.

Le jour où Anne d'Autriche se décida pour la loterie, c'était un moment décisif : le roi n'était pas venu depuis dea& jours chez sa mère. Madame boudait après la grande sotoe des dryades et des naïades»

Le roi ne boudait plus; mais une distraction toute-puissante l'enlevait aa*dessus des orages et des plaisirs de lacoor.

Anne d'Autriche opéra sa diversion en annonçant U6r meuse loterie che« elle pour le soir suivant.

Elle vit, à cet effet, la jeufie reine, à qui j comme oo» l'avons dit, elle demanda une visite le matin,

-^ Ma fille, lui dit^^elle, je vous annonce une bonne noQp velle. Le roi m'a dit de vous les choses les plu3 tendres. \â roi est jeune et facile à détourner; mais, tant que vousTOOl tiendrez près de moi, il n'osera s'écarter de vous, 4 quij d'ailleurs, il est attaché par une très-vive tendresse. Ce soir, ilj a bterie che» mol : vous y viendrez?

^ On m'a dit, fit la jeune reine avec une sorte de reprocbl timide, (pie Votre Majesté mettait en loterie ses beaux hnr celets, qui sont d'une telle rareté, que nous n'eussions pM dû les fure sortir du g^de-meuble de Ut couronne» ne Û^ ce que parce qu'ils vous ont appartenu.

—Ma fille, dit alors Anne d'Autriche, qui entrevit toute Is pensée de la jeune reine et vouhit la consoler de n'avoir pas reçu ce présent, il faUftit que j'attirasse «hex moi atout jm9il Madame.

— Maddffle? fit en rougissant la jeune reine.

*- Sans doute; n'^me«*vous pas mieux avoir chez foi» une rivtle pour la surveiller et la dominer, que de savoir l# roi chez elle, toujours disposé à courtiser comme à l'êtnt Cette loterie est l'attrait dont je me sers pour (sela; me b^jt mez-voiis?

— Oh ! non ! fit Marie-Thérèse en friq)[)anl dans »es mains ayee cet enfantiiiage de la joie espagnole.

^- Et YOQs ne regrettes plus^ ma ehère^ que je ne tous aie 1^ donné ces bracelets^ comme c'était d'abordmon intention?

— Oh! non, oh! non, ma bonne mère!...

— 1^ bien, naa chère fille, faites-Yoas Uen belle, et q^ notre médianoche soit brillant : plus vous y serei gaie, plus vous y paraîtrez charmante, et vous éclipserez toutes les femmes par rù&e éclat comme par Totre rang.

Ifeuie-Thérése partit enthousiasmée.

Une heure ai»rès, Anne d'Autriche recevait ehet elle M»? dame, et, la couvrant de caresses :

^ Bonnes nouvelles! disail-elle, le roi e^ charmé de ma lotane,

-^ Moi, dit Madame, je n'en suis pas aussi charmée; vobp de beaux bracelets comme ceux-là aux bras d'une autre ùmme que voos, sut reine, oa moi, voilà ce à quoi je ne puis m'habituer.

— La ! lai dit Anne d'Aniridie en ea^uit sous un sourire Hne Violette douleur qu'elle venait de sentir, ne vous revoie tez pas, jeune femme.«. et n^ailez pas tout de suite prendre les choses au pis.

— Ah! Madame, le sort est ave«^..* et vous avez, mV t-on dit, deux cents billets?

— To«t autimt. Mais vous n'ignorez pas qu'il n'y en aura epi'wEk gagnant?

— Sans doute. A qui toinbera441? Le potEvez-vons dire? fit Madame désespérée.

— Vous me appelez que j'ai foil nn rêve cette nuit... Ah! mes rêves sont bons... je dors si peu»

— Quel rêve?.. Voob souffrez?

— Non, dit la reine en étouffant, avec une eo&staace ad* flBîrabie, la tomnre d'mi nouvel élancement dans le sein... J'm donc rêvé qoe te roi gagnait les bracelets.

— Le roi?

— Vous m'allez demander ce que le roi peut faire de braeetots> «^est-ce pas?

— C'est vrai.

— £t vous ajouterez cependant qpill serait fort heureux que le roi gagnât, car, ayant ce$ bracel^ts^ il 9WàX forcé de \^ ionner ^ quelcpi'un.

32 LE VICOM'FB DE BRAGELONNE

— De vous les rendre, par exemple.

— Auquel cas, je les donnerais immédiatement; car vous ne pensez pas, dit la reine en riant, que je mette ces bracelets en loterie par gêne. C'est pour, les donner sans faire de jalousie; mais, si le hasard ne voulait pas me tirer de peine, eh bien, je corrigerais le hasard... je sais bien à qui j'offrirais les bracelets.

Ces mots furent accompagnés d'un sourire si expressif, que Madame dut le payer par un baiser de remerciement.

— Mais, ajouta Anne d'Autriche, ne savez-vous pas aussi bien que moi que le roi ne me rendrait pas les bracelets s'il les gagnait?

— U les donnerait à la reine, alors.

— Non; par la même raison qui fait qu'il ne me les rendrait pas ; attendu que, si j'eusse voulu les donner à la reine> je n'avais pas besoin de lui pour cela.

Madame jeta un regard de côté sur les bracelets, qui, daztf leur écrin, scintillaient sur une console voisine.

— Qu'ils sont beaux! dit-elle en soupirant. Eh! mais, dit Madame, voilà-t-il pas que nous oublions que le rêve de Votre Majesté n'est qu'un rêve.

— Il m'étonnerait fort, repartit Anne d'Autriche, que mon rêve fdt trompeur; cela m'est arrivé rarement

— Alors vous pouvez être prophète.

— Je vous ai dit, ma fille, que je ne rêve presque jamais; mais c'est une coïncidence si étrange que celle de ce rêve avec mes idées! il entre si bien dans mes combinaisons!

— Quelles combinaisons?

— Celle-ci, par exemple, que vous gagniez les bracelets.

— Alors ce ne sera pas le roi.

— Oh! dit Anne d'Autriche, il n'y a pas tellement loin du oœur de Sa Majesté à votre cœur... à vous qui êtes sa sœur chérie... U n'y a pas, dis-je, tellement loin, qu'on puisse dire que le rêve est menteur. Voyez pour vous les belles chances; comptez-les bien.

— • Je les compte.

—D'abord, celle du rêve. Si le roi gagne, il est 6#rtain qa 11 vous donne les bracelets.

— J'admets cela pour une.

— Si vous les gagnez, vous les avez.

— Naturellement; c'est encore ailmissibW

-^ Enfin^ si Monsieur les gagnait !

— Oh! dit Madame en riant aux éclats, il les donnerait au chevalier de Lorraine.

Anne d'Autriche se mit à rire comme sa bru, c'est-à-4ire de si bon cœur, que sa douleur reparut et là fit bleuir au milieu de Taccôs d'hilarité.

— Qu'avez-vous? dit Madame effrayée.

— Rien, rien, le point de côté... J*ai trop ri... Nous en étions à la quatrième chance.

— Oh! celle-là , je ne la vois pas.

— Pardonnez-moi, je ne me suis pas exclue des gagnants, et, si je gagne, vous êtes sûre de moi.

— Merci, merci! s'écria Madame.

— J'espère que vous voilà favorisée, et qu'a présent le rêve commence à prendre les sohdes contours de la réalité.

— En vérité, vous me donnez espoir et confiance, dit Madame, et les bracelets ainsi gagnés me seront cent fois plus précieux.

— A ce soir donc!

— A ce soir!

Et les princesses se séparèrent.

Anne d'Autriche, après avoir quitté sa bru, se dit en examinant les bracelets :

— Ils sont bien précieux, en effet, puisque par eux, ce soir, je me serai concilié un cœur en même temps que j'aurai deviné un secret.

Puis, se tournant vers son alcôve déserte :

— Est-ce ainsi que tu aurais joué, ma pauvre Chevreuse? dit-elle au vide... Oui, n'est-ce pas?

Et, conune un parfum d'autrefois, toute sa jeunesse, toute sa folle imagination, tout le bonheur lui revinrent avec l'écho ^ cette inTOcation.

U LB VICOMTB DE BRAGELONNB,

VU

LA LOTERIB.

Le soir, à huit heures, tout le monde ét;dt ntwemblé chet la reine mère.

Anne d'Autriche, en grand habit de cérémonie, belle des restes de sa beauté et de toutes les ressources que la coquetterie peut mettre en des mains habiles, dissimulait, ou plutôt essayait de dissimuler à cette foule de jeunes courtisans qui l'entouraient et qui l'admiraient encore, grâce aaa combinaisons que nous avons indiquées dans le chapitre précédent, les ravages déjà visibles de cette soufliranceà !*• quelle elle devait succomber quelques années plus tard.

Madame, presque aussi coquette qu'Anne d'Autriche; la reine, simple et naturelle, comme toujours, étaient assises à ses côtés et se disputaient ses bonnes grâces.

Les dames d'honneur, réunies en corps d'armée pour résister avec plus de force, et, par conséquent, avec plus d$ succès aux malicieux propos que les jeunes gens tenaient sur elles, se prêtaient;, comme fait un bataillon carré, le secours mutuel d'une bonne garde et d'une bonne riposte.

Monulais, savante dans cette guerre de tirailleur, protégeait toute la ligne par le feu roulant qu'elle dirigeait sur rennemi.

De Saint-Aignan, au désespoir de la rigueur, insolente a force d'être obstinée, de mademoiselle de Tonnay-Charente, essayait de lui tourner le dos; mais, vaincu par l'edat îrrésiir tible des deux grands yeux de la belle, il revenait à chaque instant consacrer sa défaite par de nouvelles soumissions, auxquelles mademoiselle de Tonnay-Charente ne manquait pas de riposter par de nouvelles impertinences.

De Saint- Aignan ne savait à quel saint se vouer.

La Vallière avait, non pas une cour, mais des commencements de courtisans.

De Saint-Aignan, espérant par cette manœuvre attirer les yeu^ d'Athénaïs de son côté, était venu saluer lajeune fiUe

L« VICOHTË DE BRAGELONNE* «I

arec un regpect qui^ à quelques esprits retardaires, »Tait/ait oroira à la yolouté de balancer Athénaïs par Louise.

Mais eeux-là^ e*étaieut ceux qui n'avaient ni vu ni entendu raconter la scène de la pluie. Seulement^ conuna la majorité était déjà informée^ et bi^n informée^ sa faveur déclarée avait attiré à elle les plus habiles comme les plus sots de la cour.

Les premiers^ paroe qu'ils diiaiem> les uns, comme Montaigne : « Que sai^e f ^

Les autres^ paroe qu'ils disai^t comme Rabelais : «Peul* être? »

Le plus iprand nombre avait suivi ceux<-l&, comme dans lei cbasses cinq ou six limiers babiles suivent seuls la fumée de la bête^ tandis que tout le resta de la meute ne suit que la fomée des limiers.

Mesdames et la reine examinaient les toilettes deleurt filles et de leurs dames d'honneur^ ainsi que celles des autres dunes; et elles daignaient oublier qu'elles étaient reines pour se souvenir qu'elles étaient femmes»

Cest-Mire qu'elles déchiraient impitoyablement tout porte-jupe, comme eût dit Molière.

Les regards des deux princesses * bèrent simultanément sur La Yallière, qui, ainsi que nous l'avons dit, était fort en* tourée en ce moment. Madame fut sans pitié.

-* En vérité, dit-elle en se penchant vers la reine mère> si le sort était juste, il favoriserait cette pauvre petite La Vâllière.

•^ Ce n'est pas possiblci dit la reine mère en souriant.

— Comment cela?

"^ Il n'y a que deux cents Inllets, de sorte que tout le monda n'a pu être porté sur la liste.

-* Elle n'y est pas alors?

— Non.

^ Quel dommage! Elle eftt pu les gagner et les vendrei

^ Les vendre? s'écria la reine.

^ Oui, cela lui aurait fait une dot, et elle n'eût pas été obligée de se marier sans trou8seaa> comme cela arrivera probablement.

— Ah bah! vraûnent? Pauvre petite \ dit la reine mère, n'a-t-elle pas de robes?

Et elle prononça ces mots en femme qui n*a jamais pu sa^ voir ce que c'était qo» la médioerité.

— Dame! voyez : je crois^ Dieu me pardonne^ qa*eUe a la même jupe ce soir qu'elle avait ce matin à la promenade^ et qu'elle aura pu conserver, grâce au soin que le roi a pris do la mettre à l'abri de la pluie.

Au moment même où Madame prononçait ces paroles^ le roi entrait.

Les deux princesses ne se fussent peut-être point aperçues de cette arrivée, tant elles étaient occupées à médire. Mais Madame vit tout à coup La Yallière, qui était debout en face de la galerie, se troubler et dire quelques mots aux courtisans qui Tentoursûent; ceux-ci s'écartèrent aussitôt. Ce mour vement ramena les yeux de Madame vers la porte. En ce moment, le capitaine des gardes annonça le roi.

A cette annonce, La Yallière, qui jusque-là avait tenu les yeux fixés sur la galerie, les abaissa tout à coup.

Le roi entra.

Il était vêtu avec une magnificence pleine de goût, et causait avec Monsieur et le duc de Roquelaure, qui tenaient, Monsieur sa droite, le duc de Roquelaure sa gauche.

Le roi s'avança d'abord vers les reines, qu'il salua avec un gracieux respect. Il prit la main de sa mère, qu'il badsa, adressa quelques compliments à Madame sur l'élégance de sa toilette, et commença de faire le tour de l'assemblée.

La Yallière fut saluée comme les autres, pas plus, pas moins que les autres.

Puis Sa Majesté revint à sa mère et à sa femme.

Lorsque les courtisans virent que le roi n'avait adressé qu'une phrase banale à cette jeune fille si recherchée le matin, ils tirèrent sur-le-champ une conclusion de cette froideur.

Cette conclusion fut que le roi avait eu un caprice, mais que ce caprice était déjà évanoui.

Cependant on eût dû remarquer une chose, c'est que^ près de La Yallière, au nombre des courtisans, se trouvait M. Fouquet, dont la respectueuse politesse servit de maintien à la jeune fille, au miUeu des différentes émotions qui l'agitaient visiblement.

M. Fouquet s'apprêtait, au reste, à causer plus intimement avec mademoiselle de La Yallière, lorsque M. Colbert s'approcha^ ^t, après avoir fait sa révérence à Fouquet, dans toutes les règles de la politesse la plus respectaeuse, fl pam

rut décidé à s'établir près de La Vallière pour lier conversation avec elle. Fouquet quitta aussitôt la place. "

Tout ce manège était dévoré des yeu^ par Montalais et par Malicome, qui se renvoyaient Tun à lautre leurs observations.

De Guiche, placé dans une embrasure de fenêtre, ne voyait que Madame. Mais, comme Madame, de son côté, arrêtait fréquemment son regard sur La Vallière, les yeux de de Guiche, guidés par les yeux de Madame, se portaient de temps en temps aussi sur la jeune fille.

La Vallière sentit instinctivement s'alourdir sur elle le pwds de tous ces regards, chargés, les uns d'intérêt, les autres d'envie. Elle n'avait, pour compenser cette souffrance, ni un mot d'intérêt de la part de ses compagnes, ni un re« ^d d'amour du roi.

Aussi ce que souffrait la pauvre enfant, nul ne pourrait l'exprimer. La reine mère fit alors approcher le guéridon sur lequel étaient les billets de loterie, au nombre de deux cents, et pria madame deMottevllle dé lire la Uste des élus. • Il va sans dire que cette liste était dressée selon les lois de l'étiquette : le roi venait d'abord, puis la reine mère, puis la reine, puis Monsieur, puis Madame, et ainsi de suite.

Les cœurs palpitaient à cette lecture. Il y avait bien trois cents invités chez la reine. Chacun se demandait si son nom devait rayonner au nombre des noms privilégiés.

lie roi écoutait avec autant d'attention que les autres.

Le dernier nom prononcé, il vit que La Vallière n'avait pas été portée sur la liste.

Chacun, au reste, put remarquer cette omission.

Le roi rougit comme lorsqu'urfe contrariété l'assaillait.

La Vallière, douce et résignée, ne témoigna rien.

Pendant toute la lecture, le roi ne l'avait point quittée du regard; la jeune fille se dilatait sous cette heureuse influence qu'elle sentait rayonner autour d'elle, trop joyeuse et trop pure qu'elle était pour qu'une pensée autre que d'amour pénétrât dans son esprit ou dans son cœur.

Payant par la durée de son attention cette touchante fj)négation, le roi montrait à sûu amante qu'il en comprenait rétendue et la délicatesse.

La liste close, toutes les figures de femmes omises ou oubliées se laissèrent allar au désappointement

6â LE VICOMTE DE BRAGËLOKNÈ.

Malicorne aussi fut oublié dans le nombre des hcHumes^ el sa ^limace dit clai'^ement à Montaiais^ oubliée ausâ :

^ Est-ce 009 nous ne nous arrangerons pas ayec la forluine ' ^ manière à ce qu'elle ne nous oublie pas, elle ?

— Oh ! que si fait^ répliqua le sourire intelligent de mad^ moiseUe Àure.

Les billets furent distribués i chacun selon son naméro.

Le roi reçut le sien d'abord^ pois la reine mère, puis Itai* sieur, puis la reine et Madame, et ainsi de siite.

Alors, Anne d'Autriche ouvrit un sac de pean d'Espagne, dans lequel se trouvaient deux cents numéros gravés sur des boules de nacre, et {urésenta le sac tont ouvert à la plus jevne de ses filles d'honneur pour qu'elle y prît une boule.

L'attente, au milieu de tous eee préparatifs pleins de lenteur, était plus encore celle de l'avidité que celle de la curiosité.

De Saint-Aigaan s» peneba à l'oreille de mademoiselle de Tonnay-Gharente :

— Puisque nous avons chacun un nnméro, Madi^ioiseUe, lui dit-il, unissons nos deux chances. A vous le bracelet, si je gagne ; à moi, si vous gagnei, un s&û regard de vos beaux yeux?

— Non pas, dit Athénaïs; à vous le bracelet, si vous le gagnez. Chacun pour soi.

— Vous êtes impitoyable, dit de Saint-Aignan, et Je vous punirai par un quatrain :

Belle Tris^ âmes vœui Vous êtes trop rebelle...

—Silence! dit Athénaïs, vous allez m'empôcher d'entenifro le numéro gagnant.

— Numéro 1, dit la jeune fille qui avait tiré la boule de Siacre du sac de peau d'Espagne.

— Le roi! s'écria la reine mère.

— Le roi a gagné, répéta la reine joyeuse.

— Oh! le roi! votre rêve! dit à l'oreille d'Anne d'Autrichs Madame toute joyeuse.

Le roi seul ne fit édater aucune satisfaction.

Il remercia boulement kl fortune de ce qu'elle faisait pour lui en adressant un petit salut à la jeune fille qui avait été choisie comme mandataire de la rapide déesse.

L£ VICOMTE DE BtlÀGËLON^B» i^

Poifl^ recevam des mains d'Anne d'Autriche^ au milieu des Mormures de convdiise de ^oute l'assemblée^ l'écrin qui renfennait les bracelets :

— Us sont donc réellement beaux^ ces bracelets? div41. «— Regardez-les^ dit Anne d'Autriche^ et jugex^n tous-

Le roi les regtrda,

-*- Om, éïX4ï, et Toiià^ en effets un admirable médaillon. Quel fini I

— Quel fini ! répéta Madame.

La reine Marie-Thrârèse vit facil^nent et du premier coup d'œil que le roi ne lui ofirirait pas les bracelets; mais^ comme il ne paraissait pas non plus songer le moins du monde à les offrir à Madame^ elle se tint pour satisfaite^ ou à peu près.

Le roi s'assit.

Les plus familiers parmi les coortisanfi vinrent successivement admirer de près la merveille^ qui bientôt^ avec la permisàon du roi^ passa de main en main.

Aosûtôt tous^ connaisseurs ou non» exdaflièrent de sur^ prise et accablèrent le roi de félicitations.

Il y avait» en effet» de quoi admirer pour tout le monde : les brillants pour ceux-ci, la graviMre pour ceux-là.

Les dames flsanifestaient visiblement leur impatience de voir un pareil trésor accaparé par les cavali^^.

— Messieurs» Messieurs» dit le roi à qui rien n'échappait» on dirait» en vérité» que vous portez des bracelets comme les Sabins : passez-les donc un peu aux dames» qui me paraissent avoir à juste titre la prétention de s'y connaître mieux que vous.

Ces mots semblèrent à Madame le commencement d'une 4éci«kNi qa'dile attendait.

Elle puisait» d'ailleurs» cette bienheureuse croyance dans les yeox de la reine mère.

Le courtisan qd les tenait au moment où le roi jetait cette observation au milieu de l'agitaUon générale» se hâta de déposer les bracelets entre les mains de la reine Marie-Thérèse» qui» sachant bien» puvre femme ! qu'ils ne lui étaient pas destinés» les regarda à peine et les passa presque aussitôt à Madame.

Celle-ci et» plus particulièrement qu'elle encore» Monsieur, donnèrent aux bracelets un long regard de convoitise.

Pois ^lle passa les joyaux aux dames ses roisines^ en pfononçam ce seul mot^ mais avec un accent qui valait une longue phrase :

^ Bfagnifiques !

Les darnes^ qui avaient reçu les bracelets des mains éto Madame^ mirent le temps qui leur convint à les examiner, puis elles les firent circuler en les poussant à droite.

Pendant ce temps^ le roi s'entretenait tranquillement avec de Guiche et Fouquet.

Il laissait parler plutôt qu'il n'écoutait.

Habituée à certains tours de phrases^ son oreille^ comme celle de tous les hommes qui exercent sur d'autres hommes une supériorité incontestable^ ne prenait des discours semés çà et là que l'indispensable mot qui mérite une réponse.

Quant à son attention^ elle était autre part.

Elle errait avec ses yeux.

Mademoiselle de Tonnay-Gharente était la dernière des dames inscrites pour les billets^ et^ comme si elle eût pris rang selon son inscription sur la liste^ elle n'avait après elle que Montalais et La Vallière.

Lorsque les bracelets arrivèrent à ces deux dernières^ on parut ne plus s'en occuper.

L'humilité des mains qui maniaient momentanément ces joyaox leur étaient toute leur importance.

Ge qui n'empêcha point Montalais de tressaillir de joie^ d'envie et de cupidité à la vue de ces belles pierres^ plus en* core q';ie de ce magnifique travail.

Il e&t évident que^mise en demeure entre la valeur pécu* niaire et la beauté artistique^ Montalais eût sans hésitatioa préféré les diamants aux camées.

Âu&^i eut-elle grand'peine à les passer à sa compagne La Yallîèi e. La Vallière attacha sur les bijoux un regard presque iuilifférent.

— Ohl que ces bracelets sont riches! que ces bracelets ont magnifiques! s'écria Montalais; et tu ne t'extasies pas

r eux, Louise? Mais, en vérité, tu n'es donc pas femme ?

— Si tait, répondit la jeune fille avec un accent d'adorable mélancolid. Mais pourquoi désirer ce qui ne peut nous appartenir ?

Le roi, la tête penchée en avant, écoxUait ce que fa jeune tille alait dire.

A peine la vibration de cette voix eut-elle frappé son oreille^ qa*U se leva toat rayonnant^ et^ traversant toat le cercle poor aller de sa place à La Vallière :

— Mademoiselle^ dit-il^ vous vous trompes^ vous dtes femme, et toute femme a droit à des bijoux de femme.

— Oh! sire, dit La Vallière, Votre Majesté ne veut donc pas croire absolument à ma modestie?

— Je crois que vous avez toutes les vertus. Mademoiselle, bfianchise comme les autres; je vous adjure donc de dire franchement ce que vous pensez de ces bracelets.

— Qu'ils sont beaux, sire, qu'ils ne peuvent être offerts qu'à une reine.

— Cela me ravit que votre opinion soit telle. Mademoiselle ; les bracelets sont à vous, et le roi vous prie de les accepter.

Et comme, avec un mouvement qui ressemblait à de l'effroi, La Vallière tendait vivement l'écrin au roi, le roi repoussa doucement de sa main la main tremblante de La Vallière.

Un silence d'étonnement, plus funèbre qu'un silence de mort, régnait dans l'assemblée. Et cependant on n'avait pas, du côté des reines, entendu ce qu'il avait dit, ni compris ce qu'il avait fait.

Une charitable amie se chargea de répandre la nouvelle.

Ce fut de Tonnay-Charente, à qui Madame avait fait signe de s.'approcher.

— Ah! mon Dieu! s'écria de Tonnay-Charente, est-elle heureuse, cette La VaUière ! le roi*vient de lui donner les bracelets.

Madame se mordit les lèvres avec une telle force, que le sang apparut à la surface de la peau.

I^ jeune reine regarda alternativement La Vallière et Madame, et se mit à rire.

Anne d'Autriche appuya son menton sur sa belle main blanche, et demeura longtemps absorbée par un soupçon qui lui mordait l'esprit et par une '^ôuleur atroce qui lui mordsût le cœur.

De Guiche, en voyant pâlir Madame, en devinant ce qui la faisait pâlir, de Guiche quitta précipitamment l'^semblée et disparut. Malicomeput alors se glisser jusqu'à Montalais, et, à la faveur du tumulte général des conversations :

— Aure^ lui dit-îl^ ta as près de toi notre fortune et notre aivenir.

— Oui, répondit celle-ci.

Et elle embrassa tendrement La Vallière, qu'intérieures ment elle était tentée d*étrangler.

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