LE TERRAIN DE DICC
Fendant ce temps ^ Bnekingfaam et de Wardes faisaient en bons compagnons et en harmonie parfaite la route de Paris à ûJais.
Backingham s'était hâté de faire ses adienx^ de sorte qu'il en avait brosqoé la meillem'e partie.
Les viûtes à Monsiem* et à Madame ^ à la jeune reine et à la reine douairière avaient été collectives.
Prévoyance de la reine mère^ qui lui épargnait la douleur de causer encore en particulier avec Monsieur^ qui lui épar* gnait le danger de revoir Madame.
Bnckingham embrassa de Guiche et Raoul ; il assura le premier de toute sa considération; le second d'une constante amitié destinée à triompher de tous les obstacles et à ne se laisser ébranler ni par la distance ni par le temps.
Les fourgons avaient déjà pris les devants; il partit le soir en carrosse avec toute sa maison.
De Wardes, tout froissé d'être pour ainsi dire emmené à la remorque par cet Anglais, avait cherché dans son esprit subtil toqs les moyens d'échapper à cette chaîne; mais nul ne lui avait donné assistance, et force lui était de porter la peine de Km mauvais esprit et de sa causticité.
Ceux à qui il eût pu s'ouvrir, en qualité de gens spirituels^ l'eussent raillé sur la supériorité du duc.
Les AUtrCto esprits, plus lourds , mais plus sensés , lui eussent allégué les ordres du roi, qui défendaient le duel.
Les antres enfin , et c'étaient les pins nombreux, qui , par
diaiité clnrétieniie oa par amom^proiire national^ lui enssem prêté assistance^ ne se soncialest pc^atd'eivMHinr une disgrâce^ 61 «sussent tout au plus prévena les imikistir6sd*iiB èépari qui pouvait dég^iârar en on petîlinassacre.
Il en résulta que^ tout bien pesé^ de Wardes fit son pom^ manteau^ prit deux chevaux^ et^ suivi d*un seul laquais^ s'adiemina vers la barrière où le carrosse de Buckingbam le devait prendre.
Le duc reçut son adversaire comme il eût fait de la plos aimable connaissance^ se rangea pour le faire asseoir^ loi oflTrit des sucreries, étendit sur.lui le manteau de martre zibeline jeté sur le siège de devant. Puis on causa :
De la cour, sans parler de Madame;
De Monsieur, sans parler de son ménage;.
Du roi, sans parler de sa belle-sœur;
De la reine mère, sans parl^ de sibiti^
Du roi d'Angleterre^ sans parier à» sa sorar;
De rétat du cœur de chacun des voyageurs, sans prononcer socun nom dangereax.
Aussi le voyage^ qui se fûsaità petîtee jouraéesy fol-iE dau^
Aussi Buckinghsmt, véritablement Français par Te^prit et rédocation, futril enchanté d*«f oir si bien choisi son partner.
Bon repas efûeurés du boni des dents> essais de (^vanx dans les belles prairies que coupait la route, dusses aux lièvres, car Boclângham avait ses kvri(^rs. T^ fm remisai du lemps.
Le duc ress^Eublait un peu à ce beaa fleuve de Sâne , qui embrasse mille fois la Frauee dans ses méandres amottroix avant de se décider à gagnw l'Océan.
Mais, en quittantla France, c'était surtout la Française nouvelle qu'il avait amenée à Paris que Buckingham regrettait; pas une de ses pensées qjak ne fôl un souvenir et^ par conséquent, un regret.
Aussi quand, parf Qis> msdgré sa force tsat hii-mêa^ â s*an bîmait dans ses pensées, de Waides le laissait-il toui entier i ses rêveries.
Cette délicatesse eM eortaineiBent touché Buddnghsun et ehan^^ ses di^ositiens à Tégard de de Wardes, si cekii-ci, tout en gardant le silence^ 0bl eu l'œil moins méduol et le sourire moins foux.
Ibttles haines d'isstmct sont inflexibles; rien ne les éteint; im peu de ""^ndro les recx>ii?ie piifan^ niais sous cette cendre 6ttD8 cou^x7ùt i^ns furienaes.
Aiirès a¥oîr épuisé tontes les distractions qne présentait la r«Bte> OB arriva^ comme noosFaTons dit» à Calais.
C'était yers la fin dn sixième jonr.
Dte la T^le, les gens dn duc avaient pris les devants etivaîent frété une barqne. C^te barque était destinée à aller jeîi^bre le petit yacht qoi courait des bordées en vue, on s'embeâail> lorsqu'il sentait ses ailes blanches fatiguées, à denx on trois portées du canon de laielée.
Cette barque allant et venant devait portera bord tous les é|oi|«ges du dno.
Us dievaux avalent été embarqués, on les bissait de la barqae sur le pont du bâtiment dans des pamers faits ex;^, eiOQatés de telle fliQon qoe leurs m«nbres, dans les plus viotestes crises même de terroir ou d*inq)atience, ne quittaient IMS l'appui moelleux des pards, et que leur p(»l n'était pas même rebroussé.
Boit de ces paniers juxtaposés emf^saient la cale. On sait qoe^poidantles courtes traversées, les dbtevaux tremblants ne mangent point et frissonneiU en présence des meilleurs ali- Wnts qu'ils eussent oonvoîtés sur terre.
Pau i peu l'équipage ^tiw du duc ftit transporté à Ixnrd du yadit, et alors ses gens revinrent loi annoncer que tout était pAt, et <pe, lorsqu'il voudrait ^&*embarquer avee le gentiiboimne français^ est n*attendaitphis qu'eux. ^ Car mû ncsui^osaît qne le gentiUMNOime français pût avoir u^C^ravecmilord-dncantreciioseque des comptes d'amitiéo
Bnckingham fit répondre au patron du yacht qu'il eût à se iHÉrprèt, nais cj^ ta mer était belle, que ta journée promettant un coucher de soleil magnifique, il comptait ne s'embarqoer que la nuit et profiter de la soirée pour fidre une [uromeaite sur la grève.
D'ailleurs, il ^ooOl cpie, sa trouvant en excellente compagne, fl n'avait pas la moindre hâte de s'embarquer.
fii disant dfo, il m(»tra aux gens qui l'entouraient le magniûrï*" spectacle du del empourpré à l'horizon, et d'un mfmsÊOàXre de nuages floconneux qui mettaient du disque du soleil Jusqu'au zénitti, en affectant les formes d'une chaîne daflKNBtafnes aux sommets ealaaséa les «ms sur les autres.
Tout cet amphithéâtre était teint à sa base d'mie espèce de mousse sanglante^ se fondant dans des teintes d^opaleet de nacre au Air et à mesure que )e regard montait de ia hase au sommet. La mer^ de son côté ^ se teignait de ce mênw reOet, et sur chaque cime de vague bleue dansait un point lumineux comme un rubis exposé au reflet d'une lampe.
Tiède soirée^ parfums ssdins chers aux rêveuses imagini^ tions^ vent d'est épais et soufflant en harmonieuses r^ales, puis au loin le yacht se profilant en noir avec ses agrès à jour> sur le fond empourpré du ciel> et çà et là surrh(»rizon les voiles latines courbées sous Tazur comme Faile d'une mouette qui plonge^ le spectacle, en effet, valait bien qu'on Tadmirât. La foule des curieux suivit les valets dorés, parmi lesquels, voyant Fintendant et le secrétaire, elle croyait voir le maître et son ami.
Quant à Buckingham, simp^Iement vêtu d'un veste de satin gris et d'un pourpoint de petit velours violet, le (îhapeau sur les yeux, sans ordres ni broderies, il ne fut pas plus remarqué que de Wardes, vêtu de noir comme un procureur.
Les gens du duc avaient reçu l'ordre de tenir une barque prête au môle et de surveiller l'embarquement de leur maître, sans venir à lui avant que lui ou son ami appelât.
— Quelque chose qu'ils vissent, avait-il ajouté en appuyant sur ces mots de façon à ce qu'ils fussent compris.
Après quelques pas faits sur la plage :
— Je crois. Monsieur, ditBuckingham àde Wardes, je crois qu'il va falloir nous faire nos adieux. Vous le voyez, ia m^ monte; dans dix minutes elle aur^ tellement imbibé le sable où nous marchons, que nous serons hors d'état de sentir le sol.
— Milord, je suis à vos ordres; mais...
~ Mais nous sommes encore sur le terrain du roi, n'esH» pas?
— Sans doute.
— Eh bien ! venez; il y a là-bas, comme vous le voyez, une espèce d'île entourée par une grande flaque circulaire; la flaque va s'augmentant et l'île disparaissant de minute en minute. Cette Ile est bien à Dieu, car elle est enti?e deux mers» et le roi ne l'a point sur ses cartes. La voyez-vous?
— Je la vois. Nous ne pouvons même gu^e l'atteindre maintenant saqs nous mouiller les pieds.
— Oui; mais remarquez qu'^e tonne une éminence assez
élevée^ et que la mer monte de chaqae côté en épargnant sa dnuD 11 en résulte que nous serons à merveille sur ce petit théâtre. Que vous en semble?
— Je serai bien partout où mon épée aura Thonneur de rencontrer la vôtre^ milord.
^ Eh bien! allons donc. Je suis désespéré de tous faire mouiller les pieds ^ monsieur de Wardes; mais il est nécessaire^ je crois^ que vous puissiez dire au roi : «c Sire, je ne me sois point battu sur la terre de Votre Majesté, d C'est peut-être mi peu bien subtil, mais depuis Port-Royal vous nagez dans les subtilités. Oh I ne nous en plaignons pas, cela vous donne on fort charmant esprit, et qui n'appartient qu'à vous autires. Si vous voulez bien, nous nous hâterons, monsieur de War* des^ car voici la mer qui monte et la nuit qui vient.
* Si je ne marchais pas plus vite, milord , c'était pour ne point l^asser devant Votre Grâce. Êtes-vous à pied sec, monsieur le duc?
— Oui, jusqu'à présent. Regardez donc là-bas : voici mes drôles qui ont peur de nous voir nous noyer et qui viennent bke une croisière avec le canot. Voyez donc comme ils dansent sur la pointe des lames, c'est curieux; mais cela me donne le mal de mer. Voudriez>vous me permettre de leur tourner le dos?
-— Vous remarquerez qu'en leur tournant le dos vous aurei le soleil en face, milord.
— Oh! il est bien faible à cette heure et aura bien vite ûi^para; ne vous inquiétez donc point de cela.
— Gomme vous voudrez, milord; ce que j'en disais, c'étail par délicatesse.
— Je le sais, monsieur de Wardes, et j'apprécie votre ob* servation. Voulez-vous ôter nos pourpoints?
— Décidez, milord.
— C'est plus commode.
— Alors je suis tout prêt
— Dites-moi, la, sans façon, monsieur de Wardes, si vous vous sentez mal sur le sable mouillé, ou si vous vous croyez encore \in peu trop sur le territoire français? Nous nous battrons en Angleterre ou sur mon yacht
— Nous sommes fort bien ici, milord; seulement j'aurai f honneur de vous faire observer que, comme la mer monte, nous avons à peine le temps...
M LF TIGOMTB DE BRAGBLONlSfE.
Backingham fit un signe d'ass^timenl, ôta son poorpoim et le jeta sur le sable.
De Wa^de*^ en fit autant.
Les deux corps ^ blancs comme deux fontômes pour eeux qui les regardaient du rivage^ se dessinaient sur Tombre i\aï rouge violet qui descendait du ciel.
«^ Ma foi ! monsieur le duc^ nous ne pouvons guère rompre^ dit de Wardes. Sente^vous comme nos pieds tiennent dans te sable?
— J*y suis enfoncé jusqu*à la cheville, dit Buckingham> sans compta que voilà l'eau qui nous gagne.
— • Elle m'a gagné déjà... Quand vous voudrez, monsieur le duc.
De Wardes mit Fépée à la main.
Le duc rimita.
— Monsieur de Wardes, dit alors Buckingfaam, un denier mot, s*il vous plaît.. . Je me bats contre vous, parce que je té vous aime pas, parée que vous m*avez déchiré le cœur en raillant certaine passion que j'ai, que j'avoue en ce moment, et pour laquelle je serais très-heureui de mourir. Vous êtes un méchant homme, monsieur de Wardes, et je veux faire tous mes efforts pour vous tuer; car, je le sens, si vous ne mourez pas de ce coup, vous ferez dans l'avenir beaucoup de mal à mes amis. Yoilà ce que j'avais à vous dire, monsieur de Wardes.
Et Buckingham salua.
— Et moi, milord, void ce que J'ai à vous répondre î Je ne vous haïssais pas ; mais, maintenant que vous m'avez deviné, je vous hais, et vais faire tout ce que je pourrai pour vous tuer.
Et de Wardes salua Buckingham.
Au même instant, les fers se croisèrent; deux éclairs se joignirent dans la nuit.
Les épées se cherchaient, se devinaient, se touchaient
Tous deux étaient habiles tireurs; les premières passes n'eurent aucun résultat.
ILa nuit^s'était avancée raj^dement; la nuit était si sombre, qu'o^ '^quait et se défendait d'instinct.
Tout à coup de Wardes sentit son fer arrêté ; il venait de pimer l'épaule de Buckingham.
L'épée du duc s'abaissa avec son bras.
LB TICOMTE DB BRAGBLOKNB, 98
-Oh!flt-U.
-^ Tooehé, n'esM» fx&, nâordt dit ôb Waràes en reca^ laBldedeiixpaft.
— Oui, Monsieur» mais Ugiac&omiL
— Cependant^ voos ayez quitté la gxtà^
•^ C'est le pranier effet du froid du fer, mais }e sois remis. Recommençons, s*ii voos plaît, lfoBsîear«
Et, di^sageant arec on sinistre fimisseme&t de lune, le duo déâdra la poitrine dn marquis.
— ToucM anssi, dift-îL
— Non, dit de Wardes restant ferme à sa place. «-Pardon; mais, Yoyant irotiB dnnise tonte ronge... dit
Boddngbam.
— Alors, dit de Wardes forieux, aioBCS... à Tons !
Et, SB fendant à fond, U traversa l'avam-biis de Bnctti- ClboLUépée passa entre las devoL os.
Bnekingfaam sentit son bras droit paralysé; il avança le ans gaocbe, saisit son épée, prête à tomber de sa nudn inerte, et, avant qne de Wardes se KIttiemis en garde, il loi trayersa la poitrine.
De Wardes chancela, ses genoux plièrant, et, laissant son épée engagée eneoie datts le bras^du dnc, ii lomba dans l'eaa, ipii se rou^d'nn reflet pins léel^pie celui que lui envoyaient les nuages.
De Wardes n'éta^pat moit U sentit le danger ^b^yable dont il était menacé: la mer montait
Le due sentit le danger anssi. Avec nn effort et nn ori de douleur, il arracha le fer demeuré dans son bras; puis^ se rebnmant vers de Wardes :
— Est-ce qœ tous êtes mort» marqoist diV4L
— Non, répliqua de Wardes d'âne voix étouffée par le «Bg ijpd montait de ses ponmonsi sa gorge, mais peu s*en fut
— Eh bien ! qu*y a-t-ll ifitire I Voyons, pouvei-vous mai^ dier?
Bpckingham te souleva sur on geoocu
-^ impossible, dit-îL
Pois^ retcmibant :
—Appelez vos gens» flt^ on Je m» noie.
— Holà! cria BocUngham; holà de la M^e! nagex vivement, nagez!
La barque fit force de rames.
filai'' la mer montait plus vite que la barqae ne marcbait.
Buckjngham yit de Wardes prêt à être recouvert p«r une vague : de son bras gauche, sain et sans blessure, il lui fit une ceinture et l'enleva.
La vague monta jusqu'à mi-corps, mais ne put Fétacanler.
Le duc se mit aussitôt à marcher vers la terre.
Mais à peine eùt^l fait dix pas qu'une seconde vague, ac« courant plus haute, plus menaçante, plus furieuse que la première, vint le lîrapper i la hauteur de la poitrine, le renversa, Fensevelit.
Puis, le reflux l'emportant, elle laissa un instant à découvert le duc et de Wardes couchés sur le sable.
De Wardes était évanouL
£n ce moment quatre matelots du duc, qui comprirent le danger, se jetèrent i la mer et en une seconde furent prés dû duc.
Leur terreur ftat grande lorsqu'ils virent leur maître se couvrir de sang à mesure que l'eau dont il était imprégné coulait vers les genoux et les pieds.
ils voulurent l'emporter.
— Non, non! dit le duc; i terre! à terre, le marquis!
— A mort ! à mort, le Français ! crièrent sourdement les Anglais.
^ Misérables drôles! s'écria le duc se dressant avec un geste superbe qui les arrosa de sang, obéissez. M. de Wardes à terre, M. de Wardes en sûreté avant toutes choses ou je vous fais pendre !
La barque s'était approchée pendant ce temps. Le secrétaire et l'intendant sautèrent à leur tour à la mer et s'approchèrent du marquis. Il ne donnait plus signe de vie.
— Je vous recommande cet homme sur votre tête, dit le duc. Au rivage! M. de Wardes au rivage !
On le prit à bras et on 1^ porta jusqu'au sable sec, où la mer ne monte jamais.
Quelques curieux et dnq ou six pêcheurs s'étaient grou» pés sur le rivage, attirés par le singulier spectacle de deux hommes se battant avec de l'eau jusqu'aux genoux.
Les pêcheurs voyant venir à eux un groupe d'hommes portant un blessé, entrèrent, de leur côté, jusqu'à mi-jambe dans la mer.
Les Anglais leur remirent le blessé au moment où celui-ci eommençait à rouvrir les yeux.
L'eaik salée de la mer et le sable fin s'étaient introduits dans ses blessures et lui causaient d'inexprimables souffrances.
Le secrétaire du duc tira de sa poche une bourse pleine et la remit à celui qui paraissait le plus considérable d'entre les assbtants.
— De la part de mon maître^ milord-duc de Buckingham^ dit-il^ pour que l'on prenne de M. le marquis de Wardes tous les soins imaginables.
Et il s'en retourna^ suivi des siens^ jusqu'au canot que Buckingham avait regagné i grand'peine, mais seulement lorsqu'à avait vu de Wardes hors de danger.
La mer était déjà haute; les habits brodés et les ceintures de soie forent noyés. Beaucoup de chapeaux furent enlevés
Quant aux habits de milord-duc et à ceux de de Wardes^ leûax. les avait portés vers le rivage.
On enveloppa de Wardes dans l'habit du duc^ croyant que c'était le sien, et on le transporta à bras vers la ville.
TIOPLB AMOUIU
Depuis le départ de Buckingham^ de Guiche se figurait qoe la terre lui appartenait sans pamge.
Monsieur^ gai n'avait plus le moindre sujet de jalousie et floi, d'ailleurs, se laissait accaparer par le chevalier de Lornifle^ accordait dans sa maison autant %e liberté que les plus AX^eants pouvaient en souhaiter.
De son côté, le roi, qui avait pris goût a la société de Madame, imaginait plaisirs sur plaisirs pour égayer le séjour de Paris, en sorte qu'il ne se passait pas un jour sans une fête an Palais-Royal ou une réception chez Monsieur.
^8 LB TICOMTS DE BKÀâËLÛMNE.
lie roi faisait disposer Fontainebleau ponr y raeetôUr la conr^ et tout le monde s'employait pour être duvoyage^ Madame menait la vi6 la pic» occupées Sa Toix> sa ploffie ne s*aiTêtaient pas un moment.
Les conversations avec de Gniche prenaient peu à peu llnlérêt aucpiel on ne peut méoonnaîtt^ M préMei ded ginimdes passions.
Lorsque les yeux languissent à propos d'une diseûsfilim mr dés couleurs d*étoffes^ lorsqt^ Ton passe une heure à ^malyser les mérites et le parftnn d'nn sachet ou â*une fleur^ il y a dans ce genre de conversation des mots que tolU le monde peut entendre^ mais il y a des gestes ou des soupirs que tout le monde ne peut tolr.
Quand Madame avait bien causé avec M. dé Guiches elle causait avec le roi^ qui lui rendait visite régulièrement chaque jour. On jouait, on faisait des vers, on choisissait des devises et des emblèmes ; ce printemps n'était pas seulement le plintÉ«nps de la nature, c'éuit la jeunesse de tout un peuple 4ont cette cour formait la tête.
Le roi était beau, jeune, ^lant plus que tout le mondé. D aimait amoureusement toutes les femmes, même la rei&è sa femme.
Seulement le grand roi était le plus timide ou le plus réservé de son royaume, tant qu'il ne s'était pas avoué à luimême ses sentiments.
Cette timidité le retenait dans les limites de la simple politesse, et nulle femme ne pcairait se vanter d'avoir la préférence sur une autre.
On pouvait pressentir quA le jour où il se déclarerait serait i'aurore d'une souveraineté nouvelle; mais il ne se déclarait pas. M. de Quiche en profitait pour être le roi de toute la cour amoureuse.
On l'avait dit au ndeux avec mademoiselle de Moutabrli; ou Tavait dit assidu prés de mademoiselle de ChâtiHôn; maintenant il u'était^ifus même dvfl avec aucune fenunô de la cour. Il n'avait d*yeux, fforeilles que pour une seule.
Aussi prenait-il insensiblement sa place chez Monsieur^ q(à l'aimait et le retenait le plus possible dans sa maisoa.
Naturaliement sauvage, fl s'éloignait trop avant rarthrëe de Madame; une fois que Maâ^uoie était arrivée, il ne s*éioi^ gnaitplusassex.
LE VICOMTB Bl BRAGELONNE. ^ ^
€^ qui, reinanïué d^ toul le monde, le ftit particuliôre-^^* imut dQ mauvm génie de la. loai^on^ le ehev^ier de Lorraine^ à qui Monsieur témoignait un vif attachement parce qu'il ayait rhnmenr joyeus^ môine dans ses méchancetés^ et ^*il ne manquait jamais dldéea pour employer le tenq>s.
Le eheyalier de Lorrafau^ âi8(ma<'iioiis, Toyant que de Guidie WMcait de le supplanter, eut recnors an grand moyen. U (fisparat^ laissant Monsieur bien empêché.
U pr«BfU#r jour de aa disparition. Monsieur ne le ehereha imçi# pas, car de GnidM était )à> et, sauf les entretiens srec Madame, il consacrait bravement les heures du jour et delà nuit au prince.
Mais le seewd jow, Monriemr, ne trouvant p^nsonne Msgainain» ttomandaoi était leobevalier*
ï\m (ot répondu gne Ton ne savait pas.
DeGuiche, après avoir passé sa matmée iehûisir des brode* du ^ des firanges av eo Blsdamo, vint eonsoler le prinee. Uaîs, après le dîner, il y avait encore des tulipes etdesamé" tbjstes i estimer ; deGoiehe retonma dans le eaJ)inet de Ma-
Mons^nr d^nenra senl; e'étslt Thoffe de sa toilette : il se tOQTO le ii^us maUieareiix des h(»fimes et demanda encoie i fou avait des nouvelles du chevalier.
-^N^ ne sait où trouver M. It chevalier, fût la r^nse qœ Tcm rendit an prince.
Ébnsieur^ ne ssdÉant pins où porter son ennui, a*en alla SB robe de ehambve et wàffé cbealfadame.
E y avait là grand o^pde de gens qui riaient et ehuolio<" taîent à tous les coins : id un groupe de femmes autemr d*mi hemme et des éclats bouffés ; là Manicamp et Mahcome piles piar Montalais, mademoteelle de Tonnay-Charente et taix autres risses.
Hns km^ Madame, assise sur des egussins, et de Guidie éparpillant, à genoux près d'elle, une poignée de perles et de pierres dans lesquelles le do^ fin et blanc de la pdncesie désignait celtes qui lui plaisant le plus.
fiSAS un ai^e cobi, un Joueur de guitare qui chantonnait 4d6 séguedilles e^gnoles dont l^Éidame raffolait depuis fu'dle les avait entendu chanter à la Jeune reine nvec une certaine mélas^âe^ seulement ee que VEspagnole avait ehanté avec des larmes dans la pauftidre, TAnglaise les fire*
m LE VICOMTE DE BRAGELONNE.
donnait avec un sourire qui laissait voir ses dents de nacre.
Ce cabinet^ ainsi babité^ présentait la pins riante image du plaisir.
En entrant^ Monsieur ftit frappé de voir tant de gens qoi se divertissaient sans loi. Il en fat tellement jaloux^ qa*il ne pat s'empêcber de dire comme im enfant :
— Ëh qaoi ! vons voos amasez ici^ et moi^ je m'ennuie tom seul!
Sa voix fat comme le con^ de tonnerre qui interrompt le gazouillement d'oiseaux sous le feuillage ; il se fit un ^and silence.
De Guicbe fut debout en un moment.
Malicome se fit petit derrière les jupes de Montalais.
Manicamp se redressa et prit ses grands airs de cérémonie.
Le guitarrero fourra sa guitare sous une table et tira le tapis pour la dissimuler aux yeux du prince.
Madame seule ne bougea point, et, souriant à son ^ux^ lui répondit:
— Est-ce que ce n'est pas l'beure de votre toilette?
— Que l'on choisit pour se divertir^ grommela le prince. Ce mot malencontreux fut le signal de la déroute : les
femmes s'enfuirent conmie une volée d'oiseaux effrayés; fo joueur de guitare s'évanouit comme une ombre; Malicome^ toujours protégé par Montalais^ qui élargissait sa robe^ se glissa derrière une tapisserie. Pour Manicamp^ il vint en aide à de Guicbe^ qui, naturellement, restait auprès de Madame, et tous deux soutmrent bravement le choc avec la . princesse. Le comte était trop heureux pour en vouloir au mari; mais Monsieur en voulait à sa femme.
11 lui fallait un motif de querelle; il le cherchait, et le dé* part précipité de cette foule, si joyeuse avant son arrivée et si troublée par sa présence, lui servit de prétexte.
— Pourquoi donc prend-on la fuite à mon aspect? dit-il d'un ton rogue.
Madame répliqua froidement que, toutes les fois que le maître paraissait, la famille se tenait à l'écart par respect
Et, en disant ces mots, elle fit une mine si drôle et si plaisante, que de Guicbe et Manicamp ne purent se retenir. Us éclatèrent de rire; Madame les imita; l'accès gagna Monsieur lui-même, qui fut forcé de s'asseoir, parce que, en riant, il perdait trop de sa gravité.
Enfin il cessa, mais sa colère s'était augmentée. Il était encore plo? forienx de s*être laissé aller à rire qa'il ne Tayait été de voir rire les antres.
n regardait Manicamp avec de gros yenx^ n*osant pas montrer sa colère an comte de Gniche.
Mais^ snr nn signe qn'il fitavec trop de dépit^ Manicamp et de Gniche sortirent
En sorte qne Madame^ demeurée seule^ se mit à ramasser tristement ses perles^ ne rit plus du tout et parla encore moins.
— Je suis bien aise de yoir^ dit le duc^ gne Ton me traite comme nn étranger chez yous, Bfadame.
Et il sortit exaspéré.
En chemin^ il rencontra Montalais, qui yeillaît dans Vantichambre.
— n £iit beau venir vous voir, dit-il^ mais à la porte. Hontalais fit la révérence la plus profonde.
— Je ne comprends pas bien^ dit-elle, ce que Votre Altesse Royale me fait Thonneur de me dire.
— Je dis. Mademoiselle, que, quand vous riez tous ensemble, dans Fappartement de Madame^ est mal venu celui qui ne reste pas dehors.
— Votre Altesse Royale ne pense pas et ne pjurle pas ainsi pour elle^ sans doute ?
— Au contraire. Mademoiselle, c'est pour moi que je parle, c'est à moi que je pense. Certes, je n'ai pas lieu de m's^plaudir des réceptions qui me sont faites ici. Comment! pour nn jour qu'il y a chez Madame, chez moi, musique et assemblée, pour un jour que je compte me divertir un peu à iiK>n tonr^ on s'éloigne!... Ah çà! craignait-on donc de me voir, que tout le monde a pris la fuite en me voyant?... On fait donc mal... quand je suis absent?...
— Mais, repartit Montalais, on ne fait pas aujourd'hui^ Monseigneur^ autre chose que l'on ne fasse les autres jours.
— Quoi! tous les jours on rit comme cela?
— Mais, oui. Monseigneur.
— Tous les jours, ce sont des groupes comme ceux que fe viens de Foir?
— Absolument pareils. Monseigneur.
— Et enfin tous les jours on racle le boyam?
— Monseigneur^ la guitare est d'aujourd'hui; mais, quand
m LE VICOMTE DE BRAQEtONNE.
Aoaa s'a^oBs pas de gnilare^ mo^ aivotis le^Tioloiift il let
— Peste ; et des tommes î
«*> Qimls bomiaas> Moiiaeif itei^r?
-^ M. de âoiche^ M. de Maaloaiap «1 les vulves.
^ To^ 4e la loasùso^ de Moas^foeor.
— Oai^ oui^ Yoas avez raison^ lifodemQJAeUej
Et le priuee rentra ^m aes ai^rMo^ls : il é^tloitt rô- Tenr. Il se précipita dans 1^ plus profond de sea (îmmjH^, sans se regarder au miroir.
— Où pe«t 4tre le ehevaBert dit-^, •
Il y avait un serviioisr ^cte da pckic^u Sa question fat entendue.
^ On Be sait Mons^iiPMBr.
— Encore cette réponse !... Le premier qui me répondit : «Je ne sais »> je le (^sse.
Tout le monde^ à eette parole^ s'enfcil de cket M<Asienr vmme ott s!é^ enfui de che£ Ife^iane.
Alors le prince entra Aaas une oolôre ta^xpnmaftli^ B Attoa du pleddansun (^^osnior» qolïoida sur le parquet brisé en ûrente BBK»r«eaux.
Puis^ du plus grand sang-froid^ il alla aiixi galeries^ el rese t«$a FuD sur V9,xm w vase d'émaU> une aiguière de por-
{byre et un candélabre de bronze. Le tout fit un fr^^efra^ablet loiaâ le naoode panM^ aux pc^rtes.
«-^QuATeutMonseigBejart ^ li^^aida^ dire tinideniiit li «apitabae des gardes.
-^ Je me ctouAel&musiQii^f^ldtqaaMQffitseigue^ grittçttlldesdeats.
Le capitaine des garder eifoya «imiter le médaeiii 4e Son Altesse Royale.
Hais^ avant le rnédeem» aaîvt llalMor«e> qqi dit an pEinee:
^ Uoimigfteur^ M. le ebevi^er de LonraiiM sift nrit
Le duc regarda Ha&eorueetlui sKWit
Le chevatier entra en effet.