‹ Le vicomte de Bragelonne; ou, Dix ans plus tard; complément des Trois mousquetaires et de Vingt ans aprèsChapitre 9 sur 25 · LA CHÂSSE AUX PAPILLONS · texte numérisé non relu

LA CHÂSSE AUX PAPILLONS

Le roi^ en rentrant chez lai ponr donner quelques ordres etpoor asseoir ses idées^ trouva sur sa toilette un petit billet dont récriture semblait déguisée.

n rouvrit et lut:

«Venez vite, j'ai mille choses à vous dire. »

U n'y avait pas assez longtemps que le roi et Madame

s'étaient quittés, pour que ces mille choses fussent la suite des trois mille que Ton s'était dites pendant la route qui sépare Valvins de Fontainebleau.

Aussi la confusion du billet et sa précipitation donnèrenteUes beaucoup à penser au roi.

Il s'occupa quelque peu de sa toilette et partit pour aller rendre visite à Madame.

La princesse, qui n'avait pas voulu paraître l'attendre, était descendue aux jardins avec toutes ses dames.

Quand le roi eut appris que Madame avait quitté ses appartements pour se rendre à la promenade, il recueillit tous le3 gentilshommes qu'il put trouver sous sa main et les convia à le suivre aux jardins.

Madame faisait la chasse aux papillons sur une grande pelouse bordée d'hélioU'opes et de genêts.

EUe regardait courir les plus intrépides et les plus jeunes de ses dames, et, le dos tourné à la charmille, attendait fort impatiemment l'arrivée du roi, auquel elle avait assigné ce rendez-vous.

Le craquement de plusieurs pas sur le sable la fit retourner. Louis XIY était nu-tête; il av^t abattu de sa canne un papillon petit-paon, que M. de Saint-Aignan avait ramassé tout étourdi sur l'herbe.

— Vous voyez. Madame, dit le roi, que, moi aussi, je .chasse pour vous.

Et il s'approcha.

— Messieurs, dit-il en se tonmacnt vers les gentilshommes qui formaient sa suite, rapportez-en chacun autant à ces dames.

C'était congédier tout le monde.

On vit alors un speetade assez corieux ; les vieux courtisans, les courtisans obèses, coururent après les papillons en perdant leurs chapeaux et en chargeant, canne levée, les myrtes et tes genôts eonme ils eussent fait des Espagnol.

Le roi offirit la main à Madame, dioisit avec die, poor centre d'observation, un banc couvert d'une toiture d^ mousse, sorte de dialet ébauché par le génie timide de quelque jardinier qui avait inauguré le pittoresque et la faji* taisie dans le style sévère dn Jaràinage d'alors.

Cet auvent, garni de capucines et de rosiers grimpants, recouvrait un banc sans dossier, 4e mamère que les q;)ectateurs, isolés au milieu de la peleose, voyaient et étaient w de tous côtés, mais ne pouvaient êU'e entendus sans voir eux-mêmes ceux qui se fussent approchés pomr entendre.

De ce siège, sor lequel les deux iméressés se placer enl, ie roi fit un signe d'encouragement aux cba^setrs; puis, eomme s'il eût disserté avec Madame «ur le papillon traversé d'une épingle d'or et fixé à son chapeau.

— Ne sommes-nous pas bien ici pour cansert ^S^.

— Oui, sire, cir j'avais besoin d'dire euf^eoûém de vo» seul et vue de tout te monde.

•— Et mdanssi, dit Louis.

— Mon billet vous a sœpris T

— Épouvanté! Mais ce que j'ai à vous ^e est plus importaot.

— Oh! non pas. Sa?r«i-voas que Monstemrmfa fermé sa porte?

'- A vous ! et pourqwiî ^ Ne le devinez-vous pas?

— Ah ! Madame ! mais alors nous avions tous les deux la même chose à now dire?

— Que vous esv41 donc anrivé, à vous?

— Vous voûtez que je ci^amence?

— Oui. Moi, j'ai tout dit.

— A mon tour, alors. Sachez qu^e« arrivant j'ai trouvé mi mère, gui m'a entraîné chez elle.

LE YICOIITfi B£ BRAGELONNE. IH

— Oh! la reine n^re! fit Midame sljw inqmétiiâe^ e^csl sérieux. •

— Je le crois bien. Voici ce qu'elle m!» dit.. Mais, dV bord, pennetteE-moâ nnpiéamilMiie.

— Parlez, sire.

— Esince queMonsieoTTOOiaimsis parlé de moi?

— Souvent

^ Est-ee que Mensieur t<ou8 a jamaiB parié de sa jalousie?

— Oii ! plus soTavent encore^

— A mon égard ?

—Non pas, nuasà fégai^...

— Oui, je sais, de Bockingluun, de Goiche,

— Précisément.

— Eh bien. Madame, Tottà foe Monsieur s'avise à présent «Tètie îaloux de moi.

— \oyez! répli(}ua en soiviant malieieiisemeiit la prâe-

— Enfin, ce me send)le, noos n'avons jamais donné lieo^ -Jamais! moi, du moins... Mais comment avez-vous su

la jalousie de Monsieur?

— Ma mère m'a représenté qtm Monsieiar était entré chez eue comme un furieux, qu'il avait exhalé mille plaintes contre Totre... Pardonnez-moi...

— Dites, dites.

— Sur votre eofuetteorie. Il paraît que Monsieur se mêle aussi d'injustice.

—Vous êtes bien bon, sire.

— Ma mère Ta rassuré; bkûb fi a prétendu qu*on le rassurait trop souvent et qu'il ne voulait phis l'être.

— N'eût-il pas mieux lait de ne pas s'inquiéter du tout?

— C'est ce que j'ai dit.

— Avouez, sire, que le monde est Men méchant. Quoi! un frère, une sœur ne peuvent causer ensemble, se plaire dans la société l'un de Tautre sans donner Ueu à des ecNmmentaires, àdes soupçons? Car enfin, sire, nous ne Êdsons pas mal, nous n'avons msille envie de faire mal.

Et elle regardait le roi de cet œil fier et provocaleur q^â. ahune les flanunes du déshr chez les plus froids et les plus sages.

— Non, c'est vrai, soupira Louis.

«- Savez-vous bien, sire« que, li cela continuait, je serais

forcée de faire on éclat? Voyons, jagez notre conduite : estelle on n*e3t-elle pas régulière?

— Oh! certes, elle est régulière.

— Seuls souvent, car nous nous plaisons aux mêmes choses, nous pourrions nous égarer aux mauvaises ; l'avons^ nous fait?... Pour moi vous êtes un frère, rien de plus.

Le roi fronça le sourcil. Elle continua.

— Votre main, qui rencontre souvent la mienne, ne me produit pas ces tressaillements, cette émotion... que des amants, par exemple...

— Oh ! assez, assez, je vous en conjure ! dit le roi au supplice. Vous êtes impitoy^lo et vous me ferez mourir.

— Quoi donc?

— Enfin... vous dites clairement que vous n'éprouvez rien auprès de moi.

— Oh ! sire... je ne dis pas cela... mon affection...

— Henriette... assez... je vous le demande encore... Si vous me croyez de marbre comme vous, détrompez-vous.

— Je ne vous comprends pas.

— C'est bien, soupira le roi en baissant les yeux. Ainsi nos rencontres... nos serrements de mains... nos regards échangés... Pardon, pardon... Oui, vous avez raison, et je sais ce que vous voulez dire.

Il cacha sa tête dans ses mains.

^ Prenez garde, sire, dit vivement Madame, voici que H. de Saint-Aignan vous regarde.

— C'est vrai! s'écria Louis en fureur; jamais l'ombre de b liberté, jamais de sincérité dans les relations... On croit trouver un ami, l'on n'a qu'un espion... une amie, l'on n'a qu'une... sœur.

Madame se tut, elle baissa les yeux.

— Monsieur est jaloux! murmura-t-elle avec un accent dont rien ne saurait rendre la douceur et le charme.

— Oh! s'écria soudain le roi, vous avez raison.

— Vous voyez bien, fit-elle en le regardant de manière à mi brûler le cœur, vous êtes Ubre; on ne vous soupçonne pas; on n'empoisonne pas toute la joie de votre maison.

— Hélas! vous ne savez encore rien : c'est que la reine est jalouse.

— Marie-Thérèse?

— Jusqu'à la folie. Cette jalousie de Monsieur est née de

la sienne; elle pleurait, elle se plaignait à mamère^ elle nons reprochait ces parties de bains à douces pour moi. — Pour moi^ fit le regard de Bfadame.

— Tout à COUP; Monsieur^ aux écoutes*^ surprit le mot 6ano5; que prononçait la reine avec amertume; cela réclaira. n entra effaré^ se mêla aux entretiens et querella ma mère si âprement; qu'elle dut ftdr sa préseuce; en sorte que vous ayez affaire à un mari jaloux^ et que je vais voi^ se dresser devant moi perpétuellement^ inexorablement, le spectre de la jalousie aux yeux gonflés^ aux joues amaigries, à la bouche sinistre.

*- Pauvre roi! murmura Madame en laissant sa main effleurer celle de Louis.

n retint cette main, et, pour la serrer sans donner d'ombrage aux spectateurs qui ne cherchaient pas si bien les papillons qu'ils ne cherchassent aussi les nouvelles et à comprendre quelque mystère dans l'entretien du roi et de Madame, L.ouis rapprocha de sa belle-sœur le papillon expi* rant: tous deux se penchèrent conune pour compter les mille yeux de ses ailes ou les grains de leur poussière d'or. Seulement; ni l'un ni l'autre ne parla; leurs cheveux se touchaient, leur haleine se mêlait^ leurs mains brûlaient f une dans l'autre.

Cinq minutes s'écoulèrent ain^.

CE QUB L*OIf PREND EN CHASSAITT AUX PAPnXONS.

Les deux jeunes gens restèrent un instant la tète inclinée sous cette double pensée d'amour naissant qui fait naître tant de fleurs dans le» imaginations de vingt ans.

Madame Henriette regardait Louis de côté. C'étadt une de ces natures bien organisées qui savent à la fois regarder en cDes^êmea et dansles autres. Elle voyait l'amour au fond

l^i LE VICOMTE D£ BRAGELONNE.

da cœur de Louis^ comine un ploug^ir habile voit une perle au fond de la mer»

Elle comprit que Lovki élàkL dans rbéâtation^ sinon dans le doute> et qu'il fallait poussa en avant ce cceur paresseux oatimiâe.

— Ainsi?... dit^eBe interrogisant en m^e temp* qu'elle rompait le silance.

— Que YMilez-vous ^e? demanda Louis 24[)rès avoir ^u tendu un instant.

— Je v^ix dira (pi'il ma îsaàn revenir à la résotaution que j'avais prise.

— AlaquaUeî

— A celle que j'avais déjà soumise à Yotra Majeaté.

— Qu^nd cdaî

— Le jour où noua ma» «iilkpiâini^t à propos des jali»» sies de Monsieur^

— Que me disies-i«Mis donc ee jour-là? éeimada LooSs inquiet.

— Vous ne vous en %asjtemaL pias^ sire?

*- Hélas! si c'est un malhev encore, je m'en souviendra to]]Jours assez tôt*

^ Ohl ce n'est na maUieur que pcnor moi, ^e, répondit madame Henriette ; mais c'est un malheur nécessaL e.

— Mon Dieu!

— Et je le subirai.

— Enhn^ dites, quel est ce malheur?

— L'absence !

— Oh! encore cette méchante résolution?

— Sire, croyez que je ne l'ai point prise sans lutter ^olemment contre moi-même... Sire, il me faut, croyez-moi, retourner en Angleterre.

— Oh! jamais, jamais, je ne permettrai que vous quittiez la France ! s'écria le roi.

— Et cependant^ dit Madame en affectant une douce et triste fermeté, cependant, sire, rien n'est plus urgent; et, il y a plus, je suis persuadée (pe teie est la volonté de votre mère.

— La volonté ! s'écria le rd^ Oh I eh! 6bète soeur, vous avez dit là un singulier mol devant moi.

— Mais, répondît en souriant madame Henriette, n^êles- Tçus pas heurâiz de subir les vok»lés d^e bonne mère?

LE VICOMTE DE BRAGELONNE. i5S

— Âssez^ je voua en conjure ; tous me déchirez le cxBwe.

— Moi?

— Sans doole, Yom paries de ce départ avec me Xrzskr qolllité...

-* Je ne sois pas née pour être henrense^ sire, répomffil mélancoliquement la princesse^ et j*ai pris^ toute lenne, Vba* bi^e de yoir mes plus chôrei pensées eontffsuriées.

— Dites-vous vrai? Et Totre départ eonnarfenalt-il ona pensée qoi vous soit chère?

— Si je vous rendais oni^ n*est-îl pas vrai^ sire^ qœ TOUS prendriez déjà votre mal en paliMice ?

— Cruelle!

•— Prenez f^arde^ sire^ on se nq^proeiie de nons.

I^ roi regarda autour de lui.

—Non, dit-il.

'^m, revenant à Madame:

-* Voyons, Henriette, au lieu de chercher à combattre la Jalousie de Monsieur par un départ qui me tuerait..

Henriette haussa légèrement les épaules, en lemme qui 4)ute.

— Ouï, qui me tuerait, répondit Louis. Voyons, aa lieu de TOUS arrêter à ce départ, est>ce que votre imagination... ou plutôt est-ce que votre cœur ne vous suggérerait ri«a?

— Ex qne voule^vous (gsud mon eœor me suggère, mon Ken?

— Mais enfin, dites, comment proave-t-on à quelqu'un q^*it a tort d*être jal(Hix?

— D*abord, sire, en ne lui donnant aocun motif de jalo<>sie, c*cst-à-dire en n*aimant que hii.

— Oh ! j'attendais mieux.

— Qu'attendiefr-vous?

— Que vous répondriez tout simpleaienl'qa'oB tranquilltife tes jaloux en dissimnlaol Taffeetion qpe Ton porte à i'objel 4fi leur jalousie.

— Dissimuler est difficile, sire.

— C'est pourtant par les difficultés Taioeues qu'on arriv* i tout bonheur. Quant à mœ, je veos jjure que je démentis T^ mes jaioux, sll le faut, en afllBCtant de vous traiter <;K»mme toutes les autres femmes.

— Mauvais moyen, faible moyen^. dit la jeune femme es secouant sa channaate tête.

— Vous trouvez tout mauvais^ chère Henriette^ dit Louis mécontent. Vous détruisez tout ce que je propose. Mettez donc au moins quelque chose à la place. Voyons^ cherchez. Je me fie beaucoup aux inventions des femmes. Inven' 3z à votre tour.

— Eh bien, je trouve ceci. Écoutez-vous, sire?

— Vous le demandez! Vous parlez de ma vie ou de ma mort, et vous me demandez si j'écoute !

— Eh bien, j'en juge par moi-môme. S'il s'agissait de me donner le change sur les intentions de mon mari à l'égard d'une autre femme, une chose me rassurerait par-dessus tout.

— Laquelle?

— Ce serait de voir, d'abord, qu'il ne s'oc«upe pas de cette femme.

— Eh bien, voilà précisément ce que je vous disais tout à l'heure.

— Soit. Mais je voudrais, pour être pleinement rassurée, le voir encore s'occuper d'une autre.

— Ah! je vous comprends, répondit Louis en souriant. Mais, dites-moi, chère Henriette...

— Quoi?

— Si le moyen est ingénieux, il n'est guère charitable.

— Pourquoi?

— En gtiérissant l'appréhension de la blessure dans l'esprit du jaloux, vous lui en faites une au cœur. Il n'a plus la peur, c'est vrai ; mais il a le mal, ce qui me semble bien pis.

— D'accord ; mais au moins il ne surprend pas, il ne soupçonne pas l'ennemi réel, il ne nuit pas à l'amour; il concentre toutes ses forces du côté où ses forces ne feront tort à rien ni à personne. En un mot, sire, mon système, que je m'étonne de vous voir combattre, je l'avoue, fait du mal aux jaloux, c'est vrai, mais fait du bien aux amants. Or, je vous le demande, sire, excepté vous peut-être, qui a jamais songé à plaindre les jaloux? Ne sont-ce pas des bêtes mélancoliques, toujours aussf malheureuses sans sujet qu'avec sujet; ôtez le so^&i, vous ne détruirez pas leur afOiction. Cette paladie gît dans l'imagination, et, comme toutes les maladies imaginaires, elle est incurable. Tenez, il me souvient à ce propos, très-cher sire, d'un aphorisme de mon pauvre médecin Dawley, savant et spirituel docteur, que, sans mon fïrère, qui ne peut se passer de lui, j'aurais mainte-

nant près de moi : « Lorsqae vous souffrirez de deux affections^ me disait-il^ choisissez celle qui vous gêne le moins^ je vous laisserai celle-là; car, par Dieu! disait-il, celle-là m'est souverainement utile pour que j'arrive à vous extirper rautre. »

— Bien dit, bien jugé, chère Henriette, répondit le roi en souriant.

— Oh! nous avons d'habiles gens à Londres, sire.

— Et ces habiles gens font d'adorables élèves; ce Daley, I>sffley... comment i'appelez-vous?

— Dawley.

*- Eh bien, je lui ferai pension dès demsùn pour son apho^ rlsme; vous, Henriette, commencez, je vous prie, par choisir le moindre de vos maux. Vous ne répondez pas, vous soTiriez; je devine, le moindre de vos maux, n'est^e pas, c'est votre séjour en France? Je vous laisserai ce mal-là, et, ponr débuter dans la cure de l'autre, je veux chercher dès aq/ourd'hui un sujet de divagation pour les jaloux de tout iGie qui nous persécutent.

— Chut! cette fois-d, on vient bien réellement, dit Madame.

Et elle se baissa pour cueillir une pervenche dans le gazon taouff.

On venait, en effet; car soudain se précipitèrent, par le sommet du montic ule, une foule de jeunes femmes que suivaient les cavahers; la cause de toute cette irruption était mi magnifique sphinx des vignes aux ailes supérieures semblables au plumage du chat-huant, aux ailes inférieures pareilles à des feuilles de rose.

Cette proie opime était tombée dans les filets de mademoiselle de Tonnay-Charente, qui le montrait avec fierté à ses livales, moins bonnes chercheuses qu'elle.

La reine de la chasse s'assit à vingt pas à peu près du banc où se tenaient Louis et madame Henriette, s'adossa à un magnifique chêne enlacé de tierres, et piqua le papillon sur le jonc de sa longue canne.

Mademoiselle de Tonnay-Charente était fon belle ; aussi les hommes désertèrent-ils les autres femmes pour venir, sous prétexte de lui faire compliment sur son adresse, se presser en cercle autour d'elle.

Le roi et la princesse regardaient sournoisement cette

scène eomme les ^^ectateurs d'un autre âge regardent les jeux des petits enfants.

-T^ On s'amuse là-bas^ dit le roL

•— Beaucoup^ sire; j*ai toujours reman|ué qu'on s'amusait là où étaient la jeunesse et la beauté.

— Que dites-vous de mademoisella de Toimay-Charente, Henriette? demanda le roi.

— Je dis qu*eile esl un peu blonde> répondit Madame, tombant du [Hremier cot^ sur le seul dé£am que Ton pût reprocher à la beauté presque paiifsite de la future madame ûb Montespan.

-- Un 9«a btonda^ soit; mais belku e« BM semble» malgA cela.

— Est-ce votre avis, sireT

— Mais oui

— Eb bien, alors, c'est le mtea aassf .

— Et rechercbée, vous voyez.

— Oh ! pour cela, oui : les amants voltigent Si nousjfàtsions la chasse aux amants, au lieu de faire la chasse aux pa{Hllons, voyez donc la beUe capture (;pie nous ferions autour d'elle.

— Voyons, Henriette, que diraîtron û le roi se mêlait à tous ces amants et laissait tomber son regard de ce côté? Çerait-on eneore jaloux là-bas?

~ Oh! sire, mad^oaoiseile de Tonnay-Charente est on remède bien efficace, dit Madame avec «n soupir; elle guérirait le jaloux, c'est vraij, mais eHe pourrait bien faire une Jalouse.

— Henriette! Henriette! s'écria Louis, vous m'emplissez le cœur de joie! Oui, oui, vous avez raison, mademoiselle de Tonnay-Charente est trop belle pour servir de manteau.

— Manteau de roi, dit en souriant madame Henriette f manteau de roi doit être beau.

— Me le conseillez-vous? demanda Louis.

-- Oh! moi, que vous dirai-je, sh:e, sinon que donner xnx pareil conseil serait donner des armes contre n^oi. Ce serait folie ou orgueil que vous conseiller de prendre pour héroïne d'un faux amour une femme plus belle que celle pour laquelle vous prétendez éprouver un amour vrai.

Le roi chercha la main de Madame avec la main, les yeux vtvec les yeax, puis il balbutia quelques mots si tendres, mais

en môme temps prononcés si bas, que l'historien, cpa doit toat entendre, ne les entendit point.

Puis, tout haut :

— Eh bien, dit-il^ eiiDisissei-inol roQs-méme œQe qui devra guérh* nos jaloux. A celle-là tous mes soins, toutes mes attentions ^^tout le temps qat je yde aux affairée; à celle-là, Henriette, la fleur que je cueillerai pour yous, les pensées de temàimm qoe tous ferez njAre en moi ; à celle-là le regard que je n'oserai vous adresser, et qui devrait aller vous éveiller dans votre insouciance. Mais cliolsi^e2>-la bien, de peur qu'en voulant songer à elle, de peur qu'en loi offrant h rose détaebée par sies doigts^ je ne me trosve vaincu par vous-même, et que l'œil, la main, les lèpres ne retournent sar-4e-chaii9 à tous» dût fonivers tout entier devki^ mojp^ secret.

P^odiDl ({08 ees paroleB s'édba^pstenl de la bouche du rofy conme un flot d'amour^ Madame rongisBait, palpitait, heuîense, fière, enivrée; elle ne trouva rien à répondre^ son ogueU et sa soU des hommages étaient satisfaits.

*- J'échouerai, ditrolie en relevant ses beaux yeux, mais non pas coDMfte v(ms m'en priez, car tout cet encens que vous Voulez brûler sur l'autel d'une autre déesse, ah! sire, j'en sois jalouse aussi et je veux qu'il me revienne, ^ je ne veux pas qa'H s'en égare un atome en diemin. Donc, sire, je cboiârai, avee votre royale permissioB, ee qui me paraîtra le moins capable de vous distrahre, et qjol laissera mon image Mea intacte dawotre âme.

— - Heureusement, dit le roi, que votre cœur n'est pcrât mal composé, sans cela je frémirais de la menace que vous me faites; nous avons pris sur ce point nos précautions, et aatour de vous, comme aotoiir de moi, il serait difficile de T»ocmtrer un tàcheas. visage.

Pendant que le roi parlait ainsi. Madame s'était levée, avait pvcouru des yeux toute la pelouse, et, après un examen détaQlé et silencieux, appelant à elle le roi :

— Tenez, sire, dit-elle, voyez-vous sur le penchant de la coDuie , près de ce ma^tf de boiâes de neige, cette belle arriérée qui va^seule, tête baissée, bras pendants, dierchant dans les fleurs qu'dlé tade aux pieds, conune xom ceux «ai tMtt perdu leur pensée.

— MadsnoiselledetaTaUièreTfitlerxH.

— Oui.

— Oh!

— Ne vous convient-elle pas, sire?

— Mais voyez donc la pauvre enfant, elle est maigre, presque décharnée !

— Bon! suis-je grasse, moi?

— Mais elle est triste à mourir!

— Gela fera contraste avec moi, que Ton accuse d*être trop gaie.

— Mais elle boite I

— Vous croyez?

— Sans doute. Voyez donc, elle a laissé passer tout le monde de peur que sa disgrâce ne soit remarquée.

— Ëh bien, elle courra moins vite que Daphné et ne pourra pas fuir Apollon.

— Henriette ! Henriette ! fit le roi tout maussade, vous avez été justement me chercher la plus défectueuse de vos filles d'honneur.

— Oui, mais c*est une de mes filles d*honneur, notez cela. .

— Sans doute. Que voulez-vous dire?

— Je veux dire que, pour visiter cette divinité nouvelle, vous ne pourrez vous dispenser de venir chez moi, et qae, la décence interdisant à votre flamme d'entretenir particulièrement la déesse, vous serez contraint de la voir à mon cercle, de me parler en lui parlant Je veux dire, enfin, que les jaloux auront tort s'ils croient que vous venez chez moi pour moi, puisque vous y viendrez pour mademoiselle de La Vallière.

— Qui boite.

— A peine.

— Qui n'ouvre jamais la bouche.

— Mais qui, quand elle l'ouvre, montre des dents charmantes.

— Qui peut servir de modèle aux ostéologistesr

— Votre faveur l'engraissera.

— Henriette!

— Enfin, vous m'avez lusse maîtresse?

— Hélas ! oui.

— Eh bien, c'est mon choix; je vous f impose. Subissez-le.

— Oh! je subirais une des Furies, si vous me l'imposiex.

— La Vallière est douce connue un agneau; ne craignes

LE VICOMTE DE BRAGELONNE. m

pas qu'elle vous contredise jamais quand tous lui direz que vous Taimez.

Et Madame se mit à rire. •

— Oh ! vous n'avez pas peur que je lui en dise trop, n'est-c« pas?

— C'était dans mon droit.

— Soit.

— - C'est donc un traité fait?

— Signé.

— Vous me conserverez unaamitié de frère, une assiduité de frère, une galanterie de roi, n'est-ce pas?

— Je vous conserverai un cœur qui n'a déjà plus l'habitode de battre qu'à votre commandement.

— Eh bien, voye3&-vous l'avenir assuré de cette façon?

— le l'espère.

— Votre mère cessera-t-elle de me regarder en ennemie f -Oui.

— Man^Thérèse cesserart-elle de parler en espagnol devant Monsieur, qui a horreur de colloques faits en langue étrangère, parce qu'il croit toujours qu'on l'y maltraite ?

— Hélas ! a-t-il tort? murmura le roi tendrement.

— Et pour terminer, fit la princesse, accusera-t-on encore le roi de songer à des affections illégitimes, quand il est vrai que nous Réprouvons rien l'un pour l'autre, si ce n'est des sympathies pures de toute arrière-pensée?

— Oui, oui, balbutia le roi. Mais on dira encore autre chose.

— Et que dira-t-on, sire? En vérité, nous ne serons donc jamais en repos?

— On dira, continua le roi, que j'ai bien mauvais goût; mais qu'est-ce que mon amour-propre auprès de votre tranquillité?

— De mon honneur, sire, et de celui de notre famille, voolez-vous dire. D'ailleurs, croyez-moi, ne vous hâtez point ainsi de vous piquer contre La Vallière ; elle boite, c'est vrai, mais elle ne manque pas d'un certain bon sens. Tout ce que le roi touche, d'ailleurs, se convertit en or.

— Enfin, Madame, soyez certaine d'une chose, c'est que Je vous suis encore reconnaissant; vous pouviez me faire payer plus cher encore votre séjour en France.

*- Sire^ on vient à nous.

— Eh bien?

— Un dernier mot.

— Lequel?

— Vous êtes prudent et sage, sire, maû c'est ici qu'il faudra appeler à votre secours toute yotre prudence, toute votre

— Oh! s'écria Louis en riant, je commence dès ce soir à jouer mon rôle, et vous verrez si j'ai de la vocation pour re« présenter les bergers. Nous avons grande promenade daas la forêt après le goùt^^ pais bous avon» soup^ et kei\^ à dix heures.

— Je le sais bien.

— Or, ma flamme va ce sosr même édater plus faaot (pe les feux d'artifice, bntier pteks daîrement que les lampioas de notre ami Colbert; cela resplendira de telle sorte^ <pe les raines et Monsieur en auront les yeox teûlés

— Prenez garde, sire, prenez garde!

— Eh! mon I^ieu^ (pi'^â-je doac faît?

— Voilà que je vais r«rtr«r mes ccHupIîments de tout à l'heure... Vous, prodest! vous sage! ai-je dit... Mais voos débutez par d'ab(^ainablâsloËesl Est-ce qu'une pas^on s'ailume ainsi, comme une torche, ea une seconde? Est-ce que, sans préparation aneone, un roi fait comme vous tonbe aux pieds d'une ÛUe comme La VsdBère?

— Oh! Henriette! Henriette] Henriette! je vous y prends!... Ncms n'avons pas encore commencé la campagne et vous me pillez !

— Non, maïs je vous rappelle snx idées saines. Allumez progressivement votre flamme, au lieu de la faire éclater ainsi tout à coup» Jupiter tonne et fait briller l'édair avant d'incendie les paius. Toute, diûse a son prélude. Si vous vous échauffez ainsi, nul ne vous croira épris, et tout la monde vous croira fou. A moins Unttefois qu'on ne vous devine. Les gens sont moins sots parfois (p'ils n'en ont Tair.

Le roi fut obligé de convenir (peMadscme était im ange d& savoir et un diable d'esprit.

Il s'inclina.

— Eh bien, soit, dit-il, je nuniBerai mon plan d'attaque; les généraux, mon cousn de Gondé, par exemple, pâlissent sur leurs cartes stirat^iques avant die faire mouvoir un seul de ces pions qu'on appelle des corps d'armée; moi, je veux

LE TliCOJil» JIC IftAGELONNE. i$9

dresser tout un piaa d'attaque. Yoos savez que le Tendre est subdivisé en loules sartes et dreonscnf^tiem. Ek Imn, y» m'arrétend an Tirage éb Petite-Soins, aa hameau de BiMets- Doux> avant de prendre la route de Visible-Amour; le (Àemin est tom tnaoé, vois le sar^z^ et cette pairvre mademoiselle de Seudéry ne me pardoBAerait point de brûler ainsi les étapes.

— Noctt voilà ffevenus en boa chtaim,' sire. Maùntenaat, vous plsâÊrià que noua noss séparions?.

•^ Hélas! il le faut biea; car, tenez, oa nous s^iare.

— ^i dit isadane Hencîette^ en eieft, voilà fu*Ott nous jpp(»rte le ^hinx de ma^moisette de TenBay-ClureiUe^avee l^ sons de trompe eannge cbez les graads veneurs.

— G*est donc bien entendu : ce soir, pendant la prom» lâde, je me glisserai dans la iorèt, et ireuvant La Vatlièro sans vous...

—Je réloignerai. Gela me regarde.

— Très-bien] Je raèoràeni au miAlea de ses eompagneSy etlanc^rai le preoâer trait

— Soyez adroit, dit Madame en riant, ne mancpiez pas i# cœur.

Et la princesse prit congé du roi pour aller au-<ievant de la troupe joyease, qnt aecouraJl avec force céréxionies et fanges de cbasse entonnées par toutes les boudies»

V» Btfl'BT «ES flAmewfc

Après la ccflatioB, qui «ait »eu vers cinq heures, le roi ^nira dans son calnnet, où Tattendaient les taUleurs.

n s*agissaU d'essayer enfin ce fameux habit du Printemps qui avait coûté tant d'imagination, tant d'efforts de pensée anx dessmaieaffB etaox ontâDoentistes de la cour.

Qoant au baUeihi^âtte» tout le monde savait son pa* et

pouvait figurer. Le roi avait résolu d'en faire l'objet d*UTie surprise. Aussi à peine eut-il terminé sa conférence et fut-il rentré chez lui^ qu'il manda ses deux maîtres de cérémonies, Villeroy et Saint-Aignan.

■ Tous deux lui répondirent qu'on n'attendait que son ordre, et qu'on était prêt à commencer; mais cet ordre, pour qu'il le donnât, il fallait du beau temps et une nuit propice.

Le roi ouvrit sa fenêtre; la poudre d'or du soir tombait à l'horizon par les déchirures du bois, blanche comme une neige, la lune se dessinait déjà au ciel.

Pas un pli sur la surface des eaux vertes; les cygnes euxmêmes, reposant sur leurs ailes fermées comme des navires à l'ancre, semblaient se pénétrer de la chaleur de Fair, de la fraîcheur de l'eau, et du silence d'une admirable soirée.

Le roi, ayant vu toutes ces choses, contemplé ce magnifique tableau, donna l'ordre que demandaient MM. de Villeroy et de Saint-Aignan.

Pour que cet ordre fût exécuté royalement, une dernière question était nécessaire; Louis XIV la posa à ces deux gentilshommes.

La question avait quatre mots :

— Avez-vous de l'argent?

— Sire, répondit Saint-Aignan, nous nous sommes entendus avec M. Colbert.

— Ah! fort bien.

— Oui, sire, et M. Colbert a dit qu'il serait auprès de Votre Majesté aussitôt que Votre Majesté manifesterait l'intention de donner suite aux fêtes dont elle a donné le programme.

— Qu'il vienne alors.

Comme si Colbert eût écouté aux portes pour se maintenir au courant de la conversation, il entra dès que le roi eut prononcé son nom devant les deux courtisans.

— Ah ! fort bien, monsieur Colbert, dit Sa Majesté. A vos postes donc. Messieurs!

Saint-Aignan et Villeroy prirent congé.

Le roi s'assit dans un fauteuil près de la fenêtre.

— Je danse ce soir moç ballet, monsieur Colbert, dit-il.

— Alors, sire, c'est demain que je paye les notes?

— Comment cela?

— J'ai promis aux fournisseurs de solder leurs comptes la lendemain du jour où le ballet aurait eu lieu.

— Soit, monsieur Cc^bert, vous avez promis, payez.

— Très-bien, sire; mais, pour payer, comme disait M. da Lesdiguières, il faut de Targent.

>- Quoi! les quatre millions promis par M. Fouquet n'ont- Os donc pas été remis? J*avais oublié de vous en demander compte.

^ Sire, ils étaient chez Votre Majesté à Theure dite*

— Eh bien?

— . Eh bien, sire, les verres de couleur, les feux d'artifice, les violons et les cuisiniers ont mangé quatre millions en huit jours.

— Entièrement?

— Jusqu'au dernier sou. Chaque fois que Votre Majesté a . ordonné d'illuminer les bords du grand canal, cela a brûlé imant d'huile qu'il y a d'eâu dans les bassins.

— Bien, bien, monsieur Colbert, Enfin, vous n'avez plus

— Oh! je n'en ai plus, mais M. Fouquet en a.

Et le visage de Golbert s'éclaira d'une joie sinistre.

— Que voulez-vous dire? demanda Louis.

— Sire, nous avons déjà fait donner six millions à M. Fouquet. Il les a donnés de trop bonne grâce pour n'en pas donner encore d'autres si besoin était. Besoin est aujourd'hui; donc, il faut qu'il s'exécute.

Le roi fronça le sourcil.

~ Monsieur Colbert, dit-il en accentuant le nom du finander, ce n'est point ainà que je l'entends, je ne veux pas employer contre un de mes serviteurs des moyens de pression qui le gênent et qui entravent son service. M. Fouquet a donné six millions en huit jours, c'est une somme.

Golbert pâUt.

— Cependant, fit-il. Votre Majesté ne parlait pas ce lan* gage il y a quelque temps; lorsque les nouvelles de Belle- We arrivèrent, par exemple.

— Vous avez raison, monsieur Colbert.

•^ Rien n'est changé depuis cependant, bien au contraire.

— Dans ma pensée. Monsieur, tout est changé.

— Comment, sire. Votre Majesté ne croit plus aux tentatives?

— Mes affres me regarôlent, monsieur le sous-intendant, et je vous ai déjà dit que je les faisais moi-même.

— Ators^ }e TOis ^ j*d en le ^^Ih^crr^ dît Colbert en tremb^Bt de rage aide peor^de tomber dans la dis^^âce de Votre Majesté.

— NttHement ; yoqs mfètfs, mt «oittraire, fen agréable.

— Eh! sire, dit le iBtuisIre apbc celte i^rusquerie affectée, si habile quand il s'agissait de flatter Tamour-propre de Loois, à quoi bonélre agré^leà ¥otfB ]!ia}68té si on se lui estplos utile?

— Je réserre wm senrîees foor me «ceask» raedllenre^ et^ creyes^noi, ils n'en yau^bronl qae mieux.

— Ainsi le plan de Votre Majesté en cette sJtoe?.^

— Vous avez besoin d'argent, monsieur Cofisortt

— Dis s€ft e^it mâle Hi^res^ sire.

— • VooB les prendera dans mmttoimT ipaalicuKar. Colbert s'inclina.

— Et, ajouta Loiâ^ conaie il bm posak diddle qœ^ «aigre votre économie, vous satisfassiez avec une somme aussi exiguë aux dépenses ^ je ve«x fair&> Je vais vous faire signer une cédule de trois milMoas.

Le roi prit une plume et signa ansaîlôt. PoîSyreiBieltam le pa]^^ à Colbert :

— Soyez tranquille, dil-â, le ptan «pie j'ai adopté estim plan de roi, monsieur GoltosL

Et sur ces mots, prononeés j^ec tooce kt majesté que le jeune prince savait prendre dans ees eireeifôleaKies^ il congédia Colbert pour donner audienoe «ux taiUeiiffS.

L'ordre donné par le roi était eonui dans tooit Feats^»bleau; on savait déjà fue le rcÀ esss^ait son habèt et €pe le ballet s^^it dansé le S(Hr«

Cette nouvelle couirutavee la r^^ptdité de l'édair, et sur son passage elle alluma toutes les coquetteries, tims les é^Érs, toutes les follesambitioas. *

A l'instani^même, ettcoimiiepare&ebaaleme^, tout oe^ savait tenir une aiguille, tout ee pu savait dls^nguer «& pourpoint d'avec un^bamu-de-^ehaasses^ comme dit Molière, fut convoqué pour servir d'auxiliaire aox élégants et aux dames.

Le roi eut achevé sa toilette à nmif heures; il parot dans son carrosse découvert et omé de £eiiilla^s et de fleursw

Les reines avaient pris place à une magnifique oslcade disposée, sur les bords 4e l'^smg, daae un ti^âtni d'une merveilleuse élégance.

Ea duq lieiEres^ les otmrkrs chaipen^f s avaient assemblé toutes les pièces de rapport de ce héâtre; les ts^ssiers ssrmcBi tenda leurs tapisseries, ^^ssé kms méges, et, eomme m. signal Vvme bsgiwtte d'aictaiilear^ wsâe bras, s*aidant i0s aas les anxtres aea Meu de se gèA», agrafent eoBstrmt Té- 4ifee dans ce fiem «a S(m des magiques, pendaat ^oe d^à les jrtffîders âiumîàaie»t le théâtre et le» l^ords de Tétang pv nm nombre îseaiculable de bougies.

Cmaxie le del s'étoilait «t n'avait pas un nuage, comme on n'entendait pciff vu MBffle d*air dans les grands b^, comme flUanotare elii>4nêiiffî 8*étaiS; accommodée à la fanta^ie du (rince, on avait laissé ocrr^ le fond de œ tiiéâtre. Ea sorte foe, ierrière les; premiers [^aias du décor, on apercevait pour ftni ee hessa oel vumelant d'étoiles, celte nappe d*eaa embrasée de feux qui sf y néflédûssaient, et les silhow^tes bleuâtmàe& graEftdes masses de bois aux cimes arrondies.

Qoamd le roi pantt, toifle la saMe était pleine, et j^ésenttt «B groupe âîncélaiil de pînrreries et d'w, dans lequel le Bramer re^ffd ne poavsâ âistingiier ssaxswae physionomie.

PlHi à pevi^ qtBmid tel vue s'acomtonait à tant d*éetat, les plus rares beautés apparaissaient, comme dans le cM du soir teiétoâes, une à «Bie, peureeluiqoiainmié ses yeux et qui iesronvra.

Le théâtre représeniaic un boea^; «peUpies faimes levant lectfsj^eds fourchas sautillaient çà etlà; une dryade, appa* raissant, les «Leàtait à la poursaile; d*aatreajie joignaient à elle pour la défendre, et Ton se cpiereUait en dansant.

Sonâain éervaîeni pearaître, pour Eamei^r l*ofdre et la paix, le Printemps et toute sa cour.

Les ^éncnts^ tespoinsaiocs soUiaternas^ Ae la mythologie svee lemis attributs, se prée%Htaîentsw les traces 4e lem* gracieux souverain.

Les Saisofltt, alliées du Pimliemps, veosdent à ses côtés fcHiner un quadrille, qui, sur des parc^s plus ou mténs flatteuses, entamait la danse. La musique, bauliMiSy flûtes et vio- Ih, peignait tes pfaasirs champêtre.

D^ le roi fsmaàx aa rnihen d*» tomaare d'ai^ucbssements.

11 était vêtu d'une tunique de fleurs, qui dégageait, au lieu de Talourdir, sa taille sveite et bien prise. Sa jambe, une des plus élégantes de la cour, paraissait avec avantage dans un

bas de soie couleur chair^ soie si fine et si transparente que Ton eût dit la chair elle-même.

Les plus charmants souliers de satin lilas dair^ à bouffettes de fleurs et de feuilles^ emprisonnaient son petit pied.

Le buste était en harmonie avec cette base; de beaux aheyeux ondoyants^ un air de fraîcheur rehaussé par Féclat de beaux yeux bleus qui brûlaient doucement les cœurs^ une bouche aux lèvres appétissantes^ qui daignait s'ouvrir pour sourire : tel était le prince de Tannée^ qu*on eût^ et à justa titre ce soir-là^ nommé le roi de tous les Amours.

11 y avait dans sa démarche quelque chose de la légère majesté d'un dieu. Il ne dansait pas^ il planait.

Cette entrée fit donc l'effet le plus brillant. Soudain^ comme nous l'avons dit^ on aperçut le comte de Saint-Agnan qui cherchait à s'approcher du roi ou de Madame.

La princesse^ vêtue d'une robe longue^ diaphane et légère comme les plus fines résilles que tissent les savantes BAalinoises^ le genou parfois dessiné sous les plis de la tunique^ son petit pied chaussé de soie^ s'avançait radieuse avec son cortège de bacchantes^ et touchait déjà la place qui lui était assignée pour danser.

Les applaudissements durèrent si longtemps^ que le comte eut tout le loisir de joindre le roi arrêté sur une pointe.

— Qu'y a-t-il, Ssdnt-Aignanî fit le Printemps.'

— Mon Dieu ! sire^ répliqua le courtisan tout pâle^ il y a que Votre Mii|esté n*a pas songé au pas des Fruits. .

— Si fait; il est supprimé.

— Non pas^ sire. Votre Majesté n*en a point donné l'ordre, et la musique l'a conservé.

— Voilà qui est fâcheux! murmura le roi. Ce pas n'est pas exécutable^ puisque M. de Guiche est absent. Il faudra le sxx^ primer.

— - Oh! sire^ un quart d'heure de musique sans danses^ ce sera froid à tuer le ballet.

— Mais^ comte^ alors...

— Oh ! sire^ le grand malheur n'est pas là; car^ après tom^ l'orchestre couperait encore tant bien que mal^ s'il était né* cessaire; mais...

— Mais quoi?

— C'est que M. de Guiche est ici.

— Ici? répliqua le roi en fronçant le sourcil; ici?... Vous êlessûr?..

— Tout habillé pour le ballet, sire

Le roi sentit le rouge lui monter au visage.

— Vous vous serez trompé, dit-il.

— Si peu, sire, que Votre Majesté peut regarder à sa droite. Le comte attend.

Louis se tourna vivement de ce côté; et, en effet, à sa droite, éclatant de beauté sous son babit de Vertumne, de Guiche attendait que le roi le regardât pour lui adresser la parole.

Dire la stupéfaction du roi, celle de Monsieur qui s'agita dans sa loge, dire les chuchotements, Toscillation des têtes dans la salle, dire Tétrange saisissement de Madame à la vue de son partner, c*est une tâche que nous laissons à de plus kibUes.

Le roi était resté bouche béante et regardait le comte. Celui-ci s'approcha, respectueux, courbé :

— Sire, dit-il, le plus humble serviteur de Votre Majesté vient lui faire service en ce jour, comme il a fait au jour de luuaiUe. Le roi, en manquant ce pas des Fruits, perdait la plus belle scène de son ballet. Je n'ai pas voulu qu'un semblable dommage résultât par moi, pour la beauté, l'adresse et la bonne grâce du roi; j'ai quitté mes fermiers, afin de venir en aide à mon prince.

Chacun de ces mots tombait, mesuré, harmonieux, éloquent, dans l'oreille de Louis XIV. La flatterie lui plut autant ^e le courage l'étonna. Il se contenta de répondre :

— Je ne vous avais pas dit de revenir, comte.

— Assurément, sire; mais Votre Majest^e m'avait pas dit de rester.

Leroisentait le temps courrir. La scène, en se prolongeant, pouvait tout brouiller. Une seule ombre à ce tableau le gâtait sans ressource.

Le roi, d'ailleurs, avait le cœur tout plein de bonnes idées; 11 venait de puiser dans les yeux si éloquents de Madame une inspiration nouvelle.

Ce regard de Henriette lui avait dit :

— Puisqu'on est jaloux de vous, divisez les soupçons; qui le défie de deux rivaux ne se défie d'aucun.

Madame, avec cette habile diversion, l'emporta.

Le roi sourit à de Gmche.

De Guichene comprit pas on mot au langage muet de Msh damoc Seulement^ il vit bien qu'elle affectait de ne le poii^l regarder. Sa grâce obtenue^ il ratttil)ua au cœur de la pria-. eesse. Le roi en sut gré à tout le mon^.

Monsi^/ seul ne comprit pas.

Le ballet commença; il fut splendide.

Quand les violons enleYèrenl^ par leon élans, ces il-* lustires danseurs, quand la pantonûme naïve de cette époipie, bien plus naïve encore p^ar le jeu, fort médiocre, des aa- ^stes histrions, fut parvenue à son point culminant de triomphe, la salle faillit crouler sous les applaudissements.

De Guiche brilla comme un soleil, mais comme un sc4dl! «(mrtisan qui se résigne au deuxième rôle.

Dédaigneux de ce succès, dont Madame ne lui témoignait aucune reconn^sance, il ne songea plus qu'à reconquérir bravement la préférence ostensible de la princesse.

£ge ne lui donna pas un seul regard.

Peu à peu toute sa joie, tout son brillant s'éteignirent 4ans la douleur et Tinquiétuiie : en sorte que ses jambes devinrent molles, ses bras lourds, sa tête hébétée.

Le roi, dès ce moment, M réelieuM^U le premier danseur du quadriHe.

Il jeta un regard de côté sur son rival vsâncu.

De Goiche n'était même pluseo«i^saa; ildansaUmal^sans adulation; bientôt i ne daaisa plus da toal.

Le roi et Madan» triomphèrent.

LES mwfma 00 parc de HmrâirasuEie.

Le roi demeura un instant à jouir de son triomphe, qui, nous l'avons dit, était aussi complet que possible.

Puis il se retourna vei» Madme pour l'adiËirer aussi un peu à son tour.

LE VICOMTE DE BRAGELONNE. 17é

Les jeoiMs gens aimmi^ peut-être ayec plus de TiTacité^ plus d*ardeur^ plus de passion qae les gens â*un âge mûr; mais ils cal en même iemj^ tous les autres 'senttmems développés d2fis la proportîoii de leur jeunesse et de lem* vi« gaenr^ en sorte que Tamour-propre étant presque toujours^^ dbe% evx, TéquîTaleBl de Tamour, ee dernier sentiment^ combattu par les lois de la pondération, n'atteint jamais le degré de perfection * qu'il aequîert diez lea hommes et les* femmes de trente à trente-cinq ans.

Louis pefiâàit donc à Madame, mais senlement après avoir bim pensé à luinnême, et Madame pensait beaucoup à ellemtee, peut^-êire sans penser le moins du monde au roi.

Mais la victime^ au milieu de tous ces amours et amours-^ propres royaux^ c'était de Guiehe.

kosai tout le monde put-B remarquer à la fois Tagîtation et la prostration du pauvre gentilhomme, et cette prostration, sMùoty était d'autant plus remarquable que l'on n'avait pas l'habitude de voir ses bras tomber, sa tête s'alourdh-, ses yma. perdre leur iamne. On n'était pas d'ordinah^ inquiet sur son compte quand il s'agissait d'une question d'élégance etdegoèt.

Aussi la défaite de Guiche fut-elle attribuée, par le plusgrand nombre, à son habileté de courtisan.

Mais d'antres aussi, les yeux dairvoyants sont à la cour,, mais d'autres aussi remarquèrent sa pâleur et son atonie, pâleur et atonie qu'il ne pouvait ni feindre ni cadier, et ils en coBctareat, avee raiera, que deGmehé ne jouait pas une comédie d'adulation.

Ces souffrances, ces succès, ces commentant furent env(^ loppés, confondus, perdus dans le bruit des applaudissements.

Mais, quand les reines eurent ftooigné leur satisfaction, les spectateurs leur enthousiasme; quand le ro! se fut rendu k sa loge pour changer de costume, tandis (|ue Monsieur, lu^illé en lémme, selon son habitude, dansait a son tour, de Guiche, rendu à lui-même, s'approcha de Madame, qui, aslise an fond du théâtre, {Rendait la deuxième entrée, et s'étafi fiait une solitude au milieu de la foule, comme pour méditer à l'avance ses effets chorégr^hiques.

On comprend queabsorbée par cette grave méditation, elle n* vît point ou fit semblant de ne pas voir ce qui se passait autour d'elle.

De Guiche^ la trouvant donc seule auprès d'un buisson de toile peinte^ s'approcha de Madame.

Deux de ses demoiselles d'honneur^ vêtues en Hama* dryades, voyant de Guiche s'approcher, se reculèrent par respect.

De Guiche s'avança donc au milieu du cercle et salua Son Altesse Royale.

Mais Son Altesse Royale, qu'elle eût remarqué ou non le salut, ne tourna même point la tête.

Un frisson passa dans les veines du malheureux; il ne s'attendait point à une aussi complète indifférence, lui qdi n'avaa rien vu, lui qui n'avait rien appris, lui qui, par conséquent, ne pouvait rien deviner.

Donc, voyant que son salut n'obtenait aucune réponse^ il fit un pas de plus, et, d'une voix qu'il s'efforçait, mais inutilement, de rendre calme :

— J'ai rhonneur, dit-il, de présenter mes bien humbles respects à Madame.

Cette fois Son Altesse Royale daigna tourner ses yeux languissants vers le comte.

— Ah! monsieur de Guiche, dit-elle, c'est vous; bonjour I Et elle se retourna.

La patience faillit manquer au comte.

— Votre Altesse Royale a dansé à ravir tout à l'heure^ dit-il.

-— Vous trouvez? fit négligemment Madame.

— Oui, le personnage est tout à fait celui qaï convient au caractère de Son Altesse Royale.

Madame se retourna tout à fait, et, regardant de Guidie avec son œil clair et fixe :

— Comment cela? dit-elle.

— Sans doute.

— Expliquez-vous?

— Vous représentez une divinité, belle, dédaigneuse el légère, fit41.

-— Vous voulez parler de Pomone, monsieur le comte? -— Je parle de la déesse que représente Votre .Altesse Royale.

Madame demeura un instant les lèvres crispées.

— Mais vous-même. Monsieur, dit-elle, n'êtes-vous pas aussi un danseur parfait?

— Cil! moi. Madame, je suis de cenx qu'on ne distingue point, et qu'on oublie si par basard on les a distingués.

Et sur ces paroles, accompagnées d'un de ces soupirs profonds qui font tressaillir les dernières fibres de l'être, le cœur plein d'angoisses et de palpitations, la tête en feu, l'œil vacillant, il salua, baletant, et se retira derrière le buisson de toile.

Madame, pour toute réponse, haussa légèremement les épaules.

Et connue ses dames d'bonneur s^étaient» ainsi que nous Tarons dit, retirées par discrétion durant le colloque, elle les rappela du regard.

C'étaient mesdemoiselles de Tonnay-Charente et de Montaiais.

Toutes deux, à ce signe de Madame, s'approchèrent avec

— Avez-vous entendu. Mesdemoiselles? demanda la prin-

— Quoi, Madame?

— Ce que M. le comte de Guiche a dit. —Non.

— En vérité, c'est une chose remarquable, continua la princesse avec l'accent de la compassion, combien l'exil a fatigué l'esprit de ce pauvre M. de Guiche.

Et plus haut encore, de peur que le malheureux ne perdît une parole :

— Il a mal dansé d'abord, continua-t-elle; puis, ensuite, il n'a dit que des pauvreté^.

Puis elle se leva, fredonnant Yiàr sur lequel elle allait danser.

Guiche avait tout entendu. Le trait pénétra au plus profond âe son cœur et le déchhra.

— Alors, au risque d'interrompre tout l'ordre de la fête par son dépit, il s'enfuit, mettant en lambeaux son bel habit deVertumne, et semant sur son chemin les pampres, les mûres, les feuilles d'amandier et tous les petits attributs artificiels de sa divinité.

Un quart d'heure après, il était de retour sur le théâtre. Kais il était facile de comprendre qu'il n'y avait qu'un puissant effort de la raison sur la folie qui avait pu le ramener^ ou peut-ôl», le cœur est ainsi fait, l'impossibilité même de

m LE YICOMTl? DE BRAGELONNE.

rester plus loBgtenfs éloigné de e^e qui iaî brîsaK le eoeror;

Madame aeheyait ion pas*

Elle le yH« m^ ne le regarte pdiiit; et kd^ Irrité^ furieux, M tourna le dos à so& tour liarsqu'elie paasa escortée de sea nymphes et suivie de «eut flatt^irs.

Pendant ce temps^ â Fautre bout du théâtre^ près de Té-» tang, une femme était assise, les yeux fixés sur une des tenAtre^ du théâtre.

De cette fenêtre s*échapi^ent des flots de lumière.

Cette fenêtre, c'était celre de la loge royaie.

De Guiche en quitteuit le tiiéâtre, de Guiehe en allant dlor* cSier Pair dont il avait si grand besoin, de Gi^be passa j^éfi^ de cette femme et la salua.

Elle, de son côté, en apercevant le jeune homme, s'élatt levée comme une femme snprise au miheu didées qst^Hto voudrait se cacher à elle-même.

Guiche la reconnut. H s'arrêta.

— Bonsoir, Mademoiselle! dit-il vivement

— Bonsoir, monsieur le comte!

-^ Ah ! mademoiselle de La Yallidre, continua de G^iclMi, qae je suis heureux de vous rencontrer!

— Et moi aussi, monaeur le comte, je suis heureuse de ce hasard, dit la jeune Me en fsdsant un mouvement pour se retirer.

— Oh! non! non! ne ma quitlex pas, dit de Guieiie e& étendant la main vers elle; car vous démentiriez ainn les bonnes paroles que vous venez de dire. Restez, je vous en supplie ; il fait la plus belle soirée du monde. Vous fuyez le bruit, vous ! Vous aimez voire société â vous seule, vous ! Eh bien, oui, je comprends cela; toutes les femmes qui ont dn cceur sont ainsi. Jamais on n'en verra une s'ennuyer loin do tourbillon de tous ces plaisirs bruyants! Oh ! Mademoiselle t Mademoiselle!

— Mais qu'avez-vous donc, monsieur le comte? demandai ta Vallière avec im certain effroi» Vous semblez agité.

— Moi? Non pas; non.

— Alors, monsieur de Guiche, permettez-moi de von» faire ici le remwciement que je me proposais de vous faire à la première occasion. Cest à votre protection, je le sais, qoa je dois d'avoir été admise parmi les filles d'honneur de Ibk» dame.

— Ah! oui, yralment, je m'en soaviens et je m*en félîc 'te. Mademoiselle. Aimez-vous quelqu'un, vous?

— Moi?

•^Ofa ! pardon, je ne sais ce que dis ; pardon mille fois. Madame avait raison, bien raison ; cet exil brutal a complètement bon&eversé mon esprit.

— Mais le roi vous a bien reçu, ce me semble, monsieur le comte.

— Troi»^z-J70ui?... Bien reçu... pem-étre.-. oui...

— Sans doute, bien reçu; car, ei^n, vous revenez sanscongé de bu?

— C'est vrai, et je crois ipie vous avez raison, Mademoisdie. Mais n'avez-vous point vu par ici M. le viûtHnte de nagelonne?

Li ^Callière tressiâlit à ce Bom.

«- Pourquoi cette question? demandM-eUe.

— OIî! mon Dieu! vous bksserais-je encore ? fit de Gnicbe. En ce cas, je suis bien malheureux, bien à plaindre!

— Oui, bien malheureux, Men à plaindre, monsieur de Guiciie, car vous paraissez horriblemeni souffrir.

— Oh! Mademoiselle, que n'ai-je une sœur dévouée, une amie véritable !

— Vous avez des xaâs, monsieur de Guiche, et M. le viconte de Bragelonne, dont vous parliez tout à l'heure, est. Une semble, un de ces bons amis.

«-> Oui, oui, en effet, c'est un de mes bons amis. Adieu» Midemoiselle, adieu! reeeirez teusmes respects*

Et il s'enfuit eoimne «m fon du côté de l'étang.

Son ombre noire glissait grandissante parmi les i& lumineux et les larges moires resplendissantes de l'eau.

La YaRiôre le regarda quelque temps avec compassion.

-- Oh! oui, oui, di^elle^fl sooAre et je commence à cornprendre pourquoL

EDe achevait à peine, lorsque ses conqmgnes, mesdemois^es de Montabds et die Tonnay-Charentet, accoururent.

BDes avaient fini leur service, dépouillé leurs habits de nymphes, et, joyeuses de cette belle nuit, du sueeôsde U sdrée, elles revenaient trouver leur compagne.

— Eh quoi, déjà! hil dlrent*elles. Nous croyions arriva les i^emières au rendez-vous.

— J'y suis depuis un quart d'heure, répondit La ValliOTe»

— Est-ce que la danse ne vous a point amusée? -Non.

— Et tout le spectacle?

— Non plus. En fait de spectacle, j'aime bien mieux celui de ces bois noirs au fond desquels brille çà et là une lurmière qui passe comme un œil rouge, tantôt ouvert, tantôt fermé.

— Elle est poète, cette La Vallière, dit Tonnay-Charente.

— C'est-à-dire insupportable, fit Montalais. Toutes les fois qu'il s'agit de rire un peu ou de s'amuser de quelque chose, La Vallière pleure; toutes les fois qu'il s'agit de plearer, pour nous autres femmes, chiffons perdus, amour-propre piqué, parure sans effet, La Vallière rit.

— Oh! quant à moi, je ne puis être de ce caractère, dit mademoiselle de Tonnay-Charente. Je suis femme, et femme comme on ne l'est pas; qui m'aime me flatte, qui me flatte me plaît par sa flatterie, et qui me plaît...

^ Eh bien, tu n'achèves pas? dit Montalais. , — C'est trop difficile, répliqua mademoiselle de Tonnay- Charente en riant aux éclats. Achève pour moi, toi qui as tant d'esprit.

— Et vous, Louise, dit Montalais, vous plaît-on?

— Cela ne regarde personne, dit la jeune fille en se levant du banc de mousse où elle était restée étendue pendant tout le temps qu'avait duré le ballet. Maintenant, Mesdemoiselles^ nous avons formé le projet de nous divertir cette nuit sans surveillants et sans escorte. Nous sommes trois, nous nous plaisons l'une à l'autre, il faitunten^^ superbe; regardez là-bas, voyez la lune qui monte doucement au ciel et argenté les cimes des marronniers et des chênes. Oh ! la belle promenade ! oh! la belle liberté! la belle herbe fine des bois, la belle faveur que me fait votre amitié ; prenons-nous par le bras et gagnons les grands arbres. Ils sont tous, en ce ma» ^ ment, attablés et actifs là-bas, occupés à se parer pour une promenade d'apparat; on selle les chevaux, on attelle les voitures, les mules de la reine ouïes quatre cavales blanches de Madame. Nous, gagnons vite un endroit où nul œil i^ nous devine, où nul pas ne marche dans notre pas. Vous rappelez-vous, Montalais, les bois de Chaverny et de Chambord, les peupliers sans fin de Blois? Nous avons échangé làrbas bien des espérances.

— Bien des confidences aussi.

— Oui.

— Moi, dit mademoiselle de Tonnay-Charente^ je pense beaaconp ansâ ; mais prenez garde...

— Elle ne dit rien^ fit Montalais^ de sorte que ce qae pense mademoiselle de Tonnay-Gharente^ Athénaïs seule le sait.

^ Chut ! s*écria mademoiselle de La Yallière^ j'entends des pas qui Tiennent de ce côté.

» Ëhi yite! vite! dans les roseaux^ dit Montalais; baissez-vous^ Athénaïs^ vous qui êtes si grande.

Mademoiselle de Tonnay-Gharente se baissa effectivement.

Presque aussitôt on vit^ en effets detix gentilsbommes s'avancer^ la tête inclinée^ les bras entrelacés^ et marchant sur le sable fin de l'allée parallèle au rivage.

Les femmes se firent petites^ imperceptibles.

— (Test M. de Guiche^ dit Hontalais à l'oreille de madeselle de Tonnay-Gharente.

— G'est M. de Bragelonne, dit celle-ci à l'oreille de La VaUière.

Les deux jeunes gens continuaient de s'approcher en causant d'une voi^ animée.

— G'est par ici qu'elle était tout à l'heure^ dit le comte. Si je n'avais fait que la voir^ je dirais que c'est une apparition ; mais je lui ai parlé.

— Ainsi, vous êtes sûr î

— Oui; mais peut-être aussi lui aî-je ïiût peur.

— Comment celât

— Eh ! mon Dieu ! j'étais encore fou de ce que vous savez, de sorte qu'elle n'aura rien compris à mes discours et aura pris peur.

— Oh ! dit Bragelonne, ne vous inquiétez pas, mon ami. Elle est bonne, elle excusera ; elle a de l'esprit, elle comprendra.

— Oui; mais, si elle a compris, trop bien compris...

— Après^T

— Et qu'elle parle.

— Oh! vous ne connaissez pas Louise, comte, dit Raoul. Louise a toutes les vertus, et n^a pas un seul défaut.

Et les jeunes gens passèrent là-dessus, et, comme ils s'éloignaient, leurs voix se perdirent peu à peu.

— Comment! La Vallière, dit mademoiselle de Tonnay-

tn LE YICOMTE DB BRAGELONNE.

Charente^ M. le vicomte de Bfagdenne a êà Lcmise e& psurlant de vous. Comment cela se fait-il?

•— Noos avons été ^evés ensemble^ répondit mademoiselle de La Yallière; tout enfants^ bous bous confiassions^

«^ Et puis M. de Bea^etome est ton fiaaaeé^ chacun sait cela.

«^ Ob ! je ne le sAvat» pas> moi Esl^e vral^ MadfimoiseUe?

— C'estrÀ-dire, i^on^ Louise en rcHigissant^ c'est-À^dire Que M. de BragelouEie «l'a 6ÉI rboBnenr de aie deautader ma main... mais... ^

•- Mais quoi ?

^ Maïs il parsât ^^leroL.«

--.Eh bien?

•— Que le roi ne veut pas ooseen^ àee mark^e.

•^Ëh! pourquoi k roi? et qa'«sl»ee c^ k »)it s'écria Aure avec aigreur. Le roi a-t-il donc le droit 4e se mêkr de ces choseS'là^ bon IHeut.. «La ponUiiqiu est Isl pouHUqfêâ, comme disait M. de Mazarin ; ma Tamor^ il est Tamor. y> Si éonc ta aimes M. de Erag^onne^ et^ b'û t'arme, ^useaMroaa. le vous donne mon consentement, moi.

Atiténaïs se mit à rire.

*^ Oh ! je p2»ie sérieusement, répondit Moi^lss, et mon avis en ce cas vaut bien Tavis du roi, je suppose. M'est-ee pas, Louise?

— Voyons, voyons, eee messiM» sent cernée, Mt La Vallière; profitons donc de la solitude pour tn»»i«er la prakie et BOUS jeter dâms le b(»ft.

-^ I^autsmt mieux, dit Aâiénaïs, qm voiià des lumières qui partent du château et du théâtre, et qui me font T^et de précéder quelopoe ilkii^re eompagnie.

-^ Gourons, dmnt^lles toutes trais».

Et relevant gracieusement les longs plis de leurs robes de soie, elles francfeirent lesiHnetttrespaee qui s'étenda^ ei^re l'étang et la partie la plus ombragée du parc.

Montalais, légère comme une biche; Atfaén»^, ardente comme ime jeune louve, boadiaflaâetttdans l'heiiie sè^e, et parfois un Aetéoa téméraire ô6t pu apercevoir dans la pé» nombre leur jambe pmre et hardie se dessinant wsm Véçeé^ contour des jupes de satin.

La Vallière, plus dé^eate et ph]w pudique^ laissa flatter ses

ffobes; retardée ao^i psa: la faiblesse de son pied^ efie ne tarda point à demander grâee.

Et^ demeurée en ai'rière^ elle força ses deux compagnes à Tattendre.

En ce moment, un homme, caché dans un fossé plein de jeunes pousses de saules, remonta vivement sur le talus de ce fossé et se mit à courir dans la direction du château.

Les trois femmes, de leur côté, atteignirent les lisières du parc, dont toutes les allées leur étaient connues.

De grandes allées fleuries s'élevaient autour des fossés; des barrières fermées protégeaient de ce côté les promeneurs contre Fenvahissement des chevaux et des calèches.

En effet, on entendait rouler dans le lointain, sur le sol ferme des chemins, les carrosses des reines et de Madame. Plusieurs cavaliers les suivaient avec le bruit si bien imité par les vers cadencés de Virgile.

Quelques musiques lointaines répondaient au bruit, et, quand les harmonies cessaient, le rossignol, chanteur plein tforgueil, envoyait à la compagnie qu'A sentait rassemblée sous les ombrages, les diants les plus compliqués, les plus suaves et les plus savants.

Autour du chanteur, brillaient, dans le fond noir deâ gros arbres, les yeux de quelque chat-huant sensible à Tharmonie.

De sorte que cette fête de toute la cour était aussi la fête des hôtes mystérieux des bois ; car assurément la biche écoutait dans sa fougère, le faisan sur sa branche, le renard dans son terrier.

On devinait la vie de toute cette poptdalion nocturne et favisiWe aux brusques mouvements qm s'opéraient tout à coup ùasDs les feuilles.

Alors les nymphes des bois poussaient un petit cri ; puis, rassurées à l'instant méme^ riaient et reprenaient leur marche.

Et elles arrivèrent ainsi au chêne royal, vénérable reste fttn chêne qui, dans sa jeunesse, avait entendu les soupirs êe Henri H pour la belle Diane de Poitiers, et plus tard ceux iD Henri IV pour la belle Gabrielle d'Estrées.

3oas ce chêne, les jardiniers avaient accumulé la mousse et le gazon, de telle sorte que jamais siège circulaire n'avait mieux reposé les membres fatigués d^lB roi.

Le tronc de l'arbre formait un dossier rugueux, mais su( fisamment large pour quatre personnes.

Sous les rameaux qui oblic[uaîent vers le tronc, les vohr se perdaient en filtrant vers les cieux.

CE QUI SE DISArr sous LE CHÊNE ROYAL.

Il y avait dans la douceur de l'air^ dans le silence du feuillage, un muet engagement pour ces jeunes femmes à changer tout de suite la conversation badine en une conversation plus sérieuse.

Celle même dont le caractère était le plus enjoué, Montalais, par exemple, y penchait la première.

Elle débuta par un gros soupir.

— Quelle joie, dit-elle, de nous sentir ici, libres, seules, et en droit d'être franches, surtout envers nous-mêmes !

— Oui, dit mademoiselle de Tonnay- Charente; car la cour, si brillante qu'elle soit, cache toujours un mensonge sous les plis du velours ou sous les feux des diamants.

— Moi, répliqua La Vallière, je ne mens jamais; quand je ne puis dire la vérité, je me tais.

— Vous ne serez pas longtemps en faveur, ma chère, dit Montalais; ce n'est point ici comme àBlois, où nous disions à la vieille Madame tous nos dépits et toutes nos envies. Madame avait ses jours où elle se souvenait d'avoir été jeune. Ces jours-là, quiconque causait avec Madame trouvait une amie sincère. Madame nous contait ses amours avec Monsieur, et nous, nous lui contions ses amours avec d'autres, ou du moins les bruits qu'on avait fait courir sur ses galanteries. Pauvre femme ! si innocente I elle en riait, nous aussi; où est-elle à présent?

^ Ah! Montalais, rieuse Montalais, s'écria La Vallière, voilà que tu soupires encore; les bois t'inspirent, et tu eft presque raisonnable ce soir.

LE VICOMTE DE BRAGELONNE. iSI

—Mesdemoiselles^ dit Athénaïs^Toas ne devez pas tellement regretter la conr de Blois^ que yons ne vous trouviez heorensei chez nous. Une cour^ c'est l'endroit où viennent les bommes et les femmes pour causer de choses que /es mères et les tuteurs, que les confesseurs surtout^ défendent avec sévérité. A la cour, on se dit ces choses sous pri^éKO du roi et des reines, n'est-ce pas agréable?

^ Oh! Athénais, dit Louise en rougissant

— Athénaïs est franche ce soir, dit Montalais, proûtoas-en,

— Oui, profitons-en, car on m'arracherait ce soir les plus mtîmes secrets de mon cœur.

— Ah ! si M. de Montespan é^ là, dit Montalais.

— Vous croyez que j'aime M. de Montespan ? murmura la b^e jeune fille.

— Il est beau, je suppose?

^ Oui, et ce n'est pas un mince avantage à mes yeux.

— Vous voyez bien.

— Je dirai plus, il est^ de tous les hommes qu'on voit ici, iephis beau et le plus...

—Qu'entend-on là? dit La Valliôre en faisant sur le banc de mousse un brusque mouvement •

— Quelque daim qui fuit dans les branches.

— Je n'ai peur que des hommes, dit Amenais.

— Quand ils ne ressemblent pas à M. de Montespan? •- Finissez cette raillerie... M; de Montespan est aux petits

soins pour moi ; mais cela n'engage à rien. N'avons-nous pas ici M. de Guiche qui est aux petits soins pour Madame?

— Pauvre, pauvre garçon ! dit La VaUière.

— Pourquoi pauvre?... Madame est assez belle et assez grande dame, je suppose.

La Yalliére secoua douloureusement la tête.

— Quand on aime, dit-elle, ce n'est ni la belle ni la grande tone; mes chères amies, quand on aime, ce doit être le CQBor et les yeux seuls de celui ou de celle qu*on aime.

Montalais se mit à rire bruyamment.

— Cœur, yeux, oh ! sucrerie, (fit-elle.

— Je parle pour moi, répUqua La Vallière.

-;- Nobles sentiments! dit Athénaïs d'un air protecteur^ Bttis froid.

—Ne les ave»-vous pas^ Mademoiselle ? dit Louise.

— Parfaitement, Mademoiselle; mais je continue. Com-

T. III. il

ment peut-on plalnâre nn homme qc! rend des soins à une femme comme Madame? SU y a dii^iffoportion^ c'est du côté du comte.

— Oh! non^ noa^^fitLa Vattièra^ e^Mt du eôté de Ib* dame.

— Expliqa«zwfims.

^ Je m'explique. Madame n'a fu$ même le détir de saToir ce que e'est que Tamoiir. Elle jofie aTêc et sentiment comme les enfants avee les «rtiiees dont une étincelle emlnaserait un palais. Gela hrUle^ voilà tom ce qu'il hii fwi. Or, joie et amour est le tissu dont elle vent que soit tramée sa Tie* M. de Guiche aimera eetta dasie ilkistre ; elle ne VsàsùBU pas.

Athénafô partit ^nn éclat de rire dédaigneux.

— Est-ce qu'on aime? dit-elle. Où sont vos nobles sentt* ments de tout à l'heure? La vertu d*mie femme n'est*-eUe point dans le cofvageox r^tu de toute intrigua à conséquence. Une femme bien organisée et douée d'un eœitf' généreux doit regarder las liomm^s, s'en fiire aimer, adoiar même, et dire une fois au plus dans sa vie : « Tiens I il aie semble que ; si }6 n'enssapaa été ee que Je 6nis> j'eusse moins détesté celui-là qq^ les autres. »

— Alors, s'éoria /a ¥aMièn en joignant les mtài$, voilà ce que vous prmnettei à M. de Montespant

— Eh ! certes, à lui comoie à touiaulre. Queil je vous sa dit que je loi reeommisfiais une certaifie sopérimté, et < ne suffirait pas l Ma i^re, on est femme, c'estràrdire reii dans tout le temps «ne nons donne la n^tfore pour occuper ceue royauté, de qimize i trente*oM mis. Libre à vous d'avoir du asm adirés, quand vous n'asrez j^ qpie eefat.

— Oh ! oh ! murmura La Vallière.

— Parfait ! s'écria Motiiaiiâs, vmlà une mniresse tmmB. Aâiénaïs, vous irez \(âsï !

— Ne m*approHVe«^ous pdnt?

— Oh ! des pieds et des maiiu I dit la faîllsuae.

— Vous plaisantez, n'est-ce pas, Montalais? dit Louise.

— Non, non, j'apjNroQve UM ee qœ vient de dk'e Atbéais; seulement.^

— Seulement ^soit

— Ehbiçp,ienepuis le mettre en action. J'ai les plus complets prixicipes ; je me Isiis des résolutions, près desquelles les projets du sts^ouder et ceux du roi d'Espagne

sont des Jeux û'e^îam; pms^ le jour de la mise à exécc^a, lien.

-^ Vous fstibiisseeTdft A^na» arec dédain.

— Indignement.

— Malheureuse nature^ reprit Aûiénaïs. Mais, au moins^ vous choisissez ?

— Ma foi!... ma foi, non ! Le sort se plaît à nm contrarier en tout : je rêye deg enq;)erears et je trouve des..,

— Aure ! Aureî s'écria La Valfière, par i^é, ne sacnfiez. pas, au plaisir de ^re un mot, ceux qui vous aiment d'une affection si dévouée.

— Oh ! pour cela, je m'en embarrasse peu: ceux qui m'aiment sont assez heureux que je ne les chasse point, ma. diére. Tant pis pour moi si j'ai une faiblesse; mais tant pis pour eux si je m'en venge sur eux. Ma foi> je m'en venge!

— Aure !

— Vous avez raison, ^t Aftéaaîs, et peut-être ausM ani- ▼erez-vous au môme but. Cela s'appelle être coquette, voye»vous. Mesdemoiselles. Les bommes, qui sont des sots en beaucoup de choses, le sont surtout en cellenfi, qu'il bonfcmdent sous ce mot d9 coquetterie la fierté d'une fenmie et sa variabilité. Moi, je suis fière, c'est-à-dire imprenable, je rodoie les prétendants, mais sans aucune espèce de préten- Hou à les retenir. Les hommes disent que je suis coquette,^ parce qu'ils ont l'amour-propre de croire que je les désire. D'autres fsmmes, Montalals, par exemple, se sont laissa emamer par les adulations; elles seraient perdues sans le bienheureux ressort de l'instinct qui le? pousse à changer soudain et à châtier celui dont elles acceptaient naguère l'hommage.

-- Savante dissertation! ditMontalaisdd'unton de gourmet qui se délecte.

~ Odieux ! murnmra Louise.

— Grâce à cette coquetterie, car voilà la véritable coquetterie, poursuivit mademoiselle de Tonnay-Gharente, l'amant^ bouffi d'orgueil il y a une heure, maigrit en unevminute de tonte FenAure de son amour-propre. Il prenait àéi> des am TOmqueui-s, il recule: il allait nous protéger, il se prosterne te nouveau. 11 en résulte qu'au lien d'avoir un mari jaloux^ incommode, nabitué, nous avons un amant toujours treok-

blant^ toujours convoiteux, toujours soumis^ par cette seule raison qu'il trouve , luî^ une maîtresse toujours nouYoile. Voilà, et soyez-en persuadées. Mesdemoiselles, ce que vaut la coquetterie. C'est avec cela qu'on est reine entre les femmes, quand on n'a pas reçu dç Dieu la faculté si pré* cieuse de tenir en bride son cœur et son esprit.

— 0^! que vous êtes habile! dit Montalais, et que vous comprenez bien le devoir des femmes!

— Je m'arrange un bonheur particulier, dit Âûiénaïs avec modestie; je me défends» comme tous les amoureux faibles^ contre l'oppression des plus forts.

"- La Vallière ne dit pas un ipot.

— Est-ce qu'ellane nous approuve point?

^ Moi, je ne comprends seulement pas, dit Louise. Vous parlez comme des êtres qui ne ser^ûent point appelés à vivre sur celte terre.

— Elle est jolie, votre terre! dilMontalais.

— Une terre, reprit Athénaïs, où l'homme encense h femme pour la faire tomber étourdie, où il l'insulte quand elle est tombée !

— Qui vous parie de tomber? dit Louise.

— Ah! voilà une théorie nouvelle^ ma chère; indiqueimoi, s'il vous plaît, votre moyen pour ne pas être vaincue, si vous vous laissez entraîner par l'amour?

— Oh! s'écria la jeune fille en levant au ciel ncâr ses beaux yeux humides, oh! si vous saviez ce que c'est qu'un cœur, je vous expliquerais et je vous convaincrais; un cœur aimant est plus fort que toute votre coquetterie et plus que toute votre fierté. Jamais une femme n'est aimée, je le crois, et Dieu m'entend; jamais un homme n'aime avec idolâtrie que s'il se sent aimé. Laissez aux vieillards de la comédie de se croire adorés par des coquettes. Is jeune homme s'y connaît, lui, il ne s'abuse point; s'il a pour la coquette un désir, une eflervescence, une rage^ vous voyez que je vous fais le champ libre et vaste; en un mot, la coquette peut le rendre fou, jamais, elle ne le rendra amoureux. L*amour^ voyez-vous, tel que je le conçois, 'c'est un sacrifice ineessant, absolu, entier; mais ce n'est pas le sacrifice d'une seule des deux parties unies. C'est l'abnégation complète de 4eax âmes qui veulent se Ibndre en une seule, oi j*aime jamais, je supplierai mon amant de me laisser libre

LE VICOMTE DE fiRAGELONNE. \m

et pure; je lui dirai, ce qu'il comprendra, que mon âme est déchirée par le refus que je fais; et lui! lui qui m'aimera, sentant ta douloureuse grandeur de mon sacrifice; à êon tonr il iio dévouera comme moi, il me respectera, il ua cherchera point à me faire tomber pour m*insulter quand je eerai tombée, ainsi que vous le disiez tout à l'heure en blasphémant contre Tamour que je comprends. Voilà, moi, comment j'ahne. Bfaintenant, yener me dire que mon amant me méprisera; je l'en défie, à moins qu'il ne soit le plus vil des liommes, et mon cœur m'est garant que je ne choisirai pas ces gens^là. Mon regard lui payera ses sacrifices ou lui imposera des vertus qu'il* n'eût jamais cru avoir.

— Mais, Louise, s'écria Montalais, vous nous dites cela et TOQs ne le pratiquez point!

— Que voulez-vous dire?

-Vous êtes adorée de Raoul de Bragelonne, aimée à te genoux. Le pauvre garçon est victime de votre vertu, eomme il le serait, plus qu'il ne le serait même de ma coquetterie ou de la fierté d'Athénaïs.

— Ceci est tout sûmplement une subdivision de la coquetterie, dit Athénaïs, et Mademoiselle, à ce que je vois, la pratique sans s'en douter.

-OhîfitLaVallière.

— Oui, cela s'appelle l'instinct : parfaite sensibilité, exquise recherche de sentiments, montre perpétuelle d'élans passionnés qui n'aboutissent jamais. Oh! c'est fort habile aussi tt très-efficace. J'eusse même, maintenant que j'y réfléchis, préféré cette tactique à ma fierté pour combattre les hommes, parce qu'elle offre l'avantage de faire croire parfois à la conviction; mais, dès à présent, sans passer condamnation tout à fait pour moi-même, je la déclare supérieure à la simple ^etterie de Montalais.

Les deux jeunes filles se mirent à rire.

La Vallière seule garda le silence et secoua la tête.

Pois, après un instant :

— Si vous me disiez le quart de ce que vous venez de me iire devant un bonome, fit-elle, ou même que je fusse periwadée que vous le pensez, je mourrais de honte et de dou- Iwff «or cette place.

— Eb bien, mourez, tendre petite, répondit mademoi- Celle de Tonnav-Charente: car, s'il n'y a pas d'honomes ici.

il y a au moins deux femmes^ vos amies^ cpii tous déclarent atteinte et convaincue d'être une coiiaette d'instinct^ une co- ^ùBXU naïve; c'est-à-dire la pkks dangereuse e^pèee de coquette qui existe au monde.

— Oh! Mesdemoiselles! répondit La Vallière rougissante £t près de pleurer. ,

Les deux compagnes éclatèrent de rire sur de nouveaux Irais.

-— Wn bien^ je demanderai des r^iieignements à Bragelonne.

— A Bragelonne? fît Athénaïs.

— Eh! oui, à ce grand garçon courageux comme Gésar^ fin et spirituel comme M. Fouquet, à ce pauvre garçon qui depuis douze ans te connaît, t'amae^ et qui cependant, s'il faut t'en croire, n'a jamais baisé le bout de tes doigts.

— Ëxplique^nous cette cruauté, vous la femme de cœur, dit Atiiénaïs à La Vallière.

— Je l'expliquerai par un seul mot : la vertu. Nierea&-voas la vertu, par hasard?

— Voyons, Louise^ ne mens paS;, dit Aure en lui {Nrenant la main.

— - Mais que voulez-vous donc que je vous dise? s'écdaLa Vallière.

— Ce qœ vous voudrez. Mais voua aurez beau dire, je persiste dans mon opinion sur vous. Coquette d'instinct, coquette naïve, c'estrà-dire, je l'ai dit et je le redis, la plus dangereuse de toutes le» coquettes.

— Oh! non, non, par grâce \ ne croyez pas cela.

— Comment! douze ans de rigueur absolue!

— Oh! il y a douze ans, j'en avals cinq. L'abandou d'uB enfsmt ne peut pas être comité à la jeune ôUe.

— Ëh bien, vous avez dix-sept ans^ trois sms au Ueu de douze. Depuis trois ans, vous avez été constamment et eiktièrement cruelle. Vous avez contre vous le? muets ombrages de Blois, les rendez-vous où l'on compte les étoiles, les séances noctmraes aeus les platanes, ses vingt ans parlant à vos quatorze ans, le feu de ses yeux vous parlanià Tous-même.

-«• Soit, soit; mais il en est ainsi I

— Allons donc, in^oasible !

— Maisy mon Dieu, pourqttei dooe impossibler

— Dis-nous des choses croyables, ma chère, et hous te eroîrons.

— Mais enfin^ supposez une chose.

*— Laquelle? Voyons.

— Achevez, ou nous suirposerons bien piat que vous n» voudrez.

— Supposons, alors; supposons que je croyais aimer, et que je n*aime pas.

— Ccwnment, tu n'aimes pas?

— Que voulez-vous ! si j'ai été autrement que ne sont le$ autres quand elles aiment^ c'est que je n'aime pas; c'est que mon heure n'est pas encore venue.

— L(Huse ! Louise ! dit Montalais, prends garde, je vais te retourner ton mol de tout à l'heure. Raoul n'est pas là, ne l'accable pas en son absence^ sois charitable, et si, en y t&gardant de bien près, tu penses ne pas l'aimer, dis4e-hii à hri-même. Pauvre garçon!

Et elle se mit à rire.

— Mademoiselle plaignait tout à l'heure M. de GuicJie, dît Athénaïs; ne pourrait-on pas trouver Teiphcation de cette indifférence pour l'un dans cette compassion pour î'aiitre.

— Accablez-moi, JHesdemoiselles, fit tristement La VaK lîêre, accablez-moi, puisque vous ne me comprenez pas.

— Oh! oh! répondit Montalais, de rhumeur, du chagrin, des larmes; nous rions, Louise, et ne sommes^pas, je t'assure, tout à fait les monstres que tu «rois; regarde Athénaïs la fière, comme on l'appelle, elle n'aime pas M. de Montespan, c'est vrai, mais ^le saraH au désespoir que M. de Montespan ne l'aimât pas... Regarde-moi, je ris de M. M»licorne, mss ce pauvre MaHcome dont je ris sait bien quand il veut faire aller ma main sur ses lèvres. Et {mis la plus âgée de nous n'a pas vingt ans... quel avenir!

— Folles ! folle» que vous êtes ! naarmura Louise.

— C'est vrai, fit Montalais, et toi seule as dit des paroles de sagesse.

— Certes !

— Accordé, réponéHt Athénaïs. Ainsi, décidément, vous n aimez pas ce pauvre M. de Bragelonne?

— Peut-être! dit Montalais; elle n'en est pas encore lésa «ûre. Mais, en tout cas, écoute, Athénaïs : si M. de Brage* ionne devient Ubre, je te donne un conseil d'amie.

i88 LE VICOMTE DE BRAGELONNE.

— Lequel?

— C'est de bien le regarder avant de te décider pour M. de Montespan.

— Oh! si vous le prenez par là, ma chère, M. de Bragelonne n'est pas le seul que Ton puisse trouver du plaisk* à regarder. Et, par exemple, M. de Guiche a bien son prix.

— Il n*a pas brillé ce soir, dit Montalais, et je sais de bonne part que Madame Ta trouvé odieux.

— Mais M, de Saint-Aignan, il a brillé, lui, et, j'en suis certaine, plus d'une de celles qui l'ont vu danser ne l'oublieront pas de sitôt. N'est-ce pas, La Vallière?

— Poui:quoi m'adressez-vous cette question, à moi? Je ne Tai pas vu, je ne le connais pas.

— Vous n'avez pas vu M. de Saint-Aignan? vous ne le connaissez pas?

— Voyons, voyons, n'affectez pas cette vertu plus farouche que nos fiertés; vous avez des yeux, n'est-ce pas?

- Excellents.

— - Alors vous avez vn tous nos danseurs ce sohr?

— Oui, à peu près.

— Voilà un à peu près bien impertinent pour eux.

— Je vous le donne pour ce qu'il est.

— Eh bien, voyons, parmi tous ces gentilshommes que vous avez à peu près vus, lequel préférez-vous?

— Oui, dit Montalais, oui, de M. de Saint-Aignan, de M. am Gtiiche, de M...

— Je ne préfère personne. Mesdemoiselles, je les trouve également bien.

— Alors dans toute cette brillante assemblée, au milieu de eette cour, la première du monde, personne ne vous a plu?

— Je ne dis pas cela.

— Parlez donc, alors. Voyons, faites-nous part de votre

— Ce n'est pas un idéaU

— Alors, cela existe?

— En vérité. Mesdemoiselles, s'écria La Vallière poussée à bout, je n'y comprends rien. Quoi! conune moi vous avez on coiur, comme moi vous avez des yeux, et vous parlez de M. de Guiche, de M, de Saint-Aignan, de M... qui sais-je? quand le roi était là.

Ces mots, jetés avec précipitation par une voix troublée, ardente, firent à Finstant même éclater aux deux côtés de la jeune fille tme exclamation dont elle eut peur.

— Le roi ! s'écrièrent à la fois Montalais et Athénaïs. ta Yallière laissa tomber sa tête dans ses deux mains.

— Ob! oui, le roi! le roi! murmura-t-elle; avez-vous donc Jamais vu quelque cbose de pareil au roit

— Vous aviez raison de dire tout à Tbeure que vous aviez des yeux excellents. Mademoiselle; car vous voyez loin, trop loin. Hélas! le roi n'est pas de ceux sur lesquels nos pauvres yeux, à nous, ont le droit de se fixer.

— Ob! c'est vrai, c'est vrai! s'écria La Vallière; il n'est pas donné à tous les yeux de regarder en face le soleil ; mais je le regarderai, moi, dussé-je en être aveuglée.

En ce moment, et comme s'il eût été causé par les paroles <pû venaient de s'écbapper de la bouche de La Vallière, un )^ de feuilles et de froissements soyeux retentit derrière le buisson voisin.

Les jeunes filles se levèrent effrayées. Elles virent distinctement remuer les feuilles, mais sans vobr l'objet qui les faisait remuer.

— Oh! un loup ou un sanglier! s'écria Montalais. Fuyons, Mesdemoiselles, fuyons !

Et les trois jeunes filles se levèrent en proie à une terreur Indicible, et s'enfuirent par la première allée qui s'offrit à elles, et ne s'arrêtèrent qu'à la lisière du bois.

Là, hors d'haleine, s^^uyées les unes aux autres, sentant matuellement palpiter leurs cœurs, elles essayèrent de se remettre, mais elles n'y réussirent qu'au bout de quelques instants. Enfin, apercevant des lumières du côté du château, elles se décidèrent à marcher vers les lumières.

La Vallière était épuisée de fatigue.

Aura et Athénaïs la soutenaient.

— Oh ! nous l'avons échappé belle, dit Montalais.

— Mesdemoiselles! Mesdemoiselles! dit La Vallière, j'ai bien peur que ce ne soit pis qu'un loup. Quant à moi, je le dis comme je le pense, j*aimerais mieux avoir couru le risque d'être dévorée toute vive par un animal féroce, que d'avoir été écoutée et entendue. Oh! folle! folle que je suis! Comment ai-je pu penser, comment ai-je pu dire de pareilles ctiosesi

t90 LE YICOMTE DE BRAGELONNE.

Et là^esïos son front plia comme la tète d'im roseau; elle senât ses jambes fléchir^ et^ tontes ses forces r^^andonnant^ elle glissa, presque inanm^, des bras de ses compagnes sur rherbederallée.

xxin

L*u(QcnéiTOK DV not.

Laissons la pauvre La YaUlère à moitié évaBOuie entre ses deux compagnes, et revenons aux environs du diéne royal.

Les trois jeunes ôUes n'avaient pas faH vingt pas en fuyant» que le bruit qui Les avait » fort éponvantées redoubla dans le feuillage.

Laforme^sedessmantplusdîstineteenécartaitles branches du massif, apparut sur la libère du b(^ ei, voyant la place vide, partit d'un éclat de rire.

Il est inutile de dire que cette forme étaU celle d*un jeune et beau gentilhomme, lequel incontinent &L signe à un aatre qui parut à son tour.

— Yh bien, «re, dit la seconde f cmne en s'avançant avec timidité, est-ce que Votse Majesté aurait fait fuir nos jeunes amoureuses?

-^ Eh! mon Dieu, oui, ditle Boi; tu pem te mMitrflC ea toute liberté, Saint-Âignan.

— Mais,sflne, prenez gsffde> vous ceroa recomio. ^ Puisque je te dis ^'elles ont lui.

^ Voilà une rencontre heureuse^ sire, eC^ si j'osais donzier un conseil à Votre Majesté^ nous devrions les pourscm«u

— Elles sont loin*

— Bah! elles se laisseraient faidlanrat r^oiêéte, surtout d elles savent quels sont ceux qui lea p<Mir»aivent»

— Gomment cela, nMNiisieur le f^T

-^ Bame ! il y aen une quî metrouvedeaon goùt^etraaM cred vous a cc»nparé au soleîL

— Raison de plus pour foa neua- deneuzsons nnrfcÉ» Saint-Aiguan. Le soleil ne se montre pas la nuit.

— Par ma foU sire. Votre Majesté n*6« pas emietise. A sa place, xnoi, je voudrais connaiitre quelles sont les deux nymphes, ««s deux dryades, les deux hanadryades qui om si bonne opinion de nous.

— Ob! je lesreooBKtoai I^iaa stuscmirlr après elles, je f en réponds.

-* Et commenl cela?

— Parbleu! à la voix. Elles sont âe la cour; ^ celle qoi parlait de moi avait une voix charmante.

~- Ah! Toilà Votre Majesté ipii se laisse influencer par la flatterie.

-- On nedirapas qoee^est la moyen qâe tu emploies, tdL

— Oh f pardon, sire, )e suis na niais*

— Voyons, viens, et cherchons où je t'ai dit.

•— Et cette passion dont tous m'avi^ Oaiteenô^^ce, ^^, Qit-^lle donc déjàoubUéel

— <^I par exemple, non. Comment Teux-tu qu'on ouUie 4fts yeux comme ceux de mademoiselie de La Valllère.

-— Oh! Fantre a une si charmante Toixl

— Laquelle?

— Celle qui aime le sod^« «- Monsieur de Saint^Aignaul

— Pardon, sire.

—D'ailleurs, je ne suis pas fâdié ^foé In croies que j*ahne autant les douces voix que les beaux yeux. Je te connais, tu es un affreux bavard, et demain je payerai la confiance que j*ai eue en toi.

— Comment cela?

— Je dis que demain4out le monde saura que j*ai des idées soreettepetiteLa Valli^;mcâs,prrads garde, Salm-'Aignan, )e n'ai confié mon secret qu'à toi, et^ si ime seule personne tt'^ parie, je sararai quia tnÉâ mon seerel.

— Oh! quelle chaleur, sure!

— N(m, mais, tu eominrends,}e neteu pas eomproinettise eette pauvre ille.

— Sire, ne craignez rien.

— Tu me promets?

— Siro, je vous eafafe ma paroto.

~ Bon! pensa le roi r^tnt en l^ntMtie, tout le moud» ÊÊKOM donain que fai couru cette nuit après La Vallière. finis, «ess aat de s'orienter :

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402 LB VICOMTE DE BRAGELONxNE.

— - Ah çà ! mais nous sommes perdus^ dit^.

— Ob ! pas bien dangereusement.

— Où va-t-on par cette porte?

— Au Rond-Poto, sire.

— Où nous nous rendions quand nous avons entendu des Toix de femmes?

— Oui, sire, et celte fin de conversation où j'ai eu Thonneur d'entendre prononcer mon nom à côté du nom de Votre Majesté.

— Tu reviens bien souvent là-dessus, Saint-Aignan.

— Que Votre Majesté me pardonne, mais je suis enchanté de savpir qu'il y t une femme occupée de moi, sans que je le sache et sans que j'aie^rien fait pour cela. Votre Majesté ne comprend pas cette satisfaction, elle dont le rang et le mérite attirent l'attention et forcent l'amour.

— Eh bien, non, Saint-Aignan, tu me croiras si tu veux, dit le roi s*appuyant familièrement sur le bras de Saint- Aignan, et prenant le chemin qu'il croyait devoir le conduire du côté du château, mais cette naïve confidence, cette préférence toute désintéressée d'une femme qui peut-être n'attirera jamais mes yeux... en un mot, le mystère de cette aventure me pique, et, en vérité, si je n'étais pas si occupé deLaVallière...

— Oh! que cela n*arrête point Votre Majesté, elle -a du twnps devant elle.

^ Comment cela?

— On dit La Vallière fort rigoureuse.

— Tu me piques, Saint-Aignan, il me tarde de la retrouver. Allons, allons.

Le roi mentait, rien au contraire ne lui tardait moins; mais il avait un rôle à jouer.

Et il se mit à marcher vivement. Saint-Aignan le suivit ea ocmservant une légère distance.

Tout àcoup,leroîs'arrêtant, le courtisan imita son exemple.

— Saint-Aignan, dit-il, n'entends-tu pas des soupirs?

— Moi?

— Oui, écoute.

-* En effet, et même des cris ce me semble.

— C'est de ceeôté, dit le roi en indiquant une direction.

— On dirait des larmes, des sanglots do femme, fit M. de Saint-Aignan.

LE VICOMTE DE BRAGELONNE. i93

— Courons!

Et le roi et le favori, prenant un petit chemin de traverse, coururent dans Therbe.

A mesure qu'ils avançaient, les cris devenaient plus distincts.

— Au secours ! au secours ! disaient deux voix. Les deux jeunes gens redoublèrent de vitesse.

Au fur et à mesure qu'ils approchaient, les soupirs deve*naient des cris.

— Au secours ! au secours ! répétait- on.

Et ces cris doublaient la rapidité de la course du roi et de son compagnon.

Tout à coup, au revers d'un fossé, sous des saules aux branches échevelées, ils aperçurent une femme à genoux tenant une autre femme évanouie.

\ quelques pas de là, ono troisième appelait au secours au nàfieu du chemin.

En apercevant les deux gentUshonunes dont elle ignorait là qualité, les cris de la femme qui appelait du secours redoih Wèrent

Le roi devança son compagnon, franchit le fossé, et se trouva auprès du groupe au moment où, par l'extrémité de l'allée qui donnait du côté du château, s'avançaient une douzaine de personnes attirées par les mêmes cris qui avaient j^ttiréle roi et M. de Saint-Aignan.

— Qu'y a-t^l donc. Mesdemoiselles? demanda Louis.

— Le roi! s'écria mademoiselle de Montalais en abandon*nant dans son étonnement la tête de La Vallière, qui tomba entièrement couchée sur le gazon.

— Oui, le roi. Mais ce n'est pas une raison pour abandonner votre compagne. Qui est-elle?

— C'est mademoiselle de La Vallière, sire.

— Mademoiselle de La Vallière!

— Qui vient de s'évanouir...

— Ah! mon Dieu, dit le roi, pauvre enfant! Et vite, vite, on chirurgien !

Mais, avec quelque empressement que le roi eût prononcé ces paroles, il n'avait pas si bien veillé sur lui-même qu'elles ne dussent paraître, ainsi que le geste qui les accompagnait, tti peu ù*oides à M. de Saint-Aignan, qui avait reçu la confiéeoce de ce grand amour ^nt le rei était atteint.

— Saînt-Aignan, continua le roî, veillez sur mademoweîle de La Vailière, je vous prie. Appeiex an chirorgien. Moî^ je cours prévenir Madame de Faccident qui vient d'arriver à sa demoiselle d'honnehr.

En effets Undis qae M. de Saint-Âignan s'occupait de ûire transporter mademoiselle de La Taltiôre au château^ le roi s'élançait en avant, heureux de trouver cette occasion âe se rapprocher de Madame et d'avoir à M parler sous on prétexte spécieux.

Heureusement, un carrosse panait; on fit arrêter le cocher, ^ les personnes qui le montaient» ayant ai^nîs l'acddent, s'empressèrent de céder la place à mademoiselle de La Vallière.

Le courant d'air provoqué par la rapidité de la conne rappela promptement la malade à l'existence.

Arrivée au château, elle pat, qaoi(pie très-£aible^ descendre du carrosse, et gagner, avec l'aide d'Athénaïs et de Montalais^ l'intérieur des af^artements.

On la fit asseoir dsms une chambre attenante aux ssdipns du rez-de-chaussée.

Ensuite, comme cet accident n'avait pas produit beaucoup d'effet sur les promeneurs, la promenade fut reprise.

Pendant ce temps, le roi avait retrouvé Madame soue un quinconce; il s'était assis près d'elle^ et son pied chercbait doucement celui de la princesse sous la chaise de celles

— Prenez garde, sire, lui dit Henriette tout bas, vous ne paraissez pas un homme indifférent

— Hélas ! répondit Louis XIV sur le même diapason^ fm bien peur que nous n'ayons lait une convention ai^dessus de nos forces.

Puis, tout haut :

— Savez-vous l'accident? dit-il.

— Quel accident?

— Oh ! mon Dieu ! en vous voyaat, j'oubliais que j'étaievenu tout exprès pour vous le raconter. J'en suis pourtant afifocté douloureusement; une de vos demoiselles d'honneur^ la psor vre La Yallière, vient de perdre connaissance.

— Ah! pauvre enfant, dit tran^pûUement la priBceLje; el -& quel propos?

Puis, tout bas :

— Mais votu A*y p^sea ?tf «ire^ vous prétendez Mre

croire à one passion pour cette ÛUe^ et tous demeurez ici qoand elle se meurt là-bas.

— Ahl Madame^ Madame, dh en soupirant le roi, qae tous êtes bibû mieux cpie moi dans Totre rôle, et conune vous pensez à tout!

& il se leva.

— Madame, dit-il assez haut pour que tout le monde Tentendît, permettez que je vous quitte; mon inquiétude est grande, et je veux m'assurer par moi-même si les soins ont été donnés convenablement.

Et le roi partit pour se rendre de nouveau près de La Val* Bère^ tandis que tous les assistants oommoitaîent ce mot du loi: a Mon iaquiétiKle«l grande. »

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