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L<* corridor était sombre, en eff< i, nous l'avons .lit. La cellule du comte portail le oume'ro i)T, et, Jans l'obscurité, Camélia s'était trompée de porte et avait entr'ouvert celle du numéro 08, qui avait si légèrement tourné sur ses gonds qu'un jeune homme, debout devant la fenêtre, le Iront appuyé contre les b rreaux de îei\ n'avait pas détourné la tète. Il paraissait enseveli dans une rêverie profonde; à son aspect, Camélia n'avait pu retenir le cri (pie M. de Roscofî avait entendu.
Il y avait sans doute, dans la voix de la
jeune femme, plus que delà surprise; car la porte de la cellule une toi i fi i du
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elle était restée immobile, les mains sur son sein, dont l'agitation trahissait une violente émotion. Puis elle avait attendu un instant, soit dans l'espoir que l'habitant du numéro 98 allait rouvrir sa porte, soit pour donner aux palpitations de son cœur le temps de s'apaiser avant d'entrer chez le comte. Mais la porte resta fermée, et Camélia se décida à entrer dans la tente.
Son trouble mal apaisé avait encore augmenté, s'il est possible, la pâleur de ses joues. Mais, avec le merveilleux empire que les femmes savent exercer sur elles-mêmes, Camélia avait imposé de nouveau à ses
\)\ « M \ li \ BRUN traits le masque dé sénérité calme dont
elle se contrai ( i ire. On vient de
voir avec quel ton de sincérité naïve elle avait répondu à la question Je M. U< L'élève faisait tanneur au maître.
Maintenant, quant à dire qu'il y avait entre le détenu du numéro 98 et la belle Camélia quelques liens mystérieux dans le
passé, le moment n'est pas encore \enu.
— Eh bien! reprit M. de Roscoff, — lorsqu'il eut entendu la réponse de Camélia, — j'avais cru voir, d'après l'inflexion (le votre voix dans l<i ci i qui vous a «< ha]
quelque chose de plus que la crainte de déchirer des chiffons de mousseline.
, — Véritable propos de Tartare, mon cher comte, — dit Camélia en riant, — d'abord ces chiffons sont de mousseline des Indes, et puis croyez-vous que mon amour-propre et le vôtre eussent été flattés, si je vous avais fait une visite avec une robe en lambeaux? Il y aurait eu, certes, de quoi donner une crise nerveuse à la philosophe d'entre nous.
— Sans cette cause légitime d'un juste effroi, j'aurais cru que madame, —s'écria
M CUATBAUBAUN
le marquis de la Tournaye, — avait entrevu l'homme au masque de fer!
* — L'homme au masque de fer, — répéta la jeune femme, — avez-vous donc ici quelque prisonnier d'Etat î
— Je suis enchanté d'exciter votre curiosité, madame, -r reprit le marquis, en se frottant les mains d'un air de satisfaction profonde, — d'autant plus qu'il m'est tout à fait impossible de la satisfaire. Nous manquons du plus mince renseignement sur le mystérieux détenu, n'esl-C4 pas cher comi« :
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La figure de M. de Roscoff ainsi interrogé ne montrait pas, tant s'en faut, un contentement égal à celui que paraissait éprouver M. de la Touroaye.
— Effectivement, — dit Valmesnil, M. de Roscoff, qui sait tout, n'a pas encore été fixé sur le compte de notre voisin, et cependant sa cellule touche la sienne et la mienne aussi.
Ah ! — reprît Camélia, c'est donc le numéro 98?
— Vous l'avez dit, madame, ajouta le marquis.
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La seule indication du numéro de là
cellule avait sans doute suffisamment satis*
lait la t uriosih' dé la jeûne femme, ( ar elle n'ajouta pas un mol à son exclamation.
— Quant à nous, — reprit le marquis de la Tournaye, — nos renseignements se bornent à savoir le numéro de la cellule du prisonnier que nous avons surnomme l'homme au masque de fer.
» Nous l'avons vu arriver un soir île l'hiver dernier, quelques semaines avant l'entrée de notre cher comte lui-même, mais il était
mplrtcmcnt enveloppé d'un vaste caban
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algérien dont le capuchon était si bien rabattu sur sa figure que nul de nous ne put distinguer ses traits. Tout ce qu'il nous fut possible de deviner a sa tournure, c'est qu'il était grand et jeune, sans doute , mais ni par les gardiens , ni par le greffe nous ne pûmes rien apprendre de plus.
— J'ai ouï dire, — dit Boncourl, — que, lorsque un incarcérateur était incarcéré lui-même, il courait ici un grand risque de la vie entre les mains des détenus, et c'est peut-être un incarcérateur qui se cache.
— Non, — répondit le marquis, — l'ad-
1>I I II \ 1 I \iniUN "<»l
ministration i sagement prévu le cas, en réservant le quartier des séparés pour les misérables qui sont à leur tour victimes de la loi barbare qu'ils uni appliquée aux. autres.
» Là, sanscjueleur odieuse présence puisse
compromettre la tranquillité de la maison, ils expient dans la solitude leur inhumanité envois autrui. Le masque de 1er n'est pas dans co ras.
— Mais ne sort-il donc jamais de sa cellule ? — inl< rrompil Camélia qui i mblail prendre plus d'intéi êl a la vie ext<
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rieure du détenu qu'à son nom ou à $a qualité.
— Quand il descend prendre l'air au jardin, c'est à six heures du matin, et son caban l'enveloppe de manière à ne laisser voir que des yeux noirs et vifs, ce qui me fait dire qu'il est jeune encore, mais c'est tout ce qu'on peut distinguer en lui, et il ne parle a personne.
— Pauvre jeune homme ! — dit Camélia presque rêveuse.
— Ah ! oui , madame, — ajouta Valmes-
DI I il \ Il ai Bill N j(>5
ail avec un soupir, — il j a des hommes
dont la privation dç la liberté bl le cœur
•à mort.
l jeune femme jeta sur la belle el mé*
lancplique figure du jeune baron un regard de tendre commisération. Les fibres du le semblèrent tressaillir sons ce regard) comme une fleur flétrie sous an raj passager du soleil; mais il se trompa sur l'expression d s yeux de Camélia. Ce regard n'était que celui que la force bienveillante laisse tomber sur la faiblesse qui soufl're. Il n'exprimait rien de plus. I mrli.i était de I 'mm es dont l'àme et lt> cœur ne se prosternent que devant l'homme assez énergique pour les fouler
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aux pieds; elle était de celles qui, en amour, cherchent un maître et non un esclave. Son amour eût achevé de briser le jeune poète, comme ces coupes de cristal de Bohême, si délicates, si fragiles q u'un tressaillement de la main qui les tient aux lèvres suffit pour les faire voler en éclats.
Le comte mit fin à la conversation sur un sujet qui paraissait ne pas être de son goûl en tirant le cordon d'un timbre fixé au-dessus de l'entrée de la lente, et aussitôt le détenu qui lui servait de valet de chambre entra.
— Faites servir, — dit le comte.
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Le déjeuner ne tarda pas à être mis
sur la table par le mailre-d'hôtel du café Anglais avec autant de précision et de vitesse que si, au lieu de l'espace réduit d'une cellule de prison, il eut eu pour manœuvrer la vaste salle à manger d'un hôtel.
C'était un de ces repas à la fois substantiels et délicats, comme les riches seuls peuvent se les procurer. Nous ne ferons pas la description détaillée des mets qui le composaient, nous dirons seulement que, comme le comte en avait prévenu
ses convives, ce déjeûner était presque
un diner, et qu'il y avait de quoi satisfaire
i au
la faim ou la gourmandise de chacun d'eux.
Il y avait pour Camélia un potage à la bisque d'écrevisses dont elle raffolait aussi bien le matin que le soir, car elle était sensuelle comme toutes les femmes de son espèce, qui sont elles-mêmes un objet de sensualité et du lux^ le plus coûteux.
11 y avait, à l'intention du marquis de la Tournaye, des filets de perdreaux à la purée de gibier dont il était très friand.
Enfin, il y avait pour tout le monde ce
que le mois de septembre, I" plus favorable peut-être $e l'année, peut offrir eu pol ibier, en léguai i fruits.
Quant au Russe, pour échapper aux mets recherchés qu'il offrait à ses convives, il avait compté sur un simple jambon d'York, à la chair rose comme une grenade ouverte, reposant sur un lit de gelée iransparente.
Lefc vins à la gfoce,6H laissés à la température de fataaèsphère, répondaient di
nient au choit des mete
Tel était en gros le déjeuner qui venait d'être servi.
Un courant d'air frais tempérait la chaleur de l'appartement du comte. Assise sur le canapé, et comme affaissée dans les flots de sa robe, Camélia avait ôté son chapeau. Deux bandeaux de cheveux d'un noir d'ébène encadraient son visage dont ils faisaient ressortir tout l'éclat.
Le soleil, qui brillait derrière les stores de soie bleu de ciel, teignait de reflets transparents son visage et ses épaules, et semblait parfois jeter sur son front des
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lueurs d'azur pale que le poète comparai! à l'aigrelle bleue que la légende allume au front des génies d'Orient.
Valmesnil se disait en lui-même, en jetant à la dérobée sur Camélia des regards passionnés:
— Un ange du ciel n'est pas plus beau que cette blanche créature !
Au moment où la jeune femme portait à sa bouche la première cuillerée de son potage favori, d'une main qui, quoique assez blanche el assez potelée pour rae
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bien des femmes la lui eussent enviée , manquait peut-être un peu d'une distinction conforme à sa merveilleuse beauté', quelques accords sur le piano se firent entendre dans la cellule voisine. Une voix mâle et harmonieuse s'y mêla bientôt.
C'était un de ces chants tristes et simples comme ceux qu'on entend au crépuscule dans les campagnes quand les bœufs de labour rentrent dans leur étable, quand les sons de la clochette du troupeau se mêlent aux tintements lointains de Y Angélus du soir, c'était un de ces chants qui portent dans l'âme une mélancolie pro-
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fonde, et qui rappellent si tristement au
privumier, derrière sos lam.nix de fer, une liberté sans bornes at milieu d'horizons saus limite Mi (.' i.nt, sans Junte, «l'un de ces doux et amers souvenirs que le détenu s'enivrait.
Camélia tressaillit à celle voix; ses yeux devinrent ardents.
— Je connais cette voix — murmura Yalmesnil rêveur.
— C'est celle du masque de fer, parbleu î
s'écria M. de la Tuurnaye.
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Valmesnil rencontra pour la seconde fois le regard de Camélia attaché sur les siens, et ce regard le fit frisonner malgré lui; Camélia semblait vouloir une explication.