JOUI
11 y eul un moment de silence ojù l'çn n'entendit qu,e le frémissement de la portière de soie qu'agitait légèrement le courant d'air frais établi ente la fenêtre et la porte de la cellule. Le même silence régnait dans le corridor, quand tout à coup un léger bruit semblabl • à celui du frôlement d'une robe de mousseline vint se mêler au frémissement de la : au
même instant, un faible cri se lit entendre. A ce frôlement à ce cri. l'un et l'autre presque imperceptibles, on eût dit qu'un fluide magnétique venait de pénétrer (Uni
(Intérieur de la lente et y exerçait sa puissante et mystérieuse influence. Un parfum de jeunesse et de beauté sembla se répandre dans l'air comme pour faire pressentir l'approche d'une de ces femmes qui doivent apporter avec elles le trouble et le désordre dans l'existence de ceux qu'une fatale destinée a jetés sur leur passage.
Un frisson de malaise parcourut les veines des convives, la portière de la tente se souleva doucement, et précédée par une odeur embaumée, au milieu d'un flot de mousseline qui semblait bouillonner au-
DE CHATKAUBRUN 281)
tour d'elle* une jeune rerame parut, belle comme la Vénus Anadyomène sortant de
l'éi unie Manche de la nier.
Une pâleur trop mate était peut-être la seule imperfection qu'on eût pu trouver dans son délicieux visage, dont le galbe se dessinait avec une grâce enchanteresse, sous un chapeau de paille d'Italie. Mais les Meurs des champs qui l'entouraient rehaussaient si harmonieusement ses joues blanches el satinées comme les pétales du camélia, ses veux noirs brillaienl sous la q< ige <iu fron( d'un éclat si pur. «les lèi ré î
d'un rose pâle laissaienl voir dans leurgra-
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deux sourire des dents si parfaites que ce léger défaut passa inaperçu.
Tous les convives se levèrent à la fois, empressés et respectueux comme devant une reine. Une émotion invincible fit pâlir le jeune baron de Valmesnil ; le marquis delà Tnurnaye, immobile, paraissait cloué au sol, et Boncourt et Mforigny regardaient la jeune femme comme éblouis par un rayon de soleil, Boncourt reconnut Camélia.
Les épaisses moustaches noires du comte de Roscoff tressaillirent sur les lèvres, qui
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ne purent comprimer un sourire d'orgueij à l'aspecl de la sensation qu'éxc Uait h (luisante créature qu'il appelai! complai-
samnient son élève.
Ce fui rependant avec une aisance pleine de naturel qu'il lui présenta suc< rs-i\vriM'!it chacun de ses convives. «
— .le vous sais un gré infini <1 l exactitude pour une première visite, ma chère Camélia, dit le comte quand il eut (îni de présenter tout son monde, liais ditesmoi, je vous prie, quel esl l'objet imprévu qui vous a arraché le cri d«' Fauvette el
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frayée que vous avez laissé échapper tout à l'heure? Si je ne me trompe !
— Moi, mon cher comte, reprit Camélia, mentant avec la plus gracieuse effronterie, — j'ai cru avoir accroché ma robe à quelque clou de votre obscur corridor, et je n'aurai pu retenir un cri d'effroi que cependant je ne me rappelle nullement; mais, puisque vous le dites, ce cri me sera probablement échappé, c'est vraisemblable.
Nous allons dire ici en quoi la belle Camélia, que le comte avait surnommée d'après la blanche pâleur de ses joues, altérait la vérité dans sa réponse.