‹ Le vicomte de Launay: lettres parisiennesChapitre 8 sur 16 · IV · texte numérisé non relu

IV

les femmes^ elles vous feront toutes une réponse différente: ^^ Moi* je n'ai pas peur des reyenants^ mais j'ai peur dei Yoitures; je reste une heure avant de me décider à travers ser le boulevard^ et quelquefois j'y renonce. — Moi, je n'ai pas peur des voitures ; je n'ai peur que des chemins de fer. •-^ Moi, je n'ai peur que sur un balcon ; sur une montagne, j'ai le vertige. — Moi, j'ai peur des voleurs; je ne pourrais pas dormir sans une lampe dans ma chambre. -^ Moi , je n'ai peur que des morts 5 je ne peux pas traverser un cimetière sans frémir. -* Moi , j'ai peur des fous. -^ Moi , des gens ivr-es qui chantent des chœurs. — Moi, des bœufs. — Moi, des chauves-souris. ^ Moi, des araignées. — Moi, des couleuvres. -«-Moi, des ennuyeuit. — Et vous, madame, oh ! vous êtes calme, tous n'avez peur de rien? — Moi! si, j'ai peur des lâches. «^ Et moi , j'ai peur de tout ce que vous venez de nommer; -^ À la bonne heure, vons n'êtes pas une femme inconséquente, vous!

Les pompiers faisaient leur devoir, et l'ardeur du feu se compliquait de leur propre ardeur , qu'il. fallait aussi modérer. Us frappaient à coups redoublés dans un panneau du salon> c'était leur droit : la poutre voisine était embrasée , mais ils ne s'étaient pas itiformés de ce qu'il y avait derrière ce panneau. Ils frappaient , sapaient consciencieux sèment, et un magnifique tableau de Murillo s'ébranlait déjà sous leurs coups. Â cet aspect, M. de Newkierke se récrie, l'artiste s'émeut ; il jette un regard d'admiration sur le chet-d'(teUvre en péril , comme pour lui promettre assistance, puis il court demander une échelle, et bientôt, aidé du prince de Craon et de quelques^ fervents amateurs, il parvient à mettre en sûreté cette merveille sans prix. L'^action est louable; cependant il y avait, dans le zèle empressé du célèbre sculpteur, dans ces angoisses toutexcep*

tiosinellea , une intention qui n'était peut-être pM trèflflatteuse pour les assistants. Cet empressement semblait leur dire : Grillez tous^ ça m'est bien égal 9 on tous recoo^ mencera tous autres, mais on ne recommencera jamais un Murillo.

Pendant que les pompiers démolissaient le premier salon , devinez ce. qu'on faisait dans la salle du bal. ^ On dansait. Madame de Lagrenée cette voyageuse intrépide^ qui a su donner aux femmes de TAfrique et de l'Asie une si belle idée du courage des femmes européennes ^ avait, la première , proposé bravement une valse , et l'orchestre jouait une valse, avec accompagnement du sapeur obligé. Cette-musique vive et joyeuse et ces coups furieux étaient un mélange infernal que Musard aurait apprécié. Seulement^ les concertants auraient dû s'entendre; les pompiers n'avaient pas répété le matin. Us accompagnaient au hasard. — C'est insupportable, disait le jeune Charles de M.,» Je vais leur dire de frapper en mesure; moi^ ça me gêne pour valser.

Ici nous devons rendre justice à Forchestre de la ($te et proclamer que sa conduite, pendant toute cette épreuve^ a été sublime. Au milieu de ce désordre, de ce bruit, il est resté immobile dans sa vaste corbeille de fleurs ; aspirant Todeur très-désagrSable de la fumée, toussant comme tout le monde, toussant même en cadence, car à lui, on n'avait pas besoin d'aller lui dire d'aller en mesure, sans essayer un seul moment de franchir l'obstacle fleuri qui le séparait du reste des mortels. £t ils avaient d'autant plus de mérite à rester à leur place, ces courageux musiciens, qu'à cette place ils devaient avoir horriblement froid. En construis* sant tes salles de bal dans les jardins, on a, en général, peu d'égards pour les musiciens. La niçiie de l'orchestre

est ordinairement une harmonieuse glacière. Jugez alors de ce que devaient souffrir ces «malheureux. Quel supplice! Entendre crier : Au feu! et grelotter... et demeurer impassibles et pleins de dignité^ avec cette singulière perspective d'être rôtis dans une glacière!... Situation nouvelle^ unique, mais déplorable!...

Cette heure fut , selon nous , l'heure la plus charmante du bal , et jamais plus étrange coup d*œil n'enchanta des regards de poète dans un bal humain. La fumée s'était à demi dissipée^ mais un nuage léger régnait encore dans la salle; et tous ces lustres dont les mille clartés scintillaient à travers cette blanche vapeur comme des fleurs d'or brodées sur un voile blanc, ces jeunes femmes sveltes et gracieuses que le tourbillon de la valse emportait et qui fuyaient rapidement devant vous comme des ombres joyeuses, ces diamants entrsdnés par elles dans la valse, qui jetaient leur flamme en passant, furtifs et mystérieux comme des étoiles qui filent, tous ces effets mystérieux nous trans- ^poriaient dans un monde inconnu, un séjour quasi céleste, où la vie s'écoulerait oublieuse et douce dans un enchaînement de plaisirs, où Ton ne se verrait, où l'on ne se reconnaîtrait , où Ton ne s'aimerait peut-être qu'à travers un nuage d'encens. Une seule chose, hélas! détruisait Tillu- I sion : l'encens avait une forte odeur de suie, on ne pouvait douter de son origine. Quelques jeunes gens offraient de fumer un cigare pour parfumer ce faux encens , mais on n'a pas accepté leur proposition.

Oh ! que cette heure fut charmante!... Eh bien, non, ce ne fut pas la plus agréable de la soirée, le plaisir de rêver tout seul ne vaut pas celui de bien rire avec de bons amis. Et comme nous avons bien ri!... Quand tout le monde a été rassuré, quand on s'est retrouvé sain et sauf, quand

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chacun a pu se raconter ses impressions d'incendie^ quand chacun a révélé ce qu'il avait découvert dans le tumulte général^ alors il y a eu un éclair de cette bonne^ vieille et jeune gaieté française^ depuis si longtemps disparue. Ah l quel joli feuilleton on ferait avec tout ce qu'on ne veut pas vous dire!...

Et les petits fats^ qui exagéraient leurs inquiétudes pour exagérer leurs droits!...

Et les non fats^ qui se voyaient tout à ooup compromis par un effroi dénonciateur!...

« €e pauvre Lionnel^ s'écriait M. de M...> que lui est-il donc arrivé? il s'est blessé ? — Non. — D y a tant de voitures dans la cour! — Ce n'est pas ça ; je l'ai laissé dans Taiiticbambre. Pauvre garçon ! — Mais qu'est-ce qu'il faisait là? — Il était occupé à sauver quelque chose d'afireux. —Quoi? — Deux Allemandes! — Ah! » Et M. de M... accompagna cette élégie d'une si plaisante grimace^ qu'il nous fit mourir de rire.

Un autre jeune fou vient à lui : — Regarde cette femme qui est en face de nous. — Non^ je ne veux pas la regarder^ elle est trop laide. — C'est elle qui criait tout à l'heure : « Eteignez les lumières! il faut éteindre les lumières! » Pourquoi donc voulait-elle qu'on éteignit toutes les lumières^ cette femme? — Parbleu! c'est pour avoir une chance 4'être sauvée. Et chaque fois que nous passions près de celte femme^ soit hasard, soit distraction^ elle adressait à Id. de M... le plus aimable sourire^ le plus doux regard. « Je vois bien ce que tu veux^ mumurait-il entre ses dents; tu veux que je te sauve^ mais je ne te sauverai pas. » Comme nous étions là à rire, à dire ces absurdités, deux diplomates reparurent dans le bal; ils étaient probablement restés ^uidonnis dans quelque boudoir. Ce qu'il y a de certain,

c'est qu'ils n'étaient nullement au courant de la situation,

— Quelle accusation!... des diplomates? — Ça se voit. — Tien8> dit l'un^ cela sent la fumée. — Mais^ reprend l'autre^ qui est-ce dcmc qui tapote comme ça depuis un moment? m

Un de nos amis les prend par la main et les conduit Tcrs la brèche faite dans le mur par les poùipiers ; ils examinent attentivement les débris épars^ les tapis brûlés^ le baquet rempli d'eau^ les haches^ les pompiers^ tous ces objets constatant le sinistre. — Ouais^ dit l'un, il y a eu le feu ! — Oui, reprend l'autre, on l'a éteint. — En vérité, messieurs, s'écria notre ami, on ne peut rien vous cacher; vous devinée tout de suite... après. Cest la nouvelle école de diplomatie.

Dans cette passagère association de rieurs, il y avait un Jeune pédant tourmenté d'un souci étrange : une seule chose l'avait troublé pendant le cours de la soirée : iL^rétendait qu'une dizaine de gens lui avaient parlé de l'incendie au féminin : C'est une véritable incendie. Si le feu avait pris dans la salle provisoire, l'incendie eût été affreuse, etc., etc.

— Des étrangers? lui disions-nous. — Non pas, des Français. — D'ailleurs, qu'est-ce que ça vous fait, -vous n'êtes pas académicien? -* Je suis officier de cavalerie. — Alors pourquoi vous fkites-vous des peines de grammaiiien? Je crois que vous vous êtes trompé, et que personne ici n'esta capaMe de faire une faute si grossière.

^^ Personne ! Attendes 1

Sur eesentrefiaites passe oBvieux don Juan^ ancien député* «— Eh bien! monsieur*^^, comment Mouvez-vous cetts^s fêtei avéz^vmis été bien ému? — Moi! oh ! non vraiment.^ Je n'en suis pas à ma p^mÂire incendie. Et ce disant, il s'en va touper «ans remordi.

liPTTKE^ PARISIENNES SU

Timtque le danger fut sérieux, M. le duc de Gallî^ra parut asaez inquiet; il a chez lui ^o tableaux^ statue»» diamants» etc.» etc.» des valeurs considérables qui pouvaient très-bien se perdre daps l'incendie^ alors même que tous ses invités auraient été sauvés heureusement : sans parler d'un jeune prince du sang très-décidé à rester là malgré tont» ce qui compliquait singulièrement sa responsabilité de maître de n^iison. On s'occupait beaucoup aussi de la Madeleine de Ganova; on se disait que ses larmes étemelles ne la préserveraient pas du feu, et Ton pensait que ce serait une fin étrange pour cette glorieuse pénitente que de périr dans une fête mondaine.

11 y eut vers trois heures du matin un moment de confusion assez plaisant : les hommes qui voulaient partir s'apercevaient alors tous à la fois que le chapeau qu'ils tenaient à la main n'était pas leur chapeau ; une fée moqueuse avait sans doute opéré ce prodige; alors une immense chasse conmiença autour de nous» et l'on enteiuUt des dialogues incompréhensibles» inouïs ; -?- Votre chapeau estril à vous? — Non. — J'ai envie de vous donner le mien» il n'est pas à moi. — l<e jeune pédant qui était près de nous» et qui ne manquait pas une occasion de faire valoir son éducar tîoD» dit : — C'est la Babel des chapeaux.

Il y avait là un monsieur que nous n'avions pas l'honneur de connaître» et*qui donnait aux pompiers d^s conseils as^ sez énergiques : — • Abattez ce pan de mur; coupez cette poutre; arrachez cette tenture. — Nous avons demandé son nom : ^ îl. Visconti. — Un architecte! Conoment n'avonsnous pas deviné cela tout de suite?

Vous le voyez» ce soir-là chacun a fait son devoir ; le maître de /a maison a multiplié les secours» la maîtresse de la maison a été mère prudente» hôtesse héroïque; le jeune

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prince a été plein de sang-fîroid et de bon goût ; M. de Bal...^ a montré une grande présence d'esprit; les jolies femmes ont été craintives et timides^ c'est leur charme; elles ont fui le danger^ c'est leur devoir; les femmes laides^ qui ordinairement font fuir^ ont fui elles-mêmes^ c'était leur tour; les pompiers ont éteint le feu^ les architectes ont fait démolir la maison^ les diplomates ont ignoré, et nous-même enfin, vous nous rendrez cette justice^ nous avons rempli consciencieusement nos devoirs d'observateur.

LETTRE III

31 février 1841.

Aecnsation douloiireiise contre les personnes vénérées. — Contre le roi. — M. le dac de Nemoois. — Alexandre Dumas et M. de Girardin.

Nous commençons ce récit avec une extrême tristesse : hélas! nous n'avons à dire aujourd'hui que des choses désagréables^ et la rigueur de la vérité est telle^ que nous sommes entraîné malgré nous à critiquer^ à blâmer sans pitié précisément les personnes que, dans nos idées, nous aimerions le plus à admirer et à respecter toujours.

Mais qui donc voudrait de nos louanges si nous les prodiguions au hasard? Qui donc serait flatté de nos admirations si nous faisions tout à coup preuve d*aveuglement, si nous laissions tranquillement passer sous nos ]feux, sans les signaler, sans crier au moins : Je les vois ! toutes les injustices cruelles, les vanités impitoyables, les fatuités exorbitantes, qui depuis trois semaines ont indigné, affligé ou amusé la société parisienne? Pour pouvoir louer avec fruit, il faut savoir blâmer avec courage!... Un historien

^u ne raconterait que les belles choses ne serait plus qu'un v-il flatteur; l'histoire fidèle est le miroir du temps^ et lé Kioiroir ne choisit pas l'image.

Et d'abord^ nous attaquerons le plus auguste de nos cou- ^ables : Sa Majesté Louis-Philippe^ roi des Français; nous ^'''accuserons tout haut de cruauté et de barbarie^ ceci n'est ^oint un pléonasme^ qu'on nous permette de nous explicjuer. Nous l'accuserons de cruauté !... Il a fait pleurer pendant deux jours une femme jeune et belle qui depuis un mois s'étudiait aux poses les plus nobles^ aux attitudes les ^lus royales^ pour avoir l'honneur de paraître un moment devant lui; ce n'est pas tout : non-seulement^ pour bien jouer le rôle difficile qu'elle avait accepté^ elle se faisait puissante et terrible^ mais encore elle se faisait vieille! oui , vieille !..« Elle a à peiné vingt-cinq ans^ et^ par dévouement, elle se donnait les apparences déplaisantes^ les airs maussades d'une mère de famille^ d'une mauvaise mère de famille qui a fait mourir tousses enfants. Se vieillir I Là était l'immensité du sacrifice^ là était l'eiTort surhumain, et même surféminin» Eh bien» grâce à l'énergie de sa volonté, à la majesté de sa démarche, à la profondeur de sa pensée, à la puissance, à l'ampleur de son talent, elle était parvenue à se créer une maturité factice, qui n'éteignait en elle aucune des splendeurs de la jeunesse, mais qui lui donnait toute l'autorité de l'expérience la plus consommée; car l'autorité, c'est une maturité. Quand le sceptre est tenu d'une main ferme, on ne s'informe pas si la main qui le tient est grande ou petite; quelle victime a jamais demandé l'âge du tyran qui la fait trembler? Donc, la fière Athalie était formidable, malgré sa jeunesse et sa gracilité i mais elle était malade aussi, et elle implorait quelques jours de repos; on n'acquiert pas en un mois le bel âge de cinquante

ans sans être im^en éprouvée. Ces quelques jours de repos lui furent refusés sans pitié. <c Une autre jouera le rôle> » dit le rdi. Ici le roi fut cruel... — Mais... sire> personne ne le sait... -7 On le lira^ reprit le roi. Ici le roi fut barbare... Lire le rôle d*Atbalie ! Athalie épelant dans un livre le récit de ce songe fatal dont le souvenir l'obsède en tous lieux! Athalie récitant ses fureurs en toiu'nant les pages d'un 11^ vre!... Racine! Tombre de ta perruque nous estapp^uru^ tout à coup au milieu des blancs nuages que nous regardions courir dans le ciel^ lorsqu'on est venu nous apprendra cette décision royale^ et nous avons compris ton indigna-* tioni Ya^ dans ce moment^ tu n'étais pas le seul alarmé f A cette nouvelle affreuse^ tous les auteurs modernes ont frémi comme toi du danger quî^ te menaçant, semblait les menacer aussi ; tous en même temps ont été frappés de visions funestes^ chacun d'eux voyait paraître devant ses yem la plus glorieuse héroïne^ une brochure^ un livre à la main. M. Lebrun^ dit-on^ vit s'avancer vers lui Bforie Stuart; elle lisait d'une voix indécise ce vers terrible qui fait trépigner d'admiration toute la salle quand mademoiselle Rachel... ne lit pas.

J'ai porté le poignard an cœur de ma rivale.

Et M. Lebrun^ épouvanté^ s'écria : Infortuné Racine!...

M. Victor Hugo^ de son côté, vit venir à lui Lucrèce Bor* gîa; elle tenait à la main un petit volume de l'éditeur Charpentier^ elle lisait la scène du souper d'une voix de collégien qui fait une lecture de réfectoire : « C'est bieii moi, messieurSji je viens vous annoncer une nouvelle : c'est que vous êtes tous (elle tournait la page), tous eoH poisonnés. » Et M. Victor Hugo lui-même, songeant au rôle d'Athalie lu de la sorte, plaignait ce pauvre Racine, et

LETTRES PAKISISHIIBS tfS

touf nous gémissions amèrement en pensant qu'un roi si rempli de sagesse^ d'esprit et de courage , un monarque érudit^ un prince travailleur^ un roi qui a lutté, qui a soufftert> et qui, dans la lutte et dans la souffrance, a connu par luiHaoême tous les labeurs de l'artiste, toutes les angoisses €ia poète, était sans pitié pour les travaux d'une jeune ar^ ^iste, sans égard pour la mémoire d'un vieux poète; et, de viotre bien faiUe voix, nous lui avons crié respectueuse^ BQcnt : « Sire, souvenez-vous que votiê êtes neveu de Louis XIY, croyez-en le plus humble et le plus obscur de Tos sujets^ ne dédaignez pas vos forces les plus vitaces ; aimez et respectes les arts, si vous voulez que votre nom flc^t glorifié dans l'avenir; avec la froide science de la politique, un ro& ne fait qu'un règne; avec Tamour des arts^ il fait un siècle I »

Heureusement^ une belle et intelligente actrice, mademoiselle Rimblot, a préservé Racine de cet outrage; elle a appris le rôle d'Athalie en quelques heures; elle ne l'a pas lu, elle l'a joué fort bien, ausii bien qu'on peut jouer un pareil rôle quand on n'a pas eu le temps de le composer et de l'approfondir. Ce rôle, il y a cinq ans que mademoiselle Rachel l'étudié. Espèrent qu'elle le jouera bientôt devant un autre roi... (il ne s'agit point d'une révolution, ra^ surez-vous)^ devant un autre roi plus indulgent pour elle : le public.

Seconde accusation de cruailté : nous ne sortons pas de la famille royale. M. le duc de Nemours a une tournure très-noble et très-distinguée, tout le monde en convienl. Il est impossible d'avoir plus que lui l'air d*un prince du sang, et moins l'air d'un prince d'opéra-comique : dignité dans le maintien^ bonne grâce dans la déïnarche, point d'affectation, point de préoccupation, c'est le bon goût naturel»

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c'est rélégance involontaire^ rien de mieux. Voilà ^ sans doute^ de grands avantages; mais faut-il faire de ces avantages le supplice de toute la cour; et^ parce qu'on a l'élégance des grands seigneurs d'autrefois, exiger des courtisans novices une étiquette incompatible avec les mœurs plus que républicaines d'aujourd'liui? A-t-on le droite parce qu'on portç fort bien l'uniforme, d'imposer à des invités pacifiques une sévérité de costume, une solennité de parures dont les habitudes laborieuses et bourgeoises font un ridicule douloureux? Soyez beau, soit; faites valoir vos avantages, bien; mais ne contraignez pas les autres à tous fair^ valoir à leurs dépens, ceci n'est pas hospitalier.

Autrefois, les gens qui allaient à la cour étaient faits pour y vivre, et nous le disons dans l'acception la plus néelle du mot : dès l'âge le plus tendre, on les dressait à l'élégance, on leur apprenait à marcher, à saluer, à tenir leur chapeau, à se préoccuper de leurs poses, à mesurar leurs pas; on les façonnait en cadence aux belles manières du monde. Les mémoires du temps ne sont rempUs que de ces mots : U était grand et bien fait, il avait fort bon air, il avait grand air; il portait bien la tête, il se présentait noblement, etc., etc. Les honmies d'alors, les hommes les plus sérieux, s'inquiétaient donc beaucoup de l'air qu'ils avaient; ils s'étudiaient à se présenter noblement, à porter îa. tête avec grâce. Aujourd'hui, nous ne nous en plaignons pas, mais nous le constatons, ce n'est pas de cela que se préoccupent les hommes, surtout ceux de la nouvelle cour; ce sont pour la plupart des gens arrivés à une belle position par eux-mêmes, par le travail, par les affaires, parles capricieuses combinaisons de la politique; ils sont sans doute beaux et charmants, mais ils n'ont pas appris à le paraître; ils ne savent point porter facilement un habit

IMréteiitieux; i'épée les tracasse^ le bas de soie les hamilie, !e reste les attriste; ils sont timides, compassés, gênés, malheureux, comme des Turcs en frac, comme des cygnes à pied, des chevaux à bord, et c'est, vous l'avouerez ^ une L^ruauté sans pareille que de forcer ces hommes graves^ d'un mérite incontestable, d'une haute intelligence, qui partout ailleurs sont admirés, honorés, écoutés, qui vous sont dévoués et fidèles, qui luttent, qui veillent, qui votent, et qui quelquefois meurent pour vous, à venir tous les quinze jours dans un palais, pour y être huit heures laids et ridicules; et cela, en présence des étrangers qui les contemplent pour leur importance et pour leur célébrité, et à la grande satisfaction.de vos ennemis, qui justement se font une arme contre vous de la vulgarité, de la rusticité de vos courtisans. Oh! de grâce, point de bal d'étiquette, mais aussi point de bal sans façon! Que nous avons Tesprit mal faiti nous n'aimons pas que l'on soit en habit habillé, et nous n'aimons pas non plus que l'on se mette en Pierrot. On nous répond que le bal du lundi gras était un tout petit bal intime. Qu'importe! on sait toujours partout ce qui se fait au château, et tous ces Pierrots, dans cette demeure royale, dont une partie est vouée à un deuil éternel, cela troublait les esprits les plus indifférents. Il est de certaines joies que doivent effaroucher de certains souvet^irs. Un grand bal costumé, à la bonne heure! c'est un bienfait pour le conunerce, cela donne du travail à beau- ^up de monde, cela fait dépenser beaucoup d'argent; mais un bal de Pierrots... cela ne fait rien dépenser du Lout, que de la farine, et ce n'est peut-être pas le mo- Oient.

Des princes aux poètes, il n^est pas besoin de transition, ^t nous attaquerons sans préambule Alexandre Dumas*

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