‹ Le Vicomte de Mirabeau (Mirabeau-Tonneau) 1754-1792 --Chapitre 40 sur 47 · Estampes de la Bibliothèque nationale · texte numérisé non relu

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LE VICOMTE GÉNÉRAL A l'aRMFE DE CONDÉ 385

— en le poussant jusqu'à la caricature — du gentilhomme de l'ancien régime. Grand buveur, grand coureur, mauvais payeur, mais brave, spirituel, joyeux compagnon. Il était si étroitement inféodé à la Religion d'état, au droit divin, aux institutions du passé, il était si prodigue de phrases sonores, où se mêlaient Dieu, le roi, l'honneur, la chevalerie que les illusions sur ses vertus naissaient tout d'abord.

Et cependant, si on fait exception du défaut de courage

— la bravoure étant, à ses yeux, l'apanage de l'homme de race — aucun vice ne lui fut étranger, mais il sut accommoder ceux qui lui étaient habituels à la mode de son temps, les abritant derrière un étendard fleurdelisé, symbole de foi religieuse et de fidélité monarchique.

Suivant les époques, d'ailleurs, la notion des choses ne se précise-t-elle pas de manière un peu dissemblable ? L'aristocrate de l'ancien régime n'avait-il pas sur l'honneur des données différentes de celles du bourgeois au temps de, Louis-Philippe ou de l'égalitaire du vingtième siècle. — Équilibrer son budget, paraître un mari fidèle, conserver, en un mot, une tenue correcte d'existence, importaient fort peu aux seigneurs coiffés de marteaux à frimas. — C'étaient là vertus de roture, et le pauvre vicomte serait fort surpris de notre sévérité à son égard.

Il mérite, en effet, un peu d'indulgence, si nous voulons faire la part de l'éducation qu'il avait reçue et des défauts qu'il avait hérités de ses ancêtres. Son orgueil de caste, surtout, l'aveuglait, l'empêchait de consentir de bonne grâce à l'évolution des sociétés, et même le rendait incapable de suivre, de comprendre les tendances de l'esprit nouveau, et de chercher à les canaliser.

11 vivait de traditions et de préjugés, et se figurait, avec la meilleure foi du monde, que la terre s'effondrerait le jour de la débâcle des vieilles institutions.

Ainsi que le lui reprochait la Gazette de Strasbourg, il

aurait souhaité « faire reculer la France jusqu'aux ténèbres du douzième siècle ». « J'aimerais vingt fois mieux, osait-il écrire, me battre à la tête de nos pires ennemis, que dans les rangs de ceux qui prétendent anéantir le clergé, la noblesse, la magistrature et tout ce qui constitue la monarchie française! »

Ces hommes d'arrière-garde sont néfastes dans la vie d'une nation.

Le député du Limousin, législateur bruyant, étourdi, rétrograde, fit plus de mal que de bien à la cause royaliste ; par ses propos inconsidérés et son intolérance, il excita ses adversaires et les poussa au delà même de leurs propres aspirations.

Sans véritable éloquence, ignorant des affaires, de la diplomatie, du droit, il lui manquait les connaissances requises pour s'imposer dans une Assemblée ; il était et resta bien le « cadet », l'enfant mal élevé, parlant à tort et à travers, toujours avec beaucoup d'esprit et avec courage, mais trop souvent sans réflexion.

Par opposition, dans la vie militaire, tous les défauts du vicomte s'estompaient — en fait de désordres et de festoicments que ne peut-on pardonner à un soldat — et il se détache alors de son caractère un ensemble de qualités précieuses d'enthousiasme, de valeur, d'endurance. Ces qualités eurent leur plus parfait épanouissement pendant la guerre d'Amérique. L'armée de l'émigration les aurait vues renaître, si le manque d'organisation ne les avaient réduites à néant.

Pour les mettre en vive lumière il fallait le danger, le bruit du canon et le cliquetis des armes, mais alors elles transformaient « cette masse de chair animée d'un courage admirable », l'auréolaient d'un panache de gloire et en faisaient un de ces êtres de légende qui, malgré leurs fautes et leurs ridicules, contribuent à orner de façon pittoresque l'histoire militaire d'un grand pays.

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