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Toutefois ces dames se calmèrent , dînèrent même as« sez gaiement, et prirent le parti de se coucher, bien assurées, du moins, que le lendemain elles seraient à KingsLon. Ce lendemain arrive, on monte sur ic pont, et tou-^
jours on se yoit en pleine mer Les mêmes plaintes
se renouvelèrent, mais cette fois avec un peu d'humeur. 1,0 capitaine^ accablé de reproches de négligence, même do défaut de connaissance des lieu:^, se rejeta encore sur les maudits courants. Mais au bout de quelques jours,
mesdames de S eurent la conviction que le navire
n'était pas dirigé sur Kingston. Ne pouvant surmonter
son effroi, madame de S aborda le capitaine en lui
disant :
— C'est affreux , monsieur, de vous jouer ainsi de la confiance de deux femmes !
1 — Ëb J3ien ! madame, oui , je mérite tous vos repro<cbes ; mais le bonheur de vous voir, de respirer le même air que mademoiselle de S,..,., me ferait encore tenir la mer pendant une année. Soyez tranquilles, vous ne man* qu^rez de rien ici ; vous serez toutes Us deux entourées da
tous les soins, et nous voguerons en paix, sans but fixe, jusqu'à ce que vous poussiez la bonté à son dernier point, en m'accordant la main de mademoiselle de S
— Capitaine Perk..., c'est odieux de votre part! c'est un véritable gucl-apens dans lequel nous sommes tombées. •
— Oui, madame, c'est affreux ; mais je ne puis agir autrement. Croyez-moi, laissez-vous fléchir.
— Jamais... Vous êtes un homme exécrable!
— Hélas ! je ne le sais que trop. Et appelant aussitôt , il s'écria : Faites voile sur Porto-Ricco.
Il n'y avait rien à faire; Perk. . . se montrait inexorable. Quelquefois, pour effrayer ces dames, il prenait sa longucvue, signalait un bâtiment ennemi, faisait un branle-bas général, et ordonnait de se préparer au combat. Alors mesdames de S poussaient des cris effrayants de terreur.
Une fois même il y eut réellement quelques coups de canon échangés entre le corsaire de Perk... et une flûte française de dix-huit canons. Un violent orage vint séparer les combattants. Enfin, après huit ou dix jours de navigation, mesdames de S , fatiguées, effrayées de plus en
plus, capitulèrent. Mademoiselle de S , d'ailleurs ,
n'avait pas d'aversion pour Perk..., assez bel homme ; la seule objection était la différence des religions, et le capitaine avait dit souvent : « Qui sait? vous parviendrez peut-être à me convertir. » Il avait habilement, pendant ces huit ou dix jours , 'couru des bordées qui ne l' éloignaient pas beaucoup de la Jamaïque , et quand le consentement eut été accordé, mesdames de S , qui se
croyaient à deux cents lieues de l'île, furent très-agréa-
Moment surprise d*abarder KiogstOD le lendemain par un temps magnifique. La parole donnée fui tenue ; le mariage se fit avec une espèce d'apparat, car Perk... était riche, et quelques mois après les deux époux s'aimaient tendrement. Ruinée par révacuation deSajnt-Domîngue, madame de S..... trouva dans son gendre un soutien plein d'égards et de délicatesse. On s'amusa beaucoup à Kingston de cette aventure romanesque.
Je n^'avais pas de nouvelles de madame de Yormeuil depuis son arrivée miraculeuse en Suisse. J'eus enfin le bonheur de recevoir une longue lettre d'elle, datée de Paris, que me fit parvenir mon correspondant de Londres, M.[J. Hankey. J'appris avec un plaisir infini que ma femme avait trouvé une de ses sœurs àFribourg, qu'elles avaient passé plusieurs années tranquillement ensemble , et pu revenir en France en 1796, quand la Terreujr n'était plus à craindre, M. Hankey, un des honimes les plus honorables que j'aie connus, avait trouvé le moyen de lui faire parvenir, par la voie d'Hambourg, èOO livres sterling (12,000 francs), qui lui furent très-utiles, car tous mes biens étaient vendus ou sous le séquestre. J'eus aussi par elle des nouvelles de mes deux fils, laissés par moi en Alsace. Je sus qu'ils avaient eu à supporter , ainsi que leur instituteur , une grande misère pendant plusieurs années.
Mon frère atné, enfermé avec ses deux fils, dut la vie au 9 thermidor. Ils étaient tous les trois destinés à la mort le lendemain ; leurs noms furent trouvés sur la liste fatale dans la prison du Luxembourg. Je respirai enfin, car mon inquiétude pendant longtemps avait été extrême. Le nombre de
mes connaissaDces et de mes amis, moissonnés parle tribftnaf révolutionnaire, était, hélas ! immense.
Ma vie se passait assez doucement à Kingston , au sein d'une société dont j'avais à peu près connu tous les membres à Saint-Domingue. Je connaissais aussi déjà toutes les personnes les plus honorables de Kingston , dont j'eus louyours à me louer. Enfin , si j'avais élé libre, je crois que j*aurais volontiers établi mon domicile à la Jamaïque, comme le firent quelques Français. Mais marié, père de famille, mon cœur m'appelait en Europe, du moment que je ne pouvais plus travailler à Saint-Domingue pour mon roi , et pour assurer un sort à ma femme et à mes enfants. L'évacuation de celte île si opulente avait eu lieu d'une manière si complète, si désastreuse, qu'on ne pouvait plus songera une nouvelle expédition. En conséquence, comme je vous ledisais, toute ma pensée était mon retour en Europe^ mais je ne voulais m'en occuper, Teffectuer, que quand j'aurais vu lesévé* nements mieux se dessinera mes yeux.
Dès le printemps de l'année 1799, les chances de la guerre paraissaient tourner davantage du côté de la coalition. La Russie alors entrait en ligne, elle n'y avait pas encore paru. Toujours croyant voir arriver ce qu'ils désiraient, beaucoup de royalistes à Londres s'imaginèrent que le nouvel empereur de Russie profiterait des revers de l'armée française en Italie , dans le but de ruiner le Directoire, et de décider la nation française à rappeler son roi. Des lettres de Londres reçues postérieurement, toutes confidentielles, me disait-on, annonçaient que le fameux général Souvarow s'exprimait ainsi au nom de son
9citt¥eraiii. i'$m eneor^t je le 4i9 à ma bont$, h (¥*éduUtf^ é'9Jout#r foi à eei» eapt«s devenue si ftbsurdai depui», J'$ippri99 an mois â<i juint U% (luoçès d@ c^ ch^f vrdiment intrépide s qu'e» Ttbs^pee du général Bonaparte , il s'é^ tiil emparé de ppegqiia toule ritaJie, et monaçait d'c»^ U»cr ea Frapçe a^ao aaa troupes viotoriausee. Ç'oat en gigttapt h pied mv notre territeira qu'il devait, m'éeri*
vait-on de tous côtes , proclamer les inteotiopa magnani* mas de son apiiverain... Les Autrichiens avaient aus^i pftpria roilenaiYe» et le mouvamafit royaliste dans la Vw déa devenait menaçant pour la République, que las mains débiles d'un Direotnire avili ne pouvaient plus soutenir. Ce triste gouvernement, enfin, était représenté comme QToyhnt de tnutea parta^ Exalté par cea nouvelles» je ju-* geai que je ne pouvais plus prolonger mon séjour à la Ja^ maïque. Man devoir et mc^n honneur m'appelaient en
Europe , où j'espérais pouvoir être encore de quelque
utilité. En eonséquanoa* je résolus de partir 8ur*le->obamp pour l'Anglaterre.
Vous savea qne ja voyais souvent l'amiral sir Hyde Parker. Je fus déjeuner un jour av^o lui « et lui fis part d^ mon projet da retour an Europe* Comme je savais rinlérét quil voulait bien me porter, je Tentretins de mea eapéranees» des nouvelles mime confidentielles reçuea par moi. Je le trouvai , sinon parfaitement disposé à partager mes espérancesi du moins croyant à la possi* bilité du rétablissement du roi de France» si un psrti nombreux, appuyé par la Russie, se prononçait. Je dois même ajouter que ce digne amiral désirait que les choses se passassent ainsi. 11 approuvait donc mon départ, quoi-
qu*il eût l'obligeance de m'assurer plusieurs fois qu'il me regretterait beaucoup. Ne voulant pas m^eiposer à être pris par un corsaire français , il m'accorda un passage sur une forte frégate anglaise qui se rendait à Plymouth. Quand je pris congé de lui » il me serra la main en me disant : a Adieu , mon cher vicomte, nous nous reverrons, je l'espère, un jour. » Je Tai effectivement revu en 1801 à Londres.
Je passai quelques jours à faire mes préparatifs de départ. Je donnai la liberté aux trois nègres fidèles qui m'avaient suivi à la Jamaïque; comme ils avaient beaucoup d*intelligence, d'industrie, j'étais assuré qu'ils seraient en état de pourvoir à leur subsistance. Enfin , je m'embarquai le 15 juillet 1799, au Port-Royal , sur la frégate qui m'avait été désignée par l'amiral Parker. Deux ou trois officiers émigrés français avaient obtenu la même faveur que moi.
Notre traversée fut heureuse. Nous subîmes quelques orages assez violents qui occasionnèrent de légères avaries à la frégate ; mais l'habileté et la prudence du capitaine obvièrent à tout. Après quarante jours de traversée ; après avoir été quelquefois retardiés par les vents contraires, nous abordâmes à Plymouth vers le 25 du mois d'août. Je me reposai dans cette ville pendant quelques jours, et partis après pour Londres, où j'arrivai en bonne santé, à la grande satisfaction de beaucoup de mes amis qui m'attendaient.
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