‹ Le vie de Mr. de MolièreChapitre 3 sur 9 · XI · texte numérisé non relu

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avec le pouvoir de s'y livrer, et de la faire aboutir sur quelques points, il n'en eût tiré que peu de profit, et d'honneur, encore moins. On le trouverait plus exact sur un petit nombre de noms et de dates, mais pas plus qu'aucun autre écrivain, en 1705, il n*eût songé à tirer des conséquences, plus ou moins légitimes, à la moderne, de l'éducation si complète de Molière, de ses longues caravanes dramatiques dans les provinces, de l'inventaire après décès de son mobilier, et de ceux de sesascendants ou descendants.

Il s'agit aujourd'hui, ce semble, de déterminer les éléments complexes dont se forma le génie du poète comique.

Pour Grimarest, la situation était tout autre, sinon plus simple. Ses contemporains s'inquiétaient surtout d'un Molière qui ne démentît pas dans sa vie les idées de dignité, de noblesse d'âme, de bonté, de parÊdt bon sens qu'il leur inspirait parla lecture et la représentation

de ses œuvres. Ce Molière imagina, ce Molière souhaité, avait été, par bonheur, le Molière réel, etGrimarest le leur donna conforme à la vérité, comme à leurs vœux. Il le leur donna sincèrement, en toute bonne foi, car les mémoires que lui fournit Baron exceptés, son livre n'est rien de plus qu'une enquête suivie, longue, minutieuse, sur les Actes de Molière, à la pluralité des voix.

Le nombre et la qualité des téihoignages, c'est toute la critique du biographe ; lui-même en convient, et ses aveux se réitèrent dans sa lettre, retrouvée, au président de Lamoignon, à propos d'une anecdote qui avait circulé sur quelques mots adressés par Molière au public, après l'interdiction de là seconde représentation du Tartufe (i):

(i) Cette lettre, publiée par Taschereau dans la troisième édition de son Histoire de la vie et des ouvrages de Molière^ Paris, Hetzel, 1844, in-iS, lui avait été communiquée en original par Villenave.

« Messieurs, nous comptions avoir Thonneur de vous donner la seconde représentation du Tartufe^ mais M. le Président ne veut pas qu'on le joue. » Telle était, dans sa forme indécente, Tallocution arrangée par des esprits frondeurs, et que Grimarest avait rejetée de premier mouvement. Néanmoins, comme on le va voir, il ne se put mettre la conscience en' repos qu'après en avoir « approfondi la fausseté », et interrogé à ce propos plus de vingt témoins. Voici cette pièce justificative de son honnêteté ; elle est essentielle à toute nouvelle édition de son livre (i):

Q/l ^Monsieur le Premier Président de Lamoignon,

€ Monseigneur,

» Je me donne l'honneur de vous envoyer V article de la Vie de Molière, qui regarde

(i) Voir pour les difficultés que rencontra la représentation du Tartvjè, p. 94 à loi.

le Tartuffe, sur ce que M. de Fontenelle m*a dit que vous doutie^ de la discret tion et du respect que je devais avoir *e« rapportant ce fait. Vous n^ignore^ pas, Monseigneur , tous les mauvais contes que Von a faits sur cet endroit de la vie de Mo^ Hère. J'en ai approfondi la fausseté avec soin ;maisplus de vingt personnes m*ont assuré que la chose se passa à peu près comme je Vai rendue, et j'ai cru qu'elle étoit d'autant plus véritable que dans le Menagiana, im-' primé avec privilège en i6g3, on a fait dire à M. Ménage, en parlant du Tartuffe ; « Je dis à M. le Premier Président de Lamoignon, lorsqu'il empêcha qu'on ne le jouât, que c'étoit une pièce dont la morale étoit excellente, et qu'il n'y avoit rien qui ne pût être utile au public. 3 Vous voye^. Monseigneur, que j'ai supprimé ce nom illustre de mon oU" vrage, et que f ai eu l'attention de donner de la prudence et de la justice à sa défense du Tartuffe, p^r mes expressions. M. de Fontenelle qui a la même attention quemoi pour tout ce qui vous regarde. Monseigneur, a jugé que j'avais bien manié cet endroit, puisqu'il a approuvé mon livrCj qui est presque imprimé. Cepen^ dant, si vousjuge:{ que je n'aye pas réussi ayej( la bonté de me prescrire lee termes et

leê expressions, et je ferai faire un carton Ci); le profond respect et le sincère attachement que j'ai depuis longtemps pour vous, Monseigneur, et pour toute votre illustre famille, ne me permettant pas de m'écarter un moment de ce que je lui dois. Lorsque j'ai eu en vue de composer la vie de Molière, je n'ai point eu l'intention de me donner une mauvaise réputation ni d'attaquer personne, mais seulement de faire connoitre cet excellent auteur par ses bons endroits. Si j'ai l'honneur de vous écrire. Monseigneur, au lieu d'aller moi-même vous rendre compte de ma conduite, que Von vous aura peut-être altérée, c'est que je sais que vos momens sont précieux, et c'est pour vous donner le temps de réfléchir sur ce que je prends la liberté de vous mander, et lorsqu'il vous plaira, je me rendrai auprès de vous pour recevoir vos ordres, que je vous supplie très-humblement de me donner le plus tôt qu'il vous sera possible, à cause de l'état oit est mon impression. Je vous demande en grâce. Monseigneur, d'être persuadé de

( I ) Nous nous sommes assuré qu'aucun des passages du livre relatifs au Tartufe n'avait été cartonné.

l'envie que fai de vous témoigner, dans des occasions plus essentielles que celle-ci, que personne ne vous est plus attaché que je le suis/et que l'on ne peut être avec plus de respect que j'ai l'honneur d'être,

» Monseigneur^

» Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

j» De Grimarest,

* Je recevrai les ordres dont il vous plaira m'horiorer dans la rue du Four- Saint-Germain. »

Molière grand comédien, grand écrivain, sans doute, mais surtout grand homme de bien, et animé dans toutes ses actions des sentiments que son œuvre excite, Molière enfin parangon d'humanité, tel est le Molière dégagé par Grimarest ; tel il avait été, tel est-il montré, tel le demandait-on, et ne se lassera-t-on pas de le demander.

Sans doute peut-on rêver de lui une plus haute, mais non plus touchante et

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plus vive image. C'est dans Grimarest que Molière reste le plus présent, le plus familier.

En dehors des articles des Biographies universelles, nous n'avons rien sur Grimarest. MM. les Moliéristes ne se sont pas encore mis en frais sur le premier des Moliéristes, ancêtre dépassé, mais non prescrit. Sa profession était de donner des leçons de français aux seigneurs étrangers, de les façonner à nos manières, à notre génie. La liste de ses ouvrages se compose en majeure partie de traités de belle éducation, relatifs au récitatif dans la lecture, dans l'action publique, dans la déclamation ; à la manière d'écrire les lettres ; au cérémonial ; à l'usage dans la langue française (i). Ses connaissances étaient étendues, sa curiosité poussée en tous sens.

(i) Traité du récitatif dans la lecture, dans l'action publique, dans la déclamation et dans le chant ; avec un traité des accens, de la quantité et

Le livre intitulé Commerce de lettres curieuses et savantes [i] contient, à côté de considérations sur les fortifications et aussi sur les bibliothèques , une dissertation sur la patavinité (2), une explication du rire, et des remarques sur la lettre A dans le dictionnaire de Furetière. La date de sa naissance reste inconnue ; celle de sa mort est fixée à

de la ponctuation. Paris, Jacques Le Fèure et Pierre Ribouj 1707, in-12.

Traité sur la manière d'écrire des lettres et sur le cérémonial, avec un discours sur ce qu'on appelle usage dans la langue françoise, par Monsieur de Grimarest. Paris, Jacques Etienne ^ 1719, in-12.

Dans le préambule de cette production approuvée à la date de 1708, Grimarest dit leur fait à un « po£te insolent » et à un « avocat critique », dé» tracteurs de ses précédents ouvrages. L'un ou l'autre dé ces factieux, de préférence le poCte, doit être l'auteur de \9l Lettre attribuée sans raison à de Visé par les bibliographes (voir la note de la page vu).

(i) Paris, 1700, in-12.

(2) C'est la latinité de Tite-Live né à Padoue.

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