Place des exécutions à Edimbourg, a. m
3. Ce mot vient du grec èpa^TTiç, qui veut dire aimant, a. m.
52^ AVAT.TER
laissant aller au diable avec tous ces énergumènps. Je n'ai jamais rien retenu de bon de leur doctrine, rouune vous l'appelez, si ce n'est une vilaine attaque de colique en nie tenant assis pour écouter le sermon au milieu d'une plaine marécaj^euse et bumidc, pendant plus de quatre heures; et milady m'a guéri avec une potion purgative. Mais si, pour le dire en passant , elle avait su où j'avais gagné ce mal , elle se serait bien gardée de me guérir. »
Bien que Mause gémît intérieurement sur l'endurcissement et l'impénitence de son fils, elle n'osa ni le presser davantage sur un tel sujet, ni négliger l'avertissement qu'il lui avait donné; elle reconnaissait en lui le caractère de son défunt mari, et savait que, quoique implicitement soumis dans beaucoup de choses à la supériorité de son extrême fmesse, il avait coutume dans certaines occasions, lorsqu'on le poussait à bout, de montrer une obstination que ni les remontrances, ni la flatterie, ni les menaces , n'étaient capables de vaincre.
C'est pourquoi, craignant que Cuddie ne vînt à accomplir sa menace , elle mit un frein à ses discours , et lors même qu'on louait Poundtext en sa présence, comme un prédicateur plein de talents , elle avait le bon sens d'arrêter la contradiction que sa bouche était prête à faire entendre , et n'exprimait ses sentiments que par un profond soupir, que ceux qui l'entouraient attribuaient charitablement au vif souvenir des morceaux les plus pathétiques de ses homélies. Il serait difficile de dire combien de temps elle aurait pu réprimer ses sentiments. Un incident imprévu vint la délivrer de sa contrainte.
Le laird de Milnwood suivait tous les anciens usages qui avaient rapport à l'économie. C'était donc encore la coutume dans sa maison, comme cinquante ans avant en Ecosse , que les domestiques , après avoir servi le dîner , prissent place au bout de la table et partageassent le repas qui leur était donné dans la compagnie de leurs maîtres.
SCOTT
C'est pourquoi le jour qui suivit Tarrîvée de Cuddie ( le troisième depuis le commencement de ce récit ) , le vieux Robin, qui était sommelier, valet de chambre, laquais, jardinier, et que n'était-il pas dans la maison deTNIilnvvood? posa sur la table une immense soupière de bouillon épaissi avec du gruau d'avoine et des choux verts ; dans cet océan de liquide on apercevait, lorsque l'on était bon observateur, deux ou trois côtelettes d'un mouton maigre qui nageaient çà et là. Deux grands paniers , l'un de pain fait d'orge et de pois, et l'autre de gâteaux d'avoine, étaient de chaque côté de ce plat quotidien. Un gros saumon bouilli indiquerait aujourd'hui de l'abondance dans la maison, mais à cette époque on prenait le saumon en si grande quantité dans les rivières d'Ecosse , qu'au lieu d'être regardé comme un mets délicat il servait ordinairement de nourriture aux domestiques, qui, dit-on, stipulaient quelquefois qu'ils ne seraient forcés de manger de cet aliment bas et fade que cinq fois par semaine. Un large pot brun rempli d'une bière^rès-faible et faite à Milnwood était mis à la discrétion de la compagnie, ainsi que les gâteaux d'avoine, les petits pains et le bouillon ; mais le mouton était réservé pour les principales personnes delà famille, et pour mistress Wilson ; et pour leur usage particulier , une mesure d'ale ou quelque chose qui en approchait était servie à part dans un vase d'argent. Un immense hebbock, fromage fait avec du lait de brebis mêlé avec celui de vache , et une jarre de lait de beurre, étaient à la disposition de tous.
Pour savourer cette chère exquise, était placé à la tête de la table le vieux laird, ayant d'un côté son neveu et de l'autre sa femme de charge favorite. A une certaine distance et au-dessous de la salière étaient assis Robin, vieux serviteur maigre et affamé, qu'un rhumatisme avait courbé et rendu impotent , et une sale servante endurcie au travail journalier que lui infligeait tantôt son
maître et tantôt mistress Wilsoii. Un garçon de ferme , un vacher à cheveux blancs , puis Cuddie le nouveau laboureur, et sa mère, complétaient la société. Les autres laboureurs appartenant à la propriété habitaient leurs propres maisons , heureux , du moins en ceci , que si leur nourriture n'était pas plus délicate que celle que nous venons de décrire, ils pouvaient s'en rassasier sans être surveillés par les yeux gris, fins et envieux de Milnwood, qui semblait peser la quantité de ce que mangeaient ceux qui étaient sous sa dépendance, avec autant d'exactitude que si ses regards eussent pu suivre chaque bouchée dans le chemin qu'elle faisait de la lèvre à l'estomac. Cette sévère inspection ne fut pas favorable à Cuddie , qui se mit mal dans l'opinion de son maître par la silencieuse promptitude qu'il mettait à faire disparaître les vivres placés devant lui ; et de temps en temps MilnAvood détournait les yeux du pâtre pour jeter des regards d'indignation sur son neveu , dont la répugnance pour les travaux champêtres était la principale cause qui l'obligeait à se servir d'un laboureur , et qui avait nécessité le louage de ce vrai cormoran.
« ïe payer des gages , gourmand ! »
disait Milnwood en lui-même, «tu mangerais dans une semaine la valeur de ce que tu pourrais gagner dans un mois. »
Un grand coup de marteau donné à la porte d'entrée vint interrompre le cours de ses réflexions. C'était généralement la coutume en Ecosse , lorsque la famille était à dîner, que la porte de la cour, ou, s'il n'y en avait pas, celle de la maison , fût fermée à la clef, et Ton ne recevait pendant ce temps que les gens de grande importance ou les personnes pour affaire urgente ^ C'est pourquoi la famille Milnwood fut trèssurprise, surtout dans ces temps de troubles , par la promptitude des coups répétés qui assaillaient la porte ; mis-
I. C'était, dit Waltcr Scott dans une note, un point de haute cliquette. A. M,
tress Wilson en personne y courut, et ayant reconnu ceux qui faisaient tant de bruit pour entrer, à travers quelques secrètes ouvertures dont étaient fournies grand nombre de portes d'entrée des maisons écossaises, elle revint tout effrayée, et se tordant les bras, elle s'écria : « Les habits rouges ! les habits rouges! »
«Robin, laboureur... quel est votre nom? — Garçon de ferme.... — Neveu Henri, ouvrez la porte, ouvrez la porte! » s'écria le vieux Milnwood, se saisissant de deux ou trois cuillers d'argent dont le haut bout de la table était garni ( celles qui étaient placées au-dessous de la salière étant de belle corne) , et les glissant dans sa poche. « Parlezleur poliment, messieurs; au nom de Dieu ! parlez-leur poliment : ils ne souffrent pas la contradiction. Nous sommes tous ruinés, nous sommes tous ruinés!»
Tandis que les domestiques faisaient entrer les soldats , dont les jurements et les menaces indiquaient déjà le mécontentement qu'ils avaient d'être restés si long-temps à la porte, Cuddie saisit l'occasion de dire bas à l'oreille de sa mère : « Maintenant, vieille folle , faites semblant d'être sourde, puisque déjà vous nous avez rendus sourds, et laissez-moi parler pour vous. Je n'aimerais pas à voir étendre et alonger mon cou pour les commérages d'une vieille radoteuse , bien que vous soyez ma mère.
— Oh! mon cher fils, je garderai le silence, si en parlant cela doit te nuire, répondit tout bas sa mère; mais songe, mon fils , que ceux qui nient le Verbe , le Verbe les renie à son tour. « Son admonition fut interrompue par l'entrée des gardes-du-corps, au nombre de quatre, commandés par Bothwell.
En marchant ils faisaient un grand bruit sur les dalles de pierre avec les fers des talons de leurs grandes bottes et leurs longues et pesantes épées à poignée en forme de panier, qui retentissaient sur le sol. Milnwood et sa femme de charge tremblaient de la crainte bien fondée de se voir spoliés et pillés pen-