‹ Le vieillard des tombeauxChapitre 22 sur 79 · I-E TRISONNIER · texte numérisé non relu

I-E TRISONNIER

Du diable si c'est un puritain on autre chose qu'un homme qui agit suivant les temps et les occasions ! Shakspeare. La douzième Nuit.

Il était nuit lorsque M. Henri Morton aperçut une vieille femme enveloppée dans' son plaid de tartan , et soutenue par un garçon vigoureux et à l'air stupide, vêtu d'un habit gris, qui s'approchait de la maison de Milnwood. La vieille Mause fit une révérence, et Cuddie s'adressa à Morton. Il est vrai qu'il était auparavant convenu avec sa mère qu'il agirait ainsi qu'il l'entendrait; car , bien qu'il eût avoué son infériorité d'esprit, et qu'il se fût, avec tout le respect filial , soumis aux avis de sa mère dans toutes les occasions , il dit cependant « que, pour prendre du service ou pour s'élancer dans le monde , la petite dose de bon sens qu'il possédait le conduirait plus loin que ne le ferait sa mère , bien qu'elle pût prêcher comme un ministre. »

En conséquence il commença ainsi la

R SCOTT

conversation avec le jeune Morton :

« Voici une belle nuit pour les semailles , n'est-ce pas, Votre Honneur? le parc de l'Ouest aura une belle récolte cette année.

— Je n'en doute pas, Cuddie. Mais qui peut amener ici votre mère? c'est votre mère, n'est-ce pas? (Cuddie fit un signe de la tête. ) Qui peut amener ici vous et votre mère si tard ?

— C'est , monsieur , ce qui fait marcher les vieilles femmes, la nécessité; je cherche une place , monsieur.

— Une place , Cuddie , et à cet instant de l'année ? comment cela se peut-il ? »

Mause ne put se taire plus longtemps. Également orgueilleuse de sa cause et de ses souffrances, elle commença d'un ton d'humilité affectée :

« Avec votre permission , le ciel a voulu que nous fussions honorés d'une visite...

— Les femmes sont possédées du démon ! » murmura Cuddie à sa mère.

« Si vous parlez de votre whiggerie , nous ne trouverons pas une porte ouverte dans tout le pays ! » Ensuite s'adressant à haute voix à Morton : « La vieillesse de ma mère a fait qu'elle s'est oubliée en parlant à milady , qui ne peut souffrir d'être contrariée, et l'on sait que personne n'aime à l'être quand on peut l'empêcher, surtout par une femme à son service; et M. Harrison l'intendant et Gudyill le sommelier ne sont pas fous de nous , et il est mal de s'établir à Rome pour se disputer avec le pape : c'est pourquoi j'ai pensé qu'il était plus sage de nous en aller avant que le mal empirât , et voici quelques ' lignes qui vous sont^ adressées et qui vous en diront davantage à ce sujet. »

Morton prit le billet, et tandis qu'il lisait ce qui suit, la joie et la surprise le firent devenir rouge jusqu'aux oreilles : « Si vous pouvez obliger ces pauvres gens qui sont privés de tout secours , vous rendrez service à É. B. »

Il fut quelques moments avant de pouvoir reprendre assez d'empire sur lui-même pour répondre : « Et quel est

votre projet , Cuddie? et comment puisje vous être utile ?

— En nous donnant de l'ouvrage , monsieur, de l'ouvrage et un emploi, voilà mon projet, et un morceau de pain pour moi et pour ma mère. Nous sommes pleinement maîtres de nousmêmes , si vous voulez nous prendre à votre service ; du lait , de la farine et des légumes nous suffiront , à ma mère et à moi ; et quant à mes gages', je m'en remets pour les fixer au laird et à vousmême. Je pense que vous ne voudrez pas laisser un pauvre garçon languir dans le besoin, si vous pouvez l'aider. »

Morton secoua la tête. « Pour la nourriture et le logement , Cuddie , je pense que je puis vous les promettre ; mais pour les gages , je crains que ce ne soit un article difficile à régler.

— ^ Je risquerai la chance, monsieur,»

répliqua celui qui demandait du service, « plutôt que d'aller chez M. Hamilton ou chez quelque autre personne du pays.

— Hé bien, allez à la cuisine, Cuddie, et je ferai ce que je pourrai pour vous. »

La négociation n'était pas sans difficulté. Morton avait d'abord à gagner la femme de charge, qui fit mille objections, comme à son ordinaire, pour avoir le plaisir d'être priée; mais lorsqu'il en eut triomphé, il devint beaucoup plus facile de décider le vieux Milnwood à prendre un domestique dont les gages dépendaient absolument de sa volonté. C'est pourquoi on assigna àMause et à son fils un hangar pour leur habitation , et on convint que pendant un certain temps ils seraient admis à manger le repas frugal de la maison, jusqu'à ce qu'ils eussent complété leur propre établissement. Pour Morton, il épuisa sa bourse mal garnie en faisant à Cuddie le présent connu sous le nom d'«rles^, pour montrer le cas qu'il faisait de la recommandation qui lui avait été transmise.

I. Corruption du mot arrhes j qui vient du grec arrdbon (àppaêciv). x. m.

« Maintenant nous sommes encore une fois en place , dit Cuddie à sa mère, et si nous ne sommes pas si bien que là-bas , cependant la vie est toujours la vie; j'espère que vous n'aurez plus de discussion avec personne , d'autant plus que nous voici avec des gens de notre communion.

— De notre communion, mon fils! »

dit Mause trop éclairée; « malheur à moi pour ton aveuglement et le leur ! Oh , Cuddie! ils ne sont que dans la cour des gentils, et ne gagneront pas plus de terrain , je l'appréhende; ils ne sont qu'un peu meilleurs que les prélatistes. Leur ministre est cet aveugle mondain Peter Poundtext, autrefois prédicateur distingué de l'Évangile, et à cette heure ministre apostat, qui, pour le vil amour d'un salaire et de son propre entretien , a quitté la seule voie véritable , et s'est perdu en courant après la noire tolérance. 0 mon fils ! si vous aviez profité des doctrines évangéliques que vous avez entendues dans le vallon de Bengonnar, de la bouche même de Richard Rumbleberry, ce brave jeune homme qui souffrit le martyre pour sa croyance à Grass-Market*, avant la Chandeleur ! Ne lui avez - vous pas entendu dire que VérasHanisme était aussi mauvais que \e prélatisme , et la tolérance aussi mauvaise que Vérastianisme 3... ?

— A-t-on jamais rien ouï de pareil ? » s'écria Cuddie interrompant sa mère; « nous serons chassés de cette maison , et nous aurons encore à chercher du service ailleurs ! Eh bien ! ma mère , je n'ai plus qu'un mot à vous dire : si j'entends encore une seule parole de vous sur ce sujet , du moins devant du monde, car pour moi cela m'est indifférent ; si vous parlez encore ainsi en public sur Poundtext et Rumbleberry, sur leurs doctrines et leurs méchantes prédications , je me ferai soldat, et je deviendrai sergent ou capitaine, en vous

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