‹ Le vieillard des tombeauxChapitre 26 sur 79 · I. Expression affectueuse, pour Albon. a. m · texte numérisé non relu

I. Expression affectueuse, pour Albon. a. m

LE VIEiLtART)

discours insensés de cette vieille mégère ( ici elle se tourna fièrement vers Mause, afin de se soulager de l'effort qu'elle avait fait avec tant de peine, pour prendre un air de douceur devant les soldats), une whig surannée, coureuse et folle, qui n'est dans la maison, (le diable l'emporte!) que depuis hier après midi, et qui ne repassera jamais le seuil de la porte, si une bonne fois je réussis à l'en faire sortir.

— Bon, bon, » chuchota Cuddie à sa mère, « bien parlé; j'étais certain que nous serions obligés de recommencer nos voyages aussitôt que vous auriez pu prononcer trois mots ensemble; j'étais sûr de ce résultat, ma mère.

— Silence , mon enfant , dit-elle , ne murmurez pas contre cet accident, contre cette chance de passer leur porte : je ne la franchirai jamais; il n'est sur le seuil aucune marque annonçant que l'ange exterminateur doit passer par-là.

Ils recevront encore un coup de sa main, ceux qui parlent tant de la créature et si peu du Créateur; qui parlent tant des richesses de ce monde , et si peu d'un covenant dissous; qui parlent tant de cette quantité de pièces de vil métal jaune, et si peu de cet or pur de l'Écriture; qui parlent tant de leurs amis et de leurs parents, et si peu des élus destinés à souffrir les fatigues , les exils , les recherches , les prises de corps , les emprisonnements, les tortures, les bannissements , les décapitations , les potences , les écartellements , les dépècements de leurs corps vivants , sans compter les centaines d'hommes forcés d'abandonner leurs habitations pour errer au milieu des déserts , des montagnes, des landes, des marais, des tourbières , lieux seuls où ils pourront entendre la parole de Dieu , comme un pain mangé en secret. »

Elle est maintenant au covenant , ami sergent : ne pouvons-nous l'emmener? dit un des soldats.

— Allez au diable! » lui dit Bothwell à demi-voix. « Ne voyez-vous pas qu'elle est mieux oii elle est , aussi

DES TOMnEAUX. (Si

long-temps qu'il y a ici un héritier responsable, comme M. JNÎorton de Milnwoold , qui a les moyens de payer les folios de cette vieille? Laissez cette radoteuse prendre son vol pour élever une autre couvée ; elle est trop coriace pour qu'on en fasse quelque chose de bon. Ici, cria-t-il, et portons une autre santé a Milnwood et à sa demeure, et à notre prochaine et joyeuse rencontre avec lui ! j'espère que nous ne tarderons pas à nous retrouver , s'il conserve chez lui des gens aussi fanatiques. »

Il ordonna alors au détachement de monter 5 cheval , et lui il s'empara du meilleur coursier de l'écurie de INIilnwood pour emmener le prisonnier. La bonne Wilson , les yeux en pleurs , fit un petit paquet de ce qui était nécessaire pour le voyage forcé de Henri ; et pendant qu'elle était très -affairée, elle saisit une occasion oi^i elle ne pouvait être vue des soldats , pour glisser dans la main du jeune homme une petite somme d'argent. Bothwell et sa troupe , du reste , tinrent leur promesse , et furent très-polis. Ils ne lièrent pas leur prisonnier , et se bornèrent à le placer à cheval entre deux ca* valiers. Ils partirent joyeux, riant entre eux, et laissant la famille de Milnwood dans une grande confusion. Le vieux laird, accablé par la perte de son neveu et par la dépense inutile de vingt livres sterling , ne fit toute la soirée que se balancer dans son grand fauteuil de cuir, en répétantla même plainte « Ruiné, ruiné de fond en comble ! ruiné et sans ressource , corps et biens , corps et biens! »

Le chagrin de mistress Alison Wilson fut en partie oublié par le torrent d'invectives qu'elle avait vomi en accompagnant Mause et Cuddie dans leur expulsion de la maison de Milnwood.

« Malheur à ta vieille peau ridée ! le plus joli garçon du vallon de la Clyde est obligé aujourd'hui de souffrir , et tout cela pour vous et votre damné de whiggisme !

—Va-t'en! répondit Mause; je vous

vois toujours dans les liens du péché, et nageant dans le fiel de riniqiiilé, en donnant à contre-eœnr tout ee que vous avez de meilleur et de plus beau pour la cause de celui dont vous tenez tout ce que vous possédez. Je vous assure que j'en ai fait autant pour M. Henri que j'en aurais fait pour mon propre lils; car si Cuddie avait été trouvé digne de porter témoignage sur la place de Grass-Market...

— Et il y a bon espoir pour cela , dit Alison , si vous et lui ne changez pas de système.

— Et si, » continua Mause sans faire attention à cette interruption, «les Doegs sanglants et les Zyphites adulateurs cherchaient à m'attraper en m'offrant le pardon de mon fds moyennant des concessions coupables , je n'en persisterais pas moins , en portant témoignage contre le papisme, l'épiscopat, l'antinomianisme, l'érastianisme, le rélapsarianisme , le sublapsarianisme et tous les péchés et pièges du temps; je crierais comme une femme en travail d'enfant contre la noire tolérance qui a servi de pierre d'achoppement aux docteurs ; j'élèverais la voix comme un prédicateur plein d'éloquence.

— Bah, bah î ma mère, » s'écria Cuddie intervenant et la tirant de force; « n'étourdissez pas la ménagère avec votre témoignage : vous avez prêché au moins pour dix jours. Vous nous avez prêches hors de notre bonne petite maison et de notre bon petit jardin potager, hors de cette nouvelle cité de refuge, avant que nous y ayons pris pied; et vous avez prêché M. Henri de manière à le faire aller en prison : votre sermon a coûté vingt livres sterling à la bourse du laird , qui n'aime pas du tout à se séparer de son argent ; vous pouvez demeurer tranquille quelque temps sans me prêcher pour que je monte à l'échelle et que je descende sous la corde, enfin pour que je sois pendu. Venez donc , venez donc; la famille a assez de votre sermon pour s'en souvenir long-temps. »

\ Parlant ainsi, il entraîna sa mère

SCOTT. f

pendant qu'elle nuirmurait toujours les mots tcmoignacje, covenant, invchanls^ indulgence ; paroles qui roulaient sur sa langue tandis que les deux voyageurs se mettaient en devoir d'aller chercher un autre asile.

" La vieille laide! la vieille timbrée! la vieille folle! » s'écria la ménagère en la voyant partir, « se prétendre meilleure à un si haut degré que tout le monde!... Le vieux balai fait pour balayer toutes les immondices ! attirer tant de malheurs sur une famille si douce et si tranquille!... Sans ma qualité de femme à moitié comme il faut , à cause de ma situation, j'aurais essayé mes dix ongles sur le cuir desséché et ridé de cette vieille bête. »

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