I. Personnage de V Henri V de Shakspearc
WATTFR SCOTT.
veux blancs ont affronté assez de périls pour être honorés par les gens de bien. Je ne parle pas des vains honneurs du monde, mais de la gloire réservée à quiconque ne travaille pas avec négligence à Ta'uvre sainte. Ta carrière connnence à peine; il te reste à justifier la haute confiance dont tu as été investi sur ma recommandation. A Loudon-flill tu étais prisonnier : au dernier assaut , ta division combattait à couvert, tandis que moi je dirigeais l'attaque la plus périlleuse aux yeux de tous ; et si tu restais maintenant devant ces murailles, quand tu peux agir ailleurs, crois-moi, les hommes diraient que le filsdeSilas Morton n'a pas su marcher sur les traces de son père. «
Piqué de cette dernière observation, à laquelle , comme gentilhomme et comme soldat, il ne pouvait faire d'objection raisonnable, Morton se hâta de souscrire à l'arrangement proposé. Toutefois il ne pouvait se défendre de quelque défiance contre celui qui la lui faisait.
«Monsieur Balfour, dit-il, lâchons de bien nous entendre. Vous avez pris la peine de donner une attention particulière à mes affaires privées et à mes attachements personnels ; croyez que j'y serai aussi fidèle qu'à mes principes politiques. Peut-être, durant mon absence, trouverez-vous foccasion de me servir ou de me blesser dans ces affections!
Soyez assuré que, quelles que puissent être l'issue et les suites de notre entreprise, je répondrai par une reconnaissance éternelle ou par une haine implacable à la conduite que vous aurez tenue en cette circonstance; et malgré ma jeunesse et mon inexpérience, je suis certain de trouver des amis qui m'aideront à donner des preuves de l'une ou de fautre.
— Si cette déclaration renferme une nîenace, » répondit Burley avec sang-froid et fierté , « mieux valait la garder pour vous ; je sais servir les intérêts de mes amis, et je méprise souverainement les menaces de mes ennemis. Mais je veux éviter toute occasion de discorde. Tout ce qui se passera ici , en votre absence ,
sera fait selon vos désirs, autant que pourra le permettre la soumission que je dois à un maître qui est tout- puissant. »
Il fallut bien que Morton se contentât de cette vague promesse.
« Si nous sommes battus, » se dit-il à lui-même, « la garnison sera secourue avant d'être obligée de se rendre à discrétion ; et si nous sommes vainqueurs, je vois déjà, d'après la force du parti modéré, que ma voix aura autant d'influence que celle de Burley pour déterminer les mesures à prendre au sujet du château. »
Il suivit donc Balfour au conseil, oij ils trouvèrent Kettledrummie ajoutant à son dernier point quelques mots d'application pratique. Quand l'orateur eut fini de parler, IMorton annonça qu'il consentait à marcher avec le gros de l'armée contre les troupes renfermées dans Glasgow. On lui nomma des collègues pour partager le commandement, et ils reçurent tous une exhortation des prédicateurs présents. Le lendemain, au point du jour, les insurgés se mirent en marche sur Glasgovv^.
Notre intention n'est pas d'entrer dans les détails d'événements qu'on peut trouver dans l'histoire de cette époque. Il suffit de dire que Claverhouse et lord Ross, apprenant que des forces supérieures approchaient, se retranchèrent, ou plutôt se barricadèrent dans le centre de la cité, où se trouvaient la maison de ville et la vieille prison, résolus à soutenir l'assaut des insurgés avant de leur abandonner la capitale de l'Ecosse occidentale. Les presbytériens se divisèrent en deux corps pour faire leur attaque : l'un pénétra dans la ville par le côté du collège et de la cathédrale , tandis que l'autre se porta sur Gallowgate, principale entrée du sud-est. Les deux divisions étaient conduites par des hommes de résolution et animés d'un grand courage; mais les avantages de l'habileté militaire et de la position ne | pouvaient être surmontés par leur valeur indisciplinée.
Ross et Claverhouse avaient eu soin
(le placer des soldats dans les maisons situées à l'entrée des rues, sur les places et dans les carrefours , sans parler des troupes retranchées derrière des barricades qui fermaient le passage aux assaillants. Ceux-ci voyaient donc leurs rangs s'éclaircir sous le feu d'ennemis invisibles, sans pouvoir riposter avec succès. C'est en vain que Morton et d'autres officiers s'exposèrent en personne avec la plus noble intrépidité, et voulurent aborder leurs adversaires; au lieu de les suivre, leurs soldats s'enfuyaient de tous côtés. Morton fut un des derniers à se retirer; il soutint l'arrière - garde par des efforts inouïs , maintenant l'ordre dans la retraite, et repoussant les tentatives réitérées que faisait l'ennemi pour profiter de ses avantages. Cependant il eut la mortilication d'entendre plusieurs de ses soldats murmurer entre eux, que «leur défaite venait de la confiance accordée à de jeunes latitudinaires, et que si te digne, le fidèle Burley avait conduit l'attaque comme aux barricades de Tillietudlem, l'issue du combat eût été bien différente. »
Ce fut avec le plus vif ressentiment que TMorton entendit ces reproches sortir de la bouche de ceux même qui avaient les premiers perdu courage. Toutefois ils enflammèrent son ardeur en lui faisant sentir qu'engagé cojnme il l'était dans une entreprise périlleuse, il n'avait d'autre alternative que celle de vaincre ou mourir.
« Il n'y a pas de retraite pour moi , » se dit-il à lui-même; « que tout le monde avoue, même le major Bellenden, même Edith, qu'en courage, du moins, le rebelle iMorton n'est pas resté au-dessous de son père. »
Il régnait après cet échec si peu de discipline et tant de désordre dans les rangs de l'armée, que les chefs jugèrent prudent de se retirer à quelques milles de la ville, afin d'avoir le temps de rétablir l'ordre parmi leurs troupes. Cependant les renforts arrivaient toujours , et ces nouveaux soldats étaient plus animés par le péril de leur situation,
plus encouragés par la victoire de Loudon-Hill , qu'abattus par le dernier revers. Presque tous se joignaient au détachement de Morton, qui néanmoins avait la mortification de voir son impopularité augmenterrapidement parmi les j)lus intolérants des covenantaires. Cette prudence au-dessus de son âge , dont il avait fait preuve en guidant et en disposant ses troupes, était traitée de confiance aveugle dans un bras de chair, et sa tolérance déclarée pour toutes les cérémonies ou croyances religieuses qui différaient des siennes lui avait valu l'injuste sobriquet de Gailios parce qu'il ne s'occupait nullement de ces saintes choses.
D'autre part, la foule des insurgés préférait ouvertement la mollesse des chefs les plus zélés, auprès desquels l'enthousiasme pour la cause duCovenant tenait lieu d'ordre et de soumission militaire, aux rigueurs qu'employait Morton pour discipliner ses troupes. En un mot, tandis qu'il portait à lui seul tout le poids du commandement (car ses collègues lui en abandonnaient volontiers tous les embarras et toutes les difficultés), Morton se trouva n'avoir plus l'autorité nécessaire pour mettre les réformes à exécution ^.
Cependant, malgré ces obstacles, il fit durant plusieurs jours de tels efforts