‹ Le vieillard des tombeauxChapitre 58 sur 79 · L\ RECONNAISSANCE · texte numérisé non relu

L\ RECONNAISSANCE

T'n roiip (r«'|)iiiKl<" (loniir jxir rllc me «riait ])liis miel que mille coups de ijoi^iiard. IMari.ow.

La cavalcade qui venait de quitter le château de Tillictudlem , après avoir ])assé les derniers postes des insurgés, lit halte pour quelques minutes dans la petite ville de Jîothwell, afin de prendre quelques légeçs rafraîchissements, si nécessaires à des personnes qui venaient de supporter une si dure privation, après quoi on se remit en route pour Edimbourg. On pourrait croire que , pendant le voyage , lord Évandale se rapprocha de miss Edith aussi souvent qu'il lui fut possible; mais, après l'avoir saluée , et avoir pris toutes les précautions imaginables pour que rien ne lui manquât, il se tint à rarrière-i2:arde avec le major Bellenden, paraissant confier le soin d'accompa- ;§ner cette aimable personne à un des ;cavaliers whigs, dont un grand manteau, et un large chapeau surmonté d'une plume qui lui pendait jusque sur la figure, cachaient la tournure et les traits. Ce cavalier marcha en silence , pendant iplus de deux milles , à côté de miss Bel- Jenden; enfin il lui dit d'une voix basse v€t tremblante.

«Miss Bellenden doit avoir des amis partout où elle est connue, même parmi ceux dont elle désapprouve maintenant la conduite. Est-il quelque chose qu'ils puissent faire pour lui montrer leur respect , et le regret qu'ils ont des souffrances qu'elle éprouve?

— Qu'ils apprennent, répliqua Edith, à respecter les lois , à épargner le sang innocent ; qu'ils rentrent dans le devoir envers leur souverain , et je leur pardonne tout ce que j'ai souffert , et dix fois plus encore.

— Vous supposez donc impossible qu'il existe dans nos rangs des hommes qui aient sincèrement à cœur le bien du pays , et qui soient persuadés qu'ils rem-

WATTKR SCOTT.

plissent un devoir envers Iciir patrie?

— Il j)ourrait Cirv. imprudent, livrée comme je le suis à votre discrétion , do répondre à cette question.

— JNon, non, je vous le jure sur l'bonneur d'un soldat !

— J'ai été habituée à la frnnrliise dès ma naissance, répondit Kditb, et si je dois parler , je ne vous cacherai pas mes véritables sentiments. Dieu seul peut juger les cœurs; les hommes sont réduits à apprécier les intentions par les actes. La trahison , le meurtre par l'épée ou le gibet , l'oppression d'une fa- • mille comme la nôtre, qui n'avait pris les armes que pour défendre le gouvernement établi et ses propriétés, ce sont là des actes qui doivent déshonorer tous ceux qui y ont pris part , de quelques spécieux prétextes qu'ils les couvrent.

— L'horreur de la guerre civile , reprit le cavalier , les misères qu'elle entraîne après elle, pèsent sur la tête de ceux qui , par une oppression illégale , ont réduit des hommes à prendre les armes pour assurer les droits qu'ils tiennent de la nature.

— C'est affirmer ce qu'il faudrait prouver, répliqua Edith. Chaque parti prétend avoir raison au fond, et le crime retombe sur ceux qui ont tiré l'épée les premiers. C'est ainsi que, dans une rixe , la loi condamne ceux qui les premiers ont eu recours à la violence.

— Hélas ! répondit le cavalier, si notre justification reposait sur ce principe, il nous serait facile de montrer que nous avons souffert avec une patience presque au-dessus des forces de l'humanité, avant d'opposer à l'oppression une résistance ouverte! Mais je m'aperçois,»

continua-t-il avec un profond soupir, « qu'il est inutile de plaider devant miss Bellenden une cause qu'elle a déjà condamnée , autant peut-être par aversion contre la personne que contre les principes de ceux qui y sont attachés. ;

— Pardonnez-moi , répondit Edith : j j'ai exprimé librement mon opinion sur ■ les principes des insurgés ; quant à

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