LES RENSEIGNEMENTS
Alors la vieiUe mère se mit à parler, et ses larmes coulèrent en abondance... " Vous étiez averti , mon fils Jobny : il ne fallait pas suivre
la chasse. » Ancienne ballade.
En entrant dans la chaumière, Morton reconnut que son hôtesse avait dit la ivérité. L'intérieur de la maison ne ressemblait nullement à ce qu'annonçait son extérieur; elle était propre et même commode , surtout l'appartement
réservé dans lequel la veuve le conduisit, et où il devait souper et coucher. On lui servit ce qu'il y avait de meilleur dans cette humble auberge, et quoiqu'il fut peu pressé de manger, il se mit pourtant à table , afin de causer plus long-temps avec la maîtresse du logis.
Bien qu'aveugle, elle semblait veillera tout, et elle trouvait comme par instinct ce dont elle avait besoin.
« N'avez - vous que cette jeune et jolie fille pour vous aider à servir vos hôtes? » fut naturellement la première question que lui adressa Morton.
« Oui , monsieur. Je vis seule comme la veuve de Zarephta ; et je reçois trop peu de monde pour payer des domestiques. J'avais jadis deux beaux garçons qui faisaient tout l'ouvrage. Mais Dieu donne et peut reprendre : que son nom soit béni ! Même après avoir perdu mes fils , j'ai été moins pauvre des biens du monde qu'à présent ; mais c'était avant la révolution ^
— Vraiment? Vous êtes pourtant presbytérienne , ma bonne mère ?
— Oui , monsieur ; et bénie soit la lumière qui m'a montré le droit chemin!
— Alors , la révolution n'aurait dû vous faire que du bien.
— Si elle a rendu ce pays plus heureux , et assuré la liberté de conscience, peu importe le mal qu'elle a fait à une pauvre aveugle , à un ver de terre tel que moi.
— Mais encore, je ne vois pas comment vous avez pu en soulVrir. »
— C'est une longue histoire , monsieur. Une nuit, six semaines environ avant la bataille de Bothwell-Bridge, un jeune gentilhomme s'arrêta dans cette misérable chaumière : il était blessé et couvert de sang, pale et épuisé de fatigue ; et son cheval était si las qu'il pouvait à peine mettre un pied devant l'autre. Ses ennemis le suivaient de près , et lui-même était un de nos ennemis. Que pouvais-je faire, monsieur?
Vous qui êtes soldat , vous allez dire que