SCÈNE II
DUBREUIL, FRANÇOIS
FRANÇOIS
Ah çà! monsieur, jenesuispasquesîionneurdcmonnaturel, depuis trenïe-sept ans que je suis à votre service. . . je n'ai jamais ouvert la bouche que pour manger .. mais je ne peux plus me taire . . Comment!. . . vous, monsieur, qui borniez vos petites promenades journalières au Luxembourg, et qui , passé le pont des Arîs , vous trouviez en pays élranger... vous prenez la posle tout à coup, et nous voilà depuis huit jours établis à Nevers.
DUBREUIL
Le fait est que c'est le premier voyage de long cours que j'ai entrepris... mais c'est un secret, n'en dis rien; que penses'tu de M"»^ Gertrude (irandpré.
FRANÇOIS
Notre voisine delà rue Jacob? qui est venue vous rejoindre ici avec sa filîeî*... Diable I.. une tête et un caractère solides... il ne faudra pas que sa fille bronche devant elle, n UBR EUIL , d* un air satisfait.
Je le crois comme toi !.. je ne connaissais pas cette jeune personre jolie. .. gracieuse... soumise. .. et d une candeur... d'une innocence. . . enfin, mon ami , elle a tout à fait gagné mon aiïeclion.
I Air : Vaude^iîiç des Petits Savoyards,
Sachant qne cette bon le dame , IN a pour tout bien qne sa vertu, Je sui.-. nciie et j*ai résolu , AnJQ^îrri'iiui , de prendre une femme.
F ANCOIS.
Ah ! je devine maintenant ; Je suis fin , et la chose est claire , Poiir assiir. r le sort de cet enfant. Vous aif^z épouser la mère.
DUBREUIL
Hein ? épouser la mère ! que le diable t'emporte avec tes idées saugrenues. . . c'est la fille que j'épouse!. . .
FRANÇOIS, étourdi.
La... la... la fille!...
DUBREUIL
Oui... ouï..* eh bien ! quand tu ouvriras de grands yeux.
FRANÇOIS
Dam ! notre maître, vous n'avez donc pas vu son extrait baptistaire, ou bien vous avez perdu le vôtre... dix-sept ans, et vous soixante -deux!
DUBREUIL
Ah! je te vois venir!. . . s'il avait été question d^une jeune personne élevée à Paris, au milieu des plaisirs , de la dissipation.. . je n'y aurais jamais songé ., mais ici c'est bien différent. . . je me suis dit, je suis seul , l'âge arrive . . les amis s'en vont. . . j'ai besoin de quelqu'un qui ne fasse pas comme eux.
Air : A soixante ans , il ne faut pas remettre.
Je le sais bien , quand il prend jeune femme , Or^ rit tout bas du destin d'un vieillard j Nous vieillissons, mais il nous reste une âme ; Avec nn mot , un soin , \\n tendre égard , Pour plaire enfin, il n'est jamais trop tard. De cet h3^men qu'ici je vais conclure , Quelques plaisans pourront më lire un peu;
Mais , pourquoi donc s'en étonner, morbleu !
C'est vers le soir, aux jours de la froidure ,.
Qu'on a besoin de rallumer le fe-u.
FRANÇOIS , entre ses dents.
Rallumer le feu !
DUBREUIL
Enfin, lesbancs sont publiés, etcetlc nuit nous partons pour Moulins , où la noce se fera le plus secrètement possible; juge de mon bonheur, car je ne le dirais pas à tout autre, mais je crois vraiment que je suis amoureux fou. ïTtANÇOis , à part
Pauvre cher homme! il s'était si bien conservé jusqu'à présent. {Haut,) Ah ça! et votre neveu .î" qu'est ce qu'il dit de ce mariage-là?
Alfred? il n'en est pas encore instruit, tu sais bien qu'il est à Aix en Provence pour y faire son droit, et je suis sûr qu'il fait des merveilks là-bas.
FRANÇOIS
C'est un si bon sujet , un si excellent cœur !
BUBREUIL.
Qui s€ mettrait au feu pour son vieil oncle , aussi il aura toujours la nioîtié de ma fortune. ( On entend du bruit.) Mais j'entends ces dames, vile, donne -moi un coup de brosse, rajuste ma coiffure , et laisse-nous.
FRAîsçors.
Vous êtes bien, {à part en s'en allant,) Ça me fend le cœur ; qu'est-ce qu'il avait besoin d'une femme , nous étions si heureux tous deux.
// sort,