SCÈNE ÏII
DUBREUIL, M"^e GERTRUDE, ESTELLE, NANETTE.
Mad GERTRUDE.
Enfin , nous voilà arrivées I
NANETTE , portant des cartons.
Dieux! faut-il des affutiaux quand on s' marie. . . {Elle pose les cartons sur une table à droite du public)
Mad. GERTRUDE, à Dubreuil qui s' avance. Ah! c'est vous, mon cher voisin ?. . .
DUBREUIL
Je vous attendais, je commençais même à être inquiet.
Mad. GERTRUDE.
C'est qu'on n'en finit pas chez ces marchands.
ISANETTE , retenant.
Et puis le détour que j'avons fait pour éviter c' jeune monsieur qui nous suivait. ' , DUBREUIL, inquiet.
Un... un jeune homme?
Mad. GERTRUDE, vwement.
Qu'est-ce que vous dites , i^otte que vous êtes?
DUBREUIL
Mais permettez. . . elle parlait. . .
Mad. GERTRUDE.
Comme elle fait toujours.. . à tort et à travers... un jeune homme...
Air : Ballet des Pierrots.
Quand je suis a la promenade ,
Si quelque jeune freluquet,
Ose me lancer une œillade ,
Je le regarde , il disparaît.
De sa méprise il faut voir comme ,
En fuyant , il se mord les doigts.
Ah! je vous réponds quun jeune homme
Ne me regarde pas deux fois !
DUBREUIL
Mais je voudrais...
Mad. GERTRUDE, V interrompant.
Asseyez -vous donc... comment, vous restez debout comme cela après voire dîner... Estelle, approche donc vîte ce fauteuil pour notre cher ami. . .
DUBREUIL
Je suis très-bien . . . (^ Estelle.^ Mais vous , mon enfant , vous avez vu le jeune homme ?
ESTELLE
Moi , monsieur, je ne sais , je crois.
Mad. GERTRUDE.
Du tout, du tout, elle ne Ta pas vu, elle ne peut l'avoir TU . . .
DUBREUIL
Et pourquoi donc^*
Mad. GERTRUDE.
Parce que nous parlions devons dans ce moment-li. . . et d'abord quand nous parlons de vous , ah î ma fille ne voit rien , ù' entend plus rien autour d'elle. . . c'est qu'elle a pour vous un respect , une tendresse.. . N'est-ce pas, mon enfant?
ESTELLE, ùQec un regard timide sur sa mère. M. DubreuU est si bon , il jjst impossible de le connaître sans avoir pour lui l'affection et la reconnaissance qu'il mérite.
Mad. GERTRUDE , à Bubrcuil Vous l'entendez...
DUBREUIL , enchanté et lui luisant la main* Air : Contredanse de Muller, Quel doux présage ! ah ! mon âjne est ravie !
M"^^ GERTRUDE
De son amour avez- vous pu douter ?
DUBREUIL
Elle fera le bonheur de ma vie.
Ah ! par le sien puissai-je m'acquitter /
{A M"^« Gertrude. ) Allons régler le contrat que je porte^
{J Estelle.) Ma chère enfant ! je puis donc espérer?..,
M*"® GERTRUDE
Yoyez ses yeux , le plaisir la transporte !
ESTELLE , à Nanette.
Bon , ils s'en vont. Ah ! je pourrai pleurer.
EI^SEMBLE
DUBREUIL
Momens charmans î mon âme en est ravie ! De son amour j'avais tort de douter ; Elle fera le bonheur de ma vie , Et par le sien j'espère m'acquitter !
M"^*^ GERTRUDE
Moment heureux ! mon âme en est ravie ! De son amour on ne peut pas douter.
Cet hymen-là va charmer votre vie / Par son bonheur sachez vous acquitter !
Fatal hymen, du bonheur de ma vie, En ce moment je ne puis plus douter ; Obéissons puisqu ou me sacrifie , A mon destin je ne puis résister ! '
NANETTE
En vérité , c'est une barbarie !
A soixante ans, cst-c' qu'on doit contracter? Pauvre vieillard ! puisqu'on la sacrifie, Que d'accidens t'auras à supporter I
Duhreuii suit Mad» Gertrude dans sa chambre à droite .