SCÈNE XIII
DUREUIL , FRANÇOIS , son bougeoir à la main et dormant debout
DUBUEUIL ^ regardant Estelle sortir.
Maintenant il ne peut plus y avoir le moindre doute , et je i^uis sûr de mon bonheur... Nous vois-tu, mon cher François , dans notre ménage.
FRANÇOIS , s' éveillant.
On y va.
DUBREUIL
Eh bien! tu dors?. . .
FRANÇOIS
Non, monsieur, je rêvais.
DITBREUIL.
Elle s'est prononcée , mon ami / elle n'a aucune autre inclination. . . aucun penchant qui puisse me donner la moindre inquiétude, c'est l'innocence, la candeur mêmes.
FRANÇOIS
Eh bien ! monsieur^ allons dormir là-dessus.
DUBREUIL
( On entend un prélude. ) Hein ! qu'est-ce quç c'est que cela ?
FRANÇOIS
Quelque chanteur des rues qui va encore conspirer contre moi.
DUSREUIt.
Non, il joue trop bien . . Ah çà ! est-ce quon donne des sérénades dans ce pays- ci. . . Ces! sous celte fenêtre. . . si près de 1 apparf ement d'Estelle , il n'y qu'elle de jeune femmç dans celte auberge.
FRANÇOIS
Allons, voilà la tête qui galoppe!
DUBREUIL , l'arrêtant p,ar le bras.
Chut!. . . écoute!. . .
ALFRED , chantant en dehors.
Air : Gentille fiancée . (Fou de Përonne.)
Aimable Châtelaine, Un jeune pèlerin , S'en vp chantant sa peine, Pour charmer le chemin.
Mais le froid va morfondre Le pauvre troubadour ; Ici, pour lui répondre.
Ah ! n'attends pas le jour.
[L* orchestre joue la fin de iair en sourdine pendant le dialogue cjui suit.)
DUBREUIL
Ah! morbleu! s'il était possible, j'entends du bruit à cette porte. (J François^ Vite, éteins cette lumière... Tiens-lci là près de moi, et qu'il ne t'échappe pas un seul mot.
FRA"NÇ0IS , souffle la lumière.
Si vous croyez y voir plus clair comme ça.
DUBREUIL
On ouvre ; tais-toi ! . . .
SCÈI\E XIV^
Les Mêmes, NANETTE, parait d'abord^ elle attire Estelle , qui forait ne la suiore qiC aoec répugnance. Il fait nuit,
NANETTE
Venez , mamzelle , tout le monde est couché.
ESTELLE
Air : Comme il rn aimait, »
Je meurs de peur ! {his,)
FRANÇOIS , à Diihreuil, Eh! mais, je connais ce ramage? ..
{Dubreuil lui fait signe de se taire. )
ESTELLE
Si ma mère... ô ciel!... quel malheur!
NAVETTE-
N'ayez pas peur. ( bis. )
ESTELLE
Il est en bas...
NANETTE
Le grand dommage !...
Vous êtes ail premier étage...
N'ayez pas pHir.
DUBREUIL^ confondu.
C'est Estelle!
KAiSETTE, ouvrant la fenêtre.
Etes-vous la?. , . le voici; parlez-lui donc, mamzelle.
BUBREUIL, bas.
Je suis anéanti!
ESTELLE , à la fenêtre.
Oui, c'est lui. . . ah! chère Nanelte , prends bien garde, et si tu entends le moindre bruit. (^ Ayant lair de faire la conversation açec Alfred.) Au nom du ciel! ne parlez pas si haut... si je suis venue, ce n'est que pour vous dire un dernier adieu. {Ecoulant ) Un malheur .f*. . . hein.f* . . comment, je ne vous entends pas. . parlez un peu plus haut... obligé de me fuir. . . vous ne pouvez m'expliquer ?. . . un billet. . . {On jette du dehors un papier attaché à une pierre sur le théâtre du côté de François, ) Eh bien ! où est^-il donc ? N A NETTE , cherchant.
Il est tombé par ici , je crois.
DUBREUIL, bas à François,
De ton côté . . . avance doucement , tâche de le ramasser. ESTELLE , à la fenêtre.
Eh! mon Dieu! il s'éloigne maintenant sans me dire un seul mot.
( François en avançant rencontre une chaise et tombe avec elle, )
FRANÇOIS
Ouf!
NANÉTTE, bas.
Sauvons-nous, mamzelle.
ESTELLE, dune voix faible.
Nous sommes perdues ...
( Elles rentrent précipitamment dans la chambre «® 8. )