TOUS
Non!
Mad. GERTRUDE.
Quoi! monsieur. . .
DUBREUIL , lui montrant sa fille.
Regardez-la... voyez son trouble, son effroi., sts yeux noyés de larmes , tout cela ne vous dit rien , vous* . . . vous , sa mère , cela ne vous apprend pas que le cœur a dit non?...
Mad, GERTRUDE.
Vous pourriez supposer.
DUBREUIL
Eh! madame, je ne suppose plus. . . je sais tout, ces deux enfans s'aimaient, s'adoraient depuis long-îenips, votre fille s'immolait à votre volonté; mon neveu, brave garçon , se sacrifiait au repos de son oncle ; mais j'ai découvert à temps mon erreur , malheur à ceux qui le savent trop tard !
Mad. GERTRUDE,
Est-il possible... ils s'aimaient... Ah! grand Dieu! après l'éducation que je lui ai donnée!. . •
DUBKEUIL.
Eh! morbleu, ne parlez pas de cette éducation qui la perdait. . . au lieu d'obtenir la confiance de votre fijle, vous Favez réduite à chercher les conseils des valets /des servantes ; elle est douce, bien née , et grâce à vous, elle ap* prenait dé à à tromper sa mère; à déguiser la vérité... et voilà ce qu'on ose appeler bien élever les enfans ; on leur enseigne à démentir les senlimens les plus innocens. . . Pourvu qu'une leune fille feigne de délester ce qu'elle désire le plus , pourvu qu'elle se prête à prononcer, quand on le lui ordonne, un oui parjure, origine de tant de scandales. . il est convenu qu'elle est bien élevée , et on appelle une bonne éducation, celle que lui enseigne l'astuce et le silence d'un esclave.
Mad» CY.ViTKvriE, sanghttant.
Ah ? monsieur , quels reproches !
nUBREUIL.
Allons , allons , il ne s'agît pas de pleurer , croyez-vous que je ne sois pas là pour tout réparer. . .
Air : Dis - w.oi , rjwn i^ieux , dis - moi^
Oui , je voulais femme jeune et jolie , Qu'allais-je faire? bêlas î pauvre vieillard! Il était temps , j'ai connu ma folie : Malheur a ceux qui la savent trop tard ! Femmes, je vois qu'au déclin de notre %e , Il ne faut plus rechercher votre main , ^
Que pour s'appuyer en voyage , "^
Et nous mener jusqu^au bout du chemin. !;,
ALFRED, sautant à son cou»
Mqn cher onde !
NANETTE
Ah! l'honnête homme qu' ça fait!. . •
Mad, GERTRUDE, l embî^assant.
SI j'avais su cela. • . sois heureuse , chère enfant! ESTELLE , embrassant sa mère.
Ma mère!... ah! monsieur, que vous êfesbon... je pourrai donc vous aimer comme je le désirais.
DUBREUIL , la serrant dans ses bras.
Oui, ma fille, tu m'aimeras comme un ami, comme un père , c'est là le nom qui me convient, et ce que je veux toujours être pour toi. . . Ah çà ! tout est disposé pour la noce, à Moulins. . . il n'y aura rien de changé. . . nous partirons demain ...
ALFRED
Mon oncle , puisque la voiture est prête, si nous partions tout de suite ?. . .
DUBREUIL
Du tout, monsieur, du tout... maintenant que je ne me marie plus. . . je veux dormir. . .
FRANÇOIS , reprenant son bougeoir.
Ça vous vaudra mieux, monsieur , et à moi aussi.
FAUDEFILLE,
ALFRED
Air : Craignant pour V objet,
N'oubliez pas, ma chère amie, Quand ou nous unit aujourd'hui , Qu'une seule fois, dans sa \ie, Jeune fille doit dii-e : oui,
Archrves de fa Viiie de :Aû/îetfea Archief van de Stad Brussel
Mais , lorsqu'elle est dans son ménage , Ce mot-lk n'est plus de saison • Pour demeurer heureuse et sage.
Femme doit toujours dire : non.
M"^^ GERTRUDE
J'eus toujours un bon caractère, On m'offrit un premier mari -, J'étais jeuîje, j'étais légère.
En baissant les yeux je dis : oui.
Pour le second , ce fut de même ; Aujourd'hui, j'ai de la raison; Et s'il en venait un troisième.
Ma foi , je ne dirais pas : non.
NANETTE
Ma petit' cousine , la blonde , Tv'a pas pu trouver un parti ; Parc' que dans T village , à la ronde, Eir disait : non; elle disait : oui.
Je n' sais pas si j' savons m'y prendre ; Mais; partout comme dans not' canton, J\avons des amoureux a r'vendre.
Parc' que je n' dis ni oui, ni non.
DUBREUIL, à M"^^ GeHrude.
J'ai pris le parti le plus sage , Et je me résigne a mon sort ; Car, avec femme de son âge , Nous n'eussions pas été d'accord.
L'amour nous aurait fait la guerre , J'aurais vu ce joli tendron , Dire toujours oui , pour me plaire ^ Et j'aurais trop souvent dit : non.
ESTELLE
Si Ton vous dit, en confidence ; Cet ouvrage est-il fort joli ?
Entre nous, Messieurs, moi, je pense Qu'ici vous ne direz pas oui.
Mais si Ton dit : Ça peut - il plaire ? A voir une fois , est-ce bon I Auteurs, Acteurs, chacun espère, Qu*ici vous ne direz pas : non.