‹ Le vieillardChapitre 1 sur 104 · SENIORI SENEX · texte numérisé non relu

SENIORI SENEX

NONAGENARIO OCTOGENARIUS

AVANT-PUOPOS

Un vieillard, parvenu à un âge très avancé, a recueilli, dans la solitude, ses souvenirs et impressions sur les objets, les événements et les questions capitales de l'ordre religieux, moral, scientifique, politique^ qui, dans le siècle dont il fut, ont le plus importé à la direction de son esprit et à la conduite de sa vie.

En même temps qu'il en tire de nouvelles et meilleures clartés pour sa dernière étape, il en transmet le modeste héritage à ceux qu'il laisse après lui et qui vieilliront comme lui.

Il n'est pas seul; il se place, il se suppose en présence d'un de ses contemporains qu'il appelle « son frère ». Cest ainsi que s'explique et que se justifiera, s^il en est besoin, le ton de conversation familière qui est celui de ces pages. Il n'exclut pas toutefois une certaine chaleur, celle qui peut rester encore au foyer que recouvre la cendre des années; ni une certaine poésie, celle qui colore et console le couchant de la vie.

Fait beaucoup de souveni7'S et d'expériences per-

LB TIEII.L4RD.

Ti AVANT-PROPOS.

sonnels, oe livre l'est davantage encore des souvenirs et des expériences des autres. Il fait appel aux plus illustres de nos contemporains dans les sciences, dans les lettres, dans l'État, dans l'Église, dans le inonde^ pour leur demander de venir témoigner, particulièrement par leurs confidences épistolaires intimes, sur les choses soit divinesy soit humaines, heureuses ou malheureuses , qui furent celles de leur temps; celles surtout desquelles fut marquée leur vie propre, et qui ont été pour la nôtre une lumière, un exemple ou une utile 1er on.

La vie donc — Et d'abord sa lumière, son flambeau : la doctrine, la vérité, la science^ la croyance, la philosophie; Dieu, la Révélation, l'Évangile, l'Église, son autorité, sa crise d'aujourd'hui.

La vie encore. — Son milieu : le siècle, le progrès, la lutte; puis, le foyer, les champs, les livres. — Ses devoirs : patrie, France, famille, amitié^ charité^ les humbles. — L'envers de la vie : deuils, mécomptes, tristesses et regrets. — Le faite de la vie : Jésus- Christ, suprême amour...

La vie, son terme : L'approche, les préludes, les clartés, la préparation, Vexpiation, l'espérance. Puis le sacrifice, son oblalion. Le sacrifice, sa consommation; souffrance et amour. Enfin Ja dormition et le réveil... mors et vita. L'au-delà, l'éternité!..

En ramenant ma pensée sur tant d'objets augustes

AVAMT-PROPOS. TO

et vers tant de noms aimés ^ ce livre n*a pas été sans me procurer de douces joies : ri'a-t-on pas dit que a se souvenir c'est presque recommencer ? » Mais je l'ai tout d'abord considéré comme l'accomplissement d^un suprême devoir, celui de ce travail du soir, dont le Seigneur dit : « Travaillez pendant qu'il ot fait jour encore^ car la nuit vient, dans laquelle a on ne peut plus rien faire » . J'en ai donc fait l'objet constant des méditations de mes années de retraite, à peine suf^santes pour cette revue des choses de plus de trois quarts de siècle. Mais je ne regrette pas, moi non plus, ce bienheureux encombrement des derniers travaux qui faisaient dire à M. Guizot, septuagénaire alors : « J'avance dans la vie en travaillant. J'arriverai à la fin de ce qui m'en reste sans avoir fait le quart de ce que je voudrais faire encore. La vie est un vase trop petit pour ce qu'il y a à y mettre. Il déborde longtemps ; puis il se brise. »

Puisse le mien se briser ainsi, plein de parfums, comme celui de Madeleine , sur les pieds du Seigneur au juel il est consacré!

Puisse enfin ce livre être mon action de grâces au divin Maître de la vie, qui n'a prolongé la mienne que pour ce dernier hommage et ce dernier ministère ; le ministère de vérité dont il est écrit au livre de la Sagesse : « Voici que ma course s'allonge et que le a fleuve de mes jours approche de l'Océan. C'est pour- « quoi je répandrai la doctrine plus abondante et je

Tin AVANT-PROPOS.

a la porterai au loin à tous ceux qui espèrent dans

« le Seigneur; et je ne cesserai pas jusqu'au jour

(t éternel. Car, sachez-le, ce n'est pas pour moi seul

a que j'ai travaillé, mais pour tous ceux qui aiment

a la vérité et qui la cherchent^ »

Encore un mot. Peur-être semblera-t-il à quelques lecteurs que y pour parler avec autorité et compétence de la vieillesse et des vieillards, il convient non seulement d'être de leur vénérable confrérie, mais encore d'y occuper un bon rang, tel que celui dont l'Écriture fait le privilège de ceux qu^elle nomme oc les potentats de l'existence : In potentatibus octoginta anni. » Je les préviens donc que je suis, même depuis quelques années, en règle à cet égard.

Puisse cet avantage, qui ne me fera pas d'envieux, m'être du moins un titre à la confraternelle confiance des anciens, à l'indulgence compatissante des jeunes, et aux prières de tous !

1. Cccli, xxiT, 43 et seq. — Et ecce faclus est raihi trames abundans, et fluvius meus appropinquavit ad mare. Quoniain doctrinam qaasi antelucanurn illurnino omnibus, et illuminabo omnes sperantes in ')oiiiino. Et non desinam usque inœvum sanctum. Yidete quuniam ^on soli inihi laboravi, sed omnibus exquirentibus veritatera,

Grusoii, villa Jeanne d'Arc.

Fé'.e Je la Toussaint loio.

vu* édition, 5 juin 1913; Cl* anniv. de ma prêtrise.

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