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Vingt années de Rectorat, année xvi, 1903, p

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ne se trouvera fier et heureux d'avoir été, au prix de nobles douleurs, Jean, le disciple du pied de la croix, Simon le Cyrénéen, ou l'une de ces filles de Jérusalem qui venaient essuyer le front outragé de Jésus, et se sentaient payées de toutes leurs larmes, en le voyant relever vers elles son doux regard reconnaissant, et leur dire de pleurer sur leur malheureuse patrie.

Maintenant, pour tous et toutes ces confesseurs de la foi, l'épreuve c'est l'exil. Le plus grand nombre des congrégations dissoutes estima n'avoir plus, après la dispersion, que la cruelle ressource de l'émigration. A la garde de Dieu! Pendant une année entière, je pus, des hauteurs de mon village, voir à l'horizon la fumée des trains qui franchissaient notre frontière du Nord, emportant, corps et biens, les communautés éperdues qui allaient demander là, à l'étranger, des refuges et abris qui ne devaient être, dans leur espoir, que des tentes provisoires. Beaucoup se sont massées là, en lignes pressées, en vue et à la portée de la France toute proche, comme si elles devaient y être rappelées et réintégrées le lendemain? Il les faut honorer pour leurs services, respecter dans leur irréductible fidélité, surtout les plaindre dans leur souffrance, quelques-unes dans leur misère. L'écho nous en revient douloureux et croissant. Après le déchirement de l'adieu, n'est-ce pas aujourd'hui, parfois, l'ennui de l'exil, la nostalgie de l'action, les terreurs d'une agonie lente, qui se font sentir à plusieurs? Où recruteront-elles leurs novices, leurs

élèves, leurs ressources? iMais elles souffrent tout pour Dieu : que Dieu leur en paie le prix!

Honneur à ces grands moines, les fils de saint Benoit, les fils de Dom Guéranger, qui, se consolant, sanimant par le souvenir de l'illustre fondateur de Solesmes, ont récemment reçu de la plume de leur Abbé ce témoignage d'une si noble et tranquille fierté : « Huit ans se sont écoulés déjà depuis le jour où les fils de dom Guéranger se sont exilés pour garder l'intégrité, la liberté et l'honneur de la vie religieuse, qu'ils ontvouée. Onnelesapointvus, — dom Guéranger ne le leur avait point appris, — fréquenter les antichambres, contester avec les politiciens, se diminuer en voulant se Tacheter à tout prix, ni fatiguer les bourreaux par d'inutiles supplications. Ils se sont retirés de la France, lorsqu'ils ont entendu les représentants du pays leur signifier que leur vie était immorale, parce qu'ils ne pouvaient ni faire du commerce, ni se marier. Conformément à l'ordre de l'Évangile, ils ont secoué la poussière de leurs chaussures, en témoignage contre une patrie où ils n'avaient plus de place. Ils ne gémissent pas, ils ne maudissent pas, ils n'implorent rien : à quoi bon? Il est encore, en Europe, des régions qui savent respecter leur propre liberté dans laliberté d'autrui. Ils attendent seulement, aux portes de la France, qu'un retour d'équité et de bon sens leur fasse retrouver leur place de droit, dans une terre qu'ils ne sauraient oublier. Jusque-là leur règle elle-même leur rappellera que leur vie est à Dieu toute, et qu'en tout lieu on sert le même Dieu, on milite sous le même Roi. Or, il est partout simple de servir Dieu; il est simple aussi de mourir; et il va de partout accès à l'éternité. Dès lors, tout est bien. »

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J'ajoute aussi : honneur à ceux de ces prêtres, de ces frères, honneur surtout à ces filles vraiment apostoliques, pour qui la frontière n'a été qu'un port d'embarquement pour de nouvelles terres à conquéiir; et qui, résolument, ont mis le cap sur tous les havres de grâce qui leur restaient ouverts dans l'univers entier. Je me souviens qu'à ma dernière visite à Conflans,près Paris, je trouvai toute l'entrée et les avenues du grand noviciat du Sacré-Cœur encombrées d'emballages, de caisses, de colis entassés, qui l'eussent fait prendre pour un des quais de Bordeaux ou de Mai'seille. Les adresses étaient toutes à destination de l'étranger. C'étaient, sans doute, d'abord les divers États de l'Europe chrétienne ; mais c'étaient aussi , et en plus grand nombre, les continents et les îles. Les États-Unis, le Mexique, la région des Lacs, les Montagnes Rocheuses ; l'Amérique du Sud, des Amazones à la Plafa; l'Australie et la Nouvelle-Zélande, etc., etc. C'était sans doute l'émigration, mais l'émigration conquérante. Les partantes étaient là, attachant ou vérifiant ces noms prestigieux, inscrits sur leur feuille de route. Je ne lus sur leurs fronts, je ne recueillis sur leurs lèvres, que la plus ferme et joyeuse volonté d'obéir et de partira Et cependant c'était l'adieu, l'éternel adieu à la France, à la France aimée!... Mais pour elles c'était une extension de la patrie que ces lointaines provinces du royaume de Jésus-Christ, leur époux. La Supérieure générale,

1. l'ius récemment, 29 juillet 1909, on m'écrivait de la Maison-mère, à Bruxelles : « L'esprit de générosité non plus que l'élan du zèle ne se dénient pas un instant. Pas un retour sur soi, pas une hésitation. Vingtdeux missionnaires sont aclnellement sur mer : douze pour le Brésil, cinq pour le Japon, les autres pour Bof^ofa, et d'autres encore pour le Caiie, Alexandrie, etc. »

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M°" Digby, de grande mémoire, leur avait dit magnifiquement, à l'anglaise : « Nous sommes chez nous partout : notre maison de ville, c'est la France; notre maison de campagne, c'est le monde. »

Plus héroïques que toutes, peut-être, celles qui n'ont pas voulu quitter le champ de bataille. Consacrées par leurs vœux au service de Dieu pour le service des âmes, elles se sont dit que l'un comme l'autre de ces liens était indissoluble. Et, sous un autre uniforme, mais sous le même drapeau, elles sont demeurées au poste de l'éducation et du salut de ces âmes d'enfants ralliées autour d'elles. Il leur a fallu, dans leur éloignement, dans leur isolement, pour tenir à ce poste de sentinelles perdues, plus de constance, plus de prudence, plus de force d'âme que jam;iis. Mais le Dieu dont elles ont continué de faire l'œuvre dans la tribulation, n'a pas manqué de leur départir en retour plus de grâces, et de leur mettre au cœur plus d'amour. Leur récompense anticipée est d'avoir pu déjà, là oii elles sont, retarder sinon même empêcher la débâcle. L'Église et la France les en remercient.

Même sous cet autre uniforme, elles ont eu l'honneur du combat, avec la grâce de l'épreuve. Plusieurs furent traduites en justice, traînées de tribunau.Y en tribunaux, jusqu'au dernier et plus élevé. Deux fois, je comparus là, comme complice de leur beau crime de religion quand même. C'était trop d'honneur ! Mais elles, ces filles de Dieu, « ces Filles de la Croix », comme se nomment celles de chez moi, assises là sur le même banc que la chiourme des mali'aileuis et malfaitrices, encadrées de gendarmes : Dicul quel hideux et sacrilège pêle-mêle! Ceux-ci

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