SOUFFRANCE ET AMOUR
d'être leur dernière prière et consolation. Mais combien froide! Walter Scott prie son gendre de lui faire la lecture. « Que vous lirai-je? lui demande Lockart. — Il n'y a qu'un seul Livre, » répondit le grand homme. De nuire temps, 1" mai 1873, sur la rive déserte du lac Banguelo, Livingstone, oublié du monde, terrassé par la maladie, après trente ans d'études et de prédication, sentit venir sonheure. Il ouvrit sa Bible, se mita genoux et pria. Le matin, ses nègres le trouvèrent agenouillé, et comme endormi, le livre sacré à côté de lui. « Ceux qui comprennent la parole verront la lumière », dit le Psaume. C'est bien, c'est vrai ; mais quelle parole, même inspirée, remplace la présence réelle?
Je termine, en peu de mots, par l'Extrême-Onction. Pour en prendre une idée extérieure, mais transparente sous les symboles de l'art, je vous adresserai, mon frère, à la représentation qu'en a faite le Poussin. C'est, à mon sens, le plus suggestif de ses sept Sacrements. La tête blanche du vieillard mourant se soulève un peu sur sa couche. Au-dessus, sur la muraille, ses armes sont appendues : un bouclier, une lance : le combat de la vie est fini. Mais un autre commence, celui de l'agonie qui est proche. Le prêtre se penche vers le vieil athlète afin de oindre ses membres de l'huile sainte, pour cette dernière lutte. Et, tandis que, tout autour de son lit, les larmes coulent de tous les yeux, on voit une palme qui descend du ciel sur le vainqueur : vixisti, victor, vicisti!
C'est la poésie et l'éloquence de l'Extrême-Onction.
Puis voici sa doctrine. Elle est toute dans ces deux
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versets de TÉpltre de saint Jacques : « Quelqu'un de vous est-il malade? Qu'il appelle chez lui les prêtres de l'Église; qu'ils prient sur lui, le oignant avec rimile au nom du Seigneur. Et la prière de la foi sauvera le malade ; et le Seigneur le soulagera ; et, s'il est dans les péchés, ils lui seront remis. •>->
Onction de mon baptême, onction de ma confirmation; onction de mon ordination; et finalement l'Extrême-Onction, mon sacre pour l'éternité!...
Le rit de l'Extrême-Onction, très solennel dans 1 Église d'Orient, entouré ensuite dans les monastères du moyen âge du sombre appareil de la pénitence, le cilice, la cendre, n'a plus cette austérité dans l'Église actuelle, où il se termine d'ordinaire par la formule de l'indulgence plénière de la bonne mort.
Après cela il n'y a plus de place pour les pensées d'ici-bas. Laissons seules avec Dieu les âmes près de s'en retourner vers Lui. Respectons l'intimité de leur entretien avec lui. Faisons le silence autour d'elles, et n'y mêlons rien de terrestre, d'humain, qui les distrairait de Lui. C'est sur les pieds du Crucifié qu'il faut les laisser exhaler leur dernière parole, humble et douce, dans un soupir, une prière, un abandon à Lui, que je ne peux mieux traduire que par ce cantique du soir :
Seigneur, j'ai fini la longue journée
Que, dans votre amour, vous m'avez donnée
Pour monter à vous.
Pardon, j'ai péché contre Vous, mon Père, Mais je me repens, je pleure, et j'espère,
Juge tendre et doux!