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des fables anciennes. On va affronter impur les regards d'un Dieu pur! » Mais que veut-il, ce moraliste? Le Léthé, l'oubli. Ne vaut-il pas mieux se reconnaître, se ressouvenir, et se baigner dans cettt; fontaine de Siloé qui lave et qui guérit. L'ange de Dieu y descend encore, pour donner à ses eaux leur vertu vivifiante et pui'ifiante.
Mais ni la confession, ni l'absolution ne se décrivent : un voile les recouvre, et elles demeurent un secret entre l'âme et Dieu.
La Communion, elle, le Viatique, que l'on porte aux mourants, a son rit extérieur, qui est particulièrement instructif, auguste. En ce grand jour, la maison du malade s'est changée en un sanctuaire; la famille Ta parée pour cette visite plus que royale. « iMes petits enfants, disait l'illustre et pieux Cauchy, mourant à Sceaux, veille de l'Ascension 1857, mes petits enfants, c'est aujourd'hui fête-Dieu chez nous. Allez tous et toutes au jardin, cueillez toutes les fleurs, jonchez en les allées sous les pas du bon Dieu ; fleurissez le corridor, l'escalier, jusqu'au seuil de ma chambre. Réservez les plus belles pour en parer mon lit, car mon lit est un autel et notre maison une église! »
Le prêtre entre et salue, au nom de Celui qu'il porte appuyé sur son cœur : « Paix à cette maison! » C'est une maison pleine d'inquiétude mortelle ; mais n'est-ce pas la visite du Prince de la paix? Il ouvre le vase sacré, et il en retire, caché sous les apparences de l'hostie, Celui duquel il dit à haute voix : « Voici l'Agneau de Dieu, voici Celui qui ôte le péché du monde! » Ainsi disait Jean-Baptiste aux foules pénitentes qui attendaient le Rédempteur. Alors ie malade, frappant sa poitrine, comme le centenier :
« Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison; mais dites seulement une parole et mon âme sera guérie! » Le prêtre s'avance, le ciel s'incline, et le mystère s'accomplit : « Recevez, mon frère, le Viatique du coips et du sang de Jésus-Christ notre Seigneur, qui gardera votre âme pour la vie éternelle! » Le Viatique : c'est-à-dire la réfection du voyageur avant le grand passage, la dernière Pâque.
Puis c'est le silence : la parole est à Dieu. « Le ciel a visité la terre »; et le malade, les yeux fermés, les mains jointes, oubliant sa souffrance, du fond d'un cœur tout plein de la divinité, lui répond tout bas la parole du Psaume : « Quand même je marcherais dans l'ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car vous êtes avec moi, Seigneur! Quoniam tu mecum es. Domine! »
Un époux, une épouse, un frère, un ami, témoins d'une telle scène, mystérieuse, intime, ne l'oublieront jamais. Le saint Colonel Paqiieron^ se représente, dans son journal, priant et pleurant à la dernière communion de son épouse expirante : « Cette scène, écrit-il, restera à jamais gravée dans mes yeux et dans mon cœui\ Je levais, de temps en temps, mes regards pleins de larmes sur Eulalie. Comme elle était belle en ce moment! Elle était plongée dans un profond recueillement, mais une sérénité douce enveloppait son visage. Je vois d'ici mon pauvre petit Charles, pros-
1. Le colonei Paqueron, 1791-1863. — Né à AncerviJIe en Lorraine, élève de l'Ecole polytechnique, et de celle de Metz, 1810; lieulenantau siège de Dant/ig; capitaine fait prisonnier à la campagne de Russie; inspecteur de la poudrerie de S.-Jean-d'Angely; directeur des poudres ei sali>êlrières, etc. En Algérie, 1831, etc., etc. — Président de la conférence d« S. -Vincent de Paul à Angoulêine, rnort saintement le 18 décembre 1863. — Voir sa Vie écrite par M*' Saivet.
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torné, à côté de sa sœui' Marie. Combien de cœurs, ô mon Dieu, vous demandaient la conservation de cette admirable femme! Vous n'avez point jugé dans votre sagesse infinie, devoir exaucer nos prières. Mais, malgré mes doukurs, je ne vous remercierai jamais assez de ce que vous avez daigné descendre sous mon toit, en cette heure de grâces, pour en remplir le cœur de votre douce servante. »
Chez les pécheurs convertis, moins familiers avec la visite divine, il arrive parfois que cette grâce de Jésus enfin retrouvé opère de soudains prodiges de transformation. J'en puis citer deux exemples, pris dans ce monde d'artistes dont on dit trop de mal.
C'est premièrement le compositeur Frédéric Chopin, « le poète du piano », comme on l'a surnommé, à qui son ami Jelow^iescki venait de rendre le Dieu de sa mère : « Il reçut le viatique, avec des larmes lie joie, raconte l'ami, remerciant Dieu avec ardeur, et exprimant le désir d'être bientôt avec Lui. 11 faisait part de son bonheur à ceux qui le visitaient : « J'aime Dieu, j'aime Dieu, j'aime les hommes... « Qu'il est heureux pour moi que je meure comme « cela! Je sens que je meurs. Jésus! Marie! » Et, à ses derniers instants : « Laissez-moi mourir en paix, « Dieu in'a pardonné; le voici qui m'appelle. Je vou- « drais tant mourir!... » Sa dernière parole fut : « Je « touche à la source du bonheur! » C'était le 17 octobre 18i9.
Un autre, le grand statuaire Carpeaux, malade, impotent, usé par sa mauvaise vie, avait été ramené à Dieu, à la confession, à la communion par le prince Stirbey, qui lui donnait asile dans sou château de Bécon. C'est là, sur la terrasse du château, qu'il reçut
le saint Viatique et rExttêaie-Onction. Il était devenu un autre homme : « Ah! s'écriait-il, si j'avais vécu comme un moine, j'aurais été un Michel-Ange! » Et, baisant le crucifix avec larmes : « Pauvre Jésus en croix, si je guéris, je te ferai autrement beau dans tri dernière soufirance! » Après une communion précédente, qu'il avait faite dans l'église de Courbevoie, 15 août, le prince lui attacha sur la poitrine la rosette d'officier qu'il venait de recevoir pour lui : « Merci, mon Dieu! c'est Jésus qui en aura l'étrenne ! » s'écria Carpeaux. Ainsi expira-t-il, 11 octobre 1875, dans le baiser du Seiîrneur^
Dans une lettre du 28 avril 1889, W d'Hulst dit les transports d'allégresse d'une pécheresse convertie et conmiuniée par lui, sur son lit de mort : « Si vous aviez vu cette confusion, cette humilité vraie, allant un moment jusqu'à l'épouvante, jusqu'à ce cri : « C'est « impossible qu'il vienne à moi ! » Puis après, le calme, la paix, la joie au milieu de la situation la plus douloureuse du monde. Ceux qui n'ont pas rendu Dieu à une âme ne savent pas ce que c'est qu'une résurrection, et ils n'y croient pas. Moi, j'y crois parce que je l'ai vu. »
A défautdes derniers sacrements qu'ils ont orgueilleusement reniés, les protestants demandent à la Bible
1. J ai lu que, dans les crises de son agonie, le mourant se rejetait tendrement sur le coeur de sa vieille mère accourue de Valenciennes, criant coinnaeun enfant : « 0 ma chère mère, ma petite mèrel je t'aime de tout mon cn'ur! » Je me suis souvent souvenu de ce cri devant un exemplaire de la Mater dolorosa de Carpeaux, que j'ai là chez moi, son chef-d'œuvre, a-t-on dit. Carpeaux projetait de se vouer à l'art religieux, disait-il. « Si je reviens à la santé, je veux faire aolant de iii^n que j'ai fait de mal. n